‹ Vie de Madame de Krudener;Chapitre 19 sur 38 · ISIS · texte numérisé non relu

ISIS

Vojagc à Strasbourg. -— Le bafon Paul de Krudeneré — Le comté et la colil-* tesse de Lésaj-Marnciia. — Excursion au Ban de la Bocïie. — - M. de Lésay et Oherltn. •— Prières ekattc^s. — Lettre a Madame Armand. -^ Évangélisatiott à Strasbourg. — - Confessions de misère. —' Disciples de Mademoiselle Brobon. »- Les victimes. — Afi^estation dii baron de KrUdene^. <— Lettre à Madame Armand. -^ Projets d'un vojagê à Genève. — > État religieux de cette Tille. ^- Troupeau Mofave< — M. Bost. •— Société clés Amis, «^ M. Henry-Louis £mpajrta<. — M« franeois Gtters.-— La réunion des jÊtuis te distolité -*- Lfe Professeur Bonnard. — Espérances de Madame de Krudener.— Arrivée k Genève.

' »^ Exbortations à la fefmeté. — Le bafou de Steinglin. — ^Dépsii't de Maddifte de Krildener. — Lettre à M. Empajtaa. '— Visite d'un membre de la Compagnie des Pasteurs. — Lettre de Madame de Kriidener à PEglise de Genève — Opposition ecc]«siasti<tae. — -^ M. Empajtaa est cité devant la Compagnie des Pasteurs. »- Délibération. •— Arrêté de la Compagnie. — Lettre de Madame de KrSdener à M. Empayta<. — Tfavadx d'évangélisation à B41e. — Lettre à l'Église de Genève. — Anxiétés de M. Empaytas^ — Conversation avec un Professeur de tbéologie. — Difficultés matérielles. <— Lettre k Madame Armand.— Lettre k M« Empaytas*

tl mois d'octobre. Madame de Krudener se rendit à Strasbourg, pour y voir son fils secrétaire d'ambassade en France. Cette réunion, vivement désirée de tous les deux , remplit de joie son cœur maternel. Elle retrouva à Strasbourg un ancien ami, le comte Adrien de Lézay- Marnézia. Après avoir suivi son père dans 1 émigration, il était rentré en France au 1 8 brumaire et avait été

chargé d^adfaîres auprès du prince-evéque de Saltzbourg y puis préfet de Rhin et Moselle y avant d'éire nommé préfet du Bas-Rhin. Madame de Kriidener apprécia bientôt les grandes qualités de Madame de Lézay, « femme admirable, grande, aimante^ digne des j» premiers temps de l'Eglise. Quel atiachement nous n unit tout de suile ! Comme nous sentîmes que nous D serions l>eaucoup Tune pour 1 autre ! Son mari était )t un ange pour elle ; mais il n'avait que des vertus » humaines qui l'éloignaient du port du salut , où sa » femme désirait le voir entrer. Je lui disais toujours : » vous verrez que Dieu exaucera nos prières ! »

Monsieur de Lézay étudiait avec un vif intérêt le changement survenu chez la brillante et spirituelle baronne , si avide d'hommages et de louanges , à Montpellier et à Barèges. Plus de douleurs sans nom , de rêveries inquiètes ; plus de vaniteuses poursuites et de passions condamnables : elle était renouvelée et chacune de ses paroles confirmée par toute une vie de paix , de sainteté et d'obéissance touchait profondément M. de Lézay qui voulut l'accompagner avec sa femme, dans une visite qu'elle fit au Ban de la Roche. Il admira la* foi et la charité d'Oberlin , qui lui fit connaître les besoins de sa paroisse , et de retour k Strasbourg, il Itfi fit parvenir un secours de trente mille francs.

Les prières dictées par la reconnaissance aux pauvres habitans de ces vallées ne devaient pas rester sté-

riles. « Lécher M. de Lézay, écrivait Madame de Krû- » dener , a été saisi par ces âmes de feu et de^prière, » et il leur sera accordé , je n'en ai aucun doute. »

Quelques semaines plus tard , cette espérance se réalisa. « Nous avons eu le bonheur de voir le Préfet n au milieu de nous , priant , adorant k genoux le » Sauveur du monde. Vous juges Teffet que cela a » produit. C'est le premier parle rang, le premier » dans l'opinion, par son caractère de probité et ses » vertus ; c'est l'homme le plus indépendant , le plus » fier ; et cet homme si imposant , si grand déjà » comme caractère^ est actuellement soumis , enfant » docile , grand de la vraie grandeur ; chrétien , ado- » rateur du vrai Dieu et de Jésus-Christ le crucifié, j» Adorez ! adorez ! »

Madame de Krûdener passait tout son temps, à Strasbourg , en prières et en conversations religieuses. Ses matinées étaient consacrées aux personnes qui ne savaient que le français ; le soir , le culte se faisait en allemand. En racontant les bénédictions attachées k ces exercices, elle ajoute : <f Je m'humilie » et je m'anéantis en écrivant ceci. Dieu sait si je

» me sens indigne La gloire appartient à

» Lui seul. Je ne mérite que. d'être rejetée; plus » j'avance, plus je me sens misérable, affreuse ; plus » je reconnais que je ne suis capable de rien par » moi-même , que tout est magnificence de Dieu , » miséricorde et œuvre de l'Eternel . »

