‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 190 sur 235 · MADEMOISELLE MANSE · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE MANSE

nombre ; nous nous bor *rons aux principales, nous conten-—

tant ici d'abréger les déclarations authentiques qui en furent

données, et dont on conserve les originaux au séminaire de Saint-Sulpice.

Nous commencerons par la guérison de cette même demoiselle Manse , qui était venue s'offrir à M. Olier pour assister les malades de Montréal , en attendant que M. de la Dauver-

sière y eût envoyé des Hospitalières. Celles-ci ayant enfin été

établies à La Flèche, en Anjou , mademoiselle Manse , qui ne

pouvait plus suflire au service de la colonie, demandait depuis plusieurs années qu'ou hàtât leur départ. Mais deux obstacles l'avaient retardé jusqu'alors : l'autorité de personnes puissantes qui voulaient établir à Ville-Marie les Hospitalières de Québec ; et l'absence de toute sorte de secours pour la fondation de celles de M. de la Dauversière. Sur ces entrefaites , mademoiselle Manse s'étant rompu le bras en tombant sur la glace, ayant même perdu tout-à-fait l'usage de ce bras, par la maladresse’des chirurgiens du pays, elle repassa en Europe, après environ deux ans de souffrances, pour y consulter des médecins plus expérimentés, et pour essayer d'amener avec elle des Hospitalières de La Flè ‘ne, quoiqu'elle n’eût ni les fonds nécessaires à leur établissement à Montréal , ni l'espé- | rance d'en acquérir.

La sœur Bourgeois institutrice de la congrégation de Ville-Marie, voulut suivre sa compagne infirme, incapable alors de voyager seule, et même de s'habiller. Dès qu'elles furent | arrivées à Paris , M. d'Olbeau, chanoine de la Sainte-Chapelle et parent de mademoiselle Manse, mit tout en œuvre pour : | obtenir sa guérison. Il réunit dans ce dessein les médecins et | les chirurgiens du Roi, et to::s les autres qui avaient le plus de réputation dans Paris. Mis, après avoir examiné le bras | de mademoiselle Manse , et l'avoir lavé plusieurs fois avec diverses liqueurs, ils jugèrent tous unanimement qu’il était | entièrement mort, et que la malade n'avait point de guérison à attendre. Sachant donc que son mal était incurable, ellene

394 1V, FART. — GUÉRISONS ATTRIBUÉES À M. OLIER. songea plus qu’à l'affaire des Hospitalières ; et, quoiqu'il n'y eût aucune apparence qu'elle dût trouver , dans la charité des fidèles, des aumônes suffisantes pour cette fondation , elle ne laissa pas d'adresser à Dieu des prières ferventes , et d'engager encore toutes les personnes p'euses qu’elle connaissait à s'unir à ses intentions. Elle implorait aussi l'assistance des saints, spécialement celle de M. Olier, ne doutant pas de son crédit auprès de Dieu, ni de l'intérêt qu'il prenait à cette œuvre, puisque, avant sa mort, il avait signé le contrat qui donnait aux Hospitalières de La Flèche, la conduite de l'hôpital.

Par un effet de cette vive confiance , elle eut la dévotion d'aller l'invoquer sur son tombeau , accompagnée de la sœur Bourgeois ; et quoiquelle n’eñt point la pensée d'obtenir un miracle, elle y fut subitement guérie, ainsi qu'elle nous l'apprend elle-même dans la déclaration suivante qu’elle écrivit ct signa de sa main.

