CHAPITRE XXVI
Largeur de vues de Madame cl« Kriidencr. — Louanges imprudmlcs dos journaux.
Expulsion de Lucerne. — Arrivée à Zurich. — Lettre à Madanu- d'Ochaudo.
Conversation avec un magistrat. — Réfutation d'une assertion de M.
Mahul. — Arrivée a Loffstelten. — M. le pasteur Maurcr de ScliafTliausen.
Lettre à M. Empayfaz. — Visite de M. Maurer ii Madame de Kriidener.
Premières impressions. — MM. Lachenal et Kellner. — Deux disciples.
— Convcrsaliou avec Madame de Kriidener. — Exposition de ses vues, — La génuflexion et le signe de la croix. — Prédiction de persc^outious on
Suisse. — Culte M. Lachenal. — Jugement de M. Maurer sur Madame
de Krudcner. — Portrait qu'il en trace. — Réfutation d'une calomnie. — Sages réflexions de M. Maurer. — Citation de M. Sainte-Beuve. — Queli|ues mots sur les prédictions. — Madame de Kriidener et l'Empereur Alesaudre.
— Lettre de Madame de Berckheiu». — Visite du professeur Muller de ScfaalFhauseu.
^^^^ ADAME deKrudener, daus ses enlrclicns avec fts^^K des Luccrnois éclairés, eut souvent l'occasion ^itH-^^ d'exposer ses vues sur le développement de la pensée religieuse dans le monde et plusieurs 1^^ membres du clergé en goûtèrent fort la largeur et
l'élévation. Ils applaudissaient lorsqu'elle leur représentait la chrétienté comme une immense famille, dont tous les membres sont obligés, les uns envers les
autres, comme envers leur divin chef; tous appelés de diverses manières à glorifier par le développement de leurs senlimens et de leurs facultés , le Père miséricordieux qui les a donnés ; tous invités à s'entr 'aider dans cette œuvre sublime. Un même but, un même amour doit unir non seulement Tbomme à l'homme , la flunille à la famille , mais aussi la nation à la nation, la communauté religieuse à la communauté religieuse , une Eglise Chrétienne à une Eglise Chrétienne quelle que soit sa dénomination. Elle leur montrait que les diversités de caractère et de talents entre les individus, de constitution entre les races, de position et d'intérêt entre les peuples , de confession entre les communions chrétiennes qui ne veulent savoir que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, ne doivent point porter atteinte à cette union spirituelle dans l'amour, qui doit souverainement glorifier Dieu sur la terre : que les différences , les oppositions même venant à se fondra et à se perdre dans l'idée de Dieu , rhumanilé entière devait s'absorber dans cette unité ; qu'ainsi des millions de voix doivent n^en former qu'une seule ou du moins un harmonieux concert, un hymne perpétuel de reconnaissance et d'adoration ^ la louange de l'Eternel.
Un journal lucernois loua hautement celte entreprise de rapprochement ; mais il le fit avec un zèle ardent et peu judicieux.
« Du reste , Madame de Krûdener ne surpasse pas
» seulement une grande partie de nos ecclésiastiques » dans l'esprit et dans la méthode de son exposition , » ainsi que par son zèle actif et opérant en œuvres, » mais encore en ce que , sous le grand nom de re- » ligion , elle n'entretient ni ne favorise la supers- » tiiion. »
Ce dernier trait blessa , comme on pouvait s'y attendre, les suscepiibililés du clergé. La police fut pressée d'intervenir et de sévir. Des assemblées de plus de trois mille personnes s'élant formées, plusieurs jours de suite, autour de l'habitation de Madame de Krûdener, la maison fut cernée, de nuit, par les soldats et tous les habitants conduits avant jour à la frontière. On offrit à Madame de Krûdener de la diriger sur Baie ou sur Zurich : elle choisit cette dernière ville.
Dès le moment de son arrivée, la foule se pressa autour de Madame de Krûdener qui répondit à cet empressement en formant aussitôt des réunions dont Teffet fut assez marqué pour que dès le lendemain elle fut obligée de quitter Zurich. Elle en parlait en ces termes dans une lettre adressée à sa belle-fille, Madame d'Ochando :
» Loué soit Jésus-Christ !
» Chère et bien aimée Sophie, je n'ai pu vous écrire, » car vous n'avez aucune idée des occupations que j'ai » eues ; j'ai dérobé quelques instants à Zurich pour » écrire à Paul, et je vous envoie la lettre ouverte.
» Vous savez qu'on ne m'a donne que vingt-qualrc » heures par crainte de la trop grande affluence des » pauvres et de curieux. J'ai parlé selon ma mission; » il y avait un monde infini; vous ne pouvez vous » imaginer la sensation produite. Des pasteurs, des » étudiants ont dit , après m'avoir entendue : « — Il » est impossible de persécuter celte femme !
