‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme]Chapitre 51 sur 332 · IX. Le saint Évêque de Genève fit plus encore en fa · texte numérisé non relu

IX. Le saint Évêque de Genève fit plus encore en fa

S. François veur du jeune Olier, que de prédire sa vocation.

de Sales veut Après avoir dit à sa mère qu'elle ne devait plus

avoir M. Olier s'arrêter à ses doutes , ct l'avoir engagée à changer

auprès de lui Ses craintes en actions de grâces, il pria l'intendant

pour l'élever. 4e Jui donner son fils pour qu'il le formât lui-

même aux vertus et à la science ecclésiastiques.

« Ce bon Prélat, » écrivait dans la suite M. Olier,

« témoignait à mon père vouloir me retirer auprès

(2) Mémoires ” de lui, pour m'élever à la piété (2). » Son dessein

aut, de M. Olier, était, en quittant Lyon, de remettre à son coadju-

t.1,P. 136. teur la conduite du diocèse de Genève, et de se retirer dans une espèce d'ermitage, situé sur le ri- .. vage du lac d'Anneci. Il y avait déjà fait bâtir cinq

(3) L'Esprit de

saint François OU Six cellules (3), et c'était dans cette solitude de Sales, re- qu'il se proposait d'avoir le jeune Olier auprès de cueilli de divers &; Lersonne, comme autrefois le grand-prèêtre Héli

(4) Vie de M. lution mérite une attention particulière (4). Saint PAM à François de Sales s'était longtemps efforcé, mais en t.1. p.18. — vain, d'établir un séminaire pour son diocèse, et

Grandet,, Ps, surtout de former trois hommes capables d'en Mémaires sur M, prendre la direction. Trois ans avant le trait que

Le L 79 . nous venons de rapporter, M. Bourdoise lui ayant ran . 1. . . ! ! ,.

y 7 Viode x. un jour témoigné son étonnement de ce qu'il ne

Olier, par le consacrait pas ses talents à la formation des ecclé-

Fos Part: siastiques, « j'avoue, lui avait répondu le saint Évé- Remarques his- » que, et je suis très-persuadé qu'il n'y a rien de hr ll. » plus nécessaire dans l'Église; mais après avoir

(5) La Vie de * travaillé moi-même pendant dix-sept ans à for- M. Bourdoise, » mer seulement trois prêtres, tels que je les sou- Lt RUES a” haïtais, pour m'aider à réformer le clergé de mon même, in-4°, p. » diocèse: je n'ai pu en former qu'un et demi; et je nd Eu per » n'ai pensé aux filles de la Visitation et à q:.ciques Des prêtres, N° » Séculiers, que lorsque j'ai eu perdu toute espé- 9, p- xxxvII, » rance à l'égard des Ecclésiastiques (5).» La réso-

ie er, LA lution contraire, que prit saint François de Sales

ne d'appa-

core en fa- 1 vocation.

levait plus à changer l'intendant ormât lui- :siastiques.

> M. Olier, irer auprès on dessein on coadjuet de se re- > sur le rit bâtir cinq te solitude r auprès de -prêtre Héli Cette résoe (4). Saint cé, mais en diocèse, et pables d'en le trait que se lui ayant ce qu'il ne des ecclé- : saint Évèy a rien de après avoir ans à forje les sourgé de mon demi; et je à q.ciques oute espé- » La résois de Sales

en faveur du jeune Olier, lui fut donc inspirée par même trait. Ib. l'assurance de former en lui un ecclésiastique digne Ve in4°, p.215 de ses soins, ou plutôt par la connaissance surnaturelle qu'il avait dès lors des services que cet enfant rendrait un jour à l'Église.* Depuis cette heureuse entrevue, il conçut pour le jeune Olier toute l'affection et la tendresse d'un père; et celui-ci de son côté éprouva pour le saint Évêque la plus filiale confiance et l'amour le plus respectueux. Dès ce moment, et jusqu'à sa mort, il ne lui donna plus que le nom de père. « Si je le nomme parfois mon ® père, » dit-il, prêchant un jour le panégyrique de ce Saint, que la voix des peuples canonisait déjà, Pa DE « c'est que j'ai eu le bien d'avoir reçu... sa bénédic- Sales. Ms. de » tion, et d'avoir porté la sainte soutane par ses #-Olier:exorde. » saints avis et son conseil (1). * » *NOTE 9, p. 42. Mais déjà le saint Évêque touchait à la fin de sa x.