Toujours avide de saisir toutes les occasions de rallumer en elle cette flamme de Tamour pur , objet constant de ses aspirations, Madame de Krûdener acceptait facilement, trop facilement sans doute, les expériences faites par d'autres âmes dans cette voie et prêtait volontiers quelque mérite ou quelque vertu , k ce qui n'était que bizarre ou excentrique y au point de vue chrétien. 11 fallait souvent que l'esprit de Dieu lui rappelât cette précieuse maxime de conduite de TApotre : Eprouvez toutes choses , retenez ce qui est bon. Ainsi quand elle rencontra chez M. Wéguelîn , k Strasbourg , quelques disciples de Mademoiselle Brohon * y elle fut éblouie au premier abord, par leurs prétentions au dévouement et leur désir de s'associer au sacrifice de Jésus-Christ. Les ouvrages de Mademoiselle Brohon, qu'on lui communiqua , l'intéressèrent : elle n'en vit que le côté sanctifiant. Elle lut ainsi les Instructions édifiantes sur le jeûne de Jésus-Christ dans le- désert : « Il est impos- » sible, écrivait-elle, de vous décrire la beauté, la » simplicité tout évangélique des hautes leçons qu'on j» puise dans cet ouvrage. » La réflexion et la' prière

* Jacqueline-Âimëe Brohon , morte en 1778 en odenr de sainteté, avait fondé, au milieu du sièele dernier, un ordre des Victimes. Elles étaient au nombre de douze , chargées de s^immoler sans cesse spirituellement, pour détourner les fléaux qui menacent Thumanité. £lles prétendent porter Tanathême général , sont les Atages de la fidélUé du peuple, le centre commun et le réservoir des grâces.

lui firent bientôt reconnaître la propre jnstice qui avait présidé à la pensée d'ajouter (|ueique diose aux mérites de Jésus-Christ.

De retour à Garlsruhe^ Madame de Krudener eut accès dans un pensionnat de jeunes, filles nobles dont la Directrice avait reçu, par elle, les promesses de TEvangile : eUe y passait de douces heures au milieu de cette jeunesse , joyeuse d'être si bien comprise , car il tt'ap^rtient qu'à la. vraie piété de rajeunir sans cesse les sentimens purs et élevés et de les parer d'une fraîcheur et d'aune grâce biea pkis aimable encore que celles de Tenfance.

Tout à coup, elle apprit que son fils Paul, arrêté en Allemagne , par ordre de Napoléon , venaili d'être ramené à Strasboui^ ; elle y accourut et eut la joie de le voir avant qu'on le conduisit à Âuxonne. Les sollicitudes, maternelles de Madame de Erâdener. n'ébranlèrent point sa fol dans les cempassions de Dieu. «Mon cœur maternel souffre, écrivait -elle, » mais je sais en qui j'ai cru , je connais les misé- » ricordes infinies du Très-Bon. C'est une vérité , » une vérité- éternelle que le& souffrances sont amour »• du Seigneur , aussi conduirart-il saon cher Paul » dans son amour infini et il me le rendra. Il a été » malade. J'en souffre beaucoup. Je voudrais voler jusqu'à lui*» Cette mesure prise par représailles de

* 4 Mai 1813.

FarresladoQ d'uu employé Français en Russie n'avait heureusement rien de menaçant , et Madame de Krû* dener fut bientôt délivrée de cette angoisse.

Quatre ans s'étaient écoulés depuis qu'elle n'avait revu Madame Armand , lorsqu'elle se crut appelée h Genève. Nous raconterons avec quelque détail ce qui se rapporte à ce voyage qui eut des conséquence importantes.

Il existait dans cette ville, un troupeau de frères Moraves depuis l'an 1 S.iO. Bien des circonstances et surtout l'attièdissement de la piété, suite des progrès de la phdosophie du 19."' siècle avaient peu à peu réduit à cinq , les membres de cette congrégation jadis florissante. Au commencement de l'année i 81 , ils se réunissaient fréquemment pour demander k Dieu de rallumer le zèle et de réchauffer la piété engourdie dans l'Eglise de Genève. Le président de cette petite congrégation, M. Bost, chantre de l'Eglise de la Magdelaine, eut l'idée de former une réunion d'amisi pour lire la Bible ; quelques jeuxxes gens, la plupart étudians en théologie en firent partie , - et de ce nombre était M. Henri Empaytaz;

Dès 1801, M. Empaytazi avait discerné en lui des appels religieux auxquels il avait essayé de répondre par les pénitences , les jeûnes et les macérations. Ses angoisses devinrent plus vives et plus poignantes k la mort de son père qui eût lieu en 1810. Elles ne s'apaisèrent que lorsque Jacques Mérillat^ ouvrier des.

