CHAPITRE XXL
Intolérance du {gouvernement Bàlois. — Conversation de M. Enipayfaz et du bourg;mcstre Ehinjfer. — Cessation des Assemblées religieuses. — M. Empaytaz et Madame de Krtidcner chez le bourgmestre. — Ordre de di'part. — Difficultés finaDcicres. — Leilre de Madame de Kriidcner. — Daniel Diedrieh, meunier du Hoernlein. — Madame de Kriidcner elles pauvres. — Inslallation
au Ilocrulciii. — Détails domestiques. — Madame de Kriidcner mé/iagère
M. Von Brunn, pasteur de Saint-Léonard. — Lettre de Madame de Kriidcner. Article violent de Salzmann. — Désordres de Fontaine. — Séquestration de la terre de Rapeuhoff. — Rapports envenimés faits à Alexandre. — Sou refroidissement. — Lettre de Madame Armand. — Sérénité admirable de Madame de Kriidcner. — Lettre sur les afflictions. — La paix du Hoernlein. — Arrivée de nouveaux hôtes — Gaîté de Madame de Kriidcner, — M Jacger. — Journal de M. Empaytaz. — Les pèlerins d'Einsiedlen. — Lettre de Madame de Kriidcner. — Souvenir de la reine Hortcnse. — Lettre à Mademoiselle Coclielet. — Voyage à Aarau. — Peslallozzi — Ses travaux. — Lettre de Madame de Kriidener. — Joie cliréfienne de Pcstallozzi. — Réunions religieuses a Aarau. — Le curé Vogt. — Le pasteur Ilunzikcr- — Joseph Wolff, missionnaire parmi les Juifs — Sa confiance en Dieu. — Le comte F.-L, de Slolbcrer. — Lettre de Madauic de Kriidcner- — Travaux de J. WollF.
EPENDANT, les magistrats BMois, vivement émus de Tapparilion de madame de Kiûdeiner, n'attendaient qu'une occasion pour lui interdire les prédications qui jetaient la semence pure de l'évangile dans leur paisible mondanité. Chaque jour , celte semence croissait. La lecture de la bible, et la prière devenaient l'aliment de jeunes filles jusqu'alors insatiables de jeux et de danses ,
et leur zèle meltait mal à l'aise leurs amies, et souvent leurs parents. L'autorité ne comprit pas son mandat : elle ne comprit pas, que si riionneur de la vérité est de triompher par son énergie , celui de l'autorité est de laisser un libre chemin à la vérité; d'avoir foi à sa puissance ; non-seulement de protéger contre la violence et les attaques de la rue , mais de tolérer en lui laissant toute liberté, quiconque, sans s'opposer aux lois , et sans commettre de désordres , énonce , discute, ou développe les grandes questions qui tiennent à la vie morale des peuples et des individus. La malveillance du pouvoir s'exprimait hautement et menaçait de se porter à des actes de répression. Cédant aux conseils de quelques amis, M. Empaytaz se rendit auprès du bourgmestre, pour lui expliquer le but des réunions , * mais cela ne relarda que de peu de joiu's les mesures de rigueur que méditait M. Ehinger. Le 1G, il le fit rappeler pour le sommer de dissoudre les assemblées , et pour lui demander s'il avait l'intention de soulever la bourgeoisie contre les autorités.
« — M. le bourgmestre, dit M. Empaytaz, je suis » tout disposé à obéir à raulorilé , la parole de Dieu » me le commande. Quant à la bourgeoisie, je ne me » suis jamais occupé de ses rapports avec le gouverne- » ment; je ne les connais pas. L'évangile que je pré-
* 9 Janvier.
» clie , c'est révangile de paix , d'amour cl de sain- » teté. Je sollicite , tous ceux que je peux atteindre, » d'aller à Jésus , notre Dieu et Sauveur, pour avoir » la vie , et pour trouver en lui le pardon de leurs » péchés. C'est la tache qui m'est imposée.
» — Mais , vous semez la division dans les fa- » milles ?
» — Comment, monsieur, ayez la honte de vous » expliquer ?
» — Oui , nos jeunes gens quittent le monde, les M hais et leurs sociétés. Cela ne doit pas aller » ainsi.
)) — Permettez-moi de vous faire ohserver qu'ici » c'est le monde qui cause le trouhle. Laissez les » gens libres, et, s'ils croient que l'on ne peut » pas servir , en même temps, Jésus et le monde , )) laissez-les servir Jésus. Vous ne tarderez pas à » voir que les disciples de Jésus sont des hommes de » paix , qui cherchent à faire du bien à leurs sem- » hlables.
» — Mais à quoi servent toutes ces prières ? Il faut » que les gens travaillent ; il n'est pas nécessaire de » tant prier. Quand un paysan est pauvre , il vaut » mieux lui donner une paire de bœufs , que de lui » dire de prier.
» — Oui , monsieur, il faut aider notre prochain, » autant que nous le pouvons. C'est un devoir sacré, » que nous devons accomplir saintement et avec
» joie. Mais , croyez-vous que celle paire tle bœufs
» pourra plaider la cause de ce pauvre paysan devant
» le tribunal de Dieu ? et ne pensez-vous pas qu'il ait
» aussi une âme à sauver?