On rapportait qu'une jeune fille somnambule avait, quatre semaines auparavant , parlé de l'arrivée de Madame de Krïidener à Zurich , comme devant être signalée par un terrible orage : il éclata en effet et causa plusieurs désastres dans le canton d'Argovie et les environs de Badcn.
Le respectable Autistes Hess , l'ami de Lavater, et l'un des hommes les plus distingués de Zurich, soutint avec énergie, mais sans succès, qu'on ne devait pas renvoyer Madame de Kriidcner. Deux jours après son départ , elle eut à Loffstetten , avec un des magistrats qui l'avaient condamnée , ime conversation où elle s'explique sur sa mission.
Le conseiller Zurichois lui ayant témoigné son regret d'avoir voté conlr'cUc.
V — J'en suis affligée pour Ziu'ich et pour son » peuple, mon cher monsieur , et je ne sau- » rais trouver voire conduite sage ni chrétienne ; » mais je n'ai pas non plus le droit de l'exiger. Ce- » pendant , il faudrait , au moins , se montrer con- » séquent et humain, et ne pas se laisser conduire par
» des gazelles et de faux rapports. Il faudrait voir, » éprouver, rechercher , et agir sans passion. La chose » en valait bien la peine.
Apres avoir établi que de faux docteurs ne s'exposent pas à la honte, à la moquerie et au mépris pour l'amour des âmes et du grand Roi et Sauveur Jésus-Chrisl , qu'ils n'obéiraient pas à ses commandements et ne s^imposeraient pas tant de sacrifices pour sa cause, elle ajoute : « A moi, à la femme qui vient » de loin , peu importe , mais il importe si elle a une » mission divine.» Puis, après avoir raconté les fruits de cette mission , elle aborda le sujet de la saintealliance, présentée aux peuples comme aux souverains pour que les uns et les autres se décident à vivre selon la parole du Dieu vivant , et reconnaissent le Seigneur Jésus-Christ comme Dieu et réconciliateur. Elle déclara que sa mission dans les cantons suisses était de faire pénétrer dans les cœurs l'esprit fraternel de cette sainte-alliance et d'annoncer à ceux qui la repoussent et qui se refusent à accepter cette union de charité qu'ils vont au devant des terribles jugements de Dieu.
Selon M. Mahul , Madame de Kriidener en sortant de Zurich , se serait retournée en étendant les bras vers la ville et l'aurait maudite en disant : » Malheur à toi, ville profane, où les enfants eux- » mêmes ont déjà des visages d'Holopherne. » Madame de Kriidener ne prononçait jamais de ma-
lédictions , et nous sommes en mesure d'afïirmer que les enfauls de Zurich ne lui avaient pas paru moins frais, ni moins roses que ceux de Bàle ou de Lucerne. Jamais elle ne cessa de bénir ceux qui la persécutaient : comment aurait-elle pu s'écarter à l'éiiard des cnfans de ce commandement de Sainl-
Paul : « Donnez des bénédictions , car c'est à cela que » vous êtes appelés ; » ou de cet autre relatif aux ennemis : « Bénissez-les , ne les maudissez point. »
En quittant Zurich, Madame de Kriidener fut conduite à Loffstetten, par la gendarmerie. Les pauvres, réunis à Bussingen, s'y porièrent aussitôt , et la foule des visiteurs ne tarda pas à les suivre. Dans le nombre se trouvait un pasteur de Schaffhausen, qui a écrit de son entrevue avec Madame de Kriidener une narration intéressante , que sa longueur et son style un peu germanique, nous forcent à regret, d'abréger. Dans sa bonhomie et sa candide simplicité, elle rappelle certaines pages d'Auguste Lafontaine, de Waller Scott ou du vicaire de Wakeficld.
M. Maurer avait une âme droite; c^était un vrai Nathanael qui s'était dépouillé de toutes les erreurs du rationalisme , peu de temps auparavant , grâce à la connaissance qu'il avait faite de M. Empaytaz. 11 écrivait, à ce dernier, le 29 juin 1817 , une lettre touchante qui le fera aimer de nos lecteurs.