frères Moravcs , passant à Genève et assistant à la réunion des amis j annonça clairement k M. Ëmpaytaz le pardon de ses péchés, par Tefficace du sacrifice expiatoire de Jésus*Christ. La même doctrine porta les mêmes fruits dans Tàme de M. François Guers, et ils résolurent d'ouvrir eiisemble une école du dimanche pour la jeunesse. M. Ëmpaytaz s^était joint en même-temps au petit troupeau des Moraves^ ce qui éloigna de lui quelques-uns des amis et les empêcha d assister à Fécole du dimanche ; leur réunion devait bientôt se dissoudre en présence de lopposition du clergé. M. Bost , accusé de former une secte j invita vainement les membres de la Compagnie des Pasteurs à visiter ces réunions. Trois ou quatre s'y présentèrent , mais en ressortirent effrayés des doctrines du péché originel, de la divinité de Jésus- Christ , du salut gratuit et de la justification par la foi,, qu'on y professait. Vers la fin de 1812, les amis cessèrent complètement leurs réunions, mais MM. Guers et Ëmpaytaz continuèrent leur école du dimanche et le troupeau Morave s'accrut de quelques personnes. Il fut visité par un ouvrier Morave, nommé Mettetal, et par le professeur Bonnard de Montauban, qui les encouragèrent à persévérer dans cette vie religieuse , objet des moqueries des uns et de la haine des autres. Le 8 février 1813, la Compagnie des Pasteurs, par Forgiane de son secrétaire , fit signifier à M. Guers que son fils ne serait pas admis aa

saint ministère, sHl persistait k fréquenter les Montres. M. François Guers n'en fut point ébranlé.

Telle était la situation , lorsque Madame de Krûdener se sentit appelée d'en-haut, à se rendre k Genève. Elle en parlait un jour avec une de ses amies, attachée à l'impératrice Elizabeth, qui lui faisait quelques objections :

-— • « Voyez le peu de fruit de la mission de Madame » Guyon à Genève. Elle aussi, s'était sentie appelée et » avait cru y accomplir une grande œuvre et Févé- » nement ne confirma point ses espérances. »

-— «I Cest vrai^ répondit Madame de Krûdener^ » mais il lui fut promis de grandes choses. »

— ' a Et quelles sont donc ces choses qui lui furent » promises ? »

— • a C'est qu'un siècle plus tard, une autre femme » accomplirait ce qu'il ne lui avait pas été donné de » faire. »

Nous ne savons quelle était l'origine de cette croyance chez Madame de Krûdener; quoiqu'il en soit, elle partit deCarlsruhe, et elle arriva h Genève le 28 juillet. Elle s'établit chez Madame Armand , se mit bientôt en communication avec la petite Eglise dont son amie faisait déjà partie , et fît la connaissance de M. Empaytaz qu'elle trouva en butte aux attaques les plus vives , au sujet de la fréquentation des assemblées moraves. Tous ses amis le sollicitaient de ne pas eon^promettre sa carrière par sa persbtance à suivre

ces réunions. Le pasteur Moulinié lui-niéme, lui conseillait la soumission , jusqu'il ce qu'il eût été consacré au saint ministère.

— « Gardez-vous en bien , lui dit au contraire Madame de Krûdener , « ce n'est pas Ik ce que vous » enseigne la parole de Dieu. C'est de la prudence » humaine. Le Seigneur a un grand peuple dans cette » ville, il veut le réunir. Vous êtes bien heureux » d'être appelé à le rassembler. Souvenez-vous que 9 la prudence humaine est la peste du christianisme. »

Joyeux de cet encouragement, M. Empaytaz organisa , d'accord avec Madame de Krûdener , une assemblée publique qui se tint chez lui, pour la pre*mière fois, au commencement de septembre. Chaque jour. Madame de Krûdener recevait de nombreux visiteurs qui venaient lui demander des directions spirituelles. Elle conservait d'ailleurs ses anciennes relations et s'appliquait à leur être utile. Un baron de Steinglin qui se trouvait à Genève ^ cette époque, l'aida dans ses œuvres de charité. Au bout de deux mois et demi , rappelée à Carlsmhe par d'autres devoirs , elle quitta Genève comblée des bénédictions de ses nombreux amis.

Le 1 5 octobre , Madame de Krûdener écrivait de

Baie k M. Empaytaz, pour l'afFermir dans la résolution

de tout sacrifier pour répondre aux appels de Dieu.

« Vous êtes , cher Empaytaz , de ce petit nombre

» qui connait la voix du bon pasteur et qui le suivent.

» Que rien ne vous arrête y écoulez aux pieds du » Christ le crucifié , ses plus intimes ordres. 11 vous n les donnera avec sa douceur incomparable et sa fi- » délité sans pareille. Ne vous laissez pas embrouiller » par les voies humaines, et renoncez à tous les con- » seils de la chair. Apprenez a vivre pour le règne » du Christ. Puisez dans son sein quelque chose de 31 son immense charité , et pensez qu'il faut devenir » un tout petit enfant, pour appartenir k ce petit trouai peau qull s'est choisi. Hier matin nous lûmes dans » la seconde épître de saint Paul a Timothée , chap. II, ;» ces paroles : « Je te conjure donc devant le Sein gneur Jésus-Christ qui doit juger les vivans et les o morts y lorsqu'il apparaîtra dans son règne y prêche » la parole , insiste en temps et hors de temps , re- 9 prends , censure , exhorte avec toute sorte de dou- » ceur en instruisant. Je trouvai cela absolument fait » pour vous , cher Ëmpgiy taz , et mon cœur ne peut

» former d'autre désir pour vous Que rienn'inter-

» rompe les réunions, le Dieu fort vous protégera. » Le 1 9 octobre , un membre de la Vénérable Compagnie des Pasteurs se rendit chez Empay taz, pour lui faire subir une sorte d'examen sur sa doctrine et pour le questionner sur son but, en présidant de nouvelles réunions. Il répondit à toutes ses demandes et le pria instamment de venir juger par lui-même de Tavantage de ces assemblées ; mais sa requête ne fut point accueillie.

