LE SÉMINAIRE, ŒUVRE DE LA PROVIDENCE
» de mes désolätions, de mes obscurités, et de l'a- » veuglement où il avait plu à la bonté divine de me » tenir deux ans entiers. Je me souviens que je » souffris ces peines sans nombre, dès que je me » joignis à eux, qui ne voyaient plus en moi qu'un » pauvre réprouvé, et me traitaient comme tel. Bt- » ni soit DrEu, qui fait toujours ses œuvres par le » plus pauvre, qu'il élève de terre et du fumier où » il était étendu : Suscitans à terra inopem, et de » stercore elevans pauperem (1).
« Quand je fus associé à cette compagnie, et que » je tombai dans cet état de désolation, je ne pen- » sais pas alors que jamais Notre Seigneur voulût » se servir de moi pour procurer sa gloire. C'est » renverser toute ia sagesse humaine, et montrer » qu'il n'a besoin de rien pour faire ce qu'il lui plaît. » Si quelqu'un me l'eût dit à moi-mème, je m'en se- » rais moque : tant les œuvres que Dieu fait par moi » sont éloignées de mon insuffisance et de ma stu- » pidité. Dieu soit béni de tout ; il veut seul paraître » l'auteur de son ouvrage ; personne ne pourra parta- » geravecluil'honneur qu'ilen attend (2)".» «Avant-
(1) Mémoires
aut. de M.Oher, . , pig. 165, 166, 161.
(2) Ibid., pag.
* NOTE 6, p.
» hier, à la conférence de l'Écriture sainte, il fallut 430.
» expliquer un chapitre très-difficile de saint Jean, » où il est parlé de la Samaritaine. Je recevais tant + de lumières en l'expliquant, que tous ceux qui » m'écoutaient donnaient des témoignages de leur » satisfaction et de leur surprise ; les messieurs de » notre Compagnie surtout ne pouvaient s'imagi- » ner que ce fût moi-même qui leur parlât de la >» sorte, vu qu'autrefois ils me faisaient tous la le- » çon et paraissaient plus entendus que moi en
+ Les directeurs du séminaire étaient présents, aussi bien que les séminaristes à ces conférences; et, ce fut l'origine de l'usage longtemps observé par les prêtres de la communauté de la paroisse de Saint-Sulpice à Paris, d'assister aux conférences d'Écriture Sainte, que l'on faisait au séminaire, toutes les fois qu'ils n'étaient pas appelés. ou retenus ailleurs par leurs fonctions.
(3) Mémoires aut. de M. Olier, t. u, p. 310.
Fondements de l'esprit du séminaire : 1° le crucifiement du vicil homme.
(2) Mémoircs de M.du Ferrier, p. 172.
» toutes choses. C'est ce qui me réjouit ; car ma plus » grande joie est de voir que chacun est convaincu » que ce que je puis dire n'est pas de moi, mais de » Div seul, et qu'on y ait croyance ; et que chacun » vive selon les maximes chrétiennes qu'il plaît à » Dieu de m'enseigner tous les jours (3).
M. Olier avait appris, par ses longues épreuves, la pratique des maximes chrétiennes qu'il devait enseigner aux autres, c'est-à-dire, le renoncement à la vie d'Adam, et ensuite l'établissement de la vie de Jésus-Curisr dans ses membres. Ce furent là les grands principes qu'il suivit constamment dans la conduite des âmes, et la base sur laquelle il édifia toute la perfection de sa société. « Nous convinmes » dans notre retraite de Vaugirard, dit M. du Fer- » rier, qu'il ne fallait rien attendre de bon d'un » ecclésiastique, s’il n'était convaincu que, pour » vivre en chrétien, et puis raonter à la vocation » ecclésiastique, il fallait mourir à Adam et vivre à » JÉsus-CHRIST, conformément à l'instruction que » saint Paul donnait aux nouveaux convertis, comme » pour leur servir de catéchisme ; qu'il fallait en » convaincre tous ceux qui venaient au séminaire, » s'ils ne l'entendaient pas ‘déjà ; et que, s'ils ne la » goûtaient point, il n’en fallait rien attendre ; qu'on » pourrait leur dire : Zdeo vos non auditis, quia ex » Deo non estis, et qu'afin qu'ils ne pussent pas en » douter, il fallait leur mettre devant les yeux les » paroles de l’Apôtre aux Romains, chap. VIe, ver- » set 3, et leur dire : Ignorez-vous que nous tous, » qui avons été baptisés en JÉSUS-CHRIST et enseve- » lis dans l’eau et retirés ensuite, nous avons reçu » l'impression des mystères de sa mort, de sa sépul- » ture et de sa résurrection, afin de commencer une » vie, non plus du vieil Adam, mais du nouveau ; » une vie de mort pour tout ce que la nature, les » sens et le monde aiment et estiment, et de résur- » rection conforme à celle de JÉsus-CHrisr dont » nous avons reçu l'Esprit (1)?»