vie ; il ne devait plus revoir son église d'Anneci; et S. François sa mort, qui arriva peu de jours après, fit succéder de Sales bénit les regrets les plus amers à ces douces espérances. M:Olieravant La seule consolation que monsieur et madame de mourir. Olier purent goûter, fut de lui présenter encore

leur fils, qu'il bénit pour la dernière fois. M. Olier

père attendait à Lyon les deux Cours de France

et de Savoie: sachant que saint François de Sales (2) La Vie de devait accompagner cette dernière, il fut ravi de MAS a 4 lui témoigner, dans cette circonstance, la haute Lo leR. P. de estime qu'il faisait de son mérite et de ses vertus, l& Rivière, liv. et lui offrit, avec beaucoup d'instances (2), la “+ à pi moitié de son hôtel situé à la place de Bellecour (3),

lequel, étant d'une très-vaste étendue(4) et proche (3) Histoire du le monastère de la Visitation, présentait d'ailleurs mn 97 A toutes les commodités désirables (5). Le saintin-4, p. 564.” Évêque arriva le 29 novembre; mais, par amour pour la pauvreté, il refusa de loger dans la maison (4) La même

, DA 7 k en latin. lib, x,

de l'Intendant. Il répondit à M. Olier et à d'autres page 455. personnes de considération qui lui faisaient les

mêmes instances, qu'ayant prévu la difficulté (5) Vie du

*. . « n ñ ê M e qu'il y aurait de se loger (les deux Cours étant à voilier, Hb, LA

*NOTE 8, p. 38.

Lyon), il s'était déja assuré d'un logement assez commode pour lui, et qui ne pouvait lui manquer. | On le crut; mais on fut bien surpris, lorsqu'on ul lt 4 apprit qu'il n'avait pour tout logis, que la chambre Lil : du jardinier de la Visitation, exposée à tous les | vents, et où demeurait de plus le confesseur du monastère. Les instances recommencèrent aussi | inutilement ; et, comme on ne cessait de lui re- (1) Histoire présenter qu'il souffrait beaucoup dans un lieu | du bienheureux Si incommode : « Je ne suis jamais mieux, répon-: | hp À . dit-il avec douceur, que quand je ne suis guère | | de Sales, pag. Pien (1). » Enfin il parut si résolu à n'en point 564 et 565. sortir, qu'on fut contraint de l'y laisser.

Bientôt il tomba dans une grave apoplexie, et le bruit s'en étant répandu duns Lyon, on fit, le jour même, des prières publiques dans toutes les églises de la ville. Il y eut une affluence extraordinaire à la chambre du jardinier. Le duc de Nemours, Henri de Savoie, quoique alité et vivement tourmenté de la goutte, s'y fit conduire en

| grande hâte, et se prosterna à deux genoux devant | 510, 514, 576. $ à 1 | pouvoir cacher son émotion ni ses larmes, y ac- | courut suivie de ses enfants, pour servir elle- | même ce saint malade, qui lui avait procuré tant | de consolations. Mais tous les soins devenaient | inutiles. Inconsolable de voir ravir sitôt à sa famille cet ange tutélaire, elle désira de recevoir au moins sa bénédiction, et d'entendre de sa bouche une dernière parole. Le saint Évêque, accablé par le mal, n'en put proférer aucune; il leva cependant, quoique avec peine, son bras presque défaillant par suite d'une abondante sagnée, et il la bénit. Madame Olier désira pour ses enfants la même faveur, et ne pouvant, sans doute à cause de ses sanglots, en exprimer la demande au saint Évêque lui-même, elle pria l'un des assistants, M. Robert Berthelot, évêque de Damas, de la demander pour eux. Saint Fran-

(2) Ibid. pag. Je lit du saint Évèque (2). Madame Olier, sans :

OO = et à jun

ment assez i manquer.

