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» coupent tellement cette lecture, qu'il est, j'en conviens, fort aisé de n’en pas voir le fil. Mais que l’on dût retrancher de cette Vie les rapports avec le P. de Condren, ce serait, à mon avis, la mutiler pour la rendre plus belle, » S'il y avait de l’exagération dans
les critiques, il y avait aussi du vrai, et M. Faillon le
reconnut volontiers en modifiant le titre et le plan de son premier travail. « J'espère avoir terminé les Mé-
» moires sur la Vie de M. Olier au mois de mai, écrivait-
» il en février 4839 ; la Vie que je commencerai alors
» sera un abrégé de ces Mémoires. » Dans ce nouveau
travail il sut conserver presqu’entiérement la matière
du premier, au moyen de notes où il fit entrer, après chaque livre, mille traits intéressants qui, dans le texte, étaient un hors d'œuvre.
Sa correspondance nous apprend que la troisième partie lui offrit des difficultés spéciales. Il fut obligé de la refaire plusieurs fois. L'ouvrage allait être mis sous presse quand il écrivait à un de ses amis : « La troisiè-
me partie a besoin d'être cassée et reconstruite à frais
» nouveaux. J'ai besoin de vos prières pour cela. Je
» vois bien que c’est la très-sainte Vierge seule qui peut
» y mettre la main. Je suis, je l’avoue, plus incapable
» qu’au commencement : mais C’est le cas de dire : tem-
» pus faciendi, Domina, tempus faciendi. I faut nonseulement que cette sainte Mère fournisse les matériaux, mais qu’elle prenne la peine de les classer, afin que ce soit per Ipsam, cum Ipsa et in Ipsa que tout cela se fasse : et plût à Dieu que je pusse dire, quand tout sera terminé: Sine Ipsa factum est nihil quod
» factum est. » Il fut fait à ce dévot serviteur de Marie
selon la vivacité et la simplicité de sa confiance: il
acheva très-aisément cette troisième partie, et l’impres-
sion de l'ouvrage n’éprouva aucun retard.
Autant :! avait été fidèle à implorer le secours de la Mère de i''eu pendant le travail, autant après, il fut empressé à lui témoigner sa reconnaissance. Dès que la première feuille eut été imprimée, il la lui fit offrir dans plusieurs de ses sanctuaires comme prémices du tout ;
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et quand arriva le 21 novembre 4840, il-lui fit hommage de l'ouvrage entier, non-seulement par la belle dédicace qu’il mit en tête du premier volume, mais encore en faisant célébrer le saint sacrifice de la messe dans cinq églises spécialement chères à M. Olier : à Notre-Dame de Lorette, en Italie, à Notre-Dame de Chartres, à Notre-Dame de Paris, à Notre-Dame du Puy et à Notre- Dame de Liesse. Dans cette circonstance, il n'oublia pas l’église de Saint-Trophime d'Arles. Déjà, pendant les vacances de 1839, il y était allé lui-même offrir le livre en manuscrit à sa divine Bienfaitrice : le 21 novembre 4840, sa mère s’y rendit en son nom et y communia dans ses pieuses intentions.
La très-sainte Vierge daigna bénir un ouvrage qui lui avait été si souvent et si cordialement offert. Les prêtres de Saint-Sulpice, à qui il était particulièrement destiné, en furent très-édifiés et consolés. Tous, après l'avoir lu, disaient avec le vénérable M. Garnier : M. Faillon nous a fait connaître notre Père. Le public religieux ne lui fit pas moins bon accueil. Plusieurs journaux et revues de la capitale en rendirent compte et furent unanimes pour louer l'abondance des documents, le choix des matériaux et l'intérêt de la narration. « C’est un des carac- » tères de la nouvelle Vie, disait M. Picot, d'être à la » fois un curieux ouvrage historique et un bon livre de » piété. En tout, l’estimable et modeste auteur à qui
on doit ce beau travail, y a fait preuve d’une exacti-
tude, d’un discernement, d’une érudition et d’une
piété qui doivent lui concilier l’estime et la reconnais-
sance du public religieux (4). » Un grand nombre de prêtres, des évêques, des cardinaux, et même quelques laïques distingués, félicitèrent le modeste écrivain. « La Vie de M. Olier, lui écrivait le cardinal Wiseman, » est un livre qu'on ne peut lire trop souvent et qu'on » relit toujours avec un nouveau profit, Agréez donc » l’assurance de ma bien vive reconnaissance pour le » très-grand service que vous avez rendu au clergé et à
(1) Ami de la Religion, n° 3436, 3465.
» l'Eglise par votre précieux travail. » M. Faillon n’admirait pas-moins que les autres les trésors réunis dans cet ouvrage, mais il était bien loin de s’en attribuer le mérite. « Cette Vie, écrivait-il, maintenant que je la » revois à loisir, me paraît à moi-même un événement » incroyable: j'en suis tout surpris, même à présent. » Dieu soit béni, qui fait tout comme bon lui semble » et dans les moments que sa Providence-a marqués. »
En faisant ce grand travail sur le fondateur de Saint- Sulpice, M. Faillon avait écrit surtout pour les ecclésiastiques, mais il ne tarda pas de mettre son livre à la portée des autres classes de lecteurs, au moyen d’une édition abrégée qui, par des extraits bien choisis, présentait d’une manière plus rapide la suite des desseins de Dieu sur M. Olier et l’histoire de ses travaux (4).
