V PART, — GUÉRISONS ATTRIBUÉES A M, OLIER
humains n'avaient pu le guérir : c'était une surdité qui le réduisait à ne pouvoir entendre les confessions que d'un côté, Le samedi de Pâques 1660 , ayant déjà confessé fort longtemps sans pouvoir changer de position , et se trouvant trèsfatigué , il sortit pour aller prendre un peu de relâche dans le jardin du séminaire, La pensée lui vint alors d'entrer dans la chapelle, pour exposer avec simplicité à M. Olier, que , puisqu'il était cause qu'il exerçait ce ministère , il voulût bien par ses prières lui obtenir sa guérison , afin qu'il püt le remplir avec moins d'incommodité, Étant ensuite rentré au confessionnal:, il se remit à entendre les confessions, et fut
fort surpris de reconnaitre qu'il avait été pleinement exaucé,
M. Tulloue, docteur, régent de la faculté de médecine de Paris , l’un de ceux qui avaient plus particulièrement traité cet ecclésiastique , s'offrit plusieurs fois pour attester qu'une guérison si prompte n'avait pu s'opérer naturellement. , Celle de Pierre Trescartes , soldat dans le vaisseau du Roi, nommé le Mazarin, et natif de la Chaise-Dieu , fit beaucoup de bruit, surtout dans la ville du Hävre où elle eut lieu. Le vaisseau sur lequel il servait ayant été attaqué par les Anglais, le 29 septembre 1666, Treseartes fut blessé d'un éclat de la pompe du navire, qu'un boulet de canon mit en pièces, eten eut le bras gauche fracassé d’une si affreuse maniére, que cet éclat laissa dans la plaie un clou chargé de rouille, qui n’en put être retiré qu'après plus de huit jours avec de grands efforts. Comme la main ne tenait presque plus au bras, le chirurgien du vaisseau voulut la couper sur le champ, et faire même l’amputation du bras. Mais, voyant que le soldat y montrait beaucoup d'opposition , il différa ; espérant plus de succès de cette opération , s’il la faisait à terre. Après dix ou douze jours que le vaisseau resta encore en mer, on aborda enfin au Hävre, et l’on transporta le blessé à l'hôpital. La plaie empirant d'un jour à l’autre, les chirurgiens tirèrent plusieurs ossements du bras, et voulurent en venir enfin à l’emputation, Mais quoi qu'ils pussent dire au malade
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TRESCARTES, 399 pendant quinze jours pour le persuader, ils n'y réussirent point , malgré les douleurs insupportables qu'il souffrait sans relâche jour et nuit. Ses forces diminuèrent sensiblement ; et à la fin les médecins craignirent qu'il ne püt soute” la douleur de l'amputation , et ne mourut dans l'oper ion même,
Alors une sœur de l'hôpital, appelée Madeleine Mirrhé, qui conservait par religion un morceau de linge trempé dans le sang de M. Olier , pleine de confiance en ses mérites, se seutit fortement portée à appliquer sur la blessure de Trescartes un morceau de ce linge. Elle lui proposa donc ce moyen, en lui parlant de la sainteté et du crédit du serviteur de Du, et l'engagcant à faire une neuvaine en son honneur. Il y consentit volontiers. Ils voulut même se confesser et communier avant qu'on lui appliquat ce linge, et ce jour même il commença sa neuvaine, récitant chaque jour l'Ave maris Stella , le Salve Regina , avec quelques autres prières, et ajoutant trois fois une invocation à M. Olier. Touchée de la foi et de la dévotion du malade, la sœur Ma deleine , avant d'appliquer ce linge sur la plaie, alla se prosterner devant le très-saint