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depuis son retour à Dieu , pour les complices de ses fautes , me revenaieni souvent en mémoire. Je parlai au général de mes éludes sur cette vie sanctifiée par la rcpentance, ainsi que des espérances et des joies célestes qui avaient couronné cette existence si mondaine. Il écoutait en silence. Je lui écrivis sur le même sujet une lettre qui motiva- la réponse suivante :
Paris, 19 mars 1841. • « C'est avec beaucoup de reconnaissance, Monsieur, » que fai reçu les adresses que je vous avais prié de j» m'envoyer et les détails qui touchent à. la vie » agitée , mais si bien parsemée de tant de qualités » supérieures et de vertus de cette femme célèbre j» que j'ai connue, et je puis dire, pour mon compte, » vénérée. L'hommage pur que je lui ai adressé, a fait j» long-temps le bonheur de ma vie , et j'ai bien » regretté de ne pas l'avoir vue dans ces moments » où elle s'était dévouée à éclairer le genre humain » sur ses véritables intérêts ^ savoir qu'on ne peut » espérer dans ce monde dé bonheur qu'en suivant » les préceptes du livre divin que Jésus-Christ nous » a laissé. J'ai été très heureux. Monsieur, de faire » votre connaissance et d^avoir pu m'entretenir avec » une personne qui avait su apprécier celle qui nous » inspire tant de regrets , mais hélas ! ces conj» naissances ont la douleur de ne pouvoir être que » passagères , je vous prierai cependant de per- » mettre que je puisse encore causer avec vous , et
» conserver Tespoir de vous retrouver dans votre bon ;• pays, etc? »
Cependant Madame de Krûdener avait recouvré chez sa mère un peu de cette tranquillité dfàme qu'elle avait perdue dans les orages du cœur. « Tai » passé deux mois en Danemarck comme en enfer y » écrivait-elle a Madame Armand, Dieu soit loué, » me voila hors de ce funeste pays ! )» Elle soupirait toujours après le repos et la retraite dans la liberté et répandait cette vague mélancolie qui lui était habituelle dans ses lettres à son amie.
« J^ai mérité plusieurs de mes maux, les autres » isont donnés par un Dieu de bonté dont la main » prépare au centuple les récompenses. Ah ! j'ai joui » des douceurs des passions, il fallait aussi eu sentir » les épines !
9 Abstraction faite de la faiblesse, |et la fai-
» blesse tient à l'humanité, mon àme est tranquille » et mes vœux sont modérés Ils se bornent à une » vie simple et coulée près de la nature. Ma santé ^ rétablie une fois, ou meilleure, je vivrai pour mes n enfans, aussi poiu* M. de Krûdener, pour lui en- )» lever quelque souci et embellir sa vie , c est mon » devoir.
» J'ai beaucoup souffert mais j'en bénis Dieu : j'ai T» beaucoup gagné , beaucoup appris pour mon bon-
» heur à venir Plus de correspondan-
n^ ces inutiles, de vanité superflue, de coquetterie
» fatigante oa de désirs trop vifs de réussir. Tai » hrillé , je ne veux plus des succès ni des tourmens » de celte brillante société. Je serai loin de la per-
;i fection, mais je ferai moins d'écoles Je n'avais
» pas d'expérience, mon àme tenait trop forie- » ment a la vanité
(*)«... Je me reproche souvent mes vivacités, vous » me trouverez changée à mon avantage. Les soufTran- » ces corrigent, et je rends grâces à Dieu de m'avoir » fait tirer par sa grâce de cet hiver une salutaire » leçon. Âh! ma chère amie , que je suis corrigée » des erreurs de la vanité ! Combien je languis après X» une vie utile et douce y. loin des convulsions de ]a » société
» J'ai passé presque tout le temps de mon séjour » ici dans une profonde mélancolie. Ma tête affectée i> par des nerfs très-malades y ne pouvait , dans les » premiers temps , penser à la France sans pleurer , )> et je ne peux même à présent voir la société, 1^ Dévorée par une passion que le malheur a éprou- » vée , très-malade de crampes , mon cerveau très- » affecté, tel est le tableau de mon stjour ici; mais » un Dieu de bonté m'a fait retirer de grandes le- » çons du passé
>» Ma mère me comble de tendresse et de soins ; » ah ! je n'ai jamais T^oimu assez toute sa tendresse*^
f) Riga, Il mai 179a>.