* Sur ces entrefaites , Madame de Krûdener écrivait de Baie, à ses frères de •Genève, une lettre où s'épanchaient toute sa foi et toute sa charité * :

« Chers frères et chères sœurs en Christ , Famitié 9 et la bienveillance que vous avez bien voulu me » témoigner tous, a laiissé dans mon cœur les plus » profondes impressions ; elles ne s'effaceront jamais. » Nos sentimens mutuels n'ont rien eu d'humain. i> Christ nous a unis et sa divine main resserre cha*^ » que jour" davantage le lien qu'il forma ; il serait » diflQcdle de vous dire combien étroitement je suis » liée au cercle de Genève. Je voudrais être trans- » portée au milieu de vous, sur les ailes de cet amour » si vif, si sincère qui m'anime pour vous, chers » amis. Je voudrais me prosterner avec vous, aux » pieds de cet adorable Maître que nous servons ; » je voudrais verser avec vous, de saintes larmes de » contrition, en sentant mes misères comme vous, et » me réjouir avec vous , en pensant aux trésors d'aj» mour et de compassion dont le Sauveur des hom- » mes inonde le péclieur repentant. Je voudrais , » chers et bien-aimés , vous crier à tous sans cesse : » Soyez fidèles, soyez-le dans les plus petits devoirs , » dans les moindres obligations. Faites la volonté de » l'ami de nos âmes , jusque dans les plus petits » détails. Rien n'est petit quand il s'agit de plaire

* 26 et 2S octobre ISia.

» à Celui devant lequel l'amour seul est quelque chose.

» Ne compte-t-il pas nos cheveux , ouhlie-t-il la fleur

» des champs ? Ne connaît-il pas l'oiseau qui trouve

» la goutte d'eau qui le désaltère ? L'homme dans

» son orgueil; croit que l'Eternel ne compte que les

» Empires et les Empires s'effacent de la terre , tan-

» dis que les larmes des sacrifices pieusement ver-

» sées 9 tandis que les larmes de la brûlante charité

» sont recueillies par les Anges , et gardées pour le

» jour du jugement. Rien ne vivra que ce que le

» souffle de la vie aura animé. Les cieux mêmes,

» ces cieux qui ne sont pas purs devant FEternel,

» seront roulés comme un vêtement. Ils passeront !

)• Mais vos généreux efforts , vos prières , voire active

» chariié , le plus petit service rendu au nom de

» Jésus, vos amertumes dévorées pour l'amour de

» lui , vos renoncemens pour lui attirer des âmes

» ne passeront point ; ils vivront, ils seront chers à

» Celui qui donna sa vie pour nous rendre capables

» de vivre en lui.

» Et c'est ainsi , amis chéris , que chaque jour ,

» quoique séparés ^ nous nous trouverons réunis en

» Lui qui nous aima le premier. C'est ainsi que

» nos Anges se réjouiront , que nos pensées se rea-

» contreront aux pieds de notre Dieu qui vivra parmi

n nous , car nous sommes ses enfans : il étendra sur

» nous ses mains où notre nom est marqué : il nous

» protégera ^ il nous couvrira de ses allés maternelles

» quand la tempêté qui gronde sur tant de têtes ap- » prochera des nôtres. Il nous appellera comme la » poule appelle ses poussins : tous seront couverts, » tous préservés , tous nourris au milieu de la di- » sette et de la famine , tous conservés dans les jours » des dangers et de la mort. Mes amis , ne nous don- » nons pas à demi, a Celui qui mourut tout entier. » Ne posons plus nos pieds dans le domaine du pé- » ché et de la tentation. Laissons agrandir nos cœurs » et nos destinée». Eh ! qui pourrait fermer l'oreille » aux accens de cette voix si chère, si tendre » qui nous appelle , qui nous avertit , k cette voix » d'un Dieu qui aurait , hélas ! tant de raisons de )• nous frapper ! Hélas ! ce peuple qui devrait être 31 si docile , n'est-il pas sans cesse ingrat ? Où sont » les sacrifices que nous portons a Dieu? Où est-il » cet amour qui devrait nous embraser? Et il ne » cesse encore de parler , de conjurer nos coupables » cœurs ; il ne cesse de nous demander notre pron pre félicité , avec autant d'instances que s'il s'agis- )i sait de la sienne.

» Oh I mes cliers amis , ne fermons plus nos » cœurs ; que l'image d'un Dieu qui quitta la gloire, » son éternel partage, pour descendre dans l'abîme » des misères humaines nous poursuive , nous ef- » fraie au milieu de nos vaniteuses pensées, nous )t déchire au milieu de ces séductioas de nos sens » qui ne veulent qu'une vie molle , aisée y des dé-

» licatesses et des douceurs. Que la pauvreté de Christ » nous fasse reculer devant la coupable pensée d'a- » masser des biens terrestres, que sa cbarité nous » embrase pour que nous nous trouvions toujours as- » sez riches pour donner un verre d'eau ; quelques » aumônes prises sur nos besoins les moins pressans , ji les paroles de la bienveillance , les conseils qui amè- » nent lame a son Dieu, la prière faite avec Tinp fortuné ou faite pour lui*; tout ceci n'est- il pas » autant de trésors à la disposition de chacun? Bien 9 ne se trouve perdu devant Celui qui ne pèse rien ;» à la balance des hommes , et qui , pour domaine a » Fimmensité. Dieu ne doit-il pas être glorifié par » d'innombrables voies et d'innombrables manières? » Quand les cieuK et la terre régénérés raconteront » sa magnificence , sa bonté reconnaîtra aussi le verre » d'eau donné par Thumble de cœur.