— » Monsieur, je ne veux pas discuter avec vous. Je » vous ai transmis les ordres du gouvernement : c'est » à vous à voir ce que vous avez à faire.
— » Nous sommes élrangers au canton , nous n'a- » vous , par conséquent , que des rcmercîmens à vous » adresser , pour riiospitaliié que vous nous accor- » dez. Je puis vous assurer, soit de la part de nia- » dame de Krûdencr , soit de la mienne , que nous » sommes disposés h obéir. Dès ce soir , il n'y aura » point d'assemblée publique. »
En effet, les personnes qui se présentèrent à l'heure ordinaire de la réunion, furent congédiées. Madame de Kriidener et ses amis se retirèrent dans leurs chambres. A 8 heures, la foule, qui encombrait la rue , était si compacte que la circulation en fut empêchée, et il en résulta quelque tumulte. Les gendarmes l'augmentèrent , en voulant l'apaiser. Il n'y eut heureusement aucun accident à déplorer.
Le lendemain, madame de Krûdener et M. Empaytaz se rendirent chez M. Ehinger, pour l'engager à respecter la liberté religieuse ; mais il fut sourd à toutes réclamations, et leur annonça qu'ils allaient être renvoyés de la ville.
« — Qu'est-il besoin de toutes ces prières ajoula-t-il 5 nous vivons dans une tranquillité paisible ?
fl — Trop paisilile peut-être, monsieur , pour les » temps où nous vivons , mais , quoiqu'il arrive , ce » ne sera pas notre faute , et si vous empécbez que' » l'on porte les hommes à la repentance, c'est vous » qui en répondrez. »
M. Ehinger reprit son exemple du paysan et de la paire de bœufs ; et, pour compléter sa pensée :
» — Un pasteur hollandais , dit-il , rencontrant un » pauvre lui donna un sou en lui disant : — Dieu le » fasse prospérer ! Un peu plus tard , un richard » qui avait gagné sa fortune aux Indes , vint à pas- » scr ; le mendiant l'aborde et en reçoit six ducats, » avec cette apostrophe : — Va-t-en au diable ! Vous » conviendrez bien, avec moi, que ce dernier a fait » plus de bien au pauvre que le pasteur avec son » sou !
» — Non, monsieur, » reprit tranquillement M. » Empaytaz. « Le souhait du pasteur a été accompli, » par la somme qui lui a été donnée , peu après ; » et il n'est pas à désirer que le mendiant soit allé » où le riche l'envoyait. »
M. Ehinger resta bouche béante , et ne reprit la parole que pour renouveler l'injonction d'un prompt départ.
Un conseiller d'Etat, M. La RochC;, engagea madame de Krùdener à demander que cet ordre lui fut
donne par écrit , cl, après quelques pourparlers , elle l'obtint. Mais , la même difficulté , qui s'était déjà présentée si souvent, s'opposait au départ ; Madame de Kriidener se trouvait sans argent.
et Je devais mille écus de France , écrivait-elle , » cent vingt-cinq louis, pour le séjour fait à l'au- » berge, et je ne savais absolument où les prendre. » Sentant dans mon cœur que celle à qui je les de- » vais était inquiète , je m'adressai au Sauveur le » matin , et je lui dis : — Cher Sauveur, lu sais bien » que je ne puis rien faire à cela et que je ne sais M comment m'y prendre : tu m'apprends toujours » plus que tu me conduis comme un petit enfant , » qui ne doit s'embarrasser de rien et qui ne doit )i penser qu'à s'al)an donner à toi.
» Le même jour, quelqu'un de très-intérieur vint » me dire : — Je suis chargé de la part de quel- » qu'un qui ne veut pas vous cire nommé, de vous » offrir cent vingt-cinq louis ou mille écus , car il » sait que vous en avez besoin, et il vous prie de » les prendre sans intérêt pour six mois. Je n'ac- » copiai pas cette clause , mais je me vis tirée d'em- » barras par ce miracle de miséricorde. C'est ce qui » m'arrive toujours , et voilà pourquoi je n'ose agir » par moi-même. »
Cependant on suppliait Madame de Kriidener de ne point s'éloigner. Les regrets, les craintes de beaucoup d'àmes , encore mal affermies , la touchèrent profon-
dément , et, après avoir prié , elle se crut obligée de conlinner son œuvre à Bàle ou dans les environs. Souvent déjà elle s'était demandé où elle pourrait s'établir sur la frontière badoise. Le village le plus voisin était Grenzach-liorn , à une lieue de Baie. « J'étais » en prières, écrivait-elle, et je demandais au Sei- » gneur : — Dis-moi , cber Sauveur, si c'est à Gren- » zach-Horn que je dois aller. A l'instant même en- » tre Juliette , qui me dit : — Voilà le possesseur de » la petite maison.
