PART, 1640. — ÉPREUVES DE M. OLIER
» les ténèbres et dans des sécheresses étranges ; toujours vide » de Dieu, au moins selon le sentiment, tout rempli de » mouvements de superbe et d’amour-propre, toujours en- » vironné de respects humains, toujours saisi de craintes, » je cherchais sans cesse quels étaient les jugements du monde » sur moi : si Je ne passais pas pour un ignorant, un idiot, » un homme sans piété, sans charité, sans patience. Je ne » pouvais sentir autre chose, ni m'oter ces pensées de l'es- » prit. Ces sentiments d’orgueil et de respect humain, qui » me poursuivaient partout , me crucifiaient perpétuelle- » ment, parce qu’il me semblait que j'y adhérais. Je souhai- » tais au fond de l’âme ne rien faire que pour Dieu, et mon » plus grand tourment était de lui avoir été infidèle dans la » moindre circonstance, et d'être convaincu que toujours, » dans mes actions, je prenais quelque chose pour moi. » J'avais cru aussi que les bénédictions qui avaient accom- » pagné mon ministère étaient attachées à ma personne; et » il plut à la bonté de Diru de me les retirer, pour me faire » sentir ce que j'étais sans ces aides, et à qui appartenaient » ces dons, que je croyais être miens. Ainsi, lorsque j'avais » à parler à la compagnie sur quelque passage de l’Ecriture, » sur quelque parabole que je devais expliquer, je le faisais » avec tant de confusion et de si mauvaise grâce, avec des » termes et un sens si impertinent, qu'il n’y avait en moi » ombre quelconque de la sagesse de Dieu, » Entendant les pénitents en confession, je n'avais rien à » leur dire : j'étais là délaissé comme un pauvre réprouvé de » Dieu. J’estimais les personnes qui s’adressaient à moisi » tüalheureuses, que je ne pouvais m'empêcher de dire en » moi-même: Eh, pauvre âme ! où viens-tu? que puis-je fair » jour toi? tu ne sais à qui tu t’adresses ; le plus grand mal- » hour qui puisse l'arriver, C’est celui-ci. Durant ce temps, » je ne pouvais point monter en chaire ; et si nos Messieurs » m'ordonnaient de prècher, je ne savais que dire, je n'avais » ni paroles ni pensées. Quoique je fusse plus assidu à l'orai-
» son, » dre 1 » rités » Aussi » aupar p péce « » que j'é » jour, | » des pe
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» Dieu , j » de gros » Mon ter » visage t( » n'en fiss
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1640. — ÉPREUVES DE M, OfiEr. 107 » SON, je n'y recevais rien, pas un Sentiment, pas le Moin— » dre rayon de lumière, Je ne sentais que ténêbres, » rilés ; sécheresses » QU'impuissance « » Aussi je pensais que ? auparavant n'étaient « n'ayant aucune es— p pèce de COnsolation, ni aucun signe qui me (it présume » que j'étais aimé de Dieu ; C'était là mon Sand martyre, » jour, le père de Condren me » des peines et des tent
obscu- C n'élever à toutes les choses qui s'ét que des illusions,
Dieu, aient passées
rl Un
disait que ce ñ'étaient que
ations. Plat à Dieu, » que ce ne fussent que des peines, et qu'elles prssent même » durer toute l'éternité, Pourvu que je ne fasse Poiut haï de » Dieu , je ne m'en inquiéte ant cela, je jetais » de grosses larmes nt bien ma désolation.
rangement altéré ; j'avais le » visage tout Jaune, et Ie père de C
“0ndren craignait que je » n'en fisse quelque grande maladie,
» En effet, ce qui me faisait le plus » intérieurement mon Drrv,
lui disais-je ,
rais pas. En dis » ui témoisnaie » Mon tempérament en fut 6
de peine était de voir qui me rebutait et me dédai- » &nait, moi, aussi bien que toutes mes œuvres :
» du dédain de Dieu se présentait à moi ? Personne qui dirait avec mépris à un homme de néant, en » remuant Ja main » CC rejetant ainsi sa Personne ct ses ser » vices : Allez, alles, Cetre vuC était pour moi plus cruelle » que la mort, ayant été accoutumé depuis long-temps à être » Caressé, ou au moins souffert par la bonté divine. O mon ? grand maître ! tout m'était SUPportable dans ces épreuves, ? Exepté les rebuts et ies dédains qui venaient de votre part, » L'enfer et toutes ses peines ne Sont point si afiligeants, IL » n'y a rien de beau et de doux sur la terre à une âme qui sait ? Que vous ne l’aimez Pas ; Comme aussi une âme qui sait ? Que vous l’aimez » Peut-elle souffrir quelque chose? A Ja fin, » je n’avais Point la hardiesse de me tenir en la présence de ) Notre-Seigneur, j'allais me cacher dans une Chapelle de » Notre-Dame où je n'avais pas ces rebuts | mais aussi je » n'éprouvais aucune consolation » CR sorte que tout sem.
cetie vue SOUS l’imäge d'une
108 1. PART6 1640. — ÉPREUVES DE M. OLIER, » blait être perdu pour moi. Sans cesse dédaigné , lorsque je » voulais m'élever à DiEu, je ne pouvais avoir de paix qu'en » me couchant la face contre terre, et me prosternant inté- >» rieurement devant lui. Le malin semblait avoir alors toute » sorte de pouvoir pour s'approcher de moi, et se transfor- » mer en ange de lumière. Ce malheureux ne m'a jamais » tenté alors de faire le mal, mais il s’efforçait de me jeter » dans des excès de bien, par exemple dans des humilia- » tions de sa façon, parce qu’il voyait que tout de bon j'y » travaillais.