, lorsqu'on la chambre à tous les 1fesseur du érent aussi de lui rens un lieu -UX, r'épon-:

suis guère n'en point

poplexie, et 1, on fit, le s toutes les ice exti'aor- Le duc de lité et viveconduire en oux devant

Olier, sans ‘

mes, ÿ acservir ellerocuré tant devenaient ôt à sa fade recevoir dre de sa nt Évêque, aucune; il , son bras abondante désira pour vant, sans primer la . elle pria ot, évêque aint Fran-

çois de Sales leva de nouveau le bras et les bénit (1). 11) La Pie de C'était le jour de saint Jean l'Évangéliste, l'une pr APR des fêtes du jeune Olier : «Ce bon prélat, dit-il, par M. de Lon- » me donna, un jour devant que de mourir, sa Fos, pe ee » sainte bénédiction à Lyon (2).* Quoique les historiens du saint Évêque de Genève ne nous aient NOTE 10, p.42 point transmis les circonstances de cette entrevue, 2, Mémoires on est fondé à croire que, dans ce moment, le st UE cœur si aimant de saint François de Sales répandit sur le jeune Olier les plus doux sentiments de sa tendresse, et que ce père mourant pria le Seigneur d'achever, dans son fils adoptif, l'ouvrage qu'il était contraint de laisser imparfait: car l'un de ses historiens remarque que lorsque le saint Évêque bénit les enfants de madame Olier, le mal ne lui avait pas Ôté la présence d'esprit (3); (3) La Vie de et un autre ajoute, que quoiqu'il ne pôt les bénir D AU 7 qu'avec peine, il le fit néanmoins avec une façon 1687, in-4, chez assez contente et paisible(4). «Je ne doute point, Claude Barbin, dit M. de Bretonvilliers, que cette sainte béné- ""# 368- » diction n'ait été la source de plusieurs grâces, FR di dr » que M. Olier a reçues depuis, et ne lui aitobtenu Longue-terre. » de très-grandes faveurs de Nntre-Seigneur. » M. Olier en conserva toujours un précieux souvenir, mêlé d'une tendre et ferme confiance aux mérites de ce saint protecteur. Il ne cessa de l'invoquer ; et, dans plusieurs circonstances, il éprouva l'effet de ses puissantes intercessions, comme on le verra dans la suite.” *NOTE 11,p 43 Déjà il avait atteint sa quatorzième année, et XL. était parvenu à cette époque de la vie, où l'amour Dieu attire de la dissipation et du plaisir entraînent la plupart M. Olier à la des jeunes gens. Son naturel bouillant et son pratique de la tempérament sanguin devaient l'exposer, plus vertu. — Il !: qu'un autre, aux surprises de cet âge. Mais son P'éserve dela bienheureux père veillait tellement sur tous ses "°t: pas, qu'il lui fut comme impossible de contracter jamais l'habitude du vice. Il rapporte lui-même que, dès qu'il s'était rendu coupable de quelque Tom. 1. 9

(1) Mémoires aut. de M. Olier,

infidélité, un nuage épais obscurcissait aussitôt son esprit, jusqu'à le rendre incapable de la moindre application à ses devoirs d'études. « Je remarquerai » ici, dit-il, que je n'ai jamais rien pu apprendre que » par grâce et dans le temps que j'étais en grâce, » selon qu'il me semblait. Étant au collège, dès que » j'avais commis un péché, j'avais l'entendement tout » bouché et toutaveuglé,et me trouvais comme im- » puissant de rien apprendreet retenir, si bien qu'il » me fallait aussitôt aller à confesse. Je me souviens » aussi que, voulant entreprendre quelque action » publique, il fallait par nécessité que, longtemps » auparavant, je me tinsse dans la grâce. Le plus » grand étonnement que j'eusse en ces temps-là, était » de voir des gens dans le péché, qui néanmoins » étaient savants et apprenaient bien leurs leçons. » J'admirais comme cela se pouvait faire, m'imagi- » nant que tout le monde fût comme moi (1). » Par ces châtiments sensibles, et si propres à faire impression sur l'esprit d'un écolier, Dieu voulait lui inspirer un grand amour pour la vertu qui fait le plus bel ornement de la jeunesse; et, dans une circonstance périlleuse, il daigna récompenser d'une manière éclatante ses généreux efforts. « A l'âge de » quinze ans, un jour que jeme baignais, jetraversai, » dit-il, un bras de rivière à la nage ; ce qui me mit » horsd'haleine. Au moment d'aborder sur lerivage, » j'y aperçus quelques personnes quime voyaient, et » n'osant paraître devant elles dans un état qui eût » blessé la pudeur, je voulus repasser à l'autre bord » sans prendre haleine; mais n'étant encore qu'au » milieu, et déjà n'en pouvant plus, je commençai à » enfoncer, lorsque miraculeusement je rencontrai « un pieu caché dans l’eau et enfoncé dans le sable: » je m'y appuyai d’un pied, en attendant qu'on me » vint secourir, ou que je prisse haleine ; ce qui me » tira du danger +. Je remercie la divine bonté de

