‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 183 sur 235 · AIRE · texte numérisé non relu

AIRE

368 IV, PART, — MALADIE DE M, OLIER.| par d’autres infirmités, qu'il endura avec la même résignation et las ve patience, Tant de souffrances avaient considérablemen, ibli son corps , sans avoir pu néanmoins énerver son âme. Car ce fut pendant sa convalescence même, qu'étant allé dans le midi pour y passer l'hiver , par l'avis des médecins, il entreprit, comme on l'a raconté , la grande mission des Cévennes, forma plusieurs établissements , et revint bientôt à Paris, où d'autres œuvres semblaient demander sa présence. |

Mais au retour du printemps , au lieu de regagner le Midi, comme il en avait formé le dessein , il fut obligé, par l’ordre des médecins , d'aller prendre du repos à la campagne, et se retira au château du Péray , près Corbeil, qui appartenait à madame Tronson. Par déférence à l'avis des médecins, il s'éloigna encore davantage de Paris; et, se jugeant assez fort pour entreprendre le voyage de Saumur , il désira aller en pélerinage à Notre-Dame des Ardilliers. Là , il commença à goûter un peu de repos, quoique sa santé ne fût pas rétablie; et, après avoir satisfait sa dévotion , il reprit le chemin de Tours, et s’arrêta près d'Orléans, dans un site très-agréable, où on l'avait prié de se rendre , au château de la Source, qui appartenait alors à M. de Meule, l’un de ses amis. Il espérait que le repos, la fraicheur de l'air, et surtout les eaux de la Source, alors en grande réputation, lui procureraient quelque soulagement. « On m'a conseillé ce petit remède, écri- » vait-il, pour tempérer la grande ardeur de mes entrailles; » je suis dans l'appréhension d'une fièvre tierce, vu que j'ai » toujours les nuits inégales pour le repos, et qu'il a paru » cette nuit de l'émotion et quelque sorte de frisson caché. Je » ne puis pas trouver cependant un lieu semblable à celui-ci, » pour espérer quelque soulagement ailleurs de la situation » du lieu, ou de la qualité de l'air.» Comme sa santé ne se rétablissait pas, il prit le parti de retourner au Péray, là il ut frappé de la maladie qui devait achever l'œuvre de sa sanctificatiou, et terminer sa vie.

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Le 26 septembre, pendant qu'il était seul dans sa cham-— bre en oraison, vers huit heures du matin, il fat frappé d'unc apoplexie , qui le rendit paralytique de tout le côté gauche. Sa premicre pensée le porta alors à s'offrir à Dieu en qualité d'hostie, selon le vœu qu'il en avait fait depuis long-temps, et à s'abandonner sans réserve, en union à Jésus-Cnmsr mourant sur le calvaire, pour recevoir le coup de la mort, de la manière et dans le temps qu'il plairait à la justice divine. Cet accident lui avait laissé la liberté de l'esprit, et l'usage de tout le coté droit : M. Olier fit quelque bruit sur le plancher, pour appeler du secours : mais , personne ne se présentant , il demeura couché de la sorte, adorant la justice de Dieu, qui l'ordonnait ainsi pour sa plus grande gloire, et se trouvant content d'être délaissé mème jusqu'à la mort, pour honorer celle de Jésus-Cnrisr, abandonné de presque tous les siens. A la fin, quelqu'un étant entré par hasard dans sa chambre, et l'ayant trouvé étendu par terre, incapal". de se relever , M. Olier se mit à sourire doucement : tan. il conservait le calme et la paix de son âme.