ma plus onvaincu , Mais de e chacun il plaît à
preuves, lil devait oncement t de la vie rent là les it dans la > il édifia onvinmes . du Ferbon d'un jue, pour vocation et vivre à ction que is, comme fallait en éminaire, s'ils ne la ire ; qu'on S, quia ex nt pas en yeux les VIs, verpus tous, t enseveons reçu sa sépulincer une jou veau ; ture, les lc résurisT dont
YAUCIRARD. FONDEMENTS DE L'ESPRIT DU SÉM. 401
Ces maximes fondamentales de la vie chrétienne, que M. Olier enseignait à ses disciples, parurent cependant nouvelles et trop sévères à quelques-uns; mais cette opposition ne dura pas longtemps, et fit bientôt place à une ardeur toute contraire, qu'on eut plutôt besoin de modérer que d'accroître. «Je » rapporterai ici, dit M. Olier, ce qui est arrivé à » un de nos Messieurs sur lequel la bonté divine a » puissamment agi depuis six semaines ou deux » mois qu'il est avec nous. C'est un très-excellent » esprit et un grand théologien ; mais il était arrivé » ici rempli de ses propres idées, et avec un sys- » tème de piété à sa mode, qu'il s'était forgé à lui- » même : ce qui est très-dangereux pour les com- » mençants. Etant venu dans cet esprit, il souffrait » avec peine la pureté du christianisme qu'on lui » proposait. Il se servait même de toute sa théolo- » gie pour combattre les propositions évangéliques, » unique fondement de la piété qu'on inspire à nos » jeunes Messieurs. Dieu, voyant l'abus qu'il faisait » de son esprit et de ses raisonnements contre la » vérité, permit qu'il oubliât tout-à-coup ses con- » naissances, et qu'il perdit la mémoire. Il s'est vu » privé de toute lumière, si interdit, et accablé par » une mélancolie si profonde, qu'il ne lui restait » plus de liberté d'esprit que pour s'apercevoir du
. » triste état où l'avait réduit son orgueil ; dès qu'il
» voulait raisonner sur une matière, il ne voyait » plus que confusion dans ses idées. Ne pouvant » s'élever contre la vérité, et se reconnaissant vain- » cu par l'Evangile, il se rendit enfin, et aussitôt » Du lui redonna ce qu'il lui avait retiré pour le » rendre plus humble. Dreu soit béni! c'est main- » tenant un de ceux de la communauté qui sont les » plus soumis et les plus dociles (1).
(1) Mém. aut.
de M. Olier,t.u, p. 179, 180.
Conversati-
ons deM.Olier
» Parlant à nos jeunes Messieurs sur la nécessité avec les sémi-
» de crucifier le vieil homme, afin que la vie de
naristes sur le crucifiement
» Notre-Seigneur parût en nous, je disais que, pour 4, vieil hom- » donner à Jésus-Curisr une entière liberté d'agir me.
Tom. 1. 2%
(1) Mém. aut.
de M. Olier,t.1, p. 460, 461.
(2) Mém. aut.
de M. Olier, t. 1, p. 464, 465.
