‹ Vie de M. Pierre-Louis Billaudèle [microforme]Chapitre 6 sur 20 · BON SÉJOUR AU GRAND SÉMINAIRE.—IL EST EMPLOYÉ AU COLLÈGE · texte numérisé non relu

BON SÉJOUR AU GRAND SÉMINAIRE.—IL EST EMPLOYÉ AU COLLÈGE

Pendant SON Cours de théologie, M. Billaudèle t nommé professeur au collège et maître étude, c'est-à-dire, chargé, avec quelques confrères, de la surveillance des élèves. Ii remplit, pendant environ une année, cette fonction, que lon sait coramunément n'être pas une des plus faciles, Il avait, en effet, à diriger des jeunes gens qui, pour ja, plupart, appartenant à des familles aisées, manquaiert de PrREIRES reltgieux et ne pouvaient que difficilement se plier à une discipune de collège.

Bien que cette nouvelle position fût loin d'être de son goût, et qu'elle s'accordât peu avec 80n attrait pour la piété, cependant, avec l'ail de Dieu, et mettant en œuvre les heureuses « quattés paturelles dont il était pourvu, il traversa cette époque critique de sa vie avec tout le bonheur désirable. La divine Providence devant bientôt ini confier la direction du petit séminaire, qui comptait 150 élèves, son séjour au collège était pour lui un temps précieux d'expérience et d'une étude particulière, par laquelle il se formnait à ae le caractère ae la jeunesse, et les moyens ‘o la d'riger avec SAgeSse et prudence,

Là comme ailleurs, par ses bonnes manières ei par une certaine condescendance qu'exigeait

VIE DE M. BILLAUDÈLE. 25

une jeunesse si peu habituée à la discipline de la vie de communauté, il réussit à se concilier l'estime et la sympathie g générales. L'influence que lui acquit sa vertu lui servit admirablement pour procurer le bien spirituel de ces jeunes gens qui, pour la plupart, manquaient des véritables principes d’une éduea. tion morale et chrétienne,

Il punissait rarement, mais sévèrement, et toujours lorsqu'il trouvait les délinquants en flagrant délit ; etle peu de succès qu'obtenaient ses confr ères par une rigidité plus marquée, ne faisait qu'accroître sou autorité et lui donner plus d’ascendant pour dompter ces jeunes gens aux caractères rebelles, et les faire arriver quelquefois à des actes héroïques d’humilité, Un jour qu'il en avait puni deux très sévèrement, les coupables vinrent se jeter à ses genoux, avouant, avec la plus grande sincérité, non seulement qu'il ne les avait punis qu'avec justice, mais que leur faute méritait un plus grave châtiment.

Le fait suivant expliquera a facilement la force morale et l'autorité qu'avait acquise M. Billaudèle sur des jeunes gens de cette trempe, en faisant voir avec quel zèle et quelle énergie il savait, dans l’occasion, défendre et faire respecter les droits de la religion outragée. La prière du matin en commun était un des points rigouroux du règlement du collège. A cet exercice devait présider, à tour de rôle, un des maîtres d'étude. Un jour qu'il remplissait cet office, avec sa piété accoutumée, il arrive, à son grand étonnement, qu'on répond avec une irrévérence marquée, on 8e permet mêmede rire, de siftler : il s'arrête un instant, puis il essaie de conti-

26 VIE DE M. BILLAUDÈLE.

nuer ; on persévère dans le désordre. Alors son zèle s'enflamme, il 8e lève, se place au milieu de la salle d'exercice, puis commence une allocution pleine d'énergie, dont Il serait difficile de rappeler les détails, mais qu'il termine par cette apostrophe soudaine : “ Malheureux! c’est ainsi que vous traitez un Diou trois fois saint ?.…. Hh bien! puisque vous avez à satisfaire une fureur satanique, levez-vous, venoz m'insulter, moi pauvre créature, erachez-moi à la figure, traitez-moi comme le dernier scélérat de la terre; mais sachez adorer, respecter et servir le grand Dieu qui vous a créés; ceiui qui ne cesse de vous combler de ses bienfaits et qui un jour, et peut-être plus tôt que vous ne pensez, sera votre juge redoutable.” Une démonstration si franche, si vigoureuse de son dévouemeut pour la défense des intérêts de Dieu, fit sur cette jeunesse irréligieuse une profonde impression, et attira à M. Billaudèle un surcroît d'estime dont il seservit pour le bien de tous, Jamais scène de cegenre ne se renouvela dans la suite.

Un autre moyen qu'il employa encore avec succès pour captiver la bienveillance de cette jeunesse ardente, fut de lui raconter durant les récréations, les histoires intéressantes dont il avait dans sa mémcire un recueil inépuisable, Pendant les soirées de tout un hiver il tint suspondus à ses lèvres la plupart de ces jeunes gens et les rendit doux, tranquilles comme des agneaux, tandis qu'auparavant il avait été impossible de mettre un frein à leurs éclats étourdissants. Aussi ses confrères maîtres d'étude ne manquérent pas de lui en faire leurs sincères

remerciements, .

VIE DE M. BILLAUDÈLE. 27

Ayant ainsi enrichi son trésor d'expérience dans ce collège, à l’âge de 23 ans, et n'étant encore que diacre, il fut nommé directeur du petit séminaire, posi tion pius en harmonie avec ges goûts de retraite et de tranquillité; atiaospnère où devait s'épanouir plus librement sa are piété et son zèle ardent pour la gloire de 'ieu.

anna) EÉY SO Green

Page 1