» C'était un pieu^ chrétien, vivant près de Gren- » zach-Horn , qui , sachant que nous devions quit- » ter Bàle , n'avait eu aucun repos , pendant toute » une journée , entendant toujours ujie voix intérieure » qui disait : — Ya offrir ta maison à ces gens ! Il » venait nous chercher. C'est un ange de Dieu et » nous sommes bien heureux. »
Nous avons vu jusqu'ici Madame de Kriidener cherchant à appliquer les doctrines de l'évangile dans une sphère élevée. Appelée à Pétersbourg , elle semblait destinée à condamner encore au milieu des grandeurs d'une cour , la vanité des préoccupations qu'elle avait rejelées si loin d'elle , mais elle n'avait en cela aucune volonté. C'était Dieu qu'elle voulait suivre : c'était à lui qu'elle demandait sa route , sachant que ses plans , et ses projets étaient subordonnés à une sagesse plus haute et meilleure que la sienne.
Dans la nouvelle carrière où elle entre nous ne rencontrerons plus de noms illustres , de grands génies ni d'altesses , mais nous vivrons avec elle au milieu des malades , des pauvres et des petits de ce monde. Si cette vie a dès-lors été plus humble, ce n'est pas à dire que l'étude en soit moins salutaire, car elle nous retrace d'une manière encore plus sensible , l'amour de Celui qui n'eut pas un lieu où reposer sa tcle. Dans ses rapports avec les pauvres, qui pendant plusieurs années, la rendirent l'objet des sarcasmes et des insultes d'un monde aussi incapable de la comprendre que de l'imiter , Madame de Kriidener fut toujours exposée à des tentations subtiles : elle eut sans doute ses illusions et ses faiblesses , mais que d'abnégation ! Que de sacrifices joyeusement offerts ! Quelle infatigable ardeur dans les soins qu'elle apportait au soulagement des misères humaines !
La petite maison de Daniel Diedrich, nommée le Iloernlein , s'élève au bord du Rhin , dans une charmante situation. Comme la plupart des habitations de paysan , elle se composait de trois petites chambres et d'une petite cuisine. Une paillasse, une table et une chaise de bois formaient tout l'ameublement de chaque chambre. Madame Armand et M. Empaytaz adjugèrent à Madame de Kriidener un banc de bois qu'elle décora du nom de canapé. M. et Madame de Berckheim ne pouvant trouver place dans cette cabane étaient restés à Bàle , pour veiller aux intérêts reli-
gieux de tant cVâmcs, qui avaient besoin de leurs directions.
« Le 24 janvier, le soir même de notre installation » chez Diedriclï, écrit Madame Armand, il y eut un in- » cendie à Bàle qui nous parut comme l'éruption d'un » volcan. Nous priâmes beaucoup, et comme si le Sei- » gneur eut exaucé nos supplications, le feu s'éteignit.» C'était chez la fille du pasteur Faesch que l'incendie avait été maîtrisé.
Voici quelques autres détails consignés dans le mémo journal : « Nos cbers de Berckheim sont restés à la ville » avecFanchette. Leur domestique vient cliaque matin » nous apporter de quoi mettre le pot au feu. Madame » de Krûdener fait par-ci, par-là , la ménagère. C'est » entre nous trois, à qui mieux mieux. Madame de » Kriklener trouve toujours que tout est trop bien, » trop bon. Elle dit qu'elle voudrait ne jamais être » mieux, que ti)nt le monde n'a pas un morceau de ;) bouilli et des léiiumes. w Dès le lendemain de son arrivée, elle s'était mise à nettoyer son salon, avec un enjouement qui ne la quittait qu'au moment de vaquer à des devoirs sérieux, à la prière ou à de saintes méditations. Elle avait recouvert de vieux meubles, fait des rideaux , avec du linge de table et put enfin se vanter d'avoir atteint à l'idéal de simplicité qu'elle poursuivait depuis si long- temps. Jamais elle n'avait fait les honneurs de son salon, aux grands delà terre, avec plus de grâce et de sérénité qu'elle n'en mit à
balayer la petite maison et à préparer le déjeuner pendant les premiers jours de son établissement au Hoernlein, mais bientôt sa retraite ayant été connue, elle dut sacrifier une portion de sa tacbe à des soins plus imporlans.
Les réunions continuaient à être fort suivies à Baie : le respectable Von Brunn, pasleur de Saint-Léonard , en avait pris la direction. Elles se tenaient chez M. Lacbenal. La malveillance n'osant s'attaquer à un homme aussi considéré que Tétait M. Von Brunn , se déchaîna contre Madame de Kriidener. Les journaux commencèrent contre elle une guerre active, dont le signal fut donné à Strasbourg, par une correspondance de Bàle, du 6 février.
