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Intolérance da gonvernement Bâlois. — Conversation de M. Empaytax et du bourgmestre Ebinger. — Cessation des Assemblées religieuses. — M. Empajtax et Madame de Kriidener ches le bourgmestre. — Ordre de départ.-— Difficultés financières. -— Lettre de Madame de Kriidener. — Daniel Died/icby meunier du Hoernlein. — Madame de Krâdener et les pauvres. — Installation au Hoernieiu. — Détails domestiques. — - Madame de Kriidener ménagère.— M. Von Brnnn, pasteur de Saint-Léonard«-^Lettre de Madame de Krtidener. Article violent de Salxmann* — Désordres de 'Fontaine. — Séquestration de la terre de RapenbofT. — Rapports envenimés faits à Alexandre* >- Sou refroidiâsement.— Lettre de Madame Annand. — Sérénité admirable de Madame de Krudener. — Lettre sur les afflictions. — La paix du Hoernlein. — Arrivée de nouveaux hâtes •— Gatté de Madame de Kriidener. — M- Jaeger. — Journal de M. Empajtaz. — Les pèlerins d'EinsiedIeu. — Lettre de Madame de Kriidener* — > Souvenir de la reine Hortcnse. -— Lettre à Mademoiselle Gocbelet* <— Yojage à Aarau. — Pestalloisi -— Ses travaux. — • Lettre de Madame de Kr&dener. —■ Joie cbrétîenne de Prstallozzi. — Réunions rc]i> g^ieuses à Aarau. — Le curé Vogt. —Le pasteur Hunsiker*— Joseph WolfT, missionnaire parmi les Juifs -~ Sa confiance en Dieu. — Le comte F.-L. de Stolbcrg* — Lettre de Madame de Kriidener* — Travaux de J. Wolff.
EPENDANT; les magistrats Bàlois, vivement émus de rapparition de madame de Krudener, n'attendaient qu'une» occasion pour lui interdire les prédications qui jetaient la semence pure de Tévangile dans leur paisible mondanité. Chaque jour , cette semence croissait. La lecture de la bible, et la prière devenaient Taliment de jeunes filles jusqu'alors insatiables de jeux et de danses ,
et leur zèle meltait mal à Taise leurs amies , et souvent leurs parents. L'autorité ne comprit pas son mandat : elle ne comprit pas, que si Thonneur de la vérité est de triompher par son énergie , celui de l'autorité e^t de laisser un libre chemin à la vérité; d'avoir foi à sa puissance ; non-seulement de protéger contre la violence et les attaques de la rue , mais de tolérer en lui laissant toute liberté, quiconque, sans s'opposer aux lois , et sans commettre de désordres , énonce , discute 9 ou développe les grandes questions qui tiennent à la vie morale des. peuples et des individus. La malveillance du pouvoir s'exprimait hautement «t menaçait de se porter à des actes de répression. Çjédant aux conseils de quelques amis, M. Empaytaz se rendit auprès du bourgmestre, pour lui expliquer le but des réunions , ^ mais cela ne retarda que de peu de jours les. mesures de rigueur que méditait M. Ehinger. I^e 1 6 , il le fit rappeler pour le sommer de dissoudre les assemblées^ et pour lui demander s'il avait Fintention de soulever la bourgeoisie contre les autorités.
«c — M. le bourgmestre, dit M. Empaytaz, je suî$ » tout disposé a ofcéir à l'autorité , la parole de Dieu )» me le commande. Quant k la bourgeoisie, je ne me » suis jamais occupé de ses rapports avec le gouvernen> n^nt; je ne les cojinais. pas. L'évangile que je prê-
♦ ^ Janvier^
» che y c'est FévangUe de paix , d'amour et de sain- » teté. Je sollicite , tous ceux que je peux atteindre, » d'aller à Jésus , notre Dieu et Sauveur, pour avoir » la vie y et pour trouver en lui le pardon de leurs » péchés. C'est la tache qui m'est imposée.
» — Mais , vous semez la division dans les fa-» » milles?
» — Comment, monsieur, ayez la bouté de vous n expliquer ?
» — Oui , nos jeunes gens quittent le monde , les » bals et leurs sociétés. Cela ne doit pas aller » ainsi ^
» — Permette:^moi de vous faire observer quHci » c'est le monde qui cause le trouble. Laissez Jes » gens libres^ et, s*ils croient que l'on ne peut » pas servir, en même temps, Jésus et le monde, )» laissez-les servir Jésus. Vous ne tarderea^ pas à » voir que les disciples de Jésus sont des hommes de n paix , qui cherchent à faire du bien à leurs sem- » blables.
9 — Mais a quoi servent toutes ces prières ? Il faut » que les gens travaillent ^^ il n'est pas nécessaire de » tant prier. Quand un paysan est pauvre , il vaut » mieux lui donner une paire de bœufs , que de lui » dire de prier.
» — Oui , monsieur, il faut aider notre prochain, » autant que nous le pouvons. C'est un devoir sacré, « que nous devons accomplir saintement et avec
» joie. Mais, croyez-vous que cette paire de bœufs
» pourra plaider la cause de ce pauvre paysan devant
» le tribunal de Dieu ? et ne pensez-vous pas qu'il ait
» aussi une àme à sauver?
— » Monsieur, je ne veux pas discuter avec vous. Je » vous ai transmis les ordres du gouvernement : c^est » à vous à voir ce que vous avez à faire.
— » Nous sommes étrangers au canton , nous n'a- » vous , par conséquent , que des remercîmens à vous » adresser , pour Thospitalité que vous nous accor- » dez. Je puis vous assurer, soit de la part de ma- » dame de Krûdener , soit de la mienne , que nous » sommes disposés a obéir. Dès ce soir , il n'y aura » point d'assemblée publique. »
En effet, les personnes qui se présentèrent à l'heure ordinaire de la réunion, furent congédiées. Madame de Krûdener et ses amis se retirèrent dans leurs chambres. A 8 heures , la foule , qui encombrait la rue , était si compacte que la circulation en fut empêchée, et il en résulta quelque tumulte. Les gendarmes l'augmentèrent , en voulant l'apaiser. 11 n'y eut heureusement aucun accident à déplorer.
Le lendemain, madame de Krûdener et M. Empaytaz se rendirent chez M. Ehinger, pour l'engager à respecter la liberté religieuse ; mais il fut sourd à tout'es réclamations, et leur annonça qu'ils allaient être renvoyés de la ville.
« — Qu'est-il besoin de toutes ces prières ajouta-t-il , nous vivons dans une tranquillité paisible ?
» — Trop paisible peut-être, monsieur , pour les » temps où nous vivons , mais , quoiquHl arrive , ce ji ne sera pas notre faute , et si vous empêchez que 3» Ton porte les hommes à la repentance , c'est vous » qui en répondrez. »
M. Ëhinger reprit son exemple du paysan et de la paire de boeufs ; et, pour compléter sa pensée :
» — Un pasteur hollandais , dit-il , rencontrant un » pauvre lui donna un sou en lui disant : — Dieu le j» fasse prospérer! Un peu plus tard^ un richard j» qui avait gagné sa fortune aux Indes , vint à pas- » ser; le mendiant Taborde et en reçoit six ducats, » avec cette apostrophe : — Va-l-en au diable ! Vous » conviendrez bien, avec moi, que ce dernier a fait » plus de bien au pauvre que le pasteur avec son