ÉLOGE DU PÈRE DE CONDREN
» marque, dans la théologie, que la lumière des anges est de telle nature, que les anges infé- »rieurs ne pourraient point porter sans miracle » l'étendue de la lumière des anges supérieurs ; » ainsi en était-il de sa lumière au regard du reste » des esprits. On disait seulement, en quittant ce » grand homme: Oh! que cela est admirable! que » bienheureux sont ceux qui recueillent les mièttes » qui tombent de cette table céleste ! C'était l'image » de Salomon. Bienheureux étaient ceux qui le ser- » vaient ; et pour cela je disais mème à son frère » servant, que je portais bien envie à sa condition.
» Un jour, lui proposant de vouloir écrire pour » l'édification de son Eglise, je lui disais que tant » de personnes l'en pressaïient, et priaient Dieu pour » cela; et que j'avais lu dans saint Jérôme qu'autre- » fois toute l'Eglise avait jeûné et pleuré fort long- » temps, pour obtenir de Dieu la grâce que saint » Jean voulût écrire l'Evangile ; après quoi, ce grand » Saint se laissa vaincre, et donna à l'Eglise cette »grande lumière qui l'éclaire maintenant, cet » Evangile qui seul parle plus et donne plus de »connaissance de la divinité de Jésus-Christ, que » tous les autres Evangiles, et tous les autres livres » de l'Ecriture sainte. Je le priai donc, qu'à l'imi- »tation de ce grand Saint, il voulût écrire pour »l'instruction de l'Eglise, surtout après tant de »prières et de désirs des âmes saintes qui l'en »avaient sollicité.
» Alors il me répondit ces belles paroles de N.-$. »Jésus-Christ : qu'il rendrait au centuple à ceux » qui se seraient mortifiés de quelque chose pour »lui; et que d'ordinaire ceux qui s’abstenaient » d'écrire pour l'amour de lui, recevaient en récom- » pense le don d'illuminer les âmes, don beaucoup
écrit du Père de Condren justifie l'éloge que M. Olier en fait lorsqu'il le qualifie: l'intelligence la plus vaste qui füt alors au monde.
Pourquoi le Père de Condren n'a pas écrit.
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» plus avantageux à l'Eglise que celui de l'Ecriture. » Car les Livres Saints sont exposés à tout le monde: » les faibles se scandalisent des plus belles lumières, »et n'en font point l'usage qu'ils pourraient. Ces » vérités saintes sont proprement les pierres pré- » cieuses que Jésus-Christ défend de donner aux » pourceaux, et le pain saint qu'il ne faut pas jeter » aux chiens. Or, c'est le grand inconvénient de » l'Ecriture; et il ne se rencontre pas dans le don » d'illuminer ; car l'esprit de discernement qui l'ac- » compagne, fait que les lumières divines ne se » donnent qu'à ceux qui sont disposés à en faire un » bon usage. Cependant, comme il était dans une » grande dépendance de DrEu, et dans une grande » condescendance aux hommes, il voulut un jour » se disposer à écrire. Il se retira pour cela avec son » frère (servant) quinze jours entiers, pour tenter » s'il pourrait satisfaire au désir de sa compagnie. » Tous les matins il se mettait en état de commen- » cer ; son frère prenait la plume pour écrire; mais, » après avoir prié, il disait: Mon:.frère, attendons » encore à demain: Notre-Seigneur ne lui en don- » nant point l'ouverture ni la facilité. Quelquefois » même il disait en riant à ceux qui le sollicitaient » d'écrire: Voyez-vous, les Apôtres n'ont écrit que » fort peu de lettres en leur vie : j'en ai déja écrit » plus de cent. »
» Mais la raison la plus forte pour laquelle il n'a » point écrit se doit prendre dans l'ordre de la di- »vine Providence. Elle avait suscité ce grand » homme, et l'avait donné à l'Eglise dans le temps » de ce renouvellement, pour qu'il fût un modèle » parfait de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la » conduite de sa vie; aussi, comme ce divin Maître, v a=t-il éclairé ses disciples par ses entretiens. Son » grand don était celui de la conversation, et il » l'avait reçu de Dieu avec une si grande abondance, » qu'il était quelquefois des quatorze heures en- » tières à converser, mais si utilement que fort peu
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