« Au nom de la très-sainte Trinité,

» Je, Jeanne Manse, reconnais et confesse en la présence » de mon DrEu, avoir reçu la grâce de l’usage de ma main » droite par les mérites de feu M. Olier ; ce qui s’est passé en » cette manière :

» Il y a deux ans que j'étais restée estropiée après une » chûte, où j'eus le bras rompu, et le poignet démis ; car » les chirurgiens qui me pansèrent, ne s'étant aperçus de »'la dislocation de mon poignet que six mois après, et lors- » qu'on n’y pouvait plus apporter de remède, je demeurai » tout-à-fait privée de l'usage de ma main. De plus, j'en » souffrais beaucoup , et j'étais obligée de porter toujours » mon bras en écharpe, ne le pouvant soutenir autrement, » ou sans qu'il fût appuyé. Depuis le moment de ma chûte, » qui fut le dimanche 98 janvier 1657, à huit heures du » matin, jusqu’au 2 février 1659, je ne pus m'aider ni me » servir de ma main en aucune manière; de sorte qu'il fal-

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, quoiqu'il n'y s la charité des dation , elle ne s , et d'engager naissait à s'unir nce des saints, s de son crédit à cette œuvre , rat qui donnait le l'hopital.

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opiée après une gnet démis; car ‘étant aperçus de is après, et lorsède, je demeurai ain. De plus, j'en e porter toujours itenir autrement, ent de ma chüte, à huit heures du pus m'aider ni mé de sorte qu'il fal-

MADEMOISELLE MANSE. 395 » lait qu'on m'habillàt et me servit comme un enfant, Les » chirurgiens et autres personnes habiles en ces matières , » m'assuraient qu'il n'y avait point de remède pour me ren- » dre l'usage de ma main, mais qu’il fallait tâcher seulement » d'empêcher que la chaleur naturelle ne se retirät, et que » mon bras ne vint à se dessécher et à mourir tout-à-fait, Il » ya dix-huit mois que je n'usais d'aucun remède, n'espé- » rant plus de guérison, et n'aycui pas même la pensée de » demander un miracle. J'étais contente de me soumettre à » l’ordre de Dieu, et de demeurer ainsi, toute ma vie , en » cetétat de privation douioureuse et pénible.

» J'avais désiré de voir le cercueil de feu M, Glier , non pas » dans la vue de mon soulagement, mais dans l'intention 4e » l’honorer , l'estimant un très-grand serviteur de DrEu, » J’eus la permission de le voir , le jour de la Purification de » la sainte Vierge. Je savais qu'il avait, pendant sa vie, » grande dévotion à ce jour. Comme je fus sur le point d’en- » trer dans la chapelle où repose son corps, la pensée me » vint de demander à Dieu, par les mérites de son serviteur, » qu'il lui plût de ‘me donner un peu de force, et quelque » soulagement à mon bras, afin que je m'en pusse servir » dans les choses les plus nécessaires, comme pour m’habil- » ler , et pour accommoder notre autel de Montréal. Je dis : » O mon Dieu, je ne demande point de miracle, car j'en suis » indigne, mais un peu de soulagement , et que je me puisse » aider de mon bras. Comme j'entrais dans la ch:gelle, il me » prit un saisissement de joie si extraordinaire , que de ma » vie je n’en sentis de semblable. Mon cœur en était si plein, » que je ne le puis exprimer ; mes yeux étaient comme deux » fontaines de larmes qui ne tarissaient point : ce qui venait » si doucement, que ie me sentais comme toute fondue, sans » aucun effort ni travail de ma part, pour m'exciter à telle » chose, à quoi je ne suis pas naturellement disposée. Je ne » puis exprimer cela , sinon en disant que c'était un effet de » la grande complaisance que j'éprouvais du bonheur dont

»iment, je sentis que ma main était devenue libre , et qu’elle

tré dans la chapelle, trouva mademoiselle Manse baignée de

396 IV PART. — GUÉRISONS ATTRIBUÉES À M. OLIER, » jouissait ce bienheureux serviteur de Dieu. Je lui parlais

comme si je l'eusse vu de mes yeux, et avec beaucoup plus de confiance, sachant qu'il me connaissait à présent, bien mieux que lorsqu'il était au monde; qu'il voyait mes besoins , et la sincérité de mon cœur, qui ne lui avait rien caché.

