RAP.DE M.ROUSSEAU AVEC LES DISC.DU P.DE CONDR
passer. Il en écrivait ainsi à la sœur de Vauldray, pour la consoler d'une privation bien moins considérable : « Hé bien, ma chère fille, s'il fallait se » troubler pour les accidents, nous n'aurions jamais » de paix en ce monde. Je vous ferai part de celui »qui m'est arrivé: c'est que mon Père maitre » m'est Ôté d'entre les mains, par l'ordre de ia vo- »lonté divine, qui est notre chère maîtresse, tant » dans la soustraction que dans l'abondance, dans les » sécheresses que dans les plus douces communi- » cations. C'était un homme qui m'aidait beaucoup » pour me porter à Dieu, ce que je chéris et désire » le plus. C'est lui qui m'a tant encouragé à vous »servir, vous en particulier, et qui m'a recom- » mandé la maison de la Régrippière. Enfin, c'est »lui qui m'a tant dit de bonnes et saintes choses. » Hé bien, ma sœur, la volonté de Dieu ne vaut- »elle pas ce saint homme, qui n’a rien eu que par la » sainteté de cette divine volonté? Ne saura-t-elle
1 ’ ° » pas suppléer à ce qu'elle nous Ôte? Ne fera-t-elle
»pas bien, par elle-même, ce qu'elle faisait par vautrui? Trés chère fille, adorons la volonté de » Jésus, adorons ce cher Maitre; il permet les ren- »contres les plus épineuses pour notre sanctifi- > cation (1) »
Avant de raconter les événements qui précédérent immédiatement ou qui amentrent l’heureux accomplissement de l'ordre donné par le Père de Condren ases disciples, nous ferons remarquer ici que quand Marie Rousseau connut les deux œuvres futures : l'établissement du séminaire et la réforme du faubourg Saint-Germain, elle ignorait encore quels sraient les ecclésiastiques dont Dieu se servirait pour les accomplir ; de plussachant déjà les efforts que l'enfer devait faire pour les Ctouffer dés leur naissance , et les autres difficultés qu'il y aurait à surmonter,elle résista longtemps avant de promettre à Dieu de concourir à ces œuvres, quand le moment de l'exécution serait venu. Il s'agissait en effet pour
(1) Lettres aut.
de M. Olier, p.
Marie Roussceau refuse longtemps de
manifester aux disciples du Père de Condren les desscins de Dicu sur eux.
(1) Mémoires nartieuliers, année 16:0,
302 PARTIE I. LIVRE vit. — 1641
elle,de persuader à ces ecclésiastiques deschosestrès. difficiles à croire : savoir, qu'ils étaient appelés de Dieu soit à établir des communautés de prêtres et des séminaires en se dépouillant de leurs propres biens, soit à réformer la paroisse de Saint-Sulpice: que ces œuvres subsisteraient, malgré l'opposition des petits et des grands, soulevés pour les antantir: qu'enfin elles réjouiraient l'Eglise et procureraient la gloire de Dieu (1) Elle voyait combien de telles promesses seraient difficiles à accepter, sur la simple parole d'une pauvre femme : que les uns en douteraient ou s'en moqueraient ; et que d'autres en prendraient occasion de la regarder comme une personne qui voudrait trafiquer de la dévotion pour s'enrichir. Effrayée par toutes ces difficultés, et par beaucoup d'autres, elle persista, pendant environ dix ans, à refuser de donner son consentement à Dieu qui l'en pressait. Au milieu de ses
. tristesses d'esprit et de ses craintes accablantes,
(2) Ibid. an.
nées 1640, 1641, 1642, (3) Ibid. 1642.
(4)Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus. tom. v.
elle lui représentait, toute en larmes, quecc n'étaient pas là des affaires de femme; qu'il lui suffirait d'une vie commune et ordinaire pour faire son salut ; et qu'elle avait assez des peines de son ménage, sans se jeter encore dans tant de contradictions et de difficultés. Puis, elle se soulageait elle-même, en se disant, que ce n'étaient là que de simples lumières ; et que peut-être elles ne se réaliseraient pas (2). Ces résistances persévérérent ainsi, jusqu'à ce que le Père Armand jésuite, alors son directeur, lui fit prononcer un acte de consécration, qu'elle mit par écrit, en vertu duquel elle voua dès-lors ses services à l'Eglise, et aux personnes que Dieu lui associerait un jour (3). Elle dut prononcer cet acte avant le 8 décembre 1658, où le Père Armand termina sa vie (4). La Providence la mit alors sous la conduite du Père Hugues Bataille de l'abbaye Saint-Germain,dont nous parlerons dans la suite; et ce Religieux entrant dans les vues du Père Armand, tint la même conduite sur elle.
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