MORT DE M, OLIER
lat lui en écrivit en ces termes : « J'ai été averti de la perte de » M. Olier , supérieur du séminaire du faubourg Smnt-Ger- » main; et comme ces messieurs n'ont point vote procéder » à une nouvelle élection, sans me le faire savoir, et m'ont » fait l'ouverture de vous prier de vouloie les assister dans » cette occasion, et autoriser de votre presence une action » qui n'a d'autre but que la plus grande gloire de Dieu ; je » vous cobjure, pour l'amour de moi, de ne leur point refu- » ser ce secours, espérant que Dieu favorisera leur dessein , » et que vous serez le moyen dont il se servira pour y parve- » nir. » Saint Vincent présida à l'élection; et signa le premier l'acte qui en fut dressé par les notaires, selon la coutume de ce temps.
Nous ajouterons avec Abelly, l'un de ses historiens, que ce grand serviteur de Dieu avait M. Olier en singulière vénération, qu'il le regardait comme un saint, et publiait partout l'opinion qu'il en avait conçue; et, avec Collet, qu'il l'inve-qua les trois années qu'il vécut encore, « Je ne doute point , » dit ce dernier, que les enfants de M, Olier n'apprennent » avec consolation, que notre saint demandait à Dieu des » grâces par les mérites de leur instituteur, C'est ce qu'ilécri- » vit lui-même, sur la fin du mois de juillet 1660 , c'est-à- » dire, deux mois avant qu'il allât se rejoindre dans le sein » de la divinité à ce cher et pieux ami, »
La mort de M. Olier fut à peine connue dans Paris, qu’on montra un grand désir de le voir : il fut exposé dans la ch°pelle du séminaire, où il démeura trois jours, revêtu des habits sacerdotaux, Chacun s'empressait de témoigner la plus grande vénération pour sa personne. L'opinion qu'on avait de sa sainteté, inspirait aux uns de se recommander humblement à lui, en priant à ses pieds; aux autres, de solliciter et de se procurer quelque chose qui lui eût appartenu ; à plusieurs, de faire toucher à son corps des médailles et des chapelets, Tant qu'il fut exposé, son visage parut si beau et si serein, qu'on l'eût pris pour un homme qui sommeillait; aussi personne ,
384 IV, PART, — MORT DE M, OLIER, en le considérant , n'éprouvait rien de cette horreur secrète qu'on ressent ordinairement aux approches d'un cadavre.
Ce qui donna une nouvelle surprise, c'est que, le troisième jour, quoiqu'il fat demeuré si long-temps dans la chapelle, au milieu d'une grande afMluence d'assistants qui se succédaient continuellement , et de plusieurs flambeaux dont la chaleur devaitaccélérer la corruption , son corps n'exhalait néanmoins aucune mauvaise odeur, Deux jours après M. Olier, mourut M. Blanlo , dont nous avons parlé ; et, le 20 du même mois, il fut suivi de M. François de Parnuys, prêtre du diocèse de Rouen. M, de Bretonviiliers ajoute que plusieurs autres ecclésiastiques moururent vers le même temps.
Entre les autres choses extraordinaires dont sa mort fut accompagnée, ou suivie, on remarqua sur son front la forme d’une croix, qui depuis plusieurs années y était imprimée en traits fort sensibles. « Elle y demeura { c'est ainsi que s’'ex- » prime M. de Bretonvilliers ) presque aussi visible que de son » vivant, comme je puis l'assurer moi-même pour l'avoir » vue. Le second ou le troisième jour , après qu'on l'eut ex- » posé dans la chapelle, je voulus savoir , ajoute-t-il, si ce » qu'on m'avait dit était vrai, et je vis la croix peinte sur » son front, comme elle l'avait été durant sa vie : plusieurs » autres personnes en ont aussi été témoins. » Ce signe fut regardé comme une marque de prédilection du Père des miséricordes , qui depuis tant d'années l'avait fait passer par là voie des croix, et comme un signe particulier de ressemblance avec Jésus crucifié. Un de ses enfants spirituels { M. de ha Pérouse ) a souvent raconté, que malgré le soin qu'avait eu le serviteur de Dieu de cacher cette faveur , ne découvrant jamais son front, pendant tout le temps que ses dernières infirmités l'avaient retenu dans sa chambre, on s’en était aperçu uéanmoins plusieurs fois. Comme il lui parlait lui-même avec beaucoup de familiarité, et qu’il lui tenait souvent compagnie, il remarqua qu'une des branches de cette croix , de couleur rouge, et qui s'élevait du milieu d’un cœur comme enflammi,
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ORAISON FUNÈBRE DE M, OLIER, 385 n'était presque pas formée. « Mon père, lui dit-il, votre » croix n'a qu'un travers? » « Mon enfant, répondit M.Olier, » c'est que ma croix n'est pas achevée : » voulant dire qu'il avait encore beaucoup à souffrir.
Après que la curiosité des âmes pieuses eut été satisfaite , on l'ouvrit le quatrième jour : il fut embaumé et mis ensuite dans une bierre de plomb, qu’on renferma dans un cercueil de chéne. Plus de deux cents ecclésiastiques se trouvèrent à ses obsèques, et MM. les curés de Paris y assistèrent en sur— plis et en étole. Le 5 du mois d'avril, après un service fait à la chapelle du sémineïre, on porta le corps à la paroisse de Saint-Sulpice, et le 9 du même mois, on fit dans cette église un autre service solennel, où assistèrent le clergé du séminaire , les ecclésiastiques de la communauté, et une multitude de paroissiens ; personne ne songeait toutefois à prier pour le défunt, chacun n'étant occupé qu’à l’invoquer pour soi-même. M. de Maupas, évque du Puy, y prononça l’oraison funèbre. Il paraît qu'il le mit en parallèle avec David , et montra que, pour établir le règne de Jésus-Curisr dans sa paroisse, il avait imité ce grand roi, faisant la guerre aux ennemis du peuple de Dieu, et les assujétissant par l’ascendant de ses vertus et par sa prudence, aussi bien que par son courage et sa magnanimité. Cette oraison funèbre n'est pas venue jusqu’à nous ; on croit pourtant en conserver quelques traits, dans une Approbation que M. de Maupas donna, dans le même temps, à un des écrits de M. Olier, alors sous presse, et qu’il data du jour même de sa mort. « Ce digne abbé, > dit-il, vrai pasteur des âmes, qui a caché son nom et sa » vertu avec tant de soin, aussi bien que les avantages de sa » naissance, a refusé le sceptre d'un David, mais non pas sa » houlette, ses sueurs, ses peines et ses combats : il a donné » une pâture excellente aux âmes fidèles ; il a fait la guerre » aux ennemis de Dieu; il a vaincu les Philistins, et terrassé » les ours et les lions. Dieu veuille que la jalousie de quelque » Saül ne s’offense point des louanges queje dois aux victoi—