Sa parfaite conformité à la volonté de Dru ne parut pas seulement dans cette première épreuve. Les suites de Paccident qu'il venait d'essuyer montrèrent jusqu'à quel point l’a mour du sacrifice , que respirent ses écrits, était profondément imprimé dans son cœur. Dès qu'on l'eut relevé et mis

L'aulit, et qu'on commença à lui faire les traitements ordi- ? naires, il les supporta tous, non pas seulement avec patience,

@ ne serait pas dire assez ; mais avec joie et exullation, comme le rapportaient ceux qui s'étaient trouvés auprès de

} lui. Cette joie n'avait pourtant rien de sensible, elle était un » effet de son grand amour pour la très-adorable volonté de

Dieu , et de son abandon parfait à sa providence ; car il n’a

} vait pas perdu le sentiment par cette apoplexie, qui n’était

qu'à demi-formée , et qui avait dégénéré en paralysie trop

| tuparfaite pour engourdir ses sens ; en sorte qu’il ne souffrait

pas moins de ces traitements si douloureux, que s’il les eût 16°

endurés dans la santé la plus entière, Pour rendre lé mouve- loin:

sb ment aux membres paralysés, on usait de ventouses; on lui lui u ji enfonçait même des lancettes bien avant dans les épaules. Le senti | 4 chirurgien , sans l'avoir averti, lui donnant d'abord des coups Il ad ! de rasoir jusqu'au sang , M. Olier fit paraitre quelque senti- conf | meut: de douleur par un mouvement involontaire, accompa- parfa gué de ces paroles : «If aurait fallu m'avertir, on est moins blesse

» surpris lorsqu'on s'y attend, » L'un de ses ecclésiastiques sainte

lui promit de le prévenir, quand le chirurgien passerait à Ap {. l'autre épaule, I lavertit en effet ; et, pendant toute cette se- la can concle opération , M, Olier ne jeta pas un seul soupir, et ne méde. 1h fit pas plus de mouvement que si elle eût été faite sur uu pas pl li4 corps étranger, Comme on craignait une nouvelle apoplexie, une le | | pour peu qu'on le vit s'assoupir hors le temps du sommeil, l'assun on le tourmentait tout de nouveau, et on lui faisait prendre À suit +

presque continuellement des médecines, qui donnèrent un À ses inf grand exercice à sa patience. Car Dieu permit qu'il éprouvät Æ k ren alors, pour ces breuvages, l'opposition la plus forte, et même À avait à que l'usage en devint très-incommode, par la nécessité où le évang meilait sa paralysie, de les garder cuillerée par cuillerée dans À âmes d

ia bouche, avant de pouvoir les avaler. regard

Nou-seulement il montrait une patience toujours égale dans inspir

une si accablante position, mais il souriait agréablement à À ans ] tous ceux qui lui epportaient quelque chose à prendre, les en À » amo courageant à ne le poiut épargner, et à lui offrir sans crainte » sig tout ce qui répugnait le plus au goût, dès qu'il était prescrit D» une

par le médecin. Cette douceur et cette afabilité faisaient l'é- D, mett

tonnement de tous ceux qui lapprochaient, Is ne pouvaient D, jui

conrenure comment le malade seul était si content ets à, pond

joyeux, tandis que tous les autres avaient peine à se consoler D, roux de ses souffrances. En effet, la paralysie, qui avait frappé D» rend toute une moitié de son corps, le rendait tellement immobile, Æ, fort

qu'il ne pouvait plus se tourner d'un côté sur l'autre , ni Quoi Le

preaudre ses aliments. Il fallait le servir comme un enfant à Brie on

qui l'on met les morceaux dans la bouche; extrémité qui, Æpénétré

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ndre lé mouve- ‘ntouses; on lui is les épaules. Le abord des coups re quelque sentiitaire, accompair , on est moins es ecclésiastiques irgien passerait à ant toute celle Steul soupir, et n6 , été faite sur uù uvelle apoplexie, nps du sommeil, lui faisait prendre qui donnèrent un ‘mit qu'il éprouvâl lus forte, et même ‘Ja nécessité où le par cuillerée dans

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PARALYSIS DE 371

. L 2 loin de l'aMiger, quelque humiliante qu'elle fût, était pour lui une source abondante de joies et de mérites, par les pieux sentiments qu'elle lui donnait lieu de former dans son cœur Il adorait alors notre Seigneur Jésus-Cnais a » Seigneur Jésus-Christ enfant, et se

M, OLIER

conformait aux saintes dispositions dans lesquelles ce modèle d 0 * . ,.

parfait d’obéissance, tant qu'il voulut être assujéti aux faiblesses de l'enfance vevait © i pré jui tn

À $ ' l'enfance , recevait ce que lui présentait sa trèssainte Mère.