« J'ai eu encore, écrivait madame de Krudener, » un échantillon de la haine qui nous poursuit , » quoique je ne sois pas digne de souffrir la moindre » chose pour l'amour du Christ. C'est Tarticle de » Strasbourg, fliit par Salzmann, grand savant, » franc maçon , ayant traduit beaucoup d'ouvrages » mystiques , el de plus mon ami. Le voici :
» On écrit de Bàle qu'il s'était formé, dans ces » derniers temps, une secte de convulsionnaires, » qui avait réussi à tourner la tète des femmes et des » jeunes filles, et qui aurait exercé rinfluence la » plus fâcheuse sur les esprits faibles, si la police n'y » avait pas mis un terme en faisant cesser ces réu- » nions. Les gouvernemens ont raison de s'élever
» contre ce scandale, contraire à Tordre public, aussi » la prêcheuse de celte nouvelle socle a-l-ellc dùquit- » ter Baie, et, si elle venait s'établir ici, on pour- » rait bien lui adresser la même invitation. »
La malveillance qui dictait cel avertissement ne pouvait nuire à Madame de Krûdener, mais elle atleianit les réunions que Monsieur Wéguelin avait continué de présider à Strasbourg : la persécution qui s'attacha à lui le frappa très-sensiblement dans sa fortune.
Madame de Kiiidener passait en ce moment par une épreuve aussi salutaire que douloureuse. Après avoir quitté Paris, Frédéric Fontaine s'était retiré dans le domaine de Rappenhoff : Déçu dans ses espérances de gagner Alexandre, il avait levé le masque, et s'était livré, sans retenue, à la grossièreté de ses instincts. Loin de fonder une communauté chrétienne , il aurait été un sujet de scandale , si la police Wurterabergeoise , toujours mal disposée pour lui , ne l'eut arrêté à temps : mais il en avait fait assez, pour s'attirer de sérieuses difficultés avec le gouvernement , qui , après enquête , prononça son expulsion du pays et la séquestration du domaine de Rappenhoff.
On ne manqua pas d'instruire l'empereur de Russie des déportements du protégé de madame de Kriidener; on alla même jusqu'à lui reprocher la faveur dont il l'avait couverte. Alexandre ne pouvait la confondre un instant avec un tel misérable j mais
madame tle Kriidencr enlacée dans les liens dont Fontaine avait su rciilourcr , ne pouvait protester avec toute rciicr^ic de son indij^nation contre sa conduite. Peut-être même ne 1 aurait-elle pas fait si elle Tavail pu , afiu de ne pas accabler un homme déjà sous le coup de la jusiice.
Alexandre pouss;iit la circonspection à rextrême ; il fut Llcssé de pouvoir être im instant compromis, même indireclemcnl, par l'inconduile d'un homme dont le nom s'associait, en quelque manière , à celui de madame de Kriidener. Les i-apporls envenimés qui lui furent faits , avec intention , sans refroidir son cœur , robli<^èrent à renfermer les témoignages de sa confiance. Ce fut une nouvelle souffrance, ajoutée il tant d'autres soucis, que lui causait sa responsabilité de souverain et de cbrclieu.
Madame de Kriidener vit son domaine de Rappenhoff confisqué , jx)ur garantir les dettes de Fontaine. Aux embarras matériels qu'elle en éprouva, se joignit le chagrin de sentir la faveur et l'affection de l'Empereur se voiler; mais, nous sommes heureux de le dire, sa grande douleur fut la chiite de Fontaine , et la perte des sentiments d estime qu elle n'avait cessé de lui conserver. Sa grandeur d'âme , dans cette
épreuve, frappait Madame Armand. « Tou-
» tes ces choses , écrit-elle , sont parvenues aux » oreilles de lempereur ; de sorte que Madame de » Kriidener éprouve les peines les plus sensibles ,
» en tout jijenro. Elle osl lioiioréc dans un lieu, mais
» honnie dans l'antre : répulalion , fortune, tout est
» en souffrance sans souffrance toutefois, car
» son amour et sa foi se fortifient loin de s'altérer.
)» Il fallait , j'en suis sure, qu'elle passât par im feu
» aussi ardent, pour sa parfaite piuificalion
» Ses yeux étaient obscurcis par une forte cataracte;
» ce n'était que par une opération douloureuse
» qu'elle pouvait recouvrer la vue , et déjà elle com-
» nience à voir ce que nous désirions qu'elle vit.
» Priez donc pour cette anj^élique amie , car on ne
» peut qu'admirer, tout en n'approuvant pas, quand
» on ne considère que le principe qui Ta dirigée. » Une lettre de Madame de Krûdener à M."* d'Ochando , justifie, par son élévation, les éloges de M."' Armand :
« * II est sûrement bien pénible d'être hu-
» milié surtout du côié sensible. Je l'ai, ce côté, pins
» qu'un autre et j'ai traversé des choses dont vous
» n'avez aucune idée. Je me dis alors : Ce temps
» de grâce , qni ne voudrait y avoir passé, dans cette
» éternité ou rien ne comptera que ce que nous
» aiu'ons souffert pour suivre notre adorable maître.
» Tout est grâce, c'est Jésus lui-même qui nous aide
» dans ces combats et nous fait traverser ces morts. » Nous ne pouvons rien mériter. Il nous a tout
» acquis par son sang et ses mérites. Mais si nous
* 28 février 1816.
