‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 175 sur 235 · IV. PART, — CHARLES I · texte numérisé non relu

IV. PART, — CHARLES I

voyage, et que je ne veux pas qu'en ce qui me regarde, rien de naturel se mêle avec le saint vouloir de Dir. Je ne puis confier au papier les raisons importantes qui m'obligent, pour Dieu, de retourner à Paris ; je me réserve à vous les dire de bouche. Pardonnez à mes veux , qui ne peuvent suivre ni ma main ni mon cœur, Je sens mon âme beaucoup consolée par la pensée d'aller travailler à Paris, à leuvre de Notre-Seigneur, et pour la chose la plus délicate qu'il m'ait confiée en ma vie, et qui doit être

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en même temps le fondement de œuvre la plus importante

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de l'église de France. »

M. Olier ne fait pas connaitre plus clairement l'œuvre qu'il

désigne ici; nous n'en trouvons aucun indice certain dans les monuments de sa vie. Peut-être veut-il parler de la con version de Charles IE, roi d'Angleterre, dont il s’occupa dès son retour à Paris. Depuis long-temps il demandait à Dieu la conversion de ce royaume. li écrivait en 1642, lorsqu'il jetait à Vaugirard les fondements de sa compagnie : « Je me sou- » viens que le 12 mars, jour de saint Grégoire-le-Grand, je » me sentis porté à m'offrir à DrEu comme victime, pour » l'Angleterre, et à donner ma vie pour ce royaume malheu- » reux, dont saint Grégoire à été l'apôtre. A issue de l'office, » j'éprouvai le mouvement d'engager notre jeunesse à com- » munier ce jour--là, en l'honneur de ce grand saint, au lieu » du jeudi, jour ordinaire de leur communion ; ct aussi pour » demander à Dreu la conversion de l'Angleterre , où j'avais » ouïdire, ces jours passés, que quelques prêtres et d’autres » venaient de souffrir le martyre. » Depuis ce temps, M.Olier n’avait cessé de demander à Dieu le retour de ce royaume à l'unité catholiqre, et il joignait à ses ferventes prières , de rudes macérations. « Je lui ai ouï dire, rapporte M. de Bretonvil- » liers, que s'il n'avait pas été retenu en France par la vo- » lonté de Dieu, il se serait transporté en Angleterre, au » péril même de sa vie, et se serait volcutiers sacrifié pour » ke salut de cette nation. » Lorsque de père de Rhodes eut

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LÈLE DE M. OLIER POUR LA CONV, DE L'ANGLETERRE. 353 refusé , comme nous l'avons dit, ses services pour la Chine , M. Olier s'offrit pour l'accompagner, au moins en Angleterre, où ce missionnaire avait apparemment quelque dessein d'aller précher la foi. « Si j'osais, écrivait-il , aspirer encore » à quelque chose de la solide gloire qu'on trouve dans le ser- » vice du divin maître, en donnant sa vie et en répandant » son sang pour lui, je regarderais l'Angleterre comme mon » espérance. »

Aussi , dès qu'il eut appris que Charles IE, roi de la Grande- Bretagne, venait se réfugier à Paris, pendant la tyrannie de Cromwel, il chercha l'occasion d'entamer avec lui des conférences sur la religion. Charles, à ce qu'il parait , les refusa d'abord, Il ne laissa pas cependant d’arcorder son estime à M. Olier, sans doute pour les bons oflices qu’en reçurent plusieurs de ses courtisans, tous réduits à un état d’indigence siextrème, que les plus aisés ne savaient comment se procurer la nourritüre et les vêtements. Se voyant sans argent et sans crédit, il prit enfin le parti, en 4652, d'écrire de sa propre main au Pape, pour lui demander des secours , afin de conquérir son royaume, Mais comme il ne témoignait point le désir de rentrer dans l'unité catholique, et que , d'ailleurs, il avait refusé de faire son abjuration , méme en secret , ce dont le Pape voulait bien se contenter pour le présent, Charles n'en reçut point de réponse, Ce silence l'irrita étrangement, et contribua peut-être à lui inspirer plus d’éloignement que jamais pour la religion catholique. ,