» il fallait crucifier la chair par la pauvreté, la » souffrance et la mortification; que jamais il ne » nous ferait faire des actes d'humilité, si nous ne » mortifiions l'esprit et les mouvements de notre » superbe. Sur cela, l’un d'eux me dit (1), au sujet » de la pauvreté : Il n'y a donc point de différence » entre les conseils et les commandements? En » quoi diffèrent-ils, si le renoncement aux biens de » fortune, qui ne paraît être qu’un conseil, nous est » néanmoins à tous nécessaire? Dieu me mit alors » dans l'esprit cette réponse : que, dans ce renon- » cement, il faut considérer deux choses : le dé- » tachement intérieur et le dépouillement réel; le » premier est de commandement, et le second decon- » seil, le premier est tellement nécessaire, que, » sans le détachement intérieur des biens en un » certain degré, nous ne pouyons nous sauver, selon » ces paroles de Notre-Seigneur qui sont adressées, » non à un particulier, mais à tout chrétien : Celui » qui ne renonce pas à tout ce qu’il possède, ne peut être » mon disciple. Nous devons être au milieu des » biens du monde, et même les acquérir, comme si » nous ne les possédions point en propre, sans en » affectionner l'usage par aucune attache déréglée du » cœur. Pour le conseil, il consiste à quitter effec- » tivement ces mêmes biens à cause de la difficulté » qu'il y a de ne les point aimer en les possédant, » comme si Notre-Seigneur nous disait : Je vous » conseille de quitter vos biens, si vous ne pouvez » les posséder sans les aimer ; c'est ce qu'on voit » dans ces paroles adressées à un particulier qui les » aimait effectivement : Allez, vendez tout ce que vous » avez et le donnez aux pauvres. Dieu commande » même ce renoncement extérieur quand il y a pé- » ril évident de péché (2).
«On me faisait, il y a quelques jours, une question » dont je rapporterai ici la réponse, parce qu'il me » semble qu'elle venait d’un autre que de moi. Un > de nos jeunes Messieurs, ayant ressenti de la
‘eté, la is il ne nous ne e notre au sujet ifférence nts? En biens de nous est mit alors e renons : le déréel; le 1d deconire, que.
ns en un ver, selon idressées, en : Celui e peut être ilieu des comme si , sans en réglée du tter effec- | difficulté bossédant, . Je vous ne pouvez u'on voit ier qui les e que vous ommande Lil y a pé-
e question e qu'il me e moi. Un nti de la
YAUGIRARD. FONDEM. DE L'ESPRIT DU SÉMIN. 405
» peine à quitter l'extérieur du monde. et surtout » sa chevelure, me demandait pourquoi on avait » tant d'attache à ces superfluités. Je lui répondis » sur-le-champ que cela venait du fond de l'amour- » propre, et du grand désir que nous avons de » plaire au monde, et d'avoir part à son estime et à » son affection : désir des plus violents et des plus » enracinés qui soient dans l’homme tout pétri » d'orgueil. Or, les cheveux lui ayant été donnés » pour ornement, et servant à la bonne grâce, et » par conséquent à se faire estimer et se rendre » agréable aux yeux du monde et de soi-même, il » en résulte que nous y sommes extrêmement at- » tachés. Lorsqu'on nous les coupe, nous sommes » vivement touchés, comme si on nous coupait une » partie de notre amour-propre, comme si on estro- » piait notre superbe ; parce qu'en effet on ruine en » elle un de ses moyens d'attirer à soi l'amour et la » complaisance du monde. On doit mesurer, sur » cette affliction, le désir que l'on a de paraître, » d'être estimé et aimé des créatures. C'est à quoi » il nous faut mourir, comme je disais tantôt, sans » rechercher l'amour ou l'estime de personne, afin » de ne faire tort en rien à notre Dieu qui seul doit » remplir tous les esprits et tous les cœurs (1) + ».
+ Un jour que M. Olier adressait à ses disciples une exhortation sur le renoncement chrétien, et que dans la cha-
* leur de son zèle, il répétait souvent ces mots de saint Paul,
qui lui étaient familiers : Il faut faire mourir le vieil homme, la jardinière de la maison, dont le mari était fort âgé, vint par curiosité prêter l'oreille à la porte de la salle, et crut que ce vieil homme était son mari. Elle court aussitôt lui communiquer ses terreurs, et le bon jardinier, non moins effrayé qu'elle, veut, pour se dérober à une mort demandée et résolue avec tant de véhémence, quitter la maison le jour même. Il va trouver M. Olier et lui dit tout ému : « Mon- » sieur, donnez-moi, je vous prie, mon congé; ma femme »a tout entendu, je veux encore vivre : je connais votre » dessein. — Quel dessein ? répond le serviteur de Dieu. — » Vous le savez mieux que moi: il n’est pas nécessaire de » vous l’apprendre. — Mais, mon ami, expliquez-vous, ajoute
(1) Mém. aut.
de M.Olier,t.s, p. 386, 387.
Esprit du séminaire : 2.
