ON BLAME L'ÉTABLISSEMENT DE VAUGIRARD
» néant, qui me remplissent de méfiance de nous- » mêmes, me font reconnaître Dieu comme l'unique » conservateur de notre Société, pour tous les mo- » ments de sa subsistance (1). »
M. Olier était d'autant plus convaincu de la nécessité du secours de Dieu, pour affermir l'œuvre naissante du séminaire, qu'il la voyait travérsée et combattue par des personnes du plus grand poids. Sans parler des plaisanteries que l'on faisait sur ie lieu qu'il avait choisi pour jeter les fondements de cette entreprise, ilse trouvait des ecclésiastiques qui, tout charmès qu'ils étaient de la voir commencer, ne pouvaient goûter les moyens qu'il prenait, ni enaugurer favorablement. D'autres disaient tout haut, qu'il était contre le sens de laïsser là les missions, dont les fruits avaient été si abondants, pour tenter au hasard une œuvre si incertaine, et pour s'opiniâtrer à reprendre un édifice qui s'était écroulé presque aussitôt qu'on en avait posé les premiers matériaux (2). On ne concevait pas, en effet, qu'après avoir évangélisé avec tant de succès plusieurs provinces, et avoir rempli toute la France du bruit de ses missions, M. Olier voulût enfouir le talent, et cacher la lumière évangélique sous le boisseau , en allant se confiner dans un village. L'un des Supèérieurs ecclésiastiques du diocèse de Paris, lui fit même, dans ces circonstances, une proposition qui, toute extraordinaire qu'elle paraît, montre néanmoins combien le projet de Vaugirard, que presque tous rggardaient comme uhe pieuse chimère, semblait contraire aux hautes espérances qu'on avait conçues de son zèle et de ses talents. » Après que j'eus parlé à mon directeur, dit le ser- » viteur de Dieu, je m'en allai visiter le grand- » vicaire de monseigneur l'archevêque (car alors il » n'y en avait qu'un). D'abord, et après peu de dis- » cours : Je désircrais bien, me dit-il, que vous » voulussiez entreprendre un voyage pour la gloire » de Dreu : ce serait d'aller à Rome, et d'y établir
(1) Mémoires aut.de M. Olier,
On blâme hautement à Paris l'établissement de
Vaugirard.
Olier, par M. de Bretonviiliers,t,
(1) Mémoires aut.de MH. Olier, t.1.-— Copie des Mémoires aut.de M. Olier,t.1, p.
Efforts, jusqu'alorsimpuissants, pour procurer l'établissement des séminaires en France.
(2) Traité de:
séminaires, par M. Godeuu, évéque de Vence, in- 12, p. 6.
(3) Collection des procès “erbaux, assemblée de 1625. CG. xx, L 11, p. 06.
Ibid. de 1768.
(4) Bibliothèque impériule, 36283,
» une mission qui irait par tout le monde. Saint » Pierre et saint Paul, ajouta-t-il, ne sont pas de- » meurés renfermés dans quelques endroits parti- » culiers de la Judée ; ils sont allés à Rome. Il faut » aussi vous-même aller en ce lieu-là : je vous le » dis encore une fois, vous y devez aller; je le sais » bien ; vous y penserez. Ces paroles m'étonnèrent, » étant prononcées par cette personne-là, et avec » tant d'assurance (1). »
C'était sans doute l'inutilité prètendue du projet de Vaugirard qui faisait parler ainsi ce grandvicaire. Car, d’après la persuasion commune, l'établissement des séminaires était alors regardé comme une entreprise impossible; et, à en juger par l'expérience du passé, cette persuasion n'était pas sans fondement. Depuis quatre-vingts ans que le concile de Trente en avait ordonné l'érection, on n'avait point encore vu en France les fruits d’une institution si ardemment désirée, malgré les nombreuses ordonnances rendues sur ce sujet par divers conciles. Dans quelques diocèses, ces ordonnances avaient été rejetées par les Chapitres; ailleurs, elles étaient restées sans exécution, ou n'avaient pas été longtemps en vigueur (2). A force d'instances et de sollicitations, M. Bourdoise, le docteur Duval et quelques autres, parvinrent à engager l'Assemblée du clergé de France +, à délibérer de nouveau sur cette matière; et ce fut alors
+ Dans la vie manuscrite de M. Bourdoise que nous suivons ici, on lit que cette assemblée eût lieu en 1629, ce qui est une aberration de copiste : puisqu'il n'y eût aucune assemblée du clergé cette année-là. Il s'agissaitsans doute de celle de 1695, qui loua et approuva l'érection de maisons cléricales, proposées par M. Godeffroy, sous le nom de séminaires, ou colléges de saints exercices (3), ce qui était aussi le titre du petit écrit qu'il présenta à l'Assemblée (4), et qui n'eut aucun résultat. C'est vraisemblablement du cet écrit qu'on lit dans la vie de M. Bourdoise : que celui-ci l'ayant vu dit à l'auteur, que ce projet paraîtrait admirable aux évêques; mais que le fruit qu'il en retirerait ne vaudrait pas l'argent qu'il aurait dépensé pour le livrer à l'impression.
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