» voulons tic ces félicités tlii ciel, si nous voulons
» travailler ici , comme clans une autre vie , comme
» fidèles soutiens du Christ , si même nous vou-
» Ions nous trouver heureux et soutenir la pré-
» sence des anges et des saints, ne devons nous pas
» être nettoyés de nos infirmités et remplis de la
» vie du Christ qui seule peut supporter les régions
» de la vie ? Or , 1 humilité , les dépouillemens de
» nos volontés et de tout ce qui est esprit du monde
» nécessite des positions douloureuses.
» Les gens du monde y passent aussi, comme
» suite naturelle de leurs fautes , mais ils n'ont pas
» les immenses consolations , les jouissances mêmes
» que nous donnent les croix , quand Dieu nous aide
» à les porter. Que de douleurs cachées plus cui-
M sautes que tout ce qu'on imagine, dans la propre
» situation de ceux qu'on croit heureux dans le
» monde !
» 1 5 mars.
» Il y a quinze jours que cette lettre est com-
» mencéc , je ne puis la continuer, chère Sophie ;
» je n'ai quelquefois pas une minute, tant les gens
» se succèdent avec rapidité. Priez pour moi qui
» en ai si peu le temps. Juliette vous a écrit hier
» au long et vous a dit que nous n'attendons que
» le moment où nous aurons l'ordre du Seigneur, pour
» aller vers vous. 11 nous enverra aussi les moyens
» car nous n'avons pas douze creutzers aujourd'hui.
» Cela ne nous empêche pas tVélre irès-conteuts. » J'emprunte pour les pauvres , et je n'ose plus » même prier pour le nécessaire. Je présente ma )i situation au Seigneur et toujours tout vient à point.
» Je le prie en attendant de me préparer à cette » entière pauvreté sans laquelle on ne suit pas » Christ , qui étant le Seigneur du Ciel et de la terre » vint pauvre sur la terre , mais au reste soyons » ce que Dieu veut que nous soyons , nous pouvons » être pauvres avec une couronne impériale »
Ce n'était pas une façon de parler chez Madame de Krûdener. Elle sentait, comme elle ne l'avait jamais sentie, la puissance des consolations et des joies chrétiennes. Les insondables richesses de l'amour de Christ étaient pour elle une réalité. Peu s'en fallait qu'elle ne considérât le Hoernlein comme un véritable palais, aussi trouva-t-elle tout simple d'engager M. et Madame de Berckheim et leur fidèle Fancheite à venir en partager avec elle , les splendeurs. La même proposition fut fliite à Madame Empaytaz la mère ; tous répondirent à Tappel au mois de février , cl cette petite maison qui n'avait pu contenir au premier moment que trois personnes, non sans gêne, semijla par les soins de Madame de Krûdener devenir élastique pour recevoir tous ses hôtes. MM. Empaytaz et de Berckheim s'étaient retirés dans une sorte de grenier sous le toit , et chacun avait dû nécessairement se resserrer dans le moindre espace
possible. Vais, jamais on ne vit plus île joie , de séiénilc et de paix que dans cet heureux inlérieur.
Madame Armand élait la seule qui éprouvât quelquefois de la tristesse en se comparant à ceux dont elle admirait Tavancement. Mais son amie avait le talent de remonter son courage et finissait toujours par lui communiquer un peu de celle gaîlé qu'elle ressentait elle-même , à considérer les comforls de leur logement , et la régularité de leurs repas d'anacliorcles , invariablement composés de bœuf bouilli et d'un plat de légumes servis dans de la vaisselle de terre brune.
Cependant , la journée avait un autre emploi que celui de jouir des douceurs de celle communauté fraternelle. Le soin des pauvres et des malades , et linslruclion religieuse à donner à dinnon durables visiteurs , occupaient tous les menibrcs de celle petite colonie. Elle s'était encore accrue d'un honnête artisan , âgé de soixante ans , dont la connaissance s'était faite au Ban de la Roche : il se nommait Jaeger et avait dévoué sa vie à la moralisalion et à l'enseignement des classes pauvres des environs di3 Sarreguemines. La persécution l'ayant forcé de s éloigner, il vint rejoindre Madame de Kriidener et s'associer à son œuvre. De son côlé M, Enipaytaz s'occupait dans ses rares loisirs, de Iraduclions et d écrits pour la société des irailés religieux.
Les pèlerins qui se rendaient en foule à Einsiedlen
pentlani le mois de mars , et qui passaient devant la petite maison du Hoernlein, accablés de fatigue et sou=' vent dans le plus complet dénuement, fournissaient à Madame de Kriidener ime nouvelle occasion d'exercer son infatigable charité.