« Me tairai-je quand le cœur me dit, me presse de » parler? Non ! vos moments sont précieux , je le sais,
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» mais vous en consacrerez volonliers quelques-uns » à la lecture de ces lignes d'effusion du cœur d'un
)» frère Depuis que le Seigneur m'a fait
» connaître la paix au-dessus de toute intelligence qui » règne dans votre cœur par votre union intime avec » lui , je ne puis plus penser , méditer et parler que » des merveilles de sa grâce et de son infinie charité! » Le Seigneur m'a cherché , m'a suivi , tandis que » je m'éloignais de lui en croyant l'avoir trouvé
» .... Oh mon cher Monsieur Empaytaz, je ne » vous demande pas si le Seigneur me pardonnera » de m'être ainsi volontairement arrêté en chemin ; » et d'en avoir arrêté d'autres avec moi. Je sais qu'il » me le pardonne, qu'il fait grâce à mon repentir sin- » cère. C'est lui qui fait cette réponse pleine de héné- » diction et de vie à un cœur navré de douleur. 11 » ne veut que mon cœur, le cœur fait tout , le reste » n'est rien. Je l'aurai, je le posséderai, j'introduirai » Christ dans mon cœur , et , avec lui j'aurai toutes » choses
» Mais, mon frère, j'ai hesoin de vos prières. La » prière de celui qui aime Jésus-Christ par dessus » tout est puissante , elle vivifie la foi. Priez pour » moi, priez pour ma femme, priez pour mes enfants. » Priez-le qu'il fléchisse mes genoux ! Des habitudes » funestes de raisonnement , des craintes , des appré- » hensions d'hypocrisie , d'enthousiasme momentané, » d'indignité, de je ne sais quoi encore, sem-
» Lient vouloir les raidir. Et cependant, j'entends » toujours dans le fond de mon cœur , celle parole i> que Jésus-Christ m'a adressée par vous :
» — Ose seulement, laisse là lotit ce qui veut t'ar- » rêler; n'y regarde pas. Viens à moi! mes bras sont » ouverts pour te recevoir !
Tel était Iclat d'àme de M. Maurer lorsqu'il apprit Tarrivée de Madame de Kriidener à Loffslellcn. Dès le lendemain 1 0 juillet , il pari à six heures du matin, avec sa femme, son fds aîné et son ami Allorf , et arrive à Loffsletten, après trois heures de marche. M. IMaurer raconte dans sa lettre à son ami, avec une grande naïveté , les premières impressions peu favorables qu'd éprouve en recevant l'accolade de M. Kellner qui lui adresse celte salutation : — « Loué » soil Jésus-Christ ! » Puis arrive M. Lachenal <■ homme » très-affidjle, » mais Madame de Kriidener occupée à écrire ne paraissait point, et M. Mavu'er traité si fraternellement par ces deux inconnus, éprouvait le malaise que 1 on ressent d'avoir fait un pas de plus que l'on ne comptait. 11 se dégage le plutôt qu'il peut cl retourne joindre sa femme et son fils qui l'attendaient pour déjeuner. A la table d'hôte , il se trouve associé à deux hommes de physionomie peu avenante dont lun avait devant lui un livre de dévotion de Bogazky ; ils s'enlrelenaienl de 1 approche du Seigneur et de ses jugemens sur les incrédules , de la nécessité d'une prompte conversion et de l'asile que trou-
vcraient ions ceux qui suivraient Madame tic Kriitlcner en Russie. Celaient peut-être deux disciples pareils à celui dont nous avons cité le zcle nialenconlreux à Lucerne. M. IMaurer toujours moins bien dispose se voyant directement interpelle répond par des passages de l'Ecriture , et enfin, s'esquive dans la campaiine avec sa femme et son fils.
Il trouve sur rescalier M. Laclienal, occupé à distribuer des aumônes et s'informe encore s'il pourra bientôt voir Madame de Kriidener. Il se retire, peu satisfait de Fassurance que si elle ne le pouvait , au moins M. Kellner et lui Laclicnal , seraient toujours à sa disposition. « Si ce n'est que la curiosité qui » nous a amenés , » dit M. Maurer quand il fut seul avec ses compagnons , « nous en voilà bien pu- )» nis, car peut-être ne verrons-nous pas même au- » jourd'bui Madame de Krïidener , bien loin de pou- » voir lui parler. »
En attendant il s'efforçait de dissimuler son désappointement par d'agréables lieux communs sur la beauté du temps , les charmes de la campagne et la pureté de l'atmosphère , tandis que M. Altorf se déclarait pleinement satisfait de M. Lachenal qui lui avait glissé dans la main trois louis, pour un établissement d'aveugles auquel il s'intéressait.
Cependant , comme ils rentraient à Loffslclten , Madame Lachenal les aborda pour leur dire qu^ils étaient attendus dans le jardin de l'auberge. Ma-
dame de Krûdener y était assise à une petite table , et causait avec quelques personnes. « Nous » ayant demandé à chacun notre nom , elle nous » tendit très-cordialement la main en disant : Loué » soit Jésus-Christ ! »
Puis elle les engagea à prendre place , et reprit son discours interrompu qui roulait sur Tidée de la seule vraie Eglise. S'arrétant alors tout à coup , elle tendit la main à M. Maurer , en le fixant avec un sérieux plein de bienveillance : « Oserai-je , dit-elle , » parler ouvertement avec vous , pasteur de l'Eglise » réformée? Oui, je Tose ! » ajoula-t-elle , comme » conséquence d'un examen auquel elle s'était livrée.
Elle pria alors les assislans de se retirer. Madame Maurer allait en faire autant , Madame de Krûdener la retint. Elle aurait voulu congédier le jeune Maurer de crainte de réveiller en lui des doutes ; mais son père en montra quelque peine. — « Tout ce que le Seigneur » daignera^ me dire par vous , ne pourra que faire du » bien à mon fils , il est étudiant en théologie , je » souhaiterais qu'il put être présent à notre conver- » sation .