Sacrement, et demanda instam— ment à Notre-Seigneur , de manifester en cette occasion la sainteté de son serviteur ; ensuite elle mit sur la blessure un petit morceau de ce linge, en recommandant au malade de n'en rien dire au chirurgien , et de l'ôter quand il viendrait pour le penser. Pendant qu’elle lui appliquait cet objet, le malade s'endormit, comme s’il n’eût plus ressenti ses uouleurs ordinaires. En effet, elles cessèrent entièrement ce jourlà même ; il n'eut plus de fièvre, et toute la corruption de sa plaie si infecte disparut ; en sorte que le lendemain , 18 novembre, le chirurgien et les médecins, étonnés d'un changement si rapide, furent d'avis d'ajourner l'amputation , et le 22 y renoncèrent tout-à-fait. Ce progrés fut si prompt, que le malade reprit son embonpoint, quitta & lit, se promena dans l'enceinte de l'hôpital, et alla à la chapelle, le
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400 1V PART. — GUÉRISONS ATTRIBUÉES A M. OLIER. dernier jour de se neuvaine , pour remercier Notre-Seigneur. Enfin, le 30 du même mois, c'est-à-dire quatre jours après sa neuvaine, il sortit de l'hôpital , et se rendit dans l'église de Notre-Dime du Hàvre, pour y remercier la très-sainte Vierge des grâces qu'elle lui avait obtenues par l'intercession d son serviteur. Le fait a été attesté par la sœur hospitalière dont nous parlons, par deux médecins et un chirurgien de l'hôpital du Hâvre, qui déclarèrent qu'une pareille cure , opérée en si peu de jours, leur paraissait extraordinaire et irès-mer veilleuse. Ce fut enfin le témoignage que Trescartes lui-même rendit dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice, où il vint, en quittant le Hâvre, remercier son bienfaiteur sur son tombeau.
La guérison de ce soldat fit naître , dans l'hôpital du Hàvre, une confiance extraordinaire aux mérites de M. Olier , et fut suivie peu après d’une autre guérison , en la personne d’une des filles hospitalières du même établissement, nommée Marguerite Vicillard. Elle souffrait des douleurs excessives , par l'effet d’un mal violent qui s'était fixé sur ses yeux. Ne recevant aucun soulagement des remèdes, et pressée par un mouvement de dévotion extraordinaire, elle ta tout l'appareil qui était sur ses yeux, et fit appliquer sur chacun un morceau de linge trempé dans le sang du serviteur de Diev. Aussitôt le mal cessa , la sœur Marguerite alla entendre la sainte Messe, ayant la vue aussi libre que si jamais elle n’avait eu mal aux yeux, et le lendemain sortit et marcha par la ville. Le médecin, la voyant guérie en moins d’une demiheure , ne revenait pas de son étonnement. Ces guérisons extérieures furent l’occasion d’autres effets bien plus précieux que le serviteur de Dieu opéra dans les âmes : « Ils sont si » merveilleux, écrivait-on du Hävre, qu’il n’est pas possible » de les exprimer. »
Dans le recueil des attestations de miracles attribués à M. Olier, on trouve en outre plusieurs guérisons rapportées par Grandet, entre autres celle d’un chanoine de S. Nicolas