Après quinze jours ou trois semaines , on le transporta de la campagne à Paris , où il devait ètre visité plus souvent des médecins, et trouver tous les remèdes nécessaires. Il n’y fut pas plus tôt arrivé, que Dieu le remplit de consolation, par une lettre qu'il reçut d’un de ses amis les plus chers. Celui-ci l'aurait que son état, quelque pénible qu'il fût à la nature ue très-saint et infiniment utile à son âme. Il ajoutait go ses infirmités, dès qu'il les supportait en esprit de sacrifice le rendaient bien plus agréable à Notre-Seigneur , que s'il vers essuyer pour sa gloire toutes les fatigues du taire évangélique ; enfin, que sa situation actuelle était celle me | âmes d'élite et appelées à la plus haute perfection. M Olier regard cette lettre comme un présent venu du ciel ; alle lui inspira un nouveau courage, et servit beaucoup à le fortifier dans la résolution de tout souffrir en union au Sauveur. « Son L amour pour K croix, où la main de Du le rétenalt, était À» si grand, dit M. de Bretonvilliers, que je l’ai vu ritsde » une fois très-amèrement, parce qu'on venait de lui tirés LD dir avec assurance, une prompte guérison, Comme je | » lui demandais le sujet de ses larmes : {ls m’assurent à | » pondit-il, que je guérirai ; mais ne serais-je pas top Hé

» reux de demeurer sur la croix le reste de mes jours, pour

» r L "| NL nm à y ai rendre quelque chose à Notre-Seigneur, qui a tant souf- » fert pour moi? » |

Quoiqu il ne pût presque s'occuper d'une méditation suivie était né ins i |

| 7 0R était néanmoins fort surpris de le trouver toujours e h A 20 + : H 2 ‘ pénétré de ces dispositions intérieures de victimes, dans les-

quelles il s'était efforcé de vivre continuellement. C'était sans doute une récompense que Dieu voulait lui accorder alors ; car, pour entrer dans ces dispositions , il n’avait aucun effort à faire; et il lui suffisait de s'abandonner simplement aux opérations de Notre-Seigneur en lui. Il était content de se voir réduit à cet état, y trouvant l'occasion de témoigner son respect amoureux envers la justice divine. On l'a vu mille fois adorer et aimer cette justice, et baiser humblement les verges dont elle se servait pour le châtier. Il était même dans la disposition continuelle d'accepter tout ce que Du voudrait lui imposer de croix, pourvu que, sa justice l’affligeant d’une rian, sa bonté voulut le soutenir de l’autre; sans quoi, diseit-il, je ne serais pas capable de les porter.

La paix de son âme paraissait d’une manière si frappante dans la sérénité de son visage et dans l’expression de ses traits, que saint Vincent de Paul étant venu le visiter dans ces circonstances , ne put s'empêcher d’en témoigner son étonnement. « Je me souviens, dit M. de Bretonvilliers, que, » vers la fin du mois de décembre de la même annnée, feu » M. Vinceut, cet excellent serviteur de Dieu, mort en » odeur de sainteté, et qui l'avait toujours aimé particulière- » ment, vint le visiter au plus fort de son mal. Malgré l’ac- » cablement universel où le malade était réduit, il le trouva » avec un esprit si égal, un visage si serein, un repos mélé » d’une joie si douce, que se tournant vers nous, auprès de » la cheminée, il nous dit : J'admire celte tranquillité ; j’es- » time comme une merveille,de voir un homme rempli detantde » joie,au milieu des accabléments que cause une telle maladie.»

