‹ Vie de Madame de Krudener;Chapitre 21 sur 38 · f'^i psLSsé un temps de grandes et mi · texte numérisé non relu

f'^i psLSsé un temps de grandes et mi

» séricordieuses bénédictions, ayant été sans cesse

* 80 août isii.

» occupée des âmes , ayant pu prêcher Christ aux » Reines et a rimpératrice et parler du Sauveur der- » nièrement à la reine de Hollande et au vice-Roi , » en leur annonçant les grands événemens pro-

» chains »

Réveiller des âmes chez qui la plus excellente partie de notre humanité semble pour ainsi dire eilfacée : parler de dévouement à ceux qu^aucune noble pensée ne visite jamais , auxquels la langue de Tâme est complètement étrangère, fixer Tattention d'hommes perpétuellement distraits; graver quelques vérités solennelles dans des cœurs inexprimablement légers et souvent trop légers pour descendre au fond de leur misère , ou trop vains pour se reconnaître malheureux ; telle était la vie habiiuelle de Madame de Krûdener. Toute sa foi et toute son espérance n^auraient pas suffi a une semblable tache , si elles n'avaient pas été vivifiées par sa charité. En effet y la foi et Tespérance , sans la charité , ne tendraient qu'à nous isoler : elles nous tiendraient à distance de ces âmes trop frêles pour ^vonrer tout ce qui fait la dignité de notre nature y ou assez corrompues pour chercher à l'avilir encore ^ mais l'amour en comblant tous les abîmes y nous commande la recherche de leur bonheur dont elles se soucient si peu , et la poursuite de leur salut y dont elles ne daignent pas se préoccuper.

Dans sa bonté y Dieu daigne restaurer quelquefois

nos âmes fatiguées d^une telle poursuite et Madame de Krudener allait trouver au Ban de la Roche un de ces lieux de retraite , un de ces oasis préparé par le Seigneur dans le désert de ce monde , pour ses faibles enfans. Elle y arriva le 1 2 septembre. Le vénérable Oberlin, sa famille, et M. Ëmpaytaz en furent également réjouis.

Un seul intérêt , la gloire de Jésus et Tavancement de son règne les préoccupait également. Le matin , après le déjeuner , on se réunissait pour la lecture de la Bible , suivie d'une prière faite silencieusement et a genoux. Chacun se rendait ensuite a ses occupations ; on se retrouvait au milieu du jour pour le diner, que le pasteur Oberlin rendait toujours intéressant par des récits de sa vie , où l'intervention de la Providence se manifestait d'une manière frappante. Souvent aussi , il communiquait à ses convives les nouvelles des progrès de TEvangile dans le monde.

La conversation devenait assez ordinairement générale à la fin du repas ^ et une discussion parfois vive et animée sans jamais sortir du ton de la plus cordiale charité, s'élevait entre Oberlin et Madame de Krudener, dont la piété toute spirituelle n'attachait que peu d'importance k certains moyens extérieurs qu'il employait pour soumettre ses paroissiens a Tobsèrvance de l'Evangile. Selon le précepte de l'apôtre , ces entretiens étaient toujours assaisonnés de sel avec grâce. Oberlin et Madame de Krudener

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se plaçaient devant la parole de Dieu, commp deux enfans devant le testament d'un père chéri , dont ils étudient et révèrent les dernières volontés.

Quelquefois Ton se décidait à profiter du beau temps pour faire, après le dîner, une promenade dans quelque village éloigné. Mais tandis qu'on se réjouissait de la surprise qu'en auraient les bons paroissiens , une révélation avait déjà annoncé la visite projetée à quelqu'une des femmes pieuses de ce lieu là , qui faisaient alors la moitié du chemin au devant du pasteur. Il les trouvait sur la route leur quenouille k la main, et après les salutations et le récit des circonstances qui avaient préparé celte rencontre, on cheminait jusqu'au village, dans de saintes conversations. De retour à Waldbach , la lecture de la parole de Died fournissait encore un aliment aux entretiens du soir.