» Oh ! mes amis , devenons ainsi , pleins de ten- » dresse , de support et de patience pour nos frères , « exhortons la jeunesse à être pure et chaste com- » me ces premiers chrétiens , qui répandaient un » parfum si agréable à l'Éteniel , au milieu de l'af- * freuse corruption des peuples de l'idolâtrie. Soyons » doux et simples comme les enfans bénis par Jésus, w Demandons la force et le courage de ces hommes, » qui, remplis d'une sainte ardeur, ne savaient que » confesser Christ le crucifié et mourir après, s'il le n fallait.

j» Chers amis , ils sont arrivés ces jours de la tri^ » bulation ; ne nous dissimulons pas ces jours de dou^yt leur , où i] faudra tomber dans un abîme plus pro*- » fond, ou s^ attacher à ces cohortes sacrées, à ces » légions marquées du sceau de l'adoption ; légions a vraiment honorables qui combattront sous le chef » que les séraphins adorent , sous ce lion de luda qui » a terrassé l'enfer ; légions qui auront pour témoins » et assisians, cette nuée de témoins qui auront blan- » chi leurs robes dans le sang de l'agneau. Quittons- » nous donc nous-mêmes, pour suivre Celui qui nous » aima le premier. Déjà s'annonce dans l'Orient un ma* » tin radieux, après cette nuit de désastres. Courage, » chers amis, nous ne marchons pas seuls. L'Eternel » sera notre lumière et notre guide, tenons-nous unis, » collés a lui, comme l'enfant k la mamelle de sa » mère et nous verrons arriver ce règne glorieux de » notre adorable Sauveur , et nous^ verrons , si c'est ut la sainte volonté du Christ , l'Ëglise triomphante » paraître au milieu des ténèbres de ces tristes temps.

» Cependant , chers amis , il n'en est pas moins » vrai que tout est en souffrance , que l'orage s'a- » vance , que la terre tremble sous nos pas , qu'une » nation se soulève contre l'autre et que les chàtimens » d'un Dieu de justice s'écrivent en traits de feu et » de sang. Malheur à nous, si nous ne savons pas les » lire ! Malheur h nous , si notre conversion n'est pas » entière. Oh ! mes bons , mes chers amis , c'est au

» pied de b croix que je vous invite ! Cette voix que » vous n'avez pas rejetëe ; cette voix d'une pauvre 9 pécheresse qui espère dans ces paroles de la vie : «c Tes péehés te sont pardonnes ! n Elle vous conjure , » cette voix, de vous réunir à elle, de demander 9 chaque jour a Christ de ne vivre que pour lui. Elle » vous œnjure d'être fidèles aux réunions, de ne » point écouter les considérations humaines , d'inter- 3» céder chaque jour auprès de la divine miséricorde , » afin que chaque jour, le nombre des âmes qui peu- » vent être sauvées s'augmente ; elle vous conjure ]» de penser à tant d'infortunés , de mourans, de veu- » ves , d'orphelins ; elle vous conjure de prier , de » prier encore , de demander la conversion des pé- » cheurs, de supplier le Sauveur de guider cette jeu- » nesse qui se voue au ministère , d'en faire des ath* » lètes combattant pour TËvangile, d'éclairer ceux V qui sont encore dans l'erreur , de fortifier les fai- » hles , de bénir notre jeune missionnaire que l'Eter- » nel nous donna dans sa profonde bonté. Je vous » conjure de vous rendre fidèlement à ces assem- » blées, pour demander la bénédiction, pour ceux qui » viennent y chercher la vérité et la paix de l'Evangile. » Enfin , chers et bien-aimés amis , je vous conjure » de prier pour moi , la plus indigne des servantes » du Seigneur , mais qui vous demande à genoux et j» avec larmes^ d'être fidèles à Christ et de demander » pour moi les vertus que je prêche , et que je suis

]» indigne de prêcher, en vérité, les pratiquant encore » si mal ; mais Dieu , mon Sauveur, m'est témoin si » je désire les avoir, les pratiquer et glorifier Christ » le crucifié ! Oh ! mes amis , que son saint nom nous » guide ! Que son Saint-Esprit nous éclaire [ Que son » Père céleste nous voie en lui ; que sa volonté soit » la nôtre et j'ose vous prédire que chacun de nous » sera préservé dans les jours de danger qui s'avancent. » Je vous embrasse et me jette avec vous dans le sacré » cœur de Jésus! »