+ Le trait que rapporte ici M. Olier a été autrefois représenté par une gravure en taille-douce.

sitôt son moindre \arquerai ndre que en grâce, , dès que ment tout mme im— bien qu'il souviens ue action ongtemps . Le plus >s-là, était éanmoins rs leçons. m'imagi- (1). »

res à faire Eu voulait u qui fait dans une nser d'une A l'âge de traversai, ui me mit lerivage, byaient, et at qui eût utre bord ore qu'au mençai à encontraïi s le sable:

qu'on me e qui me bonté de

bfois repré“

» m'avoirdonné souvent la vie,et je la priequ'elleme (1) Mémoires

» la conserve pour son service seulement (1). » . + md Vers ce temps, il éprouva de vifs désirs d'em- L'année Dom-

brasser la vie religieuse. Son attrait le portait rire ps.

entrer dans l'ordre des Chartreux, et souvent il riques, t. in,

visitait la Chartreuse de Lyon, en granderéputation P: 4}? el 5h

de ferveur. « J'avais eu ce dessein et Éprouvé Ce Olier, par le

» mouvement, dit-il, dès l'âge de quinze ans; ce el pe

» qui m'avait fait souvent solliciter ces bons Pères jus 502!

» de me recevoir parmi eux : grâce que je ne pus XII

» toutefois obtenir, étant bien vrai que je ne la sol- } Gjier à

» licitais pas si ardemment comme je l'eusse pu, désir d'em-

» mes péchés, mes études et mes voyages inter- brasser l'état

» rompant successivement ce dessein. Tous ces religieux ; il

» obstacles cependant ne m'empéchaient pas d'al-revient de

» ler toujours visiter ces saints déserts dans toutes Lyon à Paris,

» les provinces où j'en rencontrais (2). Pendant les où il étudie la

» premières incertitudes de ma vocation, étant en- Philosophie.

» core jeune, j'eus quelque mouvement et inclina- (2), Mémoires 4 A aut. de M. Olier,

» tion pour un autreOrdre que celui des Chartreux |, ; p, 90.

» (c'était celui de Saint-François"). J'allai quelque- , ge 12, p.43

» fois pour demander qu'on m'y reçût; mais ce

» sentiment ne durant pas, j'abandonnai ma pour-

» suite, conservant toutefois une grande affection

» et pour le Fondateur et pour tout l'Ordre(3).» (3) Mémoires M. Olier achevait ses humanités à Lyon, lors- ja éd ali

qu'il fut pourvu du prieuré de la Trinité de Clis-

son , Ordre de Saint-Benoît, au diocèse de Nantes.

Quelque temps après, des religieux de l’abbaye de

Saint-Jovin l'ayant troublé dans la possession de

ce bénéfice, son père, qui était fort versé dans la

pratique des affaires et dans la science du droit,

conclut avec eux un accommodement, qui fut,

comme nous le rapporterons dans la suite, le pré-

texte d'un grand démèêlé (4). (4) Factum Ce magistrat, bien digne de l'estime et de la pour M. Julien

confiance du Souverain, dont il faisait respecter de la Éibliothe

et chérir l'autorité, fut promu, en 1695, de la du Roi. Dupuy,

charge d'Intendant de Lyon, qu'il exerçait de- RE OARE TPPAS

rm

(1) Factum, puis huit ans, à celle de conseiller d'Etat (1). Il Lo FA He ramena alors ses enfants à Paris; et ce fut dans gies des Maïtres l'Université de cette grande ville, que celui dont des requétes, ele. nous écrivons la vie acheva ses études. Il eut pour

professeur de philosophie un des plus habiles maitres qui füssent alors, Pierre Padet, professeur au collège d'Harcourt, sous lequel avait étudié Alain de Solminihac, évèque de Cahors et auparavant

(2) Vie de M. abbé de Chancellade (2). Les succès de M. Olier rémd + y pondirent aux espérances qu'il avait donné:s jus- 1, eh. iv, p. 25. qu'alors: et, à la fin de son cours, il soutint avec

des applaudissements universels un acte public,

en latin et en grec, sur toute la philosophie. Son

professeur rendit même ce témoignage à la capa-

- QUES UN cité de son clève, que, dans ses thèses comme dans

de Bretonvit. Ses réponses aux difficultés, il avait réussi aussi liers,t.1, p.20. bien qu'il était possible de le faire (3).

Page 1