« Je n'ai que très-peu de momens à moi , écrivaitelle, « à peine puis-je prier, ce dont j'ai cependant » grand besoin. L'affluence du monde est si grande, » que des villages entiers passent par ici. Je leur » prêche FEvangile , je les invite à aller au Christ » qui a versé son sang pour nous; je les invite à la » rcpentance et à Tespérance dans ses mérites. Je leur » donne , ainsi que ceux qui sont avec moi , des » livres qui leur rappellent leur salut. Beaucoup » d'enfans viennent me chercher; que de larmes! » que de douleurs ! que de misères ! on n a pas d'idée » de la pauvreté du pajs de Bade ! Dieu nous fait » la grâce de nous donner de quoi faire l'aumône à » chacun. On ne peut pas donner beaucoup , mais » quelque chose du moins , une soupe aux malades
» et aux voyageurs fatigués Plus je vis, plus je
» vois combien on est hem'eux d'être dégagé de tout » ce qui est terrestre. Le courage héroïque que le » Dieu vivant, Jésus-Christ seul donna à ses disciples » fait tout franchir et tout braver. Qwc de fois j'ai » dit à Paris : Je ne conçois que la charité ; les » partis n existent plus pour moi ; je prêche 1 Evan- » gile ; je ne sais ce que sont les haines , ni les in-
» téréts du monde. J'ai quitté. Dieu merci , cette » arène là, et cest ainsi que j'ai eu le bonheur de » voir des conversions qui ont étonné bien du monde. » La misère au milieu de laquelle elle vivait , lui avait rendu toute apparence de luxe insupportable. La reine Hortense avait été irès-touchée de la chaude amitié que lui avait montrée Madame de Krùdener, en la recommandant à l'Empereur Alexandre dans un moment difficile. Ne sachant comment lui faire recevoir un souvenir , elle lui avait destiné un voile qu'elle avait porté et l'avait priée de l'accepter pour l'amour d'elle. « Priez-la de me parw donner, répondit-elle à Mademoiselle Cochelet si » je ne l'accepte pas. J'ai du renoncer à toutes les va- » nités et je ne porte plus de dentelles. Si je l'avais . » je le vendrais pour les pauvres dont la triste misère » me fait peine chaque jour. Ma fille et moi , depuis M bien des années , n^avons plus porté que les plus » simples vêtemens : nous avons de très-beaux dia- » mans , des perles qui n'ont point été vendues en- » core ; d'autres d'un très-grand prix l'ont été : je souP- » fre aussi de penser que j'ai une quantité de très- » belles pelisses qui se gâtent et rapporteraient aux
» pauvres, mais elles ne peuvent se vendre Tout
» luxe doit disparaître pour ceux qui prêchent la » pauvreté. »
Cependant, au commencement d'avril, la fatigue de cette mission incessante se faisait sentir, lorsque
Madame de Kriidencr reçut de deux dames Anglaises rinvltation de se rendre avec elles à Aarau : leur but était de procurer sa connaissance à Pestalozzi, qui les avait accompagnées à Baie.
Pestalozzi étail alors âgé de soixante et douze ans. Il avait, par philanthropie, consacré et dépensé sa vie à l'enseignement de la jeunesse et surtout des classes pauvres. On lui doit d'avoir inauguré , parmi nous , la véritable science pédagogique , fondée sur cette étude intelliiienle et conlinuclle des inclinations , des facultes de Tàme , et de leur développement progressif, qu'ont illustrée MM. de Fellemberg, Wehrli , Lippe, le père Girard et Madame Necker de Saussure.
Attaqué et méconnu par plusieurs de ceux auxquels il avait ouvert celte voie , en bute à la malvedlance de quelques magistrats , Pestalozzi avait eu le cœur froissé en voyant que ni les sacrifices de tous genres qu il avait faits aux orphelins dont il s'était chargé , ni son dévouement sans bornes à leurs intérêts , n'avaient pu lui faire trouver grâce devant quelques hommes estimés depuis long-temps pour leur piété.
Madame de Kriidencr se réjouissait de le voir : » J'ai eu le bonheur, qui m'était connu d'avance, » par les grandes voies du Seigneur , de voir Pesta- » lozzi , qui était un ange de bienfaisance , mais non » encore un chrétien tout-à-fait convaincu : il n'avait » pas encore donné son cœur entier à Jésus-Christ. »
Jamais Pestalozzi n'avait connu celte sereine et
douce cominnnion tVesprit , qnl le frappa dès le premier jour de ce voyage. Coiiformémenl à Tordre de S. Paul , de faire tout à la gloire de Dieu , madame de Krûdener ne se mettait point en route sans faire un acte d'adoration. Dès que Ton était en voiture, on cliantait un cantique morave, dont le sens est : « Nous » voyageons en ton nom , Seigneur Jésus , que ta î» grâce nous accompagne , si Forage nous menace , » un regard sur toi nous rassure. »
Après ce chant , on faisait une prière , puis on lisait quelque portion de lEcriUire sainte , qui fournissait le sujet d'un entrelien édifiant, dont Pestai ozzi ne se lassait pas. Son cœur se dilatait ; il arrosait de larmes les mains de Madame de Krûdener , en Tentendant prier pour lui , avec toute Tonciion de sa cliaritc : « Je vois le plus beau jour de ma vie , » s'écriait-il. »
Le lendeniain , il eut peine à s'arracher d'Aarau, et il fondit en larmes en quittant ses nouveaux amis.
L'arrivée de Madame de Krûdener à Aarau fut un événement. On lui demanda d avoir chez elle des réunions religieuses , elle s'y préla avec joie. M. Kellner présidait celle du matin spécialement destinée aux jeunes gens. Ail heures, M. Jaeger réunissait les paysans qui venaient en foule des campagnes voisines-, M. Empaytaz prêchait le soir en français.
Le pasteur Hunziker était devenu, dès le premier jour, un des amis de madame Krûdener, cl ne cessait
«le rencoLirager à réaliser, pour ses paroissiens, ce que son propre zèle et sa sollicitude leur souhaitaient, depuis si lonj^-temps : le digne curé d'Aarau, M. Vogt , lui envoyait les siens. Callioliques et proleslans , rentrés dans leurs familles , donnaient à leurs parents le plus grand désir d'entendre , à leur tour, la prédication. De tous les villages voisins on accourait pour y assister.
Parmi les auditeurs, Madame de Kriidener remarqua un jour un jeune homme aux traits fortement accentués rappelant le type Israélite d'une manière frappante. C'était Joseph Wolff nouvellement converti au christianisme.
Fils d\m Rahbin , destiné à le devenir lui-même, il connaissait également bien l'hébreu , le chaldéen et le syriaque et avait fait une étude approfondie de l'ancien testament. Il arrivait de Vienne où il avait intimement connu le célèbre prédicateur Werner dont il récitait des sermons entiers. Il trouva dans les réunions auxquelles il assista , raffranchissement qui lui manquait encore et repartit pour Paris, bien affermi dans la doctrine du salut. Il avait une confiance pleine d'abandon dans la protection de Dieu. Madame Armand lui ayant demandé s'il trouverait à Paris des amis et des protecteurs :
« Eh! à quoi bon des connaissances, Dieu n'est-il » pas avec moi ? Quand j'allai en Wcslphalie, je parlai » à un seul homme , cet homme écrivit à mou
» sujet, au comte de Stolberg ; et Slolberg repondit » que je devais venir chez lui. J'y passai trois mois, » et Stolberg devint mon bon et cher ami. »
11 n'imaginait pas que cela put avoir lieu autrement , et vivait d'un secours de deux louis par mois, que lui faisait un prince Allemand.
Quelque temps après son départ , madame de Krudener lui écrivit la lettre suivante :
« Vous avez trouvé le chemin qui mène à la vie, le » Dieu d'Abraham, qui est mon Dieu, Christ, le » Seigneur des seigneurs , et le mien. Marchez fidè- » lement dans ce sentier de la vie et de la vérité; » apprenez au pied de la croix , à aimer celui que » les cieux ne peuvent contenir , qui quitta les séra- » phins pour sauver une race déchue , infidèle, » avilie et qui mourut de la grande mort de l'amour, M pour nous réconcilier avec le Père , en nous enno- » blissant pour le ciel. Prosternez- vous souvent en » adoration, pour contempler le grand et magnifique » mystère de l'amour ; priez , pour qu'il pénètre au » plus profond de votre cœur , afin que vous vous re- » jetiez en arrière de tout ce que les hommes aiment, » désirent et convoitent ; car l'homme animal ne con- » naît que ces joies terrestres, dont il use jusqu'à la » satiété et qui l'abreuvent de troubles continuels. *
« Il n'y a que l'amour pour Dieu et pour Jésus- » Christ source de tout ce qui est grand , qui » rende le chrétien grand et heureux. Au milieu
» de privations apparentes , il passe comme une » grande énigme devant les païens , qui se dé- » corent, il est vrai, du beau nom de chrétiens, » mais qui n'ont que des idoles.
» Le sentier qu'il suit est étroit , escarpé , et sou- » vent raboteux, comme celui du \oyageur dans les » Alpes, mais un zéphyr céleste vient le rafraîchir; » des fontaines de vie , d'une eau vive et pure , » coulent et murmurent autour de lui ; plus sou ho- » rizon s'embellit , moins il supporte et comprend » l'agitation de ces acheteurs et de ces vendeurs , qui » obéissent au péché , en suivant la voie large ; qui » échangent un mal contre un autre mal, une mi- » sère parée contre une autre misère, qui achètent » toute espèce de sensualité terrestre , qui se vendent » à tout le monde , et qui aiment tout , excepté ce » qui seul est aimable , et ne recherchent que ce » qui a de l'apparence , dans cette vie profanée. Mais » pour lui, pour le chrétien, la vie est si grande, » si belle et si sainte , au milieu des souffrances et » des persécutions ! Elle deviennent déjà son pre- » mier paradis ici-bas , parce qu'il marche avec » Christ de même qu'Adam, avant que la chute l'eût » dépossédé de sa dignité première.
» Ainsi en est-il de l'homme rétabli par Jésus- » Christ , dont les paissantes armes sont la force » même de celui qui seul est invincible. Tel est le » chrétien qui , par amour , peut tout supporter , tout
» souffrir, cl qui, par là même , g^j^çne lonlcs dio-
» SCS. Le clirclicn, éclairé du St-Esprit, doit pénélrer
» tonles choses. Mais, par cela même qu'il lui est
» donné de pénélrer dans l'intérieur des autres,
» il est appelé aussi à les supporter, à leur montrer
» des éj^ards, à leur lémoij^ner sa compassion par
» un liaul do<5ré de cliarilé. 11 doit implorer pour
» eux la <^race du Seigneur, qui, à celle lieure , se
» voit encore crucifier par eux, mais qui , loin de
» vouloir les détruire , veut encore les sauver.