— cf Vous le désirez , mon cher , il restera donc. »
On le rappela ; elle lui tendit la main , puis se mit à parler de la véritable Eglise :
« Tout ce qu'elle dit sur ce sujet, fut prononcé avec » un sérieux, une clarté et une onction vraiment ra- » vissantes. En parlant, elle s'interrompit souvent,
» me prit par la main et me fixant tVun regard pcr- » çant , elle tlit : — « M'avez-voiis bien compris ? »
Elle le répéta à plusieurs reprises. M. Maurer tlonne le résumé suivant île son exposition :
« La doctrine de la croix, par larpiclle seule Satan peut être vaincu , est contenue dans sa plus grande pureté et spiritualité dans l'Evangile de saint Jean , écrit pour réfuter les opinions connues plus tard sous le nom d'Arianisme. La croix , signe de la miséricorde infinie de Dieu , doit être la bannière autour de laquelle tous les cbréiiens seront rassemblés de nouveau. La plupart l'ont abandonnée en cessant de confesser le Seigneur avec génuflexion sous la croix.
» Lès adorateurs de Jésus au pied de la croix constituaient seuls l'Eglise prinniive. Ils ne reconnaissaient d'autre cbef que Jésus ; membres du corps dont il est la tête, ils n'avaient pas d'autre volonté que la sienne : ils n'avaient point de volonté propre , c'était leur force.
» Toutes ces assertions étaient toujours appuyées de déclarations de FEcrilure Sainte, «en quoi; dit M. Maurer, «< elle fit voir une mémoire très-ferme. »
» Ce qui seul peut ôler à Satan son empire, c'est que l'homme par la mort de sa volonté propre, reçoive une vie nouvelle de Jésus-Christ. Dès-lors, efforts constants, artifices, ruses de Satan pour élever l'homme à ses propres yeux et le faire s'égaler à Dieu , comme
nos premiers parens, en l'engageant a abuser de sa raison , en lui faisant perdre de vue la nécessité d'un Sauveur , en lui insinuant qu'il peut mériter la béatitude élernelle par ses œuvres , au lieu de l'accepter comme un don gratuit de Celui qui a versé son sang sur la croix , pour les pécliés de tout le monde.
Elle passa a l'bisloire de TEglisc, et s'altaclia à prouver que, dès le troisième siècle de l'ère cbréiienne, la véritable Eglise avait cessé d'exister. « Elle dit que, )» dans TEglise romaine, les moyens de réunion entre » Dieu et 1 homme , par Jésus-Christ , étaient bien » conservés, mais pétrifiés, sans esprit et sans vie, » et, qu'ainsi, ils étaient l'œuvre de Satan.
Puis, s interrompant, elle me dit avec beaucoup de naïveté :
» — Je pense que vous avez entendu dire que je » m'étais faite catholique ?
w — Oui , madame.
>» — Et vous y avez ajouté foi?
» — Ne vous connaissant que de réputation, Ma- » dame , je n'aurais pu ni le croire , ni le nier.
» — Oui bien. J'appartiens toute entière a 1 Eglise » primitive catholique;, c'est la véritable église; » c'est le SeigncTU' qui l'a fondée , et les portes de » l'enfer ne prévaudront jamais contre elle. Dans » cette Eglise seule, la croix est élevée, et les fidèles y » sont à genoux au pied de la croix. Celte génuflexion » spirituelle devant la croix, est ce qui caractérise le
» chrctien; c'est elle seule qui sauve delà mortéler- » ncllc, et qui nous sauvera des jugements si pro- » ches de nos jours.
Elle se tut quelques moments et reprit :
» — Mais, croyez-vous que je sois protestante? » Oh non ! Je proteste contre le protestantisme , qui » n'est qu'une autre tromperie de Satan. Je vous » citerai , si vous voulez , beaucoup de passages du » Nouveau - Testament contre le protestantisme. La » religion catholique est la seule véritable religion. » Vous comprenez que je parle de l'ancienne religion » catholique primitive, et non pas de la catholique » romaine.
» — Pourquoi ne pas dire plutôt , pour prévenir » tout malentendu , l'Eglise cvangélique?
» — Très-bien ! Nous sommes d'accord , disons » Eglise évangéliquc.