L'Union à Ji- SUS-CHRIST.
(1) Dictionnaîre Historique d'éducut'on, par Fillassier,in-8°, t. un, p. 289, article, Plaisanterie, n. 2h.
M. Olier n'exhortait ses disciples à la destruction du vieil homme, que pour établir en eux la vie de Notre-Seigneur, l'homme nouveau, créé dans la justice et la sainteté véritable. C'était le point pratique auquel il les ramenait sans cesse dans ses entretiens. Comme un père, au milieu de ses enfants, il répondait avec bonté à leurs difficultés, il éclaircissait tous leurs doutes, et ses paroles portaient toujours la lumière et la conviction dans les cœurs. « Parlant tantôt à notre assemblée. dit-il, j'expli- » quais avec une facilité étonnante quantité de diffi- » cultés qui m'étaient proposées sur la nécessité de » nous unir dans nos actions à Notre-Seigneur. » Lorsque nous nous unissons à lui par la foi, leur » disais-je, nous sommes aussitôt revêtus de ses » intentions ; il ne réside en nous que pour être » entièrement à nous, afin de glorifier, par nous, » son Père; et nos œuvres, faites par le mouve- » ment du Saint-Esprit, ont par lui une prodigieuse » sainteté. Qu'y a-t-il de plus aisé que de dire à » Dieu, au commencement de chacune de nos » œuvres: Mon Dreu, je renonce à mes intentions » déréglées, et je me donne à vous pour faire mes » actions dans vos intentions infiniment adorables? » Nous pouvons nous unir aux intentions qu'il » avait lorsqu'il faisait des œuvres semblables aux » nôtres, par exemple, lorsqu'il buvait, qu'il man- » geait, qu'il dormait, qu'il conversait, qu'il priait, » et ainsi du reste. Quoique vous ne les connaissiez
» M. Olier. — Monsieur, n'avez-vous pas dit qu'il fallait tuer » le vieil homme? Je suis vieux, il cst vrai; mais ma vicil- » lesse n'est pas un crime : et puis mon travail peut encore »s me nourrir, » Voyant l'effroi ct l'agitation du bon jardinier M. Olier et les siens nc furent pas peu surpris d’une si étrange méprise : elle était trop singulière pour qu'ils pûssent s'empêcher d'en rire; et après avoir rassuré, quoique avec beaucoup de peine, le jardinier, ils lui firent comprendre qüe ce vieil homme n'était autre chose que les désirs de la nature corrompue, que chacun devait s’efforcer de faire mourir en soi-même ({).
struction la vie de 6 dans la joint pra- 18 ses ens enfants, il éclairportaient les cœurs.
1, j'explité de difficessité de Seigneur.
a foi, leur us de ses pour être par nous, e mouverodigieuse e de dire à e de nos intentions faire mes adorables?
ions qu'il blables aux qu'il manqu'il priait, onnaissiez
] fallait tuer is ma vicilpeut encorc
bon jardipris d'une si
qu'ils pùsré, quoique i firent comuc les désirs breer de faire
VAUGIRARD. FONDEM. DE L'ESPRIT DU SÉMIN, 405 » pas, ne laissez pas néanmoins de consentir à » toutes, et de les désirer telles qu'elles sont en » elles-mêmes et que Dieu les connait. Dieu le Père » voyant que vous désireriez avoir en vous toutes » les intentions de son Fils, et que vous seriez bien » aise deles exprimer dans votre intérieur, si vous en » étiez capables, aura pour très-agréables vos » actions. Nous pouvons nous unir encore aux in- » tentions du Fils de Dieu, mème dans les actions » qu'il n’a point pratiquées extérieurement sur la » terre ; car il les a toutes offertes d'avance pour » nous. En formant son Église, ilaeu dessein de » lui faire faire toutes ses œuvres pour la gloire de » son Père; tellement que tous les chrétiens, sans » en excepter un seul, ne sont que les exécuteurs » des desseinset desintentions de Jésus-Curisr.(1}.