» J'entendis la sainte Messe, et communiai dans cette douceur extraordinaire, ne songeant point à mon bras qu'après la Messe , lorsque M. de Bretonvilliers s’en allant à la paroisse pour assister à la procession , je le priai de me donner le cœur de feu M. Olier, pour le faire toucher à mon bras , lui disant que je croyais n'avoir plus que faire du sang des bœufs et des taureaux pour ma guérison. J'eus

»fdès-lors une certaine confiance d'être exaucée. Il me l’ap-

porta et se retira ; et moi, pensant aux grâces que Dieu avait mises dans ce saint cœur , je pris de ma main gauche ce précieux dépôt, je le posai sur ma main droite, toute enveloppée qu'elle était dans mon écharpe. Au même mo-

soutenait sans appui le poids de la boite de plomb , où le cœur est renfermé : ce qui me surprit, m'étonna merveilleusement, et m'obligea de louer et de bénir la divine bonté de la grâce qu’elle me daignait faire, de manifester en moi la gloire et le mérite de son saint serviteur. Je sentis en même temps une chaleur extraordinaire se répandre par tout mon bras , jusqu'aux extrémités des doigts, et l'usage de ma main me fut rendu dès ce moment ; quoiqu’elle soit toujours disloquée , je m'en sers néanmoins sans douleur, ce qui est encore plus admirable.

» Je déclare que tout ce que j'ai écrit ci-dessus, en ces deux petites feuilles, est véritable et sincère : en foi de quoi je l’ai écrit et signé de la même main dont j'ai reçu l'usage. À Paris, ce 13 février 1659. Jeanne Manse. » Au retour de la procession, M. de Bretonvilliers étant en-

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MADEMOISELLE MANSE, 397 larmes , et dans des transports de joie si excessifs, qu’elle ne put prononcer aucune parole. Le bruit de cette guérison se répandit aussitôt dans Paris. On en conçut une vénération singulière pour mademoiselle Manse , jusque-là que, lorsqu'elle passait dans les rues, on coupa plusieurs fois des morceaux de sa robe, et qu’elle se vit obligée de ne plus sortir qu'en voiture, pour se dérober aux empressements du peuple. Des personnes de marque voulurent la voir à leur tour , et s'entretenir avec elle; et c'est probablement de cette guérison que parle l'abbé Fleury , en rapportant ce qu'il avait appris d'un grave magistrat, M. de Gaumont, conseiller au Parlement de Paris, mort en 1665. « Il était persuadé, dit-il , de » la sainteté de M. Olier , fondateur du séminaire de Saint- » Sulpice, et rapportait quelque miracle fait depuis sa mort, » par son intercession. » Il arriva même que des personnes généreuses, sachant dans quel dessein mademoiselle Manse était venue à Paris, s’'empressèrent de lui fournir l'argent nécessaire à la fondation qu'elle sollicitait; en sorte qu'après avoir obtenu au-delà de ses espérances, et avoir recouvré le parfait usage de son bras , elle emmena à Montréal des Hospitalières qui y commencèrent en' effet cette fondation. Telles furent les circonstances de cette guérison extraordinaire. Parmi les actes autographes que nous avons sous les yeux, on trouve deux témoignages du plus grand poids : ce sont les déclarations authentiques des chirurgiens de Québec et de Montréal, qui, ayant traité mademoiselle Manse avant son voyage en France, certifiérent sa guérison dix-huit mois après qu’elle avait eu lieu. La sœur Bourgeois, qui en avait été elle-même témoin, en fait mention dans ses écrits. Enfin, l'auteur ues Mémoires sur M. de Laval, premier évêque de Québec, ajoute que mademoiselle Manse conserva librement jusqu’à la mort l'usage de ce bras, malgré des accidents et des chüûtes qui auraient dà le lui faire perdre de nouveau.

Un ecclésiastique, formé autrefois par M. Olier, était affligé depuis trois ans d’une infirmité dont tous les remèdes

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