Ensuite elle s'attacha à prouver par des faits tires de l'histoire de l'église, de tous les siècles, qu'au fond Jésus-Christ n'avait jamais été adoré et reconnu comme Seigneur, que par le petit nombre de fidèles qui , enseignés et animés par l'esprit de Christ , se rencontraient au pied de la croix ; elle soutint que ce que les écrivains de nos jours se plaisaient a nommer les efforts préparatoires de la réformation du seizième siècle, tels que ceux d'un Jean Huss, n'avaient été, à y regarder de près , qu'un retotir à l'Eglise primilivQ universelle, la seule véritable Eglise. Elle insista sur
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l'œuvre rusée de Satan dans le proiesianlisme, d'avoir fait rejeter tons les moyens d'édifi cation exagérés cl pétrifiés dans le catholicisme romain, pour y substituer l'orgueil des œuvres, et la confiance en soi-même. Elle montra une prédilection marquée pour la réformation de Luther sur celle de Calvin , et ajouta :
« Et maintenant , de nos jours , cette désertion » de la véritable église de Jésus-Christ est arrivée » à son comhle ; il faut absolument qu^m combat » s'ensuive, un terrible combat de l'incrédulité ( car » ce que vos ministres , en général , appellent re- » ligion catholique réformée , n'est au bout du >» compte que la doctrine de l'incrédulité ) , contre » la foi; des faux chrétiens, contre les vrais adora- » teurs de Jésus-Christ. Il ne tardera pas d'arriver ce » combat! Tout l'annonce, nous en serons témoins. » La révolution française était le prélude du combat » qui va s'ouvrir et comme les Israélites avaient » été avertis de mettre du sang de l'agneau pascal » sur les linteaux des portes de leurs maisons, pour » que l'ange destriictcur passât outre sans leur nuire, » de même les chrétiens de nos jours qui veulent » échapper à la destruction totale qui nous attend , » doivent promptcment retourner au Seigneur , en )) cherchant le pardon de leurs péchés , dans la foi » en son sans; versé pour eux ; en faisant une pro- » fession publique de christianisme ; en fléchissant » les genoux , tant au culte public qu'au culte do-
» mcslique ; en priant conlinuellemcnt , pour Tenlier » ancanlissemenl de leur propre volonté , movennant » le secours du Seigneur, qui exaucera leurs ardentes » prières. 11 n'y a pas de temps à perdre : le Sei- » jïneur est proche et ses jugements avec lui. Or , » précisément parce que le Seigneur approche , Satan » se fait apercevoir. Regardez autour de vous , voyez » riiisloire de nos jours , comme tout s'accorde pour » persécuter les vrais adorateurs de Jésus-Christ.
» Je vous le dis, vous en serez témoin vivant, ceux » qui professent publiquement et à haute voix, Jésus- » Christ comme Rédempteur, auront à subir des per- » sécutions , de terribles persécutions. Le Seigneur » éprouve les siens, il veut être reconnu par les sieus î » Oh ! puissent les hommes se convertir au Seigneur, » pendant qu'il en est encore temps! Aujourd'hui, il » adresse particulièrement ces paroles à chacun de » nous. — « Quiconque me renie devant les hommes^ » je le renierai aussi devant mon Père céleste. Mais » quiconque me confessera devant les hommes, je le » confesserai aussi devant mon Père céleste. »
Elle se tut un moment, comme elle l'avait déjà fait plusieurs fois pendant la conversation , en inclinant sa télé dans ses mains. Puis , elle reprit : — « Et , » maintenant , cher Pasteur , vous me demanderez » comment il se f^it que cette femme , celle pau- » vre femme ail l'idée de courir le pays en s'é- » criant : — Convertissez-vous au Seigneur ! Le temps
» de son arrivée et de ses JLi<;emeuls approche. Mon » ami , j'ai celte vocation du Seigneur, il me faut y » obéir. Le Seigneur m'a élevée , il m'a appelée et » c'est lui qui scelle ma vocation par des prodiges et » par des révélations qu'il me fait parvenir, soit » par le moyen des fidèles, soit par des révélations » qu'il daigne me faire immédiatement, par une voix )» intérieure. »
Elle lui demanda ensuite s'il croyait à sa mission. Et comme M. Maurer gardait le sdence, elle le supplia tout au moins, de s'abstenir de la condamner, et d'avertir ses amis en toute occasion de suspendre leur jugement. « On scandalise par là tant de fidèles ! Non » pas tant à l'égard de ma personne, je n'en parle pas, » mais quant aux voies du Seigneur. On empêche » les âmes de voir et de se réveiller. Ce n'est pas » pour moi que je parle , qu'importe ce que l'on » débile contre moi, pauvre créature; mais qu'on » se garde de parler contre le Seigneur ! On ne doit » pas fermer les yeux , c'est un grand péché. Vous » prouverai-je que j'ai une mission de la part du » Seigneur : Oui, je le pourrais bien, si je pouvais me » faire comprendre de vous sur la manière dont le » Seigneur m'a élevée.
» Par combien de morts, tu le sais, ô mon Dieu » et mon Sauveur ! Par combien de morts il m'a » fallu passer pour parvenir à la vie, à la vie, en » loi ! Que n a-t-il pas fallu anéantir en moi , aupara-
» vaut? Monde, connaissances, talents, sciences, va- » nilé , orgueil , volonté propre ! Celle dernière par- » ticulièrenient a dii être anéantie entièrement ea M moi ! J'ai cruellement souffert , tu le sais ô mon » Seigneur et mon Dieu ! »
Elle fut touchée jusqu'aux larmes en prononçant CCS paroles et tout ce qu'elle dit sur son retour a. Dieu et sur sa mort intérieure , avant qu'elle se fut réveillée à une nouvelle vie, fut dit avec un accent de vérité qui pénétra profondément M. Maurer.