Ces douleurs et les autres incommodités corporelles n'étaient pourtant rien , en Comparaison des peines d'esprit dont Du voulut qu’elles fussent bientôt accompagnées. Car, peu de jours après que son serviteur eut été ainsi visité par cette afliction extérieure , il le fut par des croix intérieures beaucoup plus difficiles à porter. Sans lumière dans l'esprit, n’ayant plus le moindre sentiment de joie dans le cœur , en

OLIER

nent. C'était sans i accorder alors ; avait aucun effort simplement aux tait content de se de témoigner son On l'a vu mille r humblement les 1 était même dans que Du voudrait e l’affligeant d'une re; sans quoi, dir..

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PARALYSIE DE M. OLIER, 373 proie à la tristesse, à l'ennui , au trouble même et aux frayeurs d’une âme qui craint d'avoir encouru la disgrâce de son Dieu, il ne pouvait s'empêcher de demander quelquefois à ceux en qui il avait le plus de confiance, s'ils ne croyaient pas que Notre-Seigneur et sa très-sainte Mère se fussent retirés de lui. On remarqua même dans lui une impuissance et une privation de grâces sensibles, si complète, qu'il n’était plus capable de parler de Dieu comme auparavant.

Néanmoins, si l'on avait recours à lui pour le consulter, il rceouvrait aussitôt ses premiers dons. C'était ce qu'on avait remarqué dans une autre maladie. Une personne lui témoignant son étonnement de ce qu'elle l'avait vu agir alors avec tant de liberté d'esprit, il répondit en souriant que, pendant sa maladie , il avait deux têtes, l'une qui était la sienne , et qui était réduite dans un fort triste état, l'autre que Dreu lui donnait pour le service du prochain. Ce fut la même conduite de Div à son égard pendant sa paralysie. Par une distinction bien honorable au serviteur de Dieu , et qui marque la haute estime que sa vertu lui avait acquise, la Reine Anne d’Antriche mit le comble à tant de marques de confiance qu'elle lui avait données , en venant le visiter elle-même. Lorsqu'elle se fut retirée, un ecclésiastique, craignant que M. Olier n’eût pas eu assez de liberté d'esprit pour répondre à l'attente de cette princesse , demanda au serviteur de Dieu comment il en avait usé dans cette occasion. « Notre-Seigneur, répondit-il, » m'a donné quelque petite chose pour la satisfaire. »

En cet état, contraint de passer une partie de l’année dans sa chambre, et d'employer l'autre aux remèdes , il ne se considérait plus que comme un arbre infructueux, qui devait être arraché, afin qu’on en mit un autre à sa place. Il aimait néanmoins cet état, comme ordonné de Dieu pour sa sanctification Lorsqu'il s'était vu déchargé de la cure de Saint-Sulpice, il avait éprouvé un grand désir de perfectionner l’œuvre du séminaire ; mais étant tombé ensuite dans sa paralysie, il renonça à ce dessein , disant : « Il faut que tous nos désirs ,

» quand Dieu permet que nous en ayons , fassent hommage, yd » par leur parfait anéantissement , à sa volonté souveraine. » mil Comme plusieurs lui témoignaient leur regret de ce que cette les œuvre était encore imparfaite, et craignaient qu’elle ne füt qu' jamais achevée , s’il venait à mourir auparavant, il répondit il y que Dieu ne la laisserait manquer d'aucune des choses né- occ cessaires à sa conservation, et qu'il lui donnerait tout de sa ava main, dans le temps marqué par sa providence. Il portait ven même si loin l'esprit d'abandon et de sacrifice, que , malgré rep son grand amour pour le séminaire, qu’il jugeait devoir con- mili tribuer à la gloire de Dieu, il aurait èté ravi, disait-il, de une voir cette œuvre anéantie, pour peu que Dieu eùt été plus | dc glorifié par sa destruction. sonr Ne pouvant s'occuper ni à l'oraison, ni à la lecture , ni à | lois rien qui lui apportât le moindre soulagement , et êtant d’ail- À leurs accablé du délaissement intérieur et des sécheresses qu’il | mon éprouvait , il disait quelquefois : « Notre-Seigneur ne veut L dus » pas que je me réjouisse en rien : il faut en être content, et L trep » se soumettre de bon cœur à ses ordres, » S'il arrivait que, com par mégarde , on l’eût laissé seul dans sa chambre, lorsqu'en- È nel suite on lui représentait qu’il aurait dû envoyer chercher | enfal quelqu'un : « Non , répondait-il, il faut imiter Jésus-Cnrisr, etqu » qui n’a jamais cherché aucune consolation sur la terre : s’il È aucu » m'arrive d’être seul , j'attends que Notre-Seigneur donne à 4 bord » quelqu'un la pensée dè venir me trouver, ne devant point | cette » détourner moi-même personne du service d'un si grand ‘ er, « » maitre. » | prop Lorsque le mal lui eut laissé un peu de relâche, on lui ap- D » di porta quelques petits métiers, avec lesquels on pensa qu'il L » CO pourrait se délasser dans sa chambre , par un travail de mains | roles très-facile. Il accepta ce bon office avec reconnaissance ; mais È ment ni cet expédient , ni d'autres moyens de le récréer qu'on ima- | aux € gina , ne purent produire autre chose en lui, qu'un dégoùt les jo extrême de tout ce qui ne l'élevait pas à Dieu. Le reste lui pa— dant raissait si fade qu'il ue pouvait , sans une sorte de tourment, etil