» Devenez un pareil chrétien ! qu^lucun esprit
» étroit de forme ou de secle ne vienne comprimer
» et resserrer volrc cœur? 0"^ l'évangile soit votre
» saillie règle, que le grand cœur de Christ, que
M son Esprit , qui emhrasc toutes choses , se grave
» lui-même en vous ! Apprenez à renoncer à tout.
» Soyez plein d'humiliié, tempérant, chaste, d'un
» cœur pur, d'un cœur d'enfant L'enfant
» soumet sa volonté a. sa mère , soumettez la votre à
» Christ, qui vous conduit. Apprenez à garder le si-
» lence : rentrez souvent en vous-même, et apprenez
» à prier sans cesse , pour loules choses. Comme un
» enfant qui demande tout ce qu'il désire , ne veuil-
» lez non plus rien apprendre que de Dieu même,
» et , dans tous vos actes , ne cherchez uniquement
» que la gloire de Christ , votre roi.
» La deslinalion primitive de l'homme, ainsi que
» son premier devoir , furent d'aimer Dieu j c'est de
» l'amour que jaillit comme de sa source , le désir » de plaire à Dieu , conséqnemment aussi , le plus » sublime des cidtes, celui du pur amour. Chaque » action, chaque battement de cœur, chaque parole * qu'il prononce , proclame l'existence d'un nouvel » élre en lui. L'homme, dans son élat de chute, ne » cherche à se procurer que des joies viles et niépri- » sables , afin de se distraire, parce qu il est déshé- » rite. Mais , le chrétien , celui qui a trouvé Christ » et qui l'aime , ne connaît de joies que les céles- » tes ; il n'a besoin de rien, car il est heureux. C'est » ainsi qu'il apprend, aux pieds du Christ, à respi- » rer Tamour et à l'inspirer aux autres. Voilà le » christianisme , véritable santé de l'ame , qui n'est » que béatitude pour toutes les éternités !
» Si donc , d'autres personnes ne savent autour
» de vous , que répéter constamment que Vhomme
» est exalté ; priez alors pour ceux qui ne sauraient
» pour un seul jour se procurer la vraie félicité ,
» qui pensent , qui s'imaginent , qu'on peut ainsi par
» soi-même se procurer le souverain bien, l'amour
» de Dieu , riiarmonie de la vie , au milieu d'un
» monde où 1 on ne voit autour de soi que les tristes
» vestiges d'une désolation universelle ! — Sanctifiez
ï> vos talents et vos connaissances dans les langues ; ou
» plutôt , laissez le Seigneur, les sanctifier en vous,
» N'aspirez point à briller; que l'orgueil ne vous
» porte point à opérer quelque chose par vous-même.
» 11 vous faut devenir pur de cœur, et ne vouloir » vivre et mourir que pour glorifier votre Seigneur » Jésus-Christ \ en un' mot, ne vouloir, pour tout au » monde, être quelque chose. Celui qui n'a quesoi- » même pour ohjet ne possède encore rien ; et, lors » même que le monde entier vous admirerait, le » monde n'est qu'un zéro : Ton ne peut appeler nom- » hres que ceux en qui Dieu vit !!!
» Que Dieu hénisse ces glorieux commencements » de voire traduction de la hihle ! Glorifiez aussi » Christ en rendant clairement les passages qui le » désignent, lui ^ Christ y et que Luther n'a pas » assez fidèlement rendus. Que Jésus-Christ , la vie A de toute la Bible , devienne aussi la vôtre ! Et » que de saintes expériences fassent de vous un saint » supplément de la parole écrite !
» Marchez, en la compagnie des empereurs et » des rois , des savants et des ignorants , sous les » étendards du Christ , sous la croix, où les enfants » deviennent des héros. Bientôt , hientôt , paraîtra » le lion de la trihu de Juda , qui comhat pour » les siens ; de grands jugements annonceront bientôt » son iflorieux avènement.
» Priez ! priez î afin qu\in grand nombre d'ames » invoquent encore le grand nom du Sauveur , en se » prosternant au pied de la croix , où il se plaît tant w à pardonner , avant que le tonnerre du jugement M les foudroie sans retour ! Que mon Seigneur et mou
» Dieu vous bénisse ! — Priez pour moi , et marchez H en la présence de Dieu! »
Dès-lors Joseph Wolff a poursuivi sa nohle carrière avec un courage et une persévérance qui l'ont rendu célèbre. Les voyages les plus lointains et les plus dangereux n'ont point ralenti son zèle. Plus lard , il unit son sort à une femme bien digne de le comprendre et qui l'encourage à poursuivre sa noble tâche, lady Georgina Walpole. Celui qui écrit ces lignes l'a vue , il y a quelques années, supportant avec son jeune fils, pour l'amour de Christ , de longues et douloureuses séparations , glorifiant par son renoncement Celui dont le missionnaire racontait au loin les éternelles compassions aux malheureux restes d'Israël.