« — Je pourrais vous prouver ma mission , dit- » elle encore , par tout ce que le Seigneur a fait pour » la sanctionner ; il m'a fait prédire des événements » qui sont exactement arrivés. Des malades déclarés » incurables, ont été guéris par ma prière. Avec dix- » huit pains et une mince portion de soupe d'avoine, » j'ai rassasié neuf cents affamés : je fis la prière et » la bénédiction nutritive du Seigneur pénétra ces ali- » ments , et en fit une noiuTiiure suffisante. »
Puis elle insista sur la nécessité de la présenle conversion , de l'absolue nécessité d'aller directement tel quel aux pieds de la croix de Jésus-Christ , pour y obtenir le pardon de ses péchés, la grâce , un nouvel esprit et un nouveau cœur , et répéta que , sans Jésus-Christ reçu dans le cœur par la foi, jamais on ne pouvait lutter avec avantage contre la corruption de la nature.
M. Maurer croit reconnaître qu'il y a dans plu-
sicnis lie ces discours, un cerlain mélange de vrai cl de faux , et celle part de vanilé que les imaginations trop ardentes se flattent d'avoir étouffée , tandis qu'elle n'a fait que changer de forme. Il avoue toutefois qu'elle l'a profondément ému , et que ses exhoriaiions ne respiraient qu'amour , cordialilé, humilité.
Au botU de trois heures d'entretien , on vint avertir Madame de Krùdener qu'elle était servie , et elle quitta le pavillon pour se rendre à l'auberge. « En chemin, dit IM. Maurer, « un pauvre lui demanda l'au- » mône. Elle le fixa, se tut quelques momens et lui » adressa la parole avec un sérieux qui produisit une >» grande alléralion dans la figure du mendiant ; elle » lui dit qu'elle s'apercevait qu'il était joueur et » voluptueux, qu'il fallait quiiier ces vices et se » convertir au Seigneur ; qu elle lui ferait donner » à dîner et qu'il aurait un peu d'argent , mais » qu'elle le suppliait pour Tamour de Jésus-Christ, » de prier et de se convertir. Il y avait devant » Tauberge une foule de pauvres auxquels elle fil dis- » tribuer de la soupe , et qu'elle salua par ces pa- » rôles : — « Loué soit Jésus-Christ. »
M. Maurer 1 avait quittée pour dîner avec sa famille et quelques antres personnes de Schaffbausen, lorsque Madame de Kriidener lui fil signe de la rejoindre, et le pressa avec la cordialité la plus aimable d'accepter son dîner pour lui et pour les siens. («Charmant dîner !»
s'écrie M. iMaurer, où Madame de Krïidener fil tous les frais de la conversalion avec iioii moins de grâce et bien plus d'inlérét quelle ne le faisait jadis à Berlin.
Elle insista après le dîner auprès de M. Maurer pour qu'il renonçât à tout compliment d'usage et n'employât plus d'autre salutation que « Loué soit » Jésus-Christ ! » Elle lui demanda de prier toujours à genoux , en particulier comme en public * et lui dit aussi qu'il devait se prosterner quand il rencontrerait une croix afin de rendre les passans attentifs.
Elle lui annonça ensuite , que ceux qui demeureraient en Suisse seraient exposés « à des épreu- » ves de leur foi , bien plus sérieuses que ceux » qui la suivraient en Russie. Où? c'est ce qu'elle » ne dit pas , et je ne jugeai pas nécessaire de » m'en informer , a reprend M. Maurer , trouvant sans doute la supposition qu'on put être persécuté en Suisse pour ses sentimens religieux , la plus bizarre des imaginations de Madame de Kriidener.
M. Maurer répondit avec candeur et simplicité sur les autres points que , dès que le Seigneur lui montrerait clairement qu'il devait se conformer aux pratiques qu'elle lui recommandait il le ferait, n'ayant d'autre désir que de prêcher Christ et Christ crucifié.
* Elle s'appuyait sur les passages suivants de rEcriturc. ( Rom. , C. XIV. 11. Actes IX. 40. XX. 36. XXI. 5. Ephès. III. 14.)
Puis arrivèrent des visites et dans le nombre , un Neucliàtelois avec sa fliniille que Madame de Kriidener adresse à M. Maurer et qui lui raconte l'insloire de sa conversion, tandis qu'elle donne audience au baron de Dillembourg, qui plus tard, a public une brochure en réponse aux attaques dont elle était l'objet.