Témoin des bénédictions accordées au ministère de M. Empaytaz, Madame de Kriidener sollicita de la petite église de Genève , à laquelle il s'était lié, une prolongation de congé. « Il paraît, écrit-elle , que le » Seigneur veut aussi bénir ici ce jeune disciple et » qu'il l'a choisi pour coopérer à l'œuvre qui doit se D faire dans ces contrées. Plusieurs pressentimens et t> visions avaient annoncé ici un incendie ; j'eus dans >ï l'àme que cela devait se prendre au spirituel et » que ce serait un temps de grâce, pendant lequel les D cœurs seraient saisis et réchauffés par l'Esprit saint, » afin que le règne de l'aoKiur pût être annonce à

9 ces contrées, qui ont le bonheur dWoIr entendu la » prédication de l'Evangile depuis si long-temps, et » qui sont préparées aux temps qui doivent venir et j» k lapparition de TEglise intérieure et visible. Le V Seigneur prend qui il veut pour prêcher ses misé- » ricordes, et il paraît que notre jeune frère a été » choisi pour évangéliser et prêcher , ce qui se fait 9 avec graind fruit, par ]a grâce de Christ notre ado- » raUe Sauveur. Que son saint nom soit béni ! Tous » les villages s'assemblent en réunions depuis les ca- » lajonités de la guerre; c'est là qu'on désire que » nous nous transportions. Nous y allons ensemble » depuis que je suis ici et nous remarquons que » le Seigneur nous y appelle. Le temps que notre » jeune, ami passe ici lui sera bien utile; il est » heureux qu'il puisse jouir des instructions de ce 9 cher vieillard et de tant de choses intéressantes » pour les Chrétiens , amassées pour ainsi dire , » depuis tant d'années : elles seront au profit des » amis de Genève, auxquels je vous prie de me » rappeler avec la tendresse que je leur ai vouée » à tous. »

La mission de Madame de Krûdener fut interrompue tout a coup par la nouvelle de la mort du comte de Lézay, causée par une chute de voiture qu'il fit en se portant a la rencontre du duc de Beny.

Madame de Krûdener , accompagnée de sa fille et de M. Empaytaz , rejoignit aussitôt Madame de

Lésay à Strasbourg y d'où elle écrivit à Mademoiselle Cochelet.

» * M. de Léîsay , préfet de Strasbourg, était

» distingué par de grands talens et de grandes vertus^

» mais tout cela disparaissait auprès de cette sublime

» religion du chrétien qui Fa fait mourir comme uU

>^ saint. Petit-neveu de saint François-de-Sales , il

» semblait qu'il marchait sur les traces de cet homme

» illustre. Laissant derrière lui tous les hommages de

» ceux qui devaient le pleurer, s'approchant tranquiU

» lement de ce moment où tout nous quitte, pour ne

» rien regretter, il se jeta dans le sein de la misé-

» ricorde , implora le sang du Sauveur et déclara qu'il

» n'espérait qu'en Lui. Quand on voulait lui parler

N de ses œuvres , il disait qu'elles étaient toutes souil-

» lées par l'orgueil et il ne voulait entendre parler

» que de Tamour qui nous reçoit comme des pé-

» cheurs. — Je suis un pénitent bien jeune, disait-il^

» oubliant les terribles douleurs de son corps tout

» froissé ; et quand il craignait que la patience lui

9) échappât, quand les souffrances aiguës l'atteignaient^

» il posait ses mourantes lèvres sur le crucifix qu'on

» lui présentait Sa bouche et son cœur ne res-

» piraient que paix. 11 assembla ses gens , leur de-

» manda pardon s'il ne leur avait pas toujours donné

» un meilleur exemple, les exhorta à vivre chrétien-

* t9 octobre ISli.

» nement et pria avec eux. Toujours calme et se sen- N tant mourir, il demanda à Fange de sa vie^ à sa » femme, de lui lire la prière des agonisans et il ex- » pira pour aller vivre aux pieds de Celui qui est la » résurