‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 184 sur 235 · IV. PART. — PÉLERINAGE AU PUY · texte numérisé non relu

IV. PART. — PÉLERINAGE AU PUY

ecclésiastique qui en avait été étonné, ne le fut pas moins le lendemain de le voir surabonder de joie; et comme on ne remarquait point en lui de ces sortes d’inégalité, il ne put s’empêcher de lui en témoigner sa surprise. M. Olier avait communié ce jour-là : « Le moyen de n'avoir pas de joie, » répondit-il, lorsqu'on a en soi-même celui qui est La voie, » da vérité et la vie? » À Bourbon, pour n'être pas privé de cette grâce, il obtint des pères Capucins une chambre dans leur couvent, tout auprès d'une chapelle, où il entendait la sainte Messe ot communiait aux heures qui lui ctaient le plus commodes.

Les infirmités de M. Olier l’obligèrent jusqu'à sa mor! de faire tous les ans le même voyage ; il l'entreprit cette année et la suivante , sur l’avis des médecins, quoique toujours avec aussi peu de succès. Après avoir pris les eaux, à la première saison de Fannée 1655, sentant que sa fin était proche, il désira faire, une dernière fois, le pélerinage de Notre-Dame du Puy. Il y arriva comblé de joie de revoir une ville où régnait, depuis tant de siècles, la dévotion la plus tendre envers la Mère de Du, et où il se souvenait d’avoir reçu , par son intercession, des grâces très-abondantes. Le séjour qu’il y fit fut pour lui une source de bénédictions, et un grand sujet d’édification pour les habitants. On le voyait prier très-assiduement dans l’église de Notre-Dame : c'était même, de tous les lieux de piété qu’il avait visités dans la France, celui pour lequel il témoignait le plus d’attrait. « 9e suis dans un lieu, » écrivait-ii, où je finirais ma vie avec joie, aux pieds de » Notre-Dame du Puy, à laquelle je suis redevable, par sœur » Agnès, de toutes sortes de grâces. » Ne pouvant demeurer toujours présent de corps dans cette église, et désirant y être au moins en esprit, autant qu’il était en son pouvoir, il laissa, auprès de l'image de Marie, une statue d'argent , où il s'était fait représenter dans la posture d’un suppliant, qui respec-

tueusement incliné devant elle, lui faisait hommage de tous les sentiments que doit un sujet à sa souveraine, et un fils à

sa ] ricl nail jure de t des Dur la se cepl priv com lieu l'usa fice :

Fi pass:

mère ture il di qui v » me » tot Croix qu'il des y comn Auve ce qu C'étai qui, avait cien d lorsqu

it pas moins le mme on ne reil ne put s'emlier avait com— * pas de joie, qui est a voie, n'être pas privé e chambre dans ù il entendait la li luiétaient le

qu'à sa mort de rit cette année et 16 toujours avec x, à la première it proche , il dé- : Notre-Dame du ville où régnait, tendre envers la eçu , par son inséjour qu’il y fit

un grand sujet t prier très-assiit même, de tous ance, celui pour is dans un lieu, e, aux pieds de evable, par sœur puvant demeurer

t désirant y être ouvoir , il laissa, rent , où il s'était ant, qui respecommage de tous sine , et un fils à

PÉLERINAGE À LANGFAC, 377 sa mère. Non content de cette offrande, il laissa encore une riche médaille d'or, sur laquelle il avait fait graver le séminaire de Saint-Sulpice de Paris, qu’il lui présentait , la conjurant de le prendre sous sa protection spéciale, et de faire, de tous ceux qui l'habitaient, autant d'instruments de la gloire de son Fils.

Ce dernier séjour &u Puy fut d'environ un mois ct demi. Durant tout ce temps, M. Olier eut la consolation de célébrer la sainte Messe, dans l'église cathédrale, tous les jours, excepté deux, où il fut obligé de garder la chambre, sans être privé néanmoins de la sainte communion; ce qu’il regarda comme l'une des grâces particulières qu'il recevait dans ce lieu de bénédiction ; car , depuis sa chute, jamais il n’avait eu l'usage de ses membres assez libre pour célébrer le saint sacrifice aussi souvent.

En quittan: la ville du Puy, il reprit la route des eaux, et passa par Langeac, afin &’y vénérer les précieux restes de la mère Agnès, Comme il se présentait pour entrer dans la clô— ture, et qu'il était obligé de marcher appuyé sur un bâton, il dit agréablement à la mère des Cinq-Plaies , alors prieure, qui vint le recevoir à la porte du couvent : « Vous voyez, ma » mère, comme je suis; c'est la mère Agnès qui m’a fait ce » tour-là ; » voulant dire qu'elle était fidèle à lui obtenir les croix qu’elle lui avait promises.