« — Quant au récit un peu diffus du Neucliàle- » lois, dit M. Maurer, je ne me sentis pas assez de » simplicité pour pouvoir le goûter ; et tu comprends, » mon ami, que ce n'est pas par un retour complai- » sant sur moi-même que je le dis. Il s'en faut )» bien. »
L'heure du culte étant venue , on annonça qu'un grand nombre de personnes de SchaflThauscn , demandaient à y assister. On chanta ; « puis M, Kellner in- » vita tout le monde à se mettre à genoux , et fît une » prière d'une longueur démesurée avec une ex- » cessive volubilité, et bien peu d'ordre dans les idées. » Pour l'avouer franchement, je ne fus pas édifié.
» Apres la prière, M. Kellner parla encore aux as- » sislans , de l'approche du Seigneur et de ses juge- » menls terribles avec un manque de tact , quant » à l'auditoire qui l'environnait , qui me frappa et » me fit de la peine. p]nsuile Madame de Krudener » prit la parole. Il y eut dans ce qu'elle dit , esprit » et vie, connaissance du cœur humain , popularité » dans l'expression , et surtout une charité irrésistible » dans le Ion de sa voix et dans ses exhortations. »
Elle congédia rassemblée par ces paroles : « Loué soit Jésns-Chrisl ! »
En rentrant dans la grande chambre du culte , M. Maurer trouva M. Lachenal s'enlrelenant avec son fils , sur la nécessité de bonnes études pour un théologien ; il lui recommandait aussi la recherche du Seigneur , par la prière quotidienne faite à genoux. « J^écoutai en silence , et je priai le Seigneur de » bénir dans le cœur de mon enfant les paroles que » lui adressait cet homme respectable, »
Pendant le goûter, Madame de Kriidener parla avec éloge de l'Antistès Hess, de Zurich , et du désir qu'elle aurait eu de voir ce digne vieUlard, si le Seigneur l'avait permis. « Puis elle en prit occasion de s'adresser à » Henri, elle ne dit pas beaucoup de paroles, mais tout » ce qu'elle dit alla au cœur, et l'impression en fut > sensible.
» Le temps de nous séparer arriva , et elle prit con- » gé de nous en nous bénissant cordialement. »
M. Maurer témoigne ensuite sa reconnaissance de cette rencontre , qui doit laisser dans leurs cœurs des souvenirs salutaires et durables , en les rapprochant d'avantage de 1 Evangile et du Seigneur. n croit que Madame de Kriidener est une comète dont l'apparition produira des effets salutaires en réveillant les âmes de l'assoupissement funeste où elles sont plongées. Voici le portrait qu'il trace de Madame de Krûdener : « Elle doit avoir clé très-belle. Son visage a iiifi-
» niiiient d'expression. Il y a de rhai-monie dans ses » Irails, Un calme heureux après de longs et doulou- » reux combals , paraît sur toute sa physionomie. La )» foi, Tespérance et la charité brillent dans le re- » gard sérieux , mais tendre de ses yeux bleus. Son » maintien est noble ; chaque mouvement est plein » de grâce et de dignité. Sa mise est simple , sa » voix est sonore et va au cœur, à ce point, que chacun » en Tentendant , croit lui entendre parler son dia- » lecte particulier. »
On l'accusait d'avoir prédit qu'on ne ferait point encore de récolle cette année ; M. Maurer l'en justifie. « Hier , voici ce qu'elle a dit : Vous » vous réjouissez de la perspective d'une bonne ré- » coite. RéjOuissez-vous en Dieu, sans vous laisser » aller à une sécurité dangei^use qui vous ferait né- » gliger la prière journalière : — Donne-nous au- » jourd'hui notre pain quotidien. Pensez que tout est » encore dans les mains du Dieu vivant qui donne » et qui peut ôter dun moment à 1 autre !
» Voilà ses expressions ; y a-t-il là autre chose que » ce que nous sommes appelés à dire en chaire ?