» Je n'apporte à ces instructions d'autre prépa- » ration, ajoute M. Olier, que de renoncer à moi- » mème et à tout ce que je puis connaître, atten- » dant ce qu'il plaît à Dieu de me donner pour le » service de ses enfants; et cette manière d'agir est » si efficace et si puissante, que je les vois avan- » cer bien plus en trois semaines que je n'ai » fait moi-même en huit ou dix années, pendant » lesquelles je ne connaissais rien dans le christia- » nisme, ni dans les voies qu'il faut suivre pour » aller purement à Dieu. Je prie Notre-Seigneur de » continuer ses grâces à ces Messieurs et à moi- » mème ; mais s'ils continuent comme ils ont com- » mencé depuis quelques mois, je ne puis me » persuader qu'ils ne deviennent pas des Saints (2). » Je n'ai point de peine à croire que Dieu considère » toute la compagnie avec plaisir, à cause de la » puretc dans laquelle elle marche, et du zèle avec » lequel elle profite à son service. Je puis même » dire, en passant, qu'ayant dans mes mains la » conscience de tous ces Messieurs, j'ai été des » temps assez considérables sans remarquer dans
» aucun d'eux un seul péché véniel (3). Îl ne p, 314.
(1) Mém. aut.
de M. Olier, t. | 11, p. 358, 359.
* NOTE 8, p. |
Ferveur des séminaristes de Vaugirard.
(?) Mém. aut.
de M. Olier,t. 1.
(3) Ibid.,t.u,
(1) Mém. aut, ‘ deM.Oler,t.1.— Vie de M. Olier, par. M. de Bretonvilliers, t, 1, p 397.
M. OL1ER éclairé de Dieu dans les avis
qu'il donne aux séminaristes.
» se parle non plus ici des choses du siècle, ni de » quoi que ce soit qui puisse contenter la chair, que » si nous vivions de la vie des Saints après la ré- » surrection (1).
» Je me souviens que dernièrement, au sortir de » l'action de grâces, je rencontrai deux de nos » jeunes Messieurs, dont l'on a désiré me donner la » conduite, et je sentis intérieurement que Dreu » me donnait facilité et ouverture pour leur parler; » mais je comprenais bien que ce n'était pas moi » qui formais ces paroles, je ne faisais que me » prêter. Pendant ce temps, nous étions tous trois » également recueillis en Dieu, et la même onction » pénétrait et remplissait nos âmes. Disant à l'un » de nos Messieurs, que nous étions appelés à être » des hosties vivantes à la gloire de Dieu, je lui » découvrais l'état d'hostie; j'étais tout hors de » moi, il se sentait lui-même tout enflammé de » l'amour divin, et ne revenait pas de son étonne- » ment. Lundi dernier, je me sentais porté à par- » ler, je ne sais sur quel sujet; et, dans ce moment, » je ne savais pourquoi je parlais de la sorte ; quel- » ques heures après, un de nos Messieurs vint me » dire: Hélas! j'avais bien besoin de ce que vous »avez dit tantôt. Mier la même chose m'arriva » avec un autre de nos Messieurs, qui me consul- » tait sur une matière très-difficile; j'admirai son » humilité: carilest infiniment plus sage, plus » savant et plus avisé que moi; et alors mème, » Notre-Seigneur me montra, plus clairement que » le jour, ce qu'il me demandait. Maintenant je re- » çois fréquemment de ces sortes de grâces; mais » c'est à la considération des personnes qui m'inter- » rogent. Dieu m'éclaire par compassion pour elles, » je le vois bien sensiblement. Dès qu'on ouvre la » bouche pour me consulter, avant même de sa- » voir ce qÜ’on me demande, Dieu me donne, en » faveur de ces âmes, les lumières qu'elles dési- » rent. Cependant notre bon Maître, pour m'hu-
* YAUGIRARD. FONDEM. DE L'ESPRIT DU SÉMIN, 407
ni de » milier, et me faire connaître que la sagesse et |: |! NA ir, que » l'intelligence ne sont point en moi, encore moins | | | la ré- » à moi et de moi, mais que tout est à lui et en lui,
» me laisse quelque temps dans l'aveuglement et
rtir de » dans l'ignorance de ce qu'on demande: puis de nos » dans un instant, sa bonté me le fait connaitre. nner la »Je le sens tous les jours, soit dans les cone Dreu » fessions, soit dans les entretiens particuliers.