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M. BOUCAUT. 401 de Craon , nommé Boucaut , atteint d’une maladie, qui , au dixième jour , le réduisit à l'extrémité. Une vertueuse demoiselle, Marie-Gabrielle Rousseau , en grande estime à Angers pour son zèle, se sentant pressée d’un mouvement de confiance en M. Olier , demanda à la très-sainte Vierge de manifester , par la guérison de ce prêtre, le crédit dont jouissait auprès d'elle le serviteur de Du; et, dans ce dessein , elle envoya au malade un morceau de sa camisole, qu'elle tenait d’un des directeurs du séminaire de Saint-Sulpice. Un chanoine de Saint-Pierre d'Angers, nommé Rigault, fut chargé de le porter au malade à Craon, éloigné de cette ville de douze lieues. Au moment où il arriva , on sonnait son agonie, Entrant alors chez le malade , il apprit que les médecins l'avaient abandonné, et qu'ils avaient dit aux chirurgiens qu'ils pouvaient aiguiser leurs instruments pour ouvrir son corps. On lui donnait à peine une demi-heure de vie, et l’on faisait les prières des agonisants , lorsque M. Rigault s’approchant de son lit : « Je vous apporte, lui dit-il, quelque » chose de M. Olier, Ayez confiance en Dieu, et vous rece- » vrez du soulagement, par l’intercession de son serviteur.» À ces mots, M. Boucaut, levant les yeux au ciel, prit dans sa main ce qu’on venait de lui présenter , et demanda à boire, d'une voix si faible qu'on eut peine à l'entendre. Il trempa lui-même le morceau d’étoffe dans un bouillon qu’on lui apporta , et en but. Dès qu'il eut cessé de boire , il sentit des douleurs d’entrailles très-violentes, Sa maladie était une rétention d'urine ; il en rendit tout le reste du jour , et durant la nuit, une quantité presque incroyable. Les médecins , qui avaient assuré qu'il ne pouvait guérir sans miracle , furent étrangement surpris de la révolution dont ils étaient les témoins; mais ils n’en prononcèrent pas moins que le malade était sans espoir, parce que tout ce qu’il venait de rendre avait séjourné si long-temps dans son corps, qu’infailliblement la corruption devait avoir gagné les intestins. Cependant sa sänté revint tout-à-coup; et maintenant que j'écris
402 IV PART. — GUÉRISONS ATTRIBUÉES À M. OLIER. ceci , ajoute M. Grandet , ( c'était quelques années après ) il est encore vivant.
On a vu l'estime et la vénération des habitants du Puy pour M. Olier durant sa vie; après sa mort , elle les porta à l'invoquer , et devint l’occasion d'un grand nombre de guérisons, qui passèrent pour miraculeuses. « Nous ressentons » tous les jours, écrivait l’un des directeurs du séminaire du » Puy, les assistances de notre très-cher père. J'ai envoyé à » Paris deux actes de deux personnes qui ont reçu la santé par » ses mérites. Nous souhaiterions bien de conserver tous les » ornements qu'il a portés ici en disant la sainte Messe; » mais notre pauvreté ne nous permet pas d'en faire faire de » neufs, et nous sommes obligés d’user ceux qu'a portés no- » tre bon père. Une personne m'est venue présenter de l'ar- » gent pour faire dire une Messe en l'honneur de M. Olier : » ce que je dis pour faire connaître en quelle estime il est » dans ces quartiers, »
M. Colomb, chanoine de la cathédrale, ayant été atteint d’une fièvre continue avec redoublements violents, le 12 avril 4657, et concevant de grandes inquiétudes le quatrième jour de ce mal , eut tout-à-coup la pensée que, s’il se recommandait aux prières de M. Olier , sa fièvre cesserait d’abord, et qu’il pourrait entendre l'oraison funèbre du serviteur de Du, qu'on devait prononcer quelques jours après dans la cathédrale. II l'invoqua, se trouva sans fièvre, et assista en effet à l’oraison funébre. C’est ce qu'il a certifié lui-même dans un écrit signé de sa main, le premier du mois suivant.