Malgré ce fâacheux contre-temps , M. Olier ne désespéra pas d'adoucir l'esprit de ce prince, naturellement affable , familier et communicatif, quoique d’un extérieur singulièrement dur et austère. Il parvint en effet à lier avec lui des conférences , et commenca à l’instruire sur les matières de la religion. Mais, sachant que Dieu seul peut changer les dispositions des cœurs, il fit beaucoup prier durant ce temps. « Je » demande avec instance à tous nos frères, écrivait-il aux » directeurs du séminaire du Puy , de recommander à Notre-

54 IV, PART, — CHARLES H1, Scigneur , en notre divine mère, l'affaire du roi d'Angleterre, dont la Providence m'a encore chargé, lequel présentement se laisse éclaircir des difficultés de la religion. J'eus encore le bien de lui parler hier. Autant que je puis vous » recommander une chose à tous en général, et à chacun en » particulier , je le fais de celle-ci. Quelques prières, quelques vœux et intentions aux divins sacrifices , tousles jours, sont absolument nécessaires pour un bien de cette importance, Je laisse le tout à l'amour que vous avez pour Jésus et pour Marie, qui avait autrefois ce royaume pour douaire.

Je ne vous dis plus rien après cela. »

Le succès qui accompagna ses premier eflorts , fit juger que M. Olier était l'instrument suscité par la Providence, pour opérer cette grande réunion. Car Dieu lui donna entrée dans l'esprit d'un des plus grands seigneurs de ce royaume, auquel il parla plusieurs fois de la beauté et de la vérité de la religion catholique, et avec tant de grâce, de force et d'énergie, que celui-ci fut contraint d’avouer ensuite à l’un de ses amis, que, bien que de grands personnages lui eussent parlé sur ces matières , il n’y en avait aucun qui l'eût éclairé comme M. Olier; que dans ses paroles il avait reconnu et ressenti une vertu extraordinaire ; qu'enfin il l'avait satisfait pleinement. Les mémoires du temps ne nomment point ce seigneur. C'était probablement Edouard de Sommerset, mardis de Worcester , avec qui M. Olier eut de fréquents rapports, durant ces conférences (1); ou peut-être le comte de Bristol, autre seigneur Anglais, savant et doué de beaucoup de dons natu-

(1) Édouard de Sommerset, pendant la détresse de Charles IT, recut de M. de Bretonvilliers une somme à titre de prêt, dont il donna une reconnaissance signée de sa main, le 22 avril 4650: « promettant non-seulement de payer l'argent prèté, mais encore » de fonder l'entretien d’un prôtre, pour travailler au bien de lt » religion, s'il pouvait être rétabli dans une partie de ses terres. » Après le recouvrement de ses domaines, il oublia apparemment eet écrit; du moins le séminaire de Saint-Sulpice ne reçut, ni ne réclama jamais cette somme.

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du roi d'Angleé, lequel présenla religion. J'eus que je puis vous , et à chacun en s prières, queles , tous les jours, 1 de cette imporsavez pour JESUS me pour douairce.

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1ÈLE DE M, OLIFR FOUR LA CONV, DE L'ANGLETERRE, 355 rels, qui avait suivi le Roi en France, ctse convertit dans son exil.