parler; »J'y éprouve une différente pureté de luas moi » mière, selon la diversité des sujets qui se ue me » présentent. Je leur réponds conformément à (1) Mém. au. us trois » leurs besoins, sans autre préparation que de . Me Le su onction » renoncer à mon propre esprit, attendant ce qu'il Vie de M. Olier,
à l'un » plaira à Dieu de me donner, pour le service de 5,4 . à être » ses enfants (1). Il prend plaisir à résider en moi, p. 396, 397, ‘ je lui » et à faire en moi et par moi, par sa pure com- 1ors de » plaisance et sasainte volonté, toutce qu'illui plaît, imé de » et en la manière qu'il lui plaît; je ressens la préétonne- » sence de Notre-Seigneur en moi,et avec une
à par- » telle abondance de grâces, que je ne puis plus 1oment, » me contenir; et si cela dure, je ne sais ce que je > ; quel- » pourrai faire. Cela m'arrive surtout quand je
int me » suis sur le point d'écrire quelque chose qui s'est ! le vous » passé en moi : pareillement, quand il faut que je n'arriva » parle de Dieu; comme ce soir même, où je dois
onsul- » donner des sujets de méditation à nos Messieurs,
ai son » je sens un feu, qui s'enflamme tout le temps que
e, plus » je parle, comme si le Saint-Esprit voulait me
mème, » donner un témoignage de la vérité de sa parole
ent que »et de sa présence. Cela paraît encore par les
nt je re- » effets que produisent ces entretiens, effets que
; mais » chacun remarque, et que nos Messieurs se rap- (2) Mém. aut.
inter- » portent les uns aux autres dans la conversa- 4? #-Olier. ten,
ir elles, » tion (92). Ft
vre la » O amour ! que ce soit pour jamais que je vous Vœux de M.
de sa- » aime et que je vous serve, sinon en moi, au moins Olier, pour
ne, en » dans les serviteurs que je vous laisseraï aprèsmoi Obtenir la fa-
dési- » dans l'Église. O amour! vous savez bien quelle ra ul “4 m'hu- » joie vous me donniez dernièrement, quand vous minaristes.
(1) Vie Ms. de M. Ulier, par 4.
de Bretonvilliers, tu, p.76, 17.—Mém. aut.
de M.Okher,t. un, p. 251, 252.
» me faisiez souvenir que vous aviez une si grande » puissance et une si grande force pour vous for- » mer tant de serviteurs et de sujets. O mon Dieu! » combien je désirerais participer à cette force! » Soyez vous-même dans moi cette vertu toute- » puissante, pour opérer les biens que je souhaite » pour votre gloire. Faites donc maintenant, à » Sauveur ! que nous puissions bien commencer. » O mon tout ! je vous rends mille actions de grà- » ces pour les bons Messieurs que vous nous adres- » sez. Je vous rends grâces, de tout mon cœur, des » biens et des grands dons qu'il vous plait leur » distribuer tous les jours, et des dispositions dans » lesquelles vous les mettez pour vous servir par- » tout. Ils sont tout disposés d'alier en Canada, et » jusqu'aux pays les plus lointains de la terre. Don- » nez-leur le courage d'accomplir leur désir, et la » force de vous aimer et servir uniquement (1).
» O Seigneur, que vous êtes suave et que votre » souvenir seul embaume divinement les cœurs! » Maintenant, à Dieu, nous vous suivrons à l'odeur » de vos parfums; et qu'insensible et malheureux » est celui qui ne le voudrait pas, après avoir expé- » rimenté la douceur et la puissance de ce baume » gracieux ! Ah! Seigneur, répandez-le dans le » cœur de vos fidèles. On dit qu'il n’y a qu'à par- » fumer les ailes des colombes pour attirer les pi- » geons au colombier, ou qu'à parfumer le colom- » bier, afin d'appeler cesinnocentes créatures. Ré- » pandez, Seigneur, ce parfum sur plusieurs de » ceux qui sont ici, afin, qu'en parlant suavement » aux autres, toute la troupe accoure fortement à » vous. Que ces saintes colombes volent par tout » le monde comme un saint Paul, qui était la bonne » odeur de Jésus-CHrisT; que, partout où nou » allons, nous portions les parfums de :
» Maître; que partout nous publiions ses grà 5, » ses douceurs et ses joies. Nous soupirons de » répandre et d'épancher au dehors l'abondance de
rande s for- Dieu!
force !
touteuhaite ant, Ô encer.
le gràadresur, des it leur 18 dans r parada, et e, Don- , et la (1).
> votre cœurs !
l'odeur Leureux r expcbaume dans le ‘à parles picoloms. Réurs de ement ment à ir tout h bonne