M. BILLAUDÈLE DIRECTEUR AU PETIT SÉMINAIRE DE CHARLE VILLE
À cette époque, le petit séminaire de Charleville était mixte, et comptait 150 élèves. Sans les diriger précisément vers l’état ecclésiastique, un certain nombre de parents chrétiens, voulant procurer à leurs enfants une éducation religieuse, et leur faire éviter le contact avec des élèves des collèges proprement dits, qui, ordinairement, laissent beaucoup à désirer sous le rapport des principes et de la moralité, choisissaient de préférence l’enseignement du petit séminaire. Les supérieurs, en permettant le mélange de vocations différentes, avaient pour motif l'espérance de gagner quelques sujets de plus pour Îe sanctuaire, alors partout si dépeuplé. Mais il faut convenir que, pour le supérieur de l'établissement, un tel état de choses exigeait une grande vigilance et une sollicitude tonte particulière. M. Billaudèle, plein de confiance en Dieu, se mit résolument et courageusement à l'œuvre, Constamment appuyé par l'excellent et zélé M. Delvincourt, il employa les talents que Dieu lui avait donnés pour cultiver cette précieuse pépinière, d’où sortirent depuis beaucoup d'excellents prêtres, ouvriers infatigables qui ont procuré tant de gloire à Dieu, et fait tant d'honneur à l'Eglise !.
1. Ce fut par obéissance aux désirs de M. Delvincourt que le jeune directeur du petit séminaire se détermina, en 1823, à recevoir le diplôme de bachelier ès
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Parmi ses importants devoirs, M. Billaudèle regarda comme le point capital de sa nouvelle charge, celui de veiller à l'observation de la | règle. C’est en effet le moyen le plus efficace pour prévenir les abus, qui ne manquent jamais È de s'introduire dans une cominunauté nom- | breuse, lorsqu'eile n'est pas soumise À une discipline exacte, Il gagna l'estime générale, en favorisant de tout” son pouvoir, par ses discours et par ses exemples, l'accroissement de la piété; mais d'une piété solide, éclairée, partant du cœur comme de sa source ; piété qui, dès sa plus tendre enfance, avait toujours été, pour ainsi dire, comme l'âme de son âme, et qui devait couronner plus tard sa glorieuse carrière, Quant à la confiance et à l'amour de ses élèves, il n'eut besoin, pour cette précieuse conquête, que de ge laisser allier au penchant naturel de | son excellent cœur, qui a toujours été un véritable cœur de père.
ussi, que de belles victoires cette préciouse qualité lui fit souvent remporter st l'ennemi de la paix et de la concorde entre les frères! Il était surtout admirable lorsqu'il était forcé d'employer ia rigueur pour redresser certains caractères vifs et emportés, et pour les maintenir vigoureusement dans la route du devoir, En médecin habile de prévoyait les funestes conséquences du mal, i appliquait promptement Le remède, se que là gangrèno ne gagnât pas tout le corps, Î employait même le fer s'il le fallait; ins comic c'était toujours pour guérir ou pour éloigner la contagion, si pernicieuse dans ne communauté nombreuse, il y déployait une terdresse puise nelle; et comme le Samaritain charitable,
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cicatrisait la plaie en y répandant, avec douceur ot prudenc e, TI huile et le vin; enfin il n’abandonnait son malade que lorsqu'il avait assuré sa parfaite guérison. J'ai vu plus d’une fois de mes yeux avec quelle tendre affection il arrosait de ses larmes ces chers enfants, qui venaient humbiement solliciter leur pardon. Aussi, loin de concevoir de l’antipathie pour 6a personne, presque tous ceux qui avaient mérité correction devenaier nt ses amis ot ses enfants de prédilection. C’est dans cet esprit et avec ce zèle que le jeune supérieur dirigea le peus séminaire le Charleville, n'étant encore que diacre.
Maïs par a promotion à la sublime dignité du sacerdoce (3 30 novembre 1819), M. Billaudèle vit bientôt le champ confié à ses soins prendre une nouvelle extension. En effot, il ne s'agissait plus désormais seulement d’une direction M mais de celle qui est de la plus haute importance, la direction des consciences d'nne jeunesse, à laquelle il faut indiquer la route que l'en croira la plus sûre pour lui faire accomplir ici-bas les desseins de Dieu, et obtenir l’éternello récompense. La sympathie qu'il s'était acquise par ses manières aimables et surtout par son gouverne es tout paternel, procurèrent en pen de temps à M. Billaudèle à confiance générale de sa communauté, réuni sant ainsi dans sa personne le double titre do
re et en même temps de directeur des cousciences.
Sans m'étendre sur d'autres détails que, d’'ailleurs, ma mémoire infidèle ne me rappelle pas suffisamment, je puis assurer qu'avec l'aide de Dieu, et toujours guidé par son caractère de père et de pasteur, et par la pratique cons-
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tante des belles vertus qui ornaient son âme, il fit prospérer cet établissement d'une manière admirable, La preuve la plus évidente de son succès, c'est que Ce séminaire a produit uu grand nombre d'excellents prêtres, dont cette partie du diocèse avait le plus grand besoin.