Un autre chanoine de la même église , M. de Béget, était atteint d’une fausse pleurésie, et d’un mal de côté fort pressant,, qui l’'empêchait de se retourner d’un côté ni de l’autre. Ayant appris depuis quelques jours la mort de M. Olier , et se souvenant qu'il conservait dans son cabinet une de ses soutanes, il se la fit apporter, n’étant pas en état de se lever pour aller la prendre lui-même ; et , à peine l’eut-il appliquée sur
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M. DE BÉGET, — LA SOŒUR DE LA TRINITÉ. 403 son côté, qu'aussitôt la douleur cessa totalement. La guérison fut mème si parfaite, qu'il se leva sur-le-champ, mit sur lui cette soutane, et n'éprouva, durant tout le jour, aucune atteinte de son mal. Mais le soir, après l'avoir quittée, il sentit revenir sa première douleur, aussi aiguë et aussi pressante qu'auparavant. « Incontinent, dit-il dans sa » déclaration, je la repris et la mis sur mon côté , et p tout aussitôt ma douleur cessa , et depuis je ne Pai » plus ressentie. »
L'opinion que chacun avait de la sainteté de M. Olicr fit diviser cette soutane en plusieurs morceaux ; et, par leur attouchement, Dieu daigna opérer d’autres guérisons semblablables. « J'oubliais de vous mander, écrivait-on du Puy, » que notre très-cher père a encore fait deux miracles dans » le pays, et dont j'ai les procès-verbaux bien signés et en » bonne forme. Monseigneur veut faire informer de tous » ceux qui sont arrivés dans son diocèse. » Le prélat nomma en effet M. Antoine du Fornel, son vicaire forain , prêtre, docteur en droit, et qui certifia quelques guérisons nouvelles. L'une fut opérée en faveur d'Anne Feulha, âgée de trenteun ans, religieuse de Saint-Augustin de la ville de Saint— Didier , et dite, en religion, sœur de la Trinité. Depuis six semaines elle souffrait une grande douleur de tête, et un mal d'estomac si accablant , qu'elle ne pouvait plus se tenir debout. Un samedi, 20 octobre 1657, étant beaucoup plus pressée qu’à l'ordinaire par la violence de ses douleurs , et entendant raconter à sa prieure, la sœur Louise de Salces , quelques miracles opérés par l’intercession de M. Olier, elle se sentit fortement pressée de recourir à lui pour obtenir sa guérison, Dans ce dessein , elle reçut, des mains de la prieure, un petit morceau de la soutane dont on a parlé, etse mit à genoux devant son oratoire pour invoquer le serviteur de Dieu. Un quart-d'heure après, elle sentit son mal beaucoup diminué, et se trouva remplie d’une force et d’une vigueur extraordinaires; en sorte que, s'étant relevée, elle marcha
#04 1V PART.--GUÉRISONS ATTRIB. À M. OLIER.—M, NÉRON. très-librement, et alla incontinent au chœur rendre à Div ses actions de grâces, au grand étonnement de la communauté. Tout ceci a été déposé et attesté avec serment, par la religieuse elle-même, et par son infirmière, La guérison fut aussi constante qu’elle avait été prompte; car, cinq mois après , M. de Maupas, évêque du Puy, écrivait à M. de Bretonvilliers : « Jeudi dernier , étant à Saint-Didier, on m'a » confirméle miracle que M. l':bbé Olier a fait, en la per- » sonne d’une de mes bonnes religieuses, nommée la sœur » dela Trinité. »
Le bruit de cet événement fut à peine répandu dans la ville de Saint-Didier, qu’un prêtre, âgé de trente-quatre aus, nommé François Néron, «ui servait dans la paroisse de la même ville , eut la témérité de se permettre plusieurs railleries sur la sœur de la Trinité, et de la tourner en dérision. A l'en croire, la guérison n'était que dans l'imagination de la malade ; et tout ce qu'il y avait de mieux à en dire, c'était que la merveille qu’on débitait partout était un beau rêve, pardonnable à la faiblesse de son cerveau. Il ne tarda pas à avoir besoin lui-même de recourir au médecin qui avait opéré cette guérison, Le vendredi , 26 du même mois, il fut toutà-coup attaqué d’un violent mal de tête , accompagné d’une fièvre continue, qui le fit changer entièrement de sentiments et de langage. Le repentir dans le cœurs , il s'humilia devant Du; et, dans le fort de son mal, il demanda un morceau de la soutane de M. Olier , qu’il mit sur sa tête. Il fit au même instant une fervente prière, et tout aussitôt il éprouva que M. Olier se vengeait après sa mort, comme il l'avait fait pendant sa vie, en rendant le bien pour les injures qu’il avait reçues. Il fut entièrement soulagé, et ne ressentit plus aucun mal. C’est ce qu’il a déposé en personne devant nous, dit le même Antoine du Fornel , commissaire, dans le procès-verbal du dernier jour d'octobre 1657.
Comme on racontait de jour en jour de nouvelles guérisons de ce genre, l’évêque du Puy nomma, le 4 mai 1658, un