Il n’est pas de notre sujet d'indiquer, ou du moins de faire connaître en détail, les nombreux ouvrages que M. Faillon composa dans la suite. Notons seulement que son inclination vers M. Olier était si grande qu’il semblait se faire violence quand il devait s'appliquer à autre chose. L'assemblée de la Compagnie, l'ayant choisi pour occuper une place parmi les assistants, exprima le désir qu'il écrivit la vie de M. Emery. Il se mit à l’œuvre et recueillit les riches matériaux sur lesquels travailla plus tard M. Gosselin. Quant à lui, son cœur allait encore à M. Olier: « IL y a bientôt dix-huit ans, disait-il en » 4847, que je nourris toujours en moi-même le désir » de travailler sur les manuscrits de M. Olier: mais il » paraît que Notre-Seigneur veut que ce désir soit purifié » par l'attente. » Les Monuments inédits sur sainte Madeleine, qui lui ont demandé cinq ans entiers d’un travail opiniâtre, il ne les entreprit, comme nous l’apprend une de ses lettres, qu’en vue de M. Olier : « Je » m'occupe dans ce moment, écrivait-il en 14842, d’un » petit travail sur sainte Madeleine qui sera court, mais » tout-à-fait conforme aux vues de M. Olier. S'il vivait,
(1) Avertissement de l'éditeur de 1848, p. vin.
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» il m'y engagerait le premier, et d'ailleurs dans un » mois j'espère être sorti de cette digression qui, du » reste, n’en est pas une, car j'aurais à justifier M.Olier » dans le cours de ses ouvrages, si je ne faisais main- » tenant ce travail. »
En 1849, M. de Courson le chargea de visiter les établissements que le séminaire de Saint-Sulpice possède aux Etats-Unis d'Amérique et en Canada. M. Carrière lui confia la même mission en 4855 et en 1857, et même, à raison de sa santé qui se trouvait bien du climat de Montréal, l’autorisa à y faire un séjour de plusieurs années. Il en profita pour développer de plus en plus parmi les membres de la Compagnie qui travaillent dans ce pays lointain, l'esprit de M. Olier et l'amour des règles qu’il a données à ses enfants. Il entreprit aussi de faire l’histoire de la colonie de Ville-Marie, qui honore le fondateur de Saint-Sulpice comme un de ses principaux bienfaiteurs ; et ce travail, qui l’occupa longtemps, lui a surtout mérité la reconnaissance des trois anciennes communautés religieuses de Montréal dont il a, dans des Mémoires particuliers, fait connaître les vénérables fondatrices.
Quoique nommé en 1864 procureur général de la Compagnie près du Saint-Siège, M. Faillon ne passa pas entièrement à Rome les six dernières années de sa vie. L'état de sa santé, qui s’altérait de plus en plus depuis son retour du Canada, l’obligea souvent de rentrer en France et l'y retint assez longtemps. En 4867, il s'y occupa surtout de la cause de M. Olier, dont son beau travail sur le serviteur de Dieu, avait fait désirer l’introduction, et dont il avait été nommé postulateur. À peine sorti des procédures qui eurent lieu à Paris pour cette affaire, il fut averti, au moment où il y pensait le moins, de l'existence des écrits de Marie Rousseau, qu’il croyait perdus depuis longtemps. C'était une mine précieuse, mais difficile à exploiter. La collection était considérable, l'écriture mauvaise, le style obscur, l’ordre faisait défaut partout, la pieuse veuve écrivant par le commandement de son directeur toutes les vues que Dieu lui donnait,
sans se mettre en peine de faire une composition méthodique, claire et bien digérée, Toutes ces difficultés n’effrayèrent pas M. Faillon; la plume à la main, il lut d'un bout à l’autre cette longue série de cahiers, dans lesquels il trouva sur les premiers temps de la Compagnie d'intéressants détails qu'il ne connaissait pas encore. Il les fit entrer dans la nouvelle édition de la Vie de M. Olier qu'il commençait à préparer et qu'il enrichit également de plusieurs passages empruntés aux écrits du serviteur de Dieu. Enfin, prévoyant bien que c'était le dernier perfectionnement qu'il lui serait donné d'apporter à cet ouvrage, il s’efforça de ne rien omettre de ce qui concernait le fondateur de Saint-Sulpice et l'œuvre qu’il avait plu à Dieu de lui confier. Dans ce dessein, il s'étendit davantage sur le séminaire de Saint- Sulpice et sur les établissements du même genre commencés dans les provinces par les disciples de M. Olier. Grâces à ses laborieuses recherches, ce livre offrira désormais sur l’histoire des séminaires en France une étude approfondie qui fait bien connaître l’origine de ces maisons.
Depuis longtemps la pensée de la mort était familière à M. Faillon. « Demandez pour moi la grâce d’une » sainte mort, » disait-il fréquemment à ses confrères, et aux personnes {le sa connaissance. « Jamais, ajou- » tait-il quelquefois, je n'avais récité avec tant de bon- » heur qu’à présent le dernier article du symbole: Et » vitam venturi sæculi. C'est la conclusion de tout le » reste ; demandez à Notre-Seigneur que j’y arrive heu- » reusement en faisant tous les jours sa sainte volonté.» Dieu allait combler les vœux de son fidèle serviteur.
La nouvelle édition de la Vie de M. Olier était terminée; on avait même commencé l'impression, quand les évènements de la guerre rendirent impossible les rapports de Paris avec la province. L'approche des Allemands ne lui fit rien perdre de sa paix et de sa sérénité ordinaires. « Ils ne nous ôteront pas Jésus-Christ, » disait-il ordinairement à ceux qui lui exprimaient quelque he Dans les premiers jours d'octobre, il se
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