Cependant, malgré les abondantes bénédic.
tions que Dieu daignait répandre sur ses tra vaux, la carrière apostolique, pour laqueile M. Billaudèle sentait depuis longtemps des attraits particuliers, était une nouvelle vocation qu'il nouwrrissait dans son cœur, eb qui ai faisait regarder comme précaire sa supériorité au petit séminaire. Il était facile de prévoir, par l’enthousiasme avec lequel il parlait des missions d'Amérique, et par son goût prononcé pour les Lettres édifiantes et curieuses, qu'il avait grand soin de faire lire au réfectoire, que son séjour à Charleville ne devait pas être sa demeure permanente et définitive.
En attendant que, devant Dieu, sa vocation fût bien mûrie, il continuait à diriger avec zèle geon séminaire; il se prêtait même à remplir certaines fonctions du ministère, que jngeait à propos de lui imposer M. Deivincourt. Ainsi ce fut à la paroisse de la ville qu'il débuta comme prédicateur, Ses premiers sermons ayant été très goûtés par son auditoire, il fut obligé bien des fois, malgré ses autres fatigues, de remplir ce saint ministère, j.iqu'au moment de son départ. Il poussait même la charité jusqu'à remplacer l’un ou l’autre des vicaires de }a paroisse quand ils n'avaient pas eu le temps de préparer leur sermon pour le dimanche. On venait le prévenir le vendredi. Alors, quand les élèves étaient couchés, il prenait la plume,
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et passait Îa nuit à composer son sermon.
Lorsque le matin, selon ma coutume, je venais dans sa Chambre, ma surprise était grande de le trouver ainsi occupé de si bonne heure; il me faisait l’aveu de son dévouement, cb me priait de dér anger son lit, afin qu'on 1gnorût qu il s'était ainsi privé de sommeil : ô tendre frère! cœur vraiment dévoué! Dieu sera fidèle vous donner ses éternelles récompenses |.
Pendant les dernières années de sa supériorité, on le chargea encore, par surcroît, de desservir une paroisse dis tante d’une lieue de e. Comme toujours, il se dévoua à ce travail de toute l'énergie de son âme et de toutes les forces de son corps. Il pe tait le dimanche ét de bonne heure (c'était moi, ordinairement, qui l’accompagnais) ; puis 1l passait tout le jour à remplir avec zèle son saint ministère. Le soir, il revenait au séminaire, et pour se délasser de ses fatigues, il faisait à la communauté l'explication de lévangile avec une éloquence qui ravissalt les esprits et touchait tous les cœurs. Cette paroisse étant placée sur une baute coiline, 1l lui fallait de Ru à autre
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faire cette ascension plusieurs f0ïs la semaine, pou administrer les ma lades, c et pour d'autres fonctions du saint ministère. Ce lourd fardeau
ayant pesé ue ose année sur 808 épaules, M. Delvincourt, qui tenait be eaucoup à conserver une santé qui Eu i était très précieuse, l’en déchargea enfin, afin que M. Billaudèle pût concentrer tous ses soins dans son cher séminaire,
Mais ces différents emplois ne lui faisaient pas perdre de vue sa vocation de missionnaire, Lois de là, les succès que : la bonté divine daignait accorder à ses travaux ne faisaient que
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le confirmer davantage dans la pensée que le divin Maître l'appelait à eultiver un champ plus vaste, pour sa gloire, La crainte qu'on n'en vint à le fixer ivrévocablement à Charle. ville où il avait acquis de la célébrité comme prédicateur, et gagné la sympathie et la con. fiance de tontes Les personnes avec lesquelles il avait eu des rapports, le pressait très fort de ne ps tarder à prendre une détermination finale, Je tremble, (ne disait-l un jour.) à Ia pensée que si M, Delvincourt venait à mourir, on m'accablerait peut-être de son fardeau redoutable, L empressement inspiré à M, Billaudèle par cette appréhe usion fut un trait de la divine Providence qui 1 ap elait ailleurs; car pen de temps après 80n départ tout Charleville fat p'onué dans la plus grande douleur par 1 mort de M. Delvincourt, Ce prêtre vénérah'e était alors curé de Charleville et sugéticur prineïpal de tout l'établissement, qui comprenait lé grand etle petit séminaire, avec le collège, Comme M. Billaudè tète she d'abord pensé à entrer dans la Compagnie de lésus, il profita des vacances pour aller faire, à Par 18, une retraite chez ces RR. Pères, Après avoir tout examiné sérieusement devant Dieu, les affaires tmipor. tantes de sa famille, qui pouvait encore avoir grand besoin de son secours, L'empé échèrent de choisir un ordre où il serait engagé irrévocable. ment. Alors, il prit un moyen terme, et donne sa prétérence à A respectable congrégation de Saint-Sulpice, De retour à son poste, pour sa tiafaire sa conscience, 1! crut devoir soumettre à un sérieux examen, pendant environ une année, cette nouvelle détermination, Il prenait ordinairement chaque jour une demi-heure sur
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