Cependant un orage se préparait contre M. Empaytaz dans les hautes régions ecclésiastiques. Des hommes habitués dès -long-temps à exercer leur influence sans contrôle , ne se font guère à Tidée de la perdre et la supportent bien mo'ms encore, quand cette influence s'exerce dans le but de sauvegarder les intérêts moraux les plus grands et les plus élevés ; car c'est alors non seulement leur position , mais leur caractère, leur dignité, la cause de FEglise, celle de Dieu même qu'ils croient défendre. Les pasteurs et professeurs de Genève durent le sentir d'autant plus vivement que l'estime et la considération universelle, juste tribut payé à leurs talons et à leurs vertus privées et publiques, les avaient aveuglés sur les vices ae leur dogmatique. Comme tous les clergés du monde , ils avaient la prétention de garder intact le dépôt de la vérité , en s'opposant à toute innovation dans l'ordre religieux , mais ils oubliaient qu'eux et leurs prédécesseurs avaient

grandement innové, au 18/ siècle, en admettant qu'on pût se taire sur les doctrines vitales du christianisme, et en tolérant qu'elles fussent rejetées par plusieurs d'entr'eux. Aussi ne justifiaient-ils que trop , pour la plupart, cette sanglante définition que Joseph de Maistre a faite du ministre protestant : ce Un Monsieur habillé » de noir qui dit des choses honnêtes en chaire. »

Ces hommes dont la science et Téloquence avaient tenu tête à Timpiété voltairienne et avaient résisté avec énergie aux prétentions de Rome , pouvaient-ils consentir à voir élever sous leurs yeux, autel contre autel ; pouvaient-ils tolérer qu'une nouvelle secte se format et se développât par les soins de leurs propres élèves? Leur conscience pastorale alarmée, leur amour propre de théologien excité , leur affection blessée de cette apparence d'ingratitude pouvaient leur donner de bien fâcheux conseils. Pour s'en étonner, il faudrait n'avoir rien compris a la misère naturelle du ccfeur de l'homme, et pour les condamner, il faut méconnaître la divine sagesse de cette parole de Jésus : Qu£ celui qui se sent sans péché leur jette la première pierre.

D'ailleurs , on doit le dire à leur éloge , ils ne provoquèrent point de mesures d'intolérance contre les réunions, mais ils firent une question de discipline académique, des griefs qu'ils avaient contre M. Empaytaz. Le 29 octobre, il fut cité devant la Compagnie. Pressé sur sa doctrine , il répondit par des passages. Le modérateur lui ayant demandé pourquoi il ne

s'en tenait pas aux enseignemens de ses supérieurs et lisait des ouvrages mystiques. « L'apôtre S. '-Paul, * reprit-il , nous exhorte à examiner toutes choses » et à retenir ce qui est bon. — Messieurs , s'écria » le nouveau secrétaire de la Compagnie, je vous » prie d'examiner la portée de ces dernières paroles, » je demande qu'on délibère. »

La Compagnie délibéra. En vain, les pasteurs Moulinié et Demellayer prirent-ils hautement la défense de M. Empaytaz. Le 2 novembre, il fut cité devant le Modérateur pour s'entendre déclarer que la Compagnie lui accordait quinze jours , pour se décider à quitter les réunions ou à renoncer aux études théologiques. Le vendredi 8 , nouvelles représentations de M. Demellayer. Le 12, M. Empaytaz réclama un délai plus considérable , pour peser mieux la décision si importante qu'on le sommait de prendre. La Compagnie y répondit en arrêtant que dorénavant l'on exclurait tout candidat au ministère qui fréquenterait des assemblées religieuses non approuvées par la Compagnie. Le lendemain, 13, M. Empaytaz reçut de. Madame de Krùdener, à qui il avait dépeint ses angoisses et raconté ses combats , une lettre qui le remplit de consolation :

«f . . . . "^ ]'ai lu aujourd'hui avec un sentiment bien

* Baie, 8 novembre 1B13.

» difBcile k exprimer voire dernière lettre. Que vous » dirai -je, cher frère en Christ? Je n'avais (jue des » larmes. Elles coulaient en abondance ; je voyais la » profonde miséricorde du Seigneur dans l'œuvre si yt grande qu'il lui a plu de manifester à Genève ; je » pensais à ces torrens de grâces répandues sur vous y » sur nous tous et a llndignité de cette pauvre et » misérable créature qu'il a daigné employer pour » vous prier de vous réunir : je voyais combien » peu je méritais ce bonheur , mon peu de zèle , » mon ingratitude qui font que je prie bien moins » que je ne devrais; enfin, l'horreur de cette na- » ture humaine qui s'habitue aux miracles évidents » d'une miséricorde inouïe et s'endort au milieu des

» bienfaits Cher ami, cher frère, ne prenez

» point tout ceci pour de l'humilité , j'ai dû vous Tè ouvrir mon cxeur que j'abhorre moi-même, puisqu'il » n'aime pas assez son Dieu. Oh! priej^, priez pour » moi. Ne cessez pas d'invoquer la- céleste raiséri- » corde , je vous en conjure. Vous connaissez comme » moi ce Sauveur qui ne veut que pardonner. Je » parle à un cœur qui me comprend , je parle a vous » seul dans ce moment-ci. Et vous , cher disciple » de notre adorable Maître, prenez courage ! Il vous » appelle à de hautes destinées, une autre patrie vous » attend après qyie vous aurez accompli ' l'ouvrage )• qui vous est confié. Ce ne sont point ces hommes » qui vous consacreront. L'Éternel vous appelle , il

» vous a appelé, jeune lévke ; vous êtes de la race » sacerdotale. Ces mots vous ont tout dit. Ne quittez » pas vos saintes assemblées

» Dieu serait-il sourd à vos prières,

* quand il assemble autour de vous un troupeau que

» vos prières , vos exhortations , vos saintes larmes

» conduisent à lui ? Et quand vous prêchez Christ

» le crucifié au milieu d'un monde qui Tabandonne ,

» Christ laissera-t-il celui qui le glorifie ? Non , il

» ne le laissera pas ; il vous a marqué danû h paume

» de sa main. Il vous couvre de ses ailes. Il écar-

» tera de vous tout soudi. 11 aura soin de vous et

» de votre mère chérie.