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sent hommage, é souveraine. »

de ce que cette qu’elle ne fût nt, il répondit des choses néerait tout de sa ence. Il portait e,que, malgré cait devoir con-— vi, disait-il, de EU eùt été plus

la lecture , ni à , et étant d’ailsécheresses qu’il eigneur ne veut être content, et S'il arrivait que , abre, lorsqu'enivoyer chercher r JÉSUS-CHRIST, sur la terre : s'il eigneur donne à ne devant point

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on pensa qu'il travail de mains naissance ; mais créer qu'on imai, qu'un dégoût Le reste lui parte de tourment,

PARALYSIE DE M. OLIER. 375 y donner la moindre attention. Il disait même à ses plus familiers amis que Dieu avait attaché pour lui la croix à toutes les créatures , en sorte que, dès qu'il voulait s'arrêter à quelqu'une, pour y chercher quelque consolation , tout aussitôt il y trouvait la croix. On remarqua en effet, dans plusieurs occasions , cette conduite de Dieu sur son serviteur. M. Olier avait dans sa chambre un petit oiseau si bien apprivoisé, qu’il venait manger sur sa table pendant que lui-même y prenait ses repas , et qui donnait d'autres marques plus singulières de familiarité. À l'exemple du bien-aimé disciple qui se récréait avee une perdrix , il témoignait quelque sentiment de joie à la vue de cet oiseau. Mais sa joie fut de courte durée ; car, une personne ayant ouvert la croisée, par mégarde, laissa échapper l'oiseau, qui ne revint plus.

Au printemps de cette année 1654 , il se trouvait cependant moins souffrant. Les médecins, jugeant qu’il pourrait recevoir du soulagement des eaux de Bourbon , lui conseillèrent d'entreprendre de nouveau ce voyage Il regarda leur invitation comme un ordre de Dieu ; et quoiqu'il fût assuré que son mal ne le quitterait qu’à la mort, il obéit avec la simplicité d’un enfant. Pendant ce voyage, qu'il entreprit au mois de mai, et qu’il fut obligé de faire à petites journées , il ne laissa passer aucun jour sans recevoir la sainte Eucharistie, On crut d’abord qu’il serait difficile, sur les chemins , de lui procurer cette consolation , les hôtelleries où l'on était obligé de s’arréter, étant quelquefois assez éloignées des églises ; et on lui proposa de s’en abstenir pour quelques jours. « Hélas ! répon- » dit-il, ôtez-moi tout , pourvu que vous nie laissiez la sainte » communion , la seule consolation qui me reste, » Ces paroles et l'accent avec lequel il les prononça touchèrent si vivement ceux qui l’accompagnaient, que sans s'arrêter davantage aux difficultés , ils trouvèrent les moyens de le satisfaire tous les jours. Dans un autre voyage qu'il fut obligé de faire pendant la même maladie, on le laissa une fois sans communier; et il passa tout ce jour dans l'abattement ct la tristesse. Un

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