» Je suis partie trop jeune , j'étais trop timide. » Quelle excellente mère ! et mon père aussi ; qu'il » est bon et tendre ! Je ne l'ai pas encore vu ; il » est à Pétersbourg ; Je désire bien le revoir , et j'es- ^ père que ce sera bientôt. »
Elle le revit , en effet , au commencement de juin 1 792 ; mais elle ne jouit pas long-temps de cette douce réunion. M. de Wietinghoff tomba malade peu de jours après l'arrivée de sa fille à Pétersbourg. Elle s'établit au chevet de son lit et lui prodigua les soins les plus tendres avec ce dévouement légi* timé et sanctifié par le devoir dont elle avait ignoré jusqu'alors les douceurs. La maladie de M. de Wie-» tingboff était mortelle : il expira dans les bras de sa fille.
La mort d'un pcre est toujours une immense perle, mais pour Madame de Krûdener surtout, cette perte était irréparable. Nul ne pouvait comme lui la couvrir de cette protection auguste dont elle avait besoin pour supporter et les justes reproches de ses amis et les dédains d'un monde aussi impitoyable dans ses jugemens quei relâché dans ses principes. Elle le sentit et chercha encore auprès de Dieu ces consolations qu'il ne refiise jamais aii cœur brisé. « Dieu » m'a soutenue, écrivait-elle^ la religion a adouci » mon amer chagrin et mon *bœur plus que jamais » cherche la solitude et l'éloignement du monde. »
Depuis son départ de Copenhague , Madame de
Krudener était pressée du désir de se réunir à Madame Armand et la sollicitait savec instance de venir la joindre. Elle en sentait le besoin pour Féducation de sa fille, dont sa santé délabrée ne lui permettait point de s'occuper. Tous ses plans étaient subordonnés à cette réunion dont elle savourait d'avance tous les cbarmes, et avec son amie elle était prête à vivre partout.
» Je vous écris d'un petit jardin de mon frère , où » je ne viens jamais sans prier Dieu qu'il m'accorde » une petite retraite en Suisse ou ailleurs, avec vous. » Quelques poules, des fleurs , des fruits , une vache, » une petite table , où je vous verrai prendre votre » café, nos enfans, puis de l'ouvrage , des livres, le » lac de Genève, un droschki, voiture que vous aimez. » Voila comme nous serions , travaillant comme des » fermières , faisant du bien , supportant avec rési- » gnation les maux de la vie , et toujours bénissant » le bienfaisant auteur dé la nature de tout ce qu'il » nous envoie
» Si vous saviez comme ces peines m'ont fait du » bien ! Le besoin de conquêtes , le délire de la va- » nité , tout s'est fondu dans une tranquille quiétude » de l'âme a cet égard. (*) »
C'était déjà un progrès dans la voie du relèvement que cette quiétude de l'âme et ce regard a Dieu.
C) Pétersbourg, 16 juillet 1792.
Elle y fut afTermie par une rencontre imprévue qui réveilla tous les souvenirs de son heureuse jeunesse. Frappé comme elle dans ses afTections de famille, Alexandre de Stakieff^ en grand deuil de sa mère^ désira voir Madame de Krùdener. Les plus poignantes émotions Tavaient tenu jusqu'alors éloigné d^elle. En apprenant le coup qui Tavait frappée, il accourt... Pour exprimer les senlimens qui brisent son cœur,
il ne trouve que des larmes Que se passait-il en
lui? Que s'était-il passé en elle? Le prisme à travers lequel ses souvenirs n'avaient cessé de lui montrer cette chaste figure, s'était brisé en un instant Elle comprit quelle avait elle-même rompu, le charme et renversé l'idole, et le sentiment de sa déchéance fut pour elle l'initiaiion au repentir.