» Voilà ce que vous vous dites ; je vous connais ,

» je n'ai aucune inquiétude ; ce n est pas à mol à

» prêcher, mais à apprendre de vous. Malgré cela

» votre position est pénible , terrible à la nature ;

» mais vous vous jetez dans les- bras du Tout-Puissant

» et il vous fortifie. Il demande un abandon entier;

^ il veut votre cœur en entier. Jetez-vous , cher

» ami, les yeux fermés dans le sacré cœur de Jésus.

» Oh ! qu'on est bien dans c*e cœur adorable , le cœur

» de la plus tendre mère n'est rien en comparaison

» de l'inépuisable amour de notre Dieu

« Continuez à reprendre avec douceur;

» à gagner par l'amour , des cœurs égarés ; priez pour » ces hommes quivous persécutent, gagnez- les au Saur

» veur. Que vos éludes se fassent dans ce livre saint , » dont la vie de Thomme j dévoué à son Dieu , n'est » que la continuation.

» L'Eglise paraîtra ; le peuple de TEternel sera as- » semblé et les enseignemens de ceux qui ne connais- » sent pas Christ seront engloutis avec les sages qui » vous jugent. Priez pour eux, afin qu'ils se conver- » tissent. L'orage avance et les écoles vont se fermer; 3» il n^y aura plus de ministres à la façon des hom- » mes. La prêtrise agréable au Seigneur sera rétablie » et le culte de l'amour pur enseigné.

Madame de Krùdener raconte ensuite qu'elle s'est associée , à Baie , aux. travaux d'un petit nombre de chrétiens zélés et actifs qui s'occupaient avec zèle de répandre la parole de Dieu. Les soldats en recevaient des exemplaires gratis et les lisaient avec empressement. Madame de Krùdener rencontrait partout des âmes agitée^ et troublées , que la guerre et les grands fléaux qu'elle entraîne après elle, avaient préparées à recevoir des paroles de consolation et de paix. Au bout de quelques semaines , elle se retrouva à Carlsruhe, d'où elle adressait encore ses exhortations aux membres du petit troupeau de Genève. Beaucoup d'hommes honorables les pressaient de céder quelque chose aux exigences d'une population qui ne pouvait les comprendre et dont l'intolérance venait de se traduire en scènes tumultueuses. Madame de Krùdener au contraire les exhortait à la fermeté.

« * N'oubliez donc pas que Ten-

» fer tremble au seul nom du lion>de Juda, qui a » ouvert d'une main les portes du ciel au pécheur , » mais de l'autre main a fermé les portes de l'enfer, » et quand tout serait déchainé, croyez donc que les » portes de l'enfer ne prévaudront point contre son » Eglise. Et nous accorderions aux esprits de ténèbres » cette honteuse victoire ! Et ils croiraient qu'ils peu- » vent quelque chose sur les enfans de Dieu ! Non , » chers amis , quand la mort^ serait la , faiblir serait » un crime. Quoi ! nous transigerions avec les es- » prits d'erreur ! Non , tant qu'ails nous calomnient , » nous sommes des heureux , mais s'ils voient de la » faiblesse, une timide lâcheté, ils se réjouiront, » bientôt ils .vous demanderont d'autres sacrifices. » Chers amis , je vous en conjure , courage ! La per- » sécution ne doit point étonner. C'est l'heureux ga- » rant de la vérité de notre cause.

» Bientôt les calamités feront penser sérieusement » ceux qui vous persécutent. Que le jugement de » Dieu est terrible ! Pgiez Dieu avec ferveur pour ces » infortunés ; ils * sont aveugles. »

Plus loin, elle dit en parlant des succès obtenus à Baie dans la distribution des traités religietix : « Nous » avons fait imprimer beaucoup de petits ouvrages où les » soldats sont appelés au Sauveur et aux sentimens de

* 2 décembre 1813.

» piété, de commUératlon et d'amour pour les infor- » tunés. Les soldats en sont avides et chantent des » cantiques. Ils manifestent hautement leur joie d'en ji avoir. »

ii Les monarques se prosternent le front contre » terre. De nombreuses conversions ont lieu dans » l'armée prussienne et l'aurore de cette mémorable » époque luit déjh. 1816 sera bien remarquable. » Oh ! mes amis , redoublons de zèle et d'ardeur. »

Cependant , le décret rendu contre la fréquentation des assemblées religieuses avait placéM.Empaytas dans une douloureuse alternative. L'obligation de renoncer h, une carrière qui lui était chère , la crainte de rompre les relations si agréables qu'il avait entretenues jusque-là avec tant d'hommes honorables navrait son cœur. D'un autre côté , les réunions religieuses étaient toujours plus suivies et sa conscience lui en montrait la nécessité si clairement qu'il ne pouvait se résoudre à les abandonner. Dans son angoisse , il résolut de consulter l'un de ses professeurs dont l'amitié ne lui avait jamais fak défaut. Cet homme que son âge , ses talents, ses vertus, son esprit jeune et original , sa bonté naïve et enjouée , faisaient chérir et respecter de tous ceux qui le connaissaient , l'accueillit avec une affection cordiale qui l'encouragea à lui ouvrir tout son cœur. En terminant , M. Empaylaz lui adressa cette question :

— u Monsieur le Professeur j dites moi, je vous

)» en prie , est-ce uniquement à cause des assemblées » que je préside que je suis poursuivi par la Com- » pagnie , ou est-ce k cause de ma doctrine ? J'ai » besoin de le savoir en toute vérité, pour éclairer » ma conscience qui depuis plusieurs jours est dans » un état de souffrance insupportable.

