‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 214 sur 235 · ORIGINE DE LA DÉVOTION A N.=D. DE CHARTRES · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA DÉVOTION A N.=D. DE CHARTRES

bien instruits faisaient un voyage dans les iles PBritanniques.

Au reste, cette croyance des Chartrains n'est pas , comme on se le persuade faussement, une tradition isolée; on en retrouve des traces dans plusieurs endroits où les druides avaient établi leurs siéges. Guibert, abbé de Nogent, l'un des hommes les plus graves de son siècle , rapporte que l’église de son monastère avait été bâtie sur l'emplacement d’un bocage sacré, où les druides sacrifiaient à la mère future du DIEU qui devait naitre: Matri futuræ Dei nascituri. Ces paroles ne sont que l'ex plication littérale de l'inscription de Chartres, J'irgini parituræ, car les païens croyaient que les hommes d’une originc céleste ayaient des vierges pour mères; opinion fondée peut-être sur ces paroles d’Isaïe : Une vierge enfantera un fils qui sera Dieu avec nous. Quoi qu’il en soit, la tradition attestée par Guibert n’est pas moins constante que celle des Chartrains , et maintenant on lit encore au-dessus de l’autel , dans l’église de Nogent, 4ra virginis parituræ. Chasseneux , dans son Histoire des coutumes de Bourgogne , raconte à peu près la même chose de deux autres églises , l’une près d’Autun, et l’autre près de Dijon. La même inscription se lisait aussi dans l’église de Fontaine, près du château où naquit saint Bernard. Aussi Schedius dit en général que les druides érigèreut des statues , dans leurs sombres sanctuaires, à la Vierge rui devait enfanter. Cesstatues et ces autels furent sans doute un moyen ménagé par la Providence pour accréditer plus aisément parmi les Gaulois la foi chrétienne , lorsqu’elle leur serait annoncée, comme l’ayaient été chez plusieurs peuples les autels élevés au Dieu inconnu, et dont saint Paul se servit avec tant d’avantage à Athènes, pour aanoncer à cette ville le même Dieu qu'elle avait honoré sans le connaître.

Telle est, selon la tradition , l’origine de cetie fameuse dévotion à laquelle la ville de Chartres a dû, non-seulement sa magnifique église, mais encore sa célébrité , ses priviléges , et plusieurs fois sa conservation.

: SUR LA DISTRIBUTION DE TOUTES LES GRACES PAR LE MINISTÈRE DE LA TRÉS-SAINTE VIERGE.(Page 288.)

Ce sentiment si honorable à la très-sainte Vierge , et si cher à la piété de ses dévots serviteurs, n’est point du reste particulier au fondateur du séminaire de Saint-Sulpice. 11 est soutenu par plusieurs pères et théologiens des plus saints et des plus doctes ; et, au jugement du célèbre évêque de Meaux, il n’est même que ia conséquence d’une vérité clairement énoncée dans les livres saints. « DIEU, dit-il , ayant une fois voulu nous donner JÉSUSs- » CHRIST par la très-sainte Vierge, cet ordre ne se change plus, » et les dons de DIEU sont sans repentance. 11 est et sera tou- » jours véritable, q'’ayant reçu par elle une fois le principeuni- »* versel de la grâce, nons en reccvions encore par son entremise » les diverses applications dans tous les états différents qui » composent la vie chrétienne. » « Marie est la coadjutrice de »” DIEU dans l’ordre de notre salut, dit encore Bourdaloue ; ct » comme le saluta commencé par elle, et par son consente- » ment à la parole de DIEU , c’est par elle et par sa coopération » qu’il doit être consommé. » Cette conséquence n’a pas été tirée, il cest vrai, par le commun des anciens pères de l'Eglise, quoique quelques-uns l’aient aperçue; mais c’est le propre des

“vérités chrétiennes, de recevoir successivement leur développement, selon les âges de l'Eglise et les desseins de la Providence ; et DIEU semblait avoir réservé l’exposition de celle-ci, principafement à l’âge des théologiens et des docteurs , qui écrivirent avec plus de précision et plus de méthode que n'avaient fait les pères. En effet , saint Jean Damascène , qui donna une nouvelle forme à la théologie, et dont les décisions sont reçues par les Grecs avec le même respect que celles de saint Thomas chez les Latins, saint Thomas lui-même, Albert-le-Grand son maître , saint Bonaventure, saint Anselme, Pierre de Blois, saint Antonin, Gerson , saint Bernardin de Sienne , et une multitude d’autres docteurs , enseignent par manière de simple affirmation, et .comme on a coutume de faire lorsqu’on parle d’un point dont

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