Il serait difficile d'exprimer les sentiments de vénération qu'il fit paraître lorsqu'on cut ouvert le cercueil. Sans la voir des yeux du corps, et sans converser visiblement avec elle, comme il avait fait si souvent durant son premier séjour en Auvergne , il ressentit une joie intérieure, qui surpassait tout ce qu'il avait éprouvé alors dans ses différents entretiens. C'etait le fruit de la charité consommée de cette grande âme, qui, vivant dans la société de Jésus-Cnrisr et des saints, avait beaucoup plus de pouvoir pour attirer à Dieu son ancien directeur, et lui obtenir de nouvelles faveurs du ciel, que lorsqu'ils étaient ensemble en oraison au pied des saints ta

378 III, PART, — PARALYSIE DE M. OLIER, bernacles. Dans ce dernier voyage, voulant reconnaitre toutes les grâces qu'il avait reçues par son intercession, il fit de nombreux présents à la chapelle du monastère, et donna, entre autres objets précieux, un soleil et le calice d'argent qu’on y conserve encore, Sa vie ne fut plus, jusqu'à la fin, qu'une suite de souffrances et de peines d'esprit, comparables à un continuel martyre.

À mesure qu’il approchait du terme de sa carrière, on remarquait que Dieu lui donnait de fréquentes pensées de la résurrection. Il avait eu de tour temps un attrait particulier pour ce mystère , et il fit alors acheter et placer dans sa chambre un tableau qui le représentait. Tout accablé qu'il était sous le poids de ses maux, il se leva une fois de son fauteuil, et, se mettant à genoux devant ce tableau, il demeura une heure entière dans cette posture , tout absorbé en Du. Celui qui le gardait l'avertit enfin de ne pas se fatiguer plus longtemps, et l’aida à se relever. Par obéissance, il se remit dans sa première situation , en disant : « Hélas! peut-on s’ennuyer » quand on pense à ce mystère? » De temps en temps on l’entendait s’écrier. « Ah! chère éternité, tu n'es pas loin. » Puis prenant sa main, il disait :« Corps de péché, tu pourriras » bientôt. » Comine un jour, pour lui procurer quelques moments de récréation , un ecclésiastique vint l’entretenir de nouvelles ; il lui imposa silence, en disant que « cela n'avait » pas le goût de l'éternité. » Rien n’occupait tant son cœur que le désir d'aller jouir de Dieu. Il passa cette année, qui fut la dernière de sa vie, en soupirant presque sans cesse vers l'éternité, et souffrant dans cette vue ses maux, avec un courage et une joie qui donnaient de l’étonnement et de l'admiration à tout le monde. Malgré la joie qu’il éprouvait en pensant à la proximité de sa mort, il s’abstenait d'en parler à ses ecclésiastiques , de peur de les afliger. Enfin , le premier jour du Carème , s’entretenant avec M. de Bretonvilliers, il lui dit : « Préparons-nous ; car bientot nous ne nous ver- » rons plus, et à Pâques il faudra nous séparer. » Ensuite,

ami rité » sl » p » C » re lui « « À

U visit fessi serai » M dont aprè men béné cout:

Le qu'il

ER

‘onnaitre toutes ssion, il fit de ère, et donna, calice d'argent jusqu'à la fin, prit, compara-

arrière, On repensées de la rétrait particulier er dans sa chamcablé qu'il était de son fauteuil, il demeura une é en Dieu. Celui iguer plus longil se remit dans ‘ut-on s’ennuyer n temps on l'enn'es pas loin. »

hé, tu pourriras ocurer quelques t l'entretenir de ue « cela n'avait it tant son cœur ette année , qui e sans cesse vers X, avec un Cou— tet del’admiraouvait en pen-— d'en parler à ses fin , le premier retonvilliers , il s ne nous verarer. » Ensuite,

PARALYSIE DE M, OLIER. 379 il désigna M. de Bretonvilliers pour son successeur dans la supériorité de la raison, et voulut avoir avec lui tous les jours de longs entretiens, sur la conduite, l'esprit et les réglements ‘es séminaires.

Plus il approchait de sa fin, plus il se sentait attiré à une privation universelle de tout ce qui pouvait le satisfaire , même spirituellement , de la part des hommes. Considérant Notre-Seigneur sur la croix, Vénué de toute consolation , il se priva de celle même qui était comme la seule qu'il goùtât depuis long-temps , la conversation d’un ami qu'il chérissait tendrement en Notre-Seigrieur, Quelques mois avant sa mort, il cessa de l'inviter à venir s'entretenir avec lui, et eut soin de lui cacher le motif de cette conduite , usant à son égard d'une réserve qui ne répondait pas à son ancienne amitié pour lui. Enfin, la surveille de la dernière rechute de M. Olier, cet ami lui demandant pourquoi il le traitait avec tant de sévérité : « Mon enfant , lui répondit-il, je mourrai bientôt; je » suis donc bien aise de me priver de tout , et de ne plus » prendre aucune consolation dans ce monde. Il faut attendre » celle que j'espère de la divine miséricorde dans la bienheu- » reuse éternité. » Quelqu'un le trouvant appliqué à Du, lui demanda à quoi il s’occupait ; il répondit ces paroles : « À ne rien désirer de ce qui frappe les yeux. »

Une personne de condition , qu'il avait dirigée, lui fit une visite ; et désirant se confesser, lui dit que pour faire sa confession elle prendrait le temps qui lui conviendrait et qui lui serait le moinSincommode : € IT faut donc, lui répondit » M. Olier, que ce soit avant le jour de Paques. » Une autre, dont il avait aussi la direction , se retirant de sa chambre après avoir conversé avec lui , il se retourna vers elle au moment où elle le quittait, et lui dit adieu, en lui donnant sa bénédiction, sans qu'elle s’en aperçüt ; ce qu'il n'avait pas coutume de faire à l'égard de ceux qui le visitaient.

Le 26 mars, qui était le lundi de la Semaine-Sainte, lors— qu'il voulut se lever , il fut saisi d'un tremblement qui se

communiqua à tout son corps, et il fut attaqué d'une légère apoplexie, sans perdre néanmoins connaissance. Il était alors à la maison de campagne du séminaire, à Issy, où il s'était fait transporter, afin, disait-il, de se préparer à la mort; mais le médecin jugeant qu’on devait le ramener à Paris, où on pourrait lui procurer plus aisément tous les secours nécessaires , On Îe transporta au séminaire de Saint-Sulpice. I y ressentit quelque soulagement, qui fut de peu de durée. Dèslors on s'aperçut qu'il perdait la mémoire de presque wat, excepté de Drru. Le jeudi suivant, quelqu'un de la ville étant venu le visiter, il lui parla avec une grande charité , et lui découvrit, sur l'état de sa conscience, des choses qu'il ne pouvait savoir que par révélation. Il s'entretint aussi en ‘ecret avec un directeur du séminaire , à qui il donna d'excellentes instructions pour sa propre conduite et pour celle de la maison , l’exhortant surtout à ne jamais agir selon les maximes de la prudence humaine , mais toujours dans la simplicité de la foi. IL lui témoigna qu’il mourait avec la confiance que Dueu soutiendrait le séminaire , parce que c'était son ouvrage, et il ajouta qu'il laissait cette maison entre les mains de la très-sainte Vierge, qui s'en était toujours montrée la protectrice.

€ fut vraisemblablement alors, qu'annoncçant à ses disciples sa mort prochaine , il ajouta que plusieurs parmi eux le suivraient de près. L'événement justifia bientôt cette prédiction, et avec des circonstances si frappantes, qu’on regarda la mort de ces ecclésiastiques, non comme l'effet du cours ordinaire de la nature, mais comme une grâce accordée aux prières de M. Olier, qui voulait offrir ce présent au Seigneur, en quittant la terre. M. Blanlo, entendant son saint maître demander qui d’entre ceux qui étaient présents voulait faire le voyage de l'éternité : « C'est moi, » répondit-il avec assurance. « F'ailes » donc vos préparatifs, » reprit M. Olier. Il fut obligé, en effet, de se mettre au lit, le jour même, et mourut avant que le serviteur de Dieu eût été inhumé.

ER

é d'une légère », IlLétait alors , où il s'était rer à la mort; er à Paris, où es secours né— t- Sulpice. I y de durée. Dèspresque tuut, le la ville étant rité , et lui dés qu'il ne pouaussi en ‘ecret na d'excellentes our celle de la Ion les maximes la simplicité de a confiance que ait son ouvrage, les mains de la 1ontrée la pro—

nt à ses disciples mi eux le suiette prédiction ; regarda la mort cours ordinaire e aux prières de gneur, en quitmaitre demanit faire le voyage surance. « Failes | fut obligé, en ourut avant que

Le samedi saint, quelqu'un le priant de se ressouvenir de lui, quand il serait participant de la gloire des bienheureux, laissa échapper dans le discours quelques mots de louanges. M. Olier ne pouvant alors dissimuler la peine qu'il en ressentait : « Ha! monsieur, répondit-il, vous me dites des paroles » qui me blessent le cœur. » Ce furent les dernières qu'il prononça Ini-même. Car peu après, et environ à neuf heures du matin, il perdit tout-à-coup ia parole, qu’il ne recouvra plus : vers midi, il entra dans un profond assoupissement, et comme il avait déjà reçu le saint Viatique , et qu'on jugeait que sa fin approchait , on lui donna sans différer le sacrement de l'Extréme-Onction, qu'il reçut avec sa parfaite connaissance.

Dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques, les fréquentes absences d'esprit qu’il éprouva, donnèrent de nouvelles alarmes. Il revint cependant à lui; et, voyant près de son lit un de ceux avec qui il avait toujours été lié le plus étroitement , il lembrassa avec une affection toute partien— lière , en lui disant adieu. Le bruit du danger extrème où on le voyait s'étant répandu dès le matin dans la paroisse, il fut visité de plusieurs personnes, qu'il salua par signes , avec des regards de douceur et d’honnêteté, qui annonçaient tout à la fois ct la plus vive reconnaissance pour les marques de charité qu'on lui donnait, et le calme parfait qui régnait dars son âme.

A trois heures après midi, il perdit toute connaissance , en sorte qu'il ne put répondre en aucune manière à l'honneur qu'il reçut, peu de moments après, de l'archevêque de Bourges, du prince de Conti, et de quelques autres personnes de qualité, qui le visitèrent successivement. Il recouvra néan-— moins encore l’usage de la raison , et demeura dans cet état jusqu'au lendemain, mais sans pouvoir rien articuler. Saint Vincent de Paul, qui l’avait visité pendant sa maladie, ayant appris l'extrême défaillance où il était , vint le voir de nouveau le lundi de Paques, qui devait être son dernier jour ; et

382 IV, PART, — MORT DE M. OLIER, ! ce fut sous les yeux de cet ange tutélaire, auquel il avait cu be: recours tant de fois durant sa vie, qu'il rendit son âme à son (LÀ créateur, vers cinq heures un quart du soir, le second jeur d'avril, fête de saint François de Paule, On ne sait pas, dit M. de Bretonvilliers, s'il avait alors sa connaissance, M. Baudrand assure néanmoins que les transports de son amour continuèrent jusqu'à sa mort, et que ce fat dans ces mouvements tendres et extatiques, que son âme se sépara de son corps, pour se perdre dans le sein de Dieu, I avait vécu quarante huit ans, six mois et douze jours. Saint Vincent de Paul écri- ‘M vait le 6 du même mois : » I a plu à Dieu de disposer de 14 » M. l'abbé Olier, de qui Notre-Scigneur s'est servi pour | » beaucoup de bonnes œuvres; j'ai eu le bonheur de me » trouver auprès de lui lorsqu'il a rendu l'esprit, » L'affection si constante du saint fondateur de la Mission pour les enfants de M, Olier , ne parut jamais plus tendre ni plus vive qu'au moment où il les vit privés de la présence de leur père, et plongés, par cette mort prématurée, dans la plus profonde affliction, @ 11 fut un de ceux, dit Abelly, qui » regrettérent davantage la grande perte que l'Eglise avait » faite en la personne de M. Olier, ce grand serviteur de » Du; et depuis, il continua toujours de servir avec la » même affection MM. de Saint-Sulpice, qui s’assemblèrent » plusieurs fois avec lui, pour aviser aux moyens de main- » tenir et de perpétüer ce que M. Olier avait commencé si » dignement.» Ce futen effet saint Vincent de Paul qui présida à l'assemblée qu'ils tinrent le 13 du même mois, pour le choix d’un successeur, Ce choix ne devait pas être la matière d’une longue délibération ; M. de Bretonvilliers, que le défunt avait désigné avant sa mort, fut en effet nommé sur-lechamp et d'une voix unanime. Mais , pour attirer la bénédiction de Dieu sur cette première élection, et y procéder avec plus ile confiance , ces ecclésiastique désirèrent que saint Vincent de Paul y fùt présent, et qu’il y assistät aû nom et de lautorite de l'abbé de Saint-Germain leur supérieur. Ce pré-

gra tion l'opi qua » di

» àa\ »

gr » vil » di] » de La mon pelle bits granc Sa sai à lui, procu faire 1 qu'il l'eût}

uel il avait eu son âme à son le second jeur ne sait pas, dit sance, M. Bauson amour con- ‘es mouvements à de son corps , vécu quarantes nt de Paul écri- | de disposer de s'est servi pour bonheur de me sprit. » ur de la Mission is plus tendre ni e la présence de maturée , dans la , dit Abelly, qui que l'Eglise à ait nd serviteur de e servir avec la ui s'assemblèrent oyens de mainait commencé si le Paul qui prène mois, pour le 15 être la matière icrs, que le dét nommé sur-lettirer la bénédicy procéder avec nt que saint Vin- At a nom et de périeur. Ce pré-

Page 1