» A toutes ces peines intérieures , se joignaient encore le » rebut des gens de bien, le mépris universel de tout le » monde, parents, amis, serviteurs, grands et petits. Ce fut » surtout vers la fin des fêtes de Noël 1640, que je reçus plus » d’affronts; je fus alors la fable de tout Paris : le Roi, le car- » dinal de Richelieu, messeigneurs les évêques, surtout M. le » Chancelier, tous mes parents, toutes les personnes de ma > condition, commencérent à faire, sur mon refus dela coad- > jutorerie de Châlons, des plaisanteries étranges : cas un > autre ecclésiastique l'ayant acceptée, et l’évêque étant venu » alors à mourir, celui-là en fut pourvu par le Roi et fut fait » évêque de cette église. La compagnie à laquelle j'étais attaché, prévenue alors contre moi, augmenta encore cette tempête ; et je vis s’accomplir pleinement la promesse que » mon bon maitre m'avait faite, sur ma prière, deux ans au- » paravant, de changer en mépris eten humiliations l'estime » qu'on faisait de ma personne, et les louanges qu'on me don- » nait partout. Il ôta de l'esprit de nos messieurs toute l'es- > time qu'ils avaient conçue de moi. Quoiqu'ils m’eussent vu » dans une mission travailler avec ma liberté première, et » qu’ils eussent été témoins. du succès que Dieu m'avait donné » en touchant les cœurs par sa miséricorde, ils prirent la ré- » solution de m'’interdire tous les emplois extérieurs, prédi- » cations, conférences et autres, et ne me permirent de con » fesser qu’en cas de nécessité absolue, jugeant que l'esprit de
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LA
1640. — ÉPREUVES DE M. OLIER, 109 Dieu ne pouvait résider en moi, ni se plaire à opérer par mon ministère.
» D'ailleurs ils croyaient que mes grandes tristesses ve— naient de ce que je n'étais plus dans les grandeurs du monde ni dans le faste. Ils attribuaient mon abattement à ce que je n'avais pas été porté par mon directeur à prendre la coaijutorerie de Châlons, et s'imaginaient que mon afiliction venait de ce que j'étais encore comme l'un d’eux. Le supéricur de notre compagnie, M. Amelote, qui avait droitde me juger ainsi, me demandait, de temps en temps, si je n'avais point la pensée de prendre un carrosse et une suite dans Paris. Il voulait savoir si je n’avais point cédé à la tentation. Ne sachant pas pourquoi rnon supérieur me faisait ces questions, et formait sur moi de pareils doutes, si éloignés de mes pensées et des disj o:itions de pénitence et d'humilia— tion où la bonté divine me tenait : Hélas ! mon père, lui ré— pondais- je, j'en suis bien ! ‘in ; je ne songe qu’à trouver un trou pour y faire pénitence, voyant que mes misères sont insupportables à toui le monde. Je croyais, en effet, qu’on voulait me chasser de la compagnie, et cette pensée était toujours dans mon esprit.
» Notre-Seigneur m'ayant comme retiré son secours ordinaire, le démon se jouait souvent de ma faiblesse, pour me faire paraître impertinent au service de Dieu, et ridicule devant le supérieur. Je me souviens , en passant, d’un petit mot qui me fut dit par ce dernier : l’our vous, allez-vousen où vous voudrez ; nous n'avons que faire de vous. Déjà, une autre fois, il m'avait dit quasi la même chose : que je n'étais bon à rien, qu'il me conseillait de quitter mes bénéfices et de m'en aller cacher dans un trou; et encore : qu’il craignait bien pour moi, tant j'étais faible, Je me souviens que je ne pouvais m'offenser de cola, ni le trouver mauvais ; au contraire, voyant que j'étais la confusion et le déshonneur de toute la compagnie, et ayant toujours ce sentiment dans mon cœur, je trouvais toutes ces paroles très-vérita-
[A 110 I. PART. 9640. — ÉPREUVES: DE "*, OLIER. 11 » bles. Aussi j'avais le cœur si net et si plein de sentiments 11 » de charité pour mon supérieur, au moins par la bonté de
» Notre-Seigneur, que tous les jours je priais Dieu pour lui, » etdisais la Messe à son intention, non pas comme pour un » ennemi et un persécuteur ; Car je ne pensais pas à cela, mais
» comme pour le plus intime de mes amis , m'intéressant à
» tous les biens que Dreu lui faisait comme aux miens propres,
» et plus mille fois. J'admirais ses lumières et ses dons; j'en
» rendais grâces à Dieu de tout mon cœur, et le priais de les
» lui continuer.
