‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme]Chapitre 8 sur 332 · SES · texte numérisé non relu

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Vucs générales sur M.

Olier : ses dons de nature ct de grâce.

xiv PRÉFACE,

Mais, pour préparer l'esprit du lecteur à l’exposition des faits qui feront la matière de cet ouvrage,:et lui donner lieu de remarquer plus aisément la convenance des moyens que Duev ménagea par sa providence, et leur proportion avec la vocation spéciale de M. Olier, il ne sera pas hors de propos de faire entrevoir déjà les dons de grâce et de nature dont ce saint prêtre fut pourvu, et de donner ici une légère esquisse et une vue générale de sa personne.

Il appartint, par sa naissance, à l’une des premières classes de la société, à la haute magistrature du royaume : avantage, il est vrai, qui ne donne pas toujours l'élévation de l'esprit, ni la noblesse des sentiments, mais qui sert à développer ces dispositions dans ceux qui en ontrecu les heureux germes. La pénétration, la fécondité, la vivacité, l'élévation de son esprit, paraissent assez par ses ouvrages; l’on en verra, d’ailleurs, mille preuves dans cette Vie. Les qualités de son cœur sont encore plus remarquables; la noblesse, la générosité, le courage, joints à la bonté et à une sensibilité pleine de tendresse pour les maux d'autrui, semblent ètre ses caractères distinctifs. IL est vrai que son naturel impétueux causa, dans son enfance, bien des inquiétudes à la piété de ses parents; mais la grâce corrigea, et tourna même en autant de précieuses qualités, ce qu’il y avait d’excessif dans ces premières ardeurs de son âme. Dau le prévint surtout, dans l’ordre surnaturel, des plus précieuses faveurs : il lui donna un grand fonds de religion, avec une tendre et ardente dévotion envers le très-saint

PRÉFACE. xv

Sacrement de l'autel et envers la très-saiute Vierge; dispositions les plus essentielles dans les prêtres, et dont il sembla remplir abondamment son serviteur, afin qu'il pût un jour verser, en quelque sorte, de sa plénitude dans les âmes des clercs qu'il aurait à former.

La Bonté divine fournit en outre à M. Olier les moyens extérieurs les plus efficaces, pour développer en lui les dons de la nature et de la grâce. Toute sa vie, il fut dirigé par les serviteurs de Dieu les plus éminents dans la science des Saints. Sans parler des maîtres habiles qui formèrent son enfance, il eut le bonheur, dès ses premières années, d’être fixé dans sa vocation à l’état clérical, par le saint Évêque de Genève, de recevoir ses bénédictions prophétiques, ses douces leçons et ses paternels avis. Plus tard, saint Vincent de Paul, cet homme si éclairé dans la conduite des âmes, ce saint prêtre, le plus consulté peut-être qui fut jamais, devint, au moins pour un temps, le directeur de M. Olier, et pour toujours et jusqu’à sa mort, son conseil, son ami, son père, et même le père de tous les siens. Cependant un autre prêtre, nous ne dirons pas plus saint, ni plus prudent, mais qui parait avoir été plus spécialement choisi de Dieu pour manifester à M. Olier sa vocation à l’œuvre des séminaires, et pour donner commencement à ce grand dessein, le Père Charles de Condren, général de l’Oratoire, achève de développer en son âme les plus pures notions du christianisme et du sacerdoce, et le laisse, en mourant, l’un des héritiers de son esprit. Entin Dom Grégoire Tarrisse, général des

Il est formé par les plus habiles directeursdesâmes ct a des rapports avec les personnages les plus éminents.

11 passe par les divers ministères du clergé; il est purifié par des peines inté-

rieures.

Xvi PRÉFACE.

Bénédictins de Saint-Maur, et le Père Bataille, religieux du mème ordre, deux hommes tout livrés à l'Esprit de Dieu, lui sont donnés pour le confirmer et le soutenir dans les voies de la grâce, et lui servir de providence visible dans l’établissement de son séminaire et de sa société. Ajoutons que la divine Bonté lui ménage encore de saintes liaisons avec les âmes les plus éminentes de ce siècle, si fécond en grandes vertus: M. Bourdoise, qui lui sert de maitre dans le culte divin; le Père Yvan, le Père Jean Chrysostome, le baron de Renty, la mère de Bressand, la sœur Marguerite de Beaune, la sainte veuve Marie de Valence, et beaucoup d’autres, entre lesquels nous aurions pu compter, comme l’un de ses directeurs, la mère Agnès de Jésus, prieure de Sainte Catherine de Langeac, depuis peu déclarée Vénérable par le Saint-Siége.