Puis, après avoir indiqué les conséquences que pourra avoir cette mission , suivant l'esprit et les dispositions quon apporte à l'entendre, il conclut ainsi :
— « Je dirai donc à chacun de ceux qui auront envie d aller voir Madame de Kriidener : « Ne vous arrêtez pas à vouloir exanniier si cette dame
» a ou n\i pas une mission exlraordinaire de la » part du ciel au milieu de la génération présente » de notre pairie ? Mais demandez à votre cœur, si » elle n'a pas eu une mission pour vous individuel- )i lement. Demandez-le à votre cœur et en consultant » Tévangile, vous en aurez une réponse satisfaisante. » Si elle est affirmative, remerciez le Seigneur de » ce moyen qu'il emploie pour vous réveiller comme » de tous ceux qu'il vous a déjà offerts et vous of- » frira encore de mille manières et montrez votre foi » par vos œuvres. »
Nous avons donné avec quelque détail le récit de cette entrevue de quelques heures pour faire comprendre ce qui remplissait babituellementla vie de Madame de Krùdener. Cette demi-journée ne différait guère sans doute de beaucoup d'autres , que par certaines circonstances extérieures. Mais l'impression qu'elle produisit sur M. Maurer est pour nous d'autant plus significative, que l'homme qui la ressentit se distinguait par sa droiture de cœur et son amour de la vérité , et que Madame de Kriïdener , séparée de M. Empaytaz, de sa fille et de son gendre, perdait évidemment ses auxiliaires les plus puissants. La piété sincère , l'autorité et la mesure de M. Lachenal ne contrebalançaient pas suffisamment le zèle moins expérimenté et un peu dissonnant de M. Kellner. Quant aux prédictions ou aux faits extraordinaires rapportés dans cet entretien et dans d'autres
tlocumonts tléjà elles, les données nous manqncni pour asseoir un jugement. « En ecs moments Je craquement » universel, dit M. Sainte-Beuve, il arrive j'imagine , » que l'idéal , qui est derrière ce monde terrestre , » se révèle, apparaît rapidement à quelques veux, » et Ton croit qu'il va s'introduire, mais la fente se » referme aussitôt, et l'œil qui avait vu profondé- » ment et juste un instant , en continuant de croire » aux rayons disparus , sabuse et n'est plus rempli » que de sa propre lumière. Le malheur de cer- » taines ame^ , le tort de Madame de Kriidener n'est » peut-ctre que d'avoir conçu le beau dans les choses » humaines à un certain moment décisif et terrible, » etc. , etc. »
Il peut y avoir du vrai dans cette explication, mais elle n'atténue point à nos yeux ce fiit remarquable que beaucoup des pressentimcns et des prédictions de Madame de Kriidener ont eu leur accomplissement et que bien d'autres qui paraissaient les rêveries d'un cerveau malade sont maintenant dans la bouche d'hommes de tous pays et de toutes sectes , sans que personne y trouve à redire. Trente ans à l'avance elle a dit ce qu'écrivent aujourd'hui beaucoup d'excellents et pieux docteurs. Lui ferait-on un reproche d'avoir signalé comme prochains des faits encore à venir ? Il n'y a guère de prédiction qui ne motivât une observation semblable. Un seul exemple pris parmi beaucoup d'autres, dans l'évangile selon Saint-
Marc, au chapitre XIII, le prouvera. Jésus décrivant sa venue , au milieu des nuées , avec grande puissance et avec «iloire et annonçant le rassemblement des élus, des quatre vents, termine parées mots: Amen , je vous dis que cette génération ne passera •point que toutes ces choses n'arrivent. Les termes précis de celte déclaration infirment-ils en rien à nos yeux la parfaite vérité de la parole du Maître ? Non , noua comprenons que cette incertitude a dû exister pour nous porter à la vigilance et à la prière. Madame de Kriidener prenait un vif intérêt au projet formé par Alexandre , d'ouvrir la Russie méridionale aux colonies suisses , alsaciennes et wurtembergcoises qui voudraient s^y transporter. Elle aurait voulu qu'on leur donnât un caractère plus missionnaire qu'agricole , plus chrétien qu'industriel , et craignait ce qu'il pouvait y avoir de trop humain dans ces plans. L'événement lui donna raison ; mais alors comme toujours, elle ne cessa d'^apprécier les vues nobles et généreuses de l'empereur , et jamais son refroidissement apparent , dont elle eût pu avec quelque raison se blesser , n'altéra les sentiments d'estime et de respect qu'elle lui avait voués.
Nous trouvons dans une lettre de IMadame de Berckheim, quelques mots qui se rapportent au séjour de Loffstetten.
« Samedi soir , nous étions dans l'embarras , nous » voulions éviter le dimanche à Loffstetten à cause de
» la fonle , cl le lundi , il y avait un repas <lc noce » commandé à rauberge. Nous ne savions où aller. » Arrive une jeune femme qui nous dit : « Nous vous » attendons depuis plusieurs semaines , tout est pré- » parc, nous demeurons à un quart d'heure de Scbaff- » liausen \ venez chez nous. C'est ainsi que le Seii^neur » a soin de nous dans sa miséricorde.
w II y a beaucoup de bénédictions à Scbaffbausen. » Une dame qui depuis bien des années était plongée » dans la plus profonde mélancolie se trouve comme » dans un autre inonde depuis qu'elle a vu maman » et lui a parlé. Elle voudrait publier les niiracles >i de gn\cc qui se sont opérés en elle, etc
Madame de Kri'idener reçut encore à Loffslcllen la visite du professeur Muller de Scbaffliausen , frère du célèbre historien, qui lui adressa quelqties paroles pleines de charité sur les dangers de sa mission. 11 se retira charmé de son angélique douceur et convaincu qu'elle n'avait d'autre désir que de se soumcltre à la volonté de Dien \ la snite des événements prouva bien qu'elle avait moins choisi son sentier qu'on ne le supposait généralement.
Ignorant ce que Dieu ferait d'elle, puisqu'elle ne pouvait plus faire im pas sans être escortée par les gendarmes , elle se laissait conduire et marchait par la foi, sans s'inquiéter du lendemain.