PART. 1640. — ÉPREUVES DE M. OLIER
» beaucoup sur lui, peut-être trop , voulut rue sévrer encore » de cette consolation. Comme je savais que je devais être » détaché de tout appui des créatures, je me souviens que je » lui dis un jour : Mon père, vous me quitterez. Ce ne sera » qu’à la mort, me répondit-il. Et pourtant les rapports qu'on » lui faisait de mes déportements l'obligèrent à me délaisser, » et à ne plus faire compte de moi. » Ce délaissement apparent, l’une des plus grandes peines qu’une âme puisse souffrir dura deux mois, c’est-à-dire jusqu’à la mort du père de Condren, arrivée, comme nous le dirons bientôt, le 7 janvier de l’année suivante.
Pendant tout ce temps, M. Olier, alors retiré à Saint-Maur avec ses compagnons, ne laissait pas, quoiqu'il n’en reçût aucun soulagement, de venir toujours le visiter selon sa coutume, Mais dans une visite qu’il lui fit à la fin du mois de décembre, et qui fut la dernière, il aurait pu comprendre aisément, que, malgré cette froideur apparente, son sage directeur regardait ses peines comme une épreuve, uniquement ménagée pour le rendre capable de travailler un jour au rétablissement de la piété, et au renouvellement de l'esprit sacerdotal. Dans cette visite, le père de Condren l’entretint fort de cet ange de l'Apocalypse auquel il l'avait exhorté autrefois d’avoir grande dévotion, et qui viendra sur la fin de l'Eglise, jetant du haut du ciel en terre le feu de l’autel , qu’il aura mis dans son encensoir. Il lui fit remarquer que la dévotion envers le très-saint Sacrement, l’hostie de notre autel, est la dévotion propre des prêtres, et qu’il devait s'appliquer à la répandre partout. Ce qu'il ajouta ne fut pas moins remarquable, et montrait que Dieu, par toutes ces épreuves, avait voulu faire mourir M. Olier au vieil homme, pour le remplir ensuite de l'esprit de la vie de JéÉsus-Curisr, l'hommenouveau. « Or donc, con- » tinue M. Olier, après m'avoir fort exhorté à faire honorer » le très-saint Sacrement, il me dit ces paroles qui me furent » bien chères et bien utiles: Prenez l'enfant Jésus pour volre » directeur. Et il me dit cela sans que je lui eusse fait con-
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1640, — ÉPREUVES DE M, OLIER, 113 » naître qu'en effet je m'abandonnais déjà à l'enfant Jésus » pour me conduire, » C'était la pratique habituelle de M. Olier, depuis qu'il s'était vu comme privé de tout appui : dans lesmoments où ses peines lui donnaient quelque relache, il s'adressait à l'enfant Jésus, qu'il avait pris pour modèle, et mème au défaut de tont autre, pour son unique conducteur.
Cependant le père de Condren touchait à la fin de sa vie, sans avoir encore déclaré à aucun de *; disciples le dessein de l'établissement des séminaires qu'il méditait, et dont il ne leur avait parlé jusqu'alors que d'une manière couverte. Cette année, M. Amelote, un peu dégoûté des travaux des missions, lui ayant écrit qu'il doutait s’il était dans l'état pour lequel la Providence l'avait destiné : « Je ne pease pas, lui » avait répondu le père de Condren, que l'occupation des » missions soit votre vocation pour toujours ; mais elle doit » fonder ou faire naître quelque autre emploi, que Dieu vous » donnera. » Sans expliquer davantage sa pensée, il se contentait de leur dire depuis long-temps , qu'il mettrait par écrit le projet de l’œuvre qu'il avait en vue, afin que cet écrit pût leur servir d'instruction, s’il n’était plus au monde lorsque le moment de l'exécution serait venu. « Quand je » serai sorti de l’accablement des affaires présentes, écri- » vait-il à M. de Donnadieu , évêque de Comminges, je tra— » vaillerai à dresser les Mémoires de cette institution , et à en » jeter les fondements dans l'esprit de ceux qui doivent y » consentir. »
Néanmoins le père de Condren n'avait point encore écrit ces Mémoires , lorsqu'il fût atteint de la maladie dont il mou rut. Quelques jours avant qu'elle se déclarât, il désira voir Marie Rousseau , dont il faisait une estime singulière. Cette Sainte veuve étant venue le visiter, lui dit qu’il aurait dû écrire ce qu'il méditait depuis si long-temps, et comme il témoignait qu’il voulait y mettre la main, elle l’assura qu’il n'en était plus temps. Ce fut peut-être ce qui détermina le père de Condren à exposer alors, de vive voix, son dessein à
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DÉCLARATION DU PÈRE DE CONDREN, M. du Ferrier, Fun de ses disciples, en le chargeant de le communiqner aux autres, la veille même du jour où se manifesta la maladie qui le conduisit si promptement au tombeau, « Il arriva, rapporte M, du Ferrier, que j'allai voir le » père de Condren, et comme il venait de dire la sainte » Messe, je lui proposai ce que j'avais à lui demander pour » mon instruchon. Dars les réponses qu'il me fit, il redit » encore qu'il fallait faire quelque chose de mieux que ce que » nous avions fait jusqu'alors. Mais, lui dis-je, mon père, » que peut-on faire de meilleur que les missions, où l'on » voit tant de pécheurs se convertir ?— Je vais vous le dire, » me répondit-il.—Aussitot je me ravisai, lui demandant » pardon de ma curiosité indiscrète, et le priai de ne pas me » faire connaitre ce que c’était.— Non, me dit-il, ne vous » troublez pas : ce n'est pas curiosité ; c'est un effet de la pro- » vidence de Dieu, qui veut que je vous déclare enfin ce » qu'il demande de vous ; le temps en est venu. Mais puisqu'il » est tard, remettons à demain matin : je vous attendrai à » huit heures. Je le quittai, et me retirai.
» Le lendemain, après avoir dit la sainte Messe, je me » rendis, à huit heures du matin, à la chambre du père de » Condren, où je trouvai M. de Renty, qui se retira , lors- » qu'il lui entendit dire que j'étais fidèle à l'heure du rendez- » vous. Etant donc seuls, il commença à me parler ; et après » m'avoir montré que le fruit des missions, quoique excel- » lent, se perd, s'il n'est conservé par de bons ecclésiasti- » ques, parce qu'il n’est que passager , il conclut qu’il fallait » nécessairement travailler à en former dans l'Eglise, sans » compter sur ceux qui sont déjà avancés en âge, et promus » aux ordres sans préparation, parce qu'il n’arrivait presque » jamais qu'un mauvais prêtre se convertit. C’est donc, » ajouta-t-il, une raison qui doit nous convaincre de la né- » cessité d’élever les jeunes gens dans l'esprit clérical : ce qui » ne peut se faire que dans des séminaires, comme le Con- » cile de Trente nous l’a saintement montré. Sur cela, je lui
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