Mais la conversion que M. Olier avait surtout à cœur, était celle du Roi lui-mème, à cause de l'influence qu'elle pouvait avoir sur tous ses Etats. On ne saurait imaginer tout ce que sa foi lui inspira pour le succès d'une si belle entreprise, jusques-là qu'il promit au roi d'Angleterre de mettre à sa disposition dix mille hommes de troupes réglées pour rentrer en possession de son royaume; s’il voulait s'engager à y établir la foi catholique. Une proposition si extraordinaire pourrait être taxée de témérité , et devrait même être regardée comme une pieuse extravagance de zèle , si l'on n’avait vu déjà, à l'occasion des duels, l'ascendant que l'esprit de Dieu donnait à M. Olier sur les plus braves militaires de son temps. Lui qui avait su leur faire foulur aux pieds le préjugé de l'opinion la plus tyrannique, lorsqu'une pareille résolution était encore regardée comme une lâcheté, indigne d’un homme d'honneur ; quel courage n’eùt-il pas allumé dans ces cœurs généreux , en leur proposant cette fois l'expédition la plus glorieuse, puisqu'elle aurait eu pour fin de soumettre l'Angleterre à Dieu et à son souverain légitime ?

Mais Dieu , dont les conseils sont impénétrables , n'accorda pas à son serviteur une conversion qui l'aurait tant consolé. Charles , au milieu des amusements de Paris, se livrait à ses passions avec une ardeur qui devait le rendre sourd aux in— vitations de la grâce , et même avec une publicité qui désespérait ses courtisans. Il était dans ce triste état, lorsque les catholiques et les presbytériens de son royaume, le pressant tour-à-tour , par leurs lettres et leurs messages, d'embrasser leur culte respectif, ses conseillers l'engagèrent à repousser ces tentatives, et il suivit ponctuellement leurs avis, déclarant qu’il était déterminé à vivre et à mourir dans l'église Anglicane , pour laquelle son père avait souffert. La politique seule lui fit tenir ce langage ; et il y a lieu de penser qu'après ses entretiens avec M. Olier, ce prince était déjà catholique

356 1V. PART.—CONVERSION DES SAUVAGES DU CANADA. de cœur , et qu'il conserva de ces discours des impressions ineffaçables. Aussi répandit-on le bruit, qu'avant de quitter ha France, il avait envoyé secrètement au Pape son abjuration ; et le docteur Burnet assure qu'il était déjà catholique. Cependant, après avoir été rétabli sur son trône, sacrifiant toujours sa conscience à sa politique et à ses plaisirs , il se donna , durant vingt-cinq ans , à ses sujets , pour un Protestant orthodoxe, jusqu'à ce qu'il vit que les plaisirs l'abandonnaient, et que la mort allait le mettre à l'abri de tous les revers de fortune. Ayant appris de ses médecins qu'il n'avait plus que peu d'heures à vivre, il eut recours au ministère d’un prêtre catholique, déclarant qu'il désirait mourir dans la communion de l'Eglise Romaine, et qu'il se repentait sincèrement d'avoir renvoyé jusqu'alors sa réconciliation.

L'œuvre que M. Olier eut le plus à cœur , après la sanctification du clergé, fut la conversion des sauvages de la Nouvelle-France. Nous avons différé jusqu'ici d'en parler , afin de présenter , dans un même exposé, tout ce qu'il entreprit pour le succès de ce grand dessein. Il gémissait de voir que la foi n’eût presque point encore pénétré dans ce pays, soumis depuis plus d’un siècle à la France , et qu’à la honte du christianisme, l'ambition eût formé diverses compagnies de commerce , pour dépouiller le Canada de ses richesses, sans que presque personne eût songé à lui porter en échange les richesses bien plus précieuses de la foi. Brülant du désir de se consacrer à une si noble entreprise, il résolut de former à son tour une comnagnie, uniquement dévouée au salut de ces nations abandonnées, Québec, le seul établissement qu’il y eût encore , était trop incommode pour les sauvages du Haut- Canada, qui ne pouvaient alors y descendre facilement pour leur commerce, en sorte que l'œuvre de leur conversion n’avait fait que languir. 11 conçut donc le dessein de bâtir, dans l'ile de Montréal, une ville qui serait tout à la fois le siège des missions, une barrière aux incursions des sauvages, le centre du commerce pour les peuples voisins, et serait con-

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