— 1» Eh bien ! oui , c'est à cause de votre doctrine.

— » Quelle doctrine ?

— » Vous croyez que Dieu est trop vieux et' qu'il » faut adorer Jésus-Christ.

— - » Dites -vous cela sérieusement ?

— » Eh , oui !

— » Mais, Monsieur, comment pouvéz-vous croire » qu'une idée aussi absurde puisse se placer dans une » tête tant soit peu bien organisée? Je crois que nul ne » peut aller au Père que par le Fils, que celui qui » n'a pas le Fils de Dieu na pas la vie , mais que » la colère de Dieu demeure sur lui.

— » C'est cela, précisément. Voilà vos idées, c'est » ce que je vous dis, nous ne croyons plus ces choses.

— » Comment ! vous ne croyez plus ces choses?

— » Non , vous dis-je, nous ne les croyons plus. ' — • » Cependant ce sont des paroles de rEcritùre,

— » Je vous dis que nous ne croyons plus ces » choses.

— » S'il en est ainsi, je suis dans l'obligation » de vous déclarer que je ne suis plus de votre com- » munion. »

L'excellent professeur aurait voulu peut-êlre expliquer ou retirer le propos naïf qui avait scandalisé M. Empaytaz; et certainement il regretta la forme un peu badine de sa profession de foi , mais Timpressioa était produite. M. Ëmpaytaz sachant désormais a quoi s'en tenir^ ne conserva plus aucune illusion sur l'avenir qui Fattendait, Dès ce moment , par suite des censures •ecclésiastiques qu'il avait volontairement encourues, il se vit enlever les écoliers , dont les leçons fournissaient a Tentretien de sa respectable mère, et sa situation devint extrêmement gênée. « Il faut bien que cela soit )» ainsi , écrivait Madame de Krûdener à Madame Armand , a soyons-en persuadés , le Seigneur vejlle sur » ce disciple qu'il aime ; il l'élève lui-mênde et le » conduit dans les sentiers de la vie ; il lui a conBé » un grand emploi dans ce petit troupeau. C'est par » l'amour et la foi que doit marcher notre jeune » ami. Dites-le lui bien , ma chère amie , j'ai parlé » de lui encore hier à ce cher Grellet le quaker , que » nous avons eu le bonheur de voir ici et que nous » aimons bien. Je lui disais combien je voudrais voir » notre ami un peu hors de soucis et il m'a répondu : « Le ministre du Seigneur ne peut être payé ; mais » si ceux qui aiment le Seigneur et désirent ce » culte sont sincèrement attachés, ne peuvent-ils » pas avoir soin du nécessaire, vêtement et nourri- » ture. Soyons sûrs comme il fait jour que Dieu » ne labsera pas pàtir son servitenr. 11 l'éprouve,

» maïs il le conduit de Toeil et il compte chacun » de ses cheveux. »

Et elle le répétait en ces termes a M. Empaytaz lui-même * :

« C'est au milieu de ces persécutions honorables » que le Seigneur vous dit : heureux ceux qui souf- » frent pour Famour de mon nom. Peu ont ce bonheur » sur cette terre , peu veulent être ouvriers. Voilà » pourquoi le ministère doit être exercé par des dis- » ciples et non par des 'mercenaires.

» Dieu vous '/ait la grâce de vous choisir pour » porter la parole de la vérité à un troupeau qu'il A s'est choisi au milieu du désert. Ne vous laissez » décourager par rien. 11 faut que Christ nous soit » plus que père et mère , et frère et sœur. N'écoutez » pas la voix d'une fausse prudence , les livres sacrés » sont voire boussole et la voix de l'Esprit saint votre » seul guide

» Je sais bien que vous passerez encore par les » orages , des inquiétudes et de sombres terreurs , » mais ce ne sera que momentanément , mon ami ; » j'y passe aussi ; les . influences malignes m'assiè- » gent , ceux que j'aime me méconnaissent et mon » cœur en est froissé; il l'a été ces jours-ci encore, » mais je connais mon Dieu , et je me jette dans » l'océan de sa miséricorde. Courage donc ! j'espère^

* Le 23 février 1814.

» je vois dëjk Taurore qui s'avance. J'espère que nous » serons réunis bientôt, cher Empaytaz, si cest la » volonté de notre cher . Sauveur. Je vous prie de » fortifier souvent rhomnie nouveau qui est ea vous, » par le Saint-Sacrement. Il est bien urgent et in- » .dispensable d^user de ce saint fortifiant. »

M. Empaytaz acceptait ces conseils avec reconnaissance, et chacune de ces exhortations était un puissant secours dont il bénissait Dieu.

Page 1