VAUGIRARD, FERVEUR DU SÉMINAIRE
» ces douceurs; car nous ne pouvons en parler dis- » tinctement, à cause de notre plénitude. Comme » le jour annonce au jour les grandeurs du Verbe » pour lequel ils sont faits; comme la nuit annonce » à la nuit, avec la mème efficace et la même pléni- » tude, la grandeur de cette sagesse souveraine qui » a créé touteschoses; et comme les anges, ravis » d'étonnement, se disent les uns aux autres, et » se répondent sans cesse : Saint, saint, saint; » qu'ainsi, à mon Dreu, vos serviteurs manifestent » les uns aux autres votre gloire et les richesses de » votre puissance (1). »
Nous sommes redevables de ces beaux sentiments à l'ordre que le Pre Bataille donna à M. Olier, peu après qu'il l'eût pris sous sa conduite, de mettre par écrit le récit des grâces qu'il recevait de Dieu, et des cironstances de sa vie les plus remarquables dans l'ordre de sa sanctification (2). M. Olier obéit ponctuellement, et commença par les traits que nous avons rapportés de lui jusqu'à présent. Il composait cette espèce de journal sur de petits cahiers, qu'il donnait successivement à son directeur; et celui-ci, après la mort du serviteur de Dreu, les remit tous au séminaire de Saint- Sulpice (3), où l'on en conserve encore la plus grande partie. Ce travail le remplit d'abord de confusion ; mais le considérant comme un nouveau moyen de témoigner à Dieu son ardent amour, et d'embraser les cœurs de cette céleste flamme, il s'y livra avec autant de joie que de zèle. « Outré de » douleur en voyant notre vie si courte pour servir » notre Maître, écrivait-il, et souhaitant avoir mille ;, je me suis vu comme contraint de mettre la im à la plume pour raconter ses louanges et ondance des miséricordes et des grâces dont sa mté me remplit, et pour suppléer, par ces écrits
» qui resteront après moi, à la brièveté de ma vie.
»Je voudrais éternellement encourager tout le » monde à aimer mon Dieu et à le servir,et multi-
(1) Mém. aut.
de M. Olier,t.1, p. 443, 444.
XXIT.
Le Père Bataille oblige M.Olier à mettre par écrit
les grâces qu'il a reçues de Dieu.
Olier, par M. de Bretonvilliers;t,
(3) Grandet, Vies Ms. L.1, p.
1) Mémoires autogr. de M.
Olier, t. 1, pag.
XXIIT.
Vertus et réputation du frère Claude Leglay.
» plier ma vie un million de fois pour l'honneur de » ce grand Tout. Béni soit-il, lui qui supplée par-là » si doucement et si suavement au zèle de ses » pauvres serviteurs ! Je meurs de langueur de ne » pouvoir servir un si grand Maître que si peu de 5 temps et d'une si faible manière. Ah! sije pou- » vais, durant des centaines de millions d'aruées, » répandre le zèle de votre gloire, celui de votre » divin Fils et de sa sainte Mère, ce serait un petit » brin de mon désir accempli. Je voudrais, d mon » Tout ! que toutes les créatures fussent converties » en langues et en bouches pour vous bénir et vous » louer (1).»
Ce feu intérieur qui le consumait, inspirait à M. Olier un zèle ardent pour propager la connaissance et le règne de Drev dans le monde, et surtout pour procurer la conversion des sauvages du Canada, à laquelle il eut en effet la plus grande part. Nous ferons, ailleurs, le récit de ce qu'il entreprit pour cette grande œuvre dès son arrivée à Vaugirard; et nous nous bornerons à parler ici de l'union trèsétroite que Dieu forma, à cette occasion, entre son serviteur et le frère Claude, l’un de ceux qui contribuérent le plus efficacement, par leurs prières, à l'établissement de la foi dans ce pays, et qui, depuis la circonstance dont nous allons parler, demeura attaché à M. Olier par les liens de la charité la plus vive et la plus pure tout ensemble. Cet homme simple, et selon le cœur de Dieu, nommé Claude Leglay +, était venu à Paris pour éviter
+ M. Boudon ne le qualifie pas autrement que le Bon Lorrain; on le désigne ordinairement sous le nom de Frère Claude, et M. Collet assure que ce dernier nom est le seul sous lequel on l'ait connu. Le registre des Sépultures du séminaire de Saint-Sulpice où il fut inhumé, nous apprend qu'il s'appelait Claude Leglay:; et c'est peut-être le seul monument qui nous ait conservé le nom de cet homme extraordinaire. M. Boudon avait eu avec le frère Claude les rapports les plus intimes, et fut témoin nceulaire de plusieurs traits qu'il nous a rapportés dans Le suint esclavage de la
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