Mais, pour le disposer par des voies ençore plus directes et plus immédiates à l’exercice de sa vocation, Dieu veut qu’il acquière par l’expérience une connaissance exacte des difficultés qui se rencontrent dans les diverses fonctions du saint ministère, des moyens à employer pour les surmonter, et surtout des dispositions nécessaires pour les remplir saintement; en un mot, qu'il soit lui-même un modèle de toutes les vertus sacerdotales et la forme d’un véritable prêtre de Jésus-Curisr. Aussi verra-t-on, dans M. Olier, un abbé commendataire vraiment digne de ce nom, s'appliquant avec un zèle constant à la réforme de ses religieux; et, quoiqu'il y ait eu peu de succès , tenant ferme contre les obstacles, et

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PRÉFACE. Xvi)j

épuisant toutes les ressources de la charité, sans jamais se laisser abattre par la malice et l'obstination des cœurs les plus endurcis. On le verra, missionnaire infatigable, parcourir pendant plusieurs années les lieux les plus pauvres et les plus abandonnés, rompre le pain de la parole et des sacrements aux ignorants et aux hommes simples, que tant de prêtres, livrés aux vanités du monde, laissaient misérablement périr. Devenu curé de la paroisse la ‘plus vaste et la plus déréglée qui fût alors, il donnera l'exemple d’une rare intelligence dans la distribution des secours spiritnels à tout son troupeau, d’une vigilance parfaite sur les besoins de toutes ses ouailles, et sur les dangers qui les menacent, d’un désintéressement et d’une générosité toujours disposée à de nouveaux sacrifices, tant qu’il y a des misères à soulager; enfin, d’un zèle sans bornes, qui le porte à faire le vœu singulicr de servitude envers Jésus-Christ et ses membres, en sorte qu'il est en effet, et à la lettre, le serviteur de chaque âme qui a recours à sa charité.

Ajoutons encore que, pour achever de le perfectionner dans la solide vertu, Dieu le fit passer par des peines étranges, qu'il n’envoie qu’à quelques âmes appelées à recevoir les plus hautes communications de la gràce, Le récit de ces épreuves pourrait étonner les personnes peu versées dans la connaissance des voies intérieures. Il est néanmoins comme le point capital et en quelque sorte la clef de toute la vie de M. Olier. Ce fut en effet par ces terribles épreuves que Diet

détruisit en lui toute attache aux créatures, tout

M. Olier est prévenu de faveurs extraordinaires. Observation importante à cet égard.

(1) Bened. XIV De servorum Dei Beatif. etc.

lib. ant, cap. 25,

Xviij PRÉFACE.

appui sur lui-même, toute recherche de l’estime des hommes, et le délivra ainsi de la corruption de l’amour-propre, pour régner seul en lui; et alors l'Esprit divin, ne trouvant plus en quelque sorte d'obstacles dans cette àme, la posséda pleinement, et se communiqua à elle avec une plénitude de lumières et de grâces diverses, dont on voit peu d'exemples.

Ceux qui ont lu les histoires des Saints, celles”

surtout des instituteurs d’Ordres ou de sociétés dans l’Église, ne seront pas surpris que M. Olier ait reçu, comme la plupart d’entre eux, des gràces et des faveurs extraordinaires (1). IL y aurait assurément de la faiblesse à admettre aisément toute espèce de révélations; mais ce serait se rapprocher trop de l’impiété et de l’irréligion du siècle, que de ne croire à aucune, par cela seul que ces sortes de faveurs sortent de l’ordre commun. C’est la remarque d’un grave et pieux auteur, le Père Saint-Jure, que nous laisserons parler ici: « Il ne faut point, dit-il, mesurer les » bontés de Dieu à notre raison, ou à notre cœur » petit et rétréci. Les pères, quoique sages, sé- » rieux et âgés, jouent quelquefois et bégaient » avec leurs enfants. L'un d’eux, très-grand per- » sonnage, capitaine renommé, et qui fut Agési- » las, roi de Sparte, ayant été surpris par un » de ses amis, comme il courait sur un bâton » avec un petit enfant qu'il avait, et remarquant » que cet ami était étonné de lui voir faire une telle action, il lui demanda s’il avait des enfants; l’autre répondant que non: Ve vous » élonnez donc pas de ce que je fais, lui dit

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