» Je me souviens qu'en ces temps, tout le monde m'aban-
» donnant, je cherchais quelqu'un qui me servit d'appui :
» malheureux que j'étais, de ne pas voir que Dieu m'otait
» tout secours humain, pour m'obliger de ne m’appuyer que
» sur lui, et de m'abandonner à lui seul! Car telle est la con-
» viction qu'ont produit depuis en moi tous ces délaisse-
» ments. Un homme de talent se présentant pour me servir
» dans mes affaires, je m'estimiai heureux de ce secours, dans
» l'état où j'étais. Je me jetai entre ses bras, etm'appuyai ser
» lui pour trouver quelque soulagement ; mais, ne cherchant
» pas Dieu en lui, et n'ayant en lui qu’un appui temporel et
» grossier , j'en fus aussitôt payé comme je méritais de l'être:
» car, se servant de la faiblesse de mon esprit, et de l'état ;:-
creme
» toyable où j'étais, il se joua de moi, et brouilla davan- }:. » tage mes affaires. Ce fut encore là une des marques les jius qi . » visibles de la miséricorde de Dieu, qui voulait que je fussc » tout à lui, et n’usasse de ses créatures que dans une déper- » dance entière de sa bonté, ayant plus de confiance en ln! » que dans tout le reste. »
Tel est en substance le tableau que M. Olier nous a tracé de ses peines. Quelque rigourense que puisse paraître en apjarence la conduite de Dieu sur son serviteur , l'on ne saurai s'empêcher d'y admirer l'ouvrage de sa bonté et de sa providence ; puisque ces épreuves devaient servir , non-seulement à la sanctification personnelle de M. Olier, mais'encore à pré-
parer les vo de Saint-Sul ecclésiastique pour chef de dérer selon éclairé, Dou pénétration | logie depuis de ses confri chacun l’esti il semblait 1 dans un sup Providence a vir de pierre permit pas q de peur, sarl M. Olier, se Bien plus, afi sa sagesse, lo viteur duran fonde et voul chef des autre bre de tous.
Mais pour preuves, Dirt ment sur le privé des con “ecteur. Il pe même dans lc sit à l’extérie M. Olier, qu dât son état d Préparation a » Seigneur, « » confiance d
nliments bonté de pour lui, pour un ela, mais ressant à propres, ons; j'en ais de Îles
m'aband'appui :
u m'otait )uyer que est la condélaisseme servir urs, ans puyai ser ‘herchant mporel et de l'être:
l'état a davanesles pius 1e je fusse ie déper-
ce en lui
a tracé de en ap; àe saurai!
sa provi-
seulement
bre à prè-
1640. — EPREUVES DE M. OLIER, 111 parer les voies à l'établissement du séminaire et de la société de Saint-Sulpice, comme la suite le montrera. On a vu que les ecclésiastiques formés par le pére de Condren avaient nommé pour chef de la société M. Amelote; et ce choix, à le considérer selon la raison et la prudence humaine, était sage ct éclairé. Doué dès son enfance d'une facilité d'esprit et d’une pénétration peu commune, M, Amelote, déjà docteur en théologie depuis l'âge de vingt-deux ans, possédait plus qu'aucun de ses confrères la doctrine du père de Condren, et comme chacun l’estimait avec raison pour sa vertu et pour sa science, il semblait réunir toutes les qualités qu’on pouvait désirer dans un supérieur, Mais ce n'était pas celui dont la divine Providence avait fait choix, elle destinait M. Olier, pour servir de pierre fondamentale à l'édifice ; et, toutefois, elle ne permit pas que ces ecclésiastiques le nommassent supérieur de peur, sans doute, que l'œuvre du séminaire, réservée à M. Olier, semblât être un dessein concerté par les hommes, Bien plus, afin que cechoix parût manifestement l'ouvrage de sa sagesse, lorsque le moment en serait venu, il tint son ser— viteur durant deux années dans cet état d’humiliation profonde et voulut que celui qui devait être, incontinent après, le chef des autres, semblàt être devenu alors le rebut et l'opprobre de tous.
Mais pour qu'il ne manquât à M. Olier aucun genre d’épreuves, Dieu, par une conduite qu'il tient assez ordinairement sur les grandes âmes, voulut qu'il fût entièrement privé des consolations qu’il avait jusqu'alors reçues de son disecteur, Il permit donc que le père de Condren entrât luimême dans les desseins secrets de sa providence, et se conduisit à l'extérieur, comme s’il n’eût plus fait aucune estime de M. Olier, quoique dans le fond, cet homme si éclairé regardât son état d'épreuves comme une faveur privilégiée, et une préparation aux grâces les plus insignes. « La bonté de Notre- » Seigneur, dit M. Olier, voyant que j'avais une très-grande » confiance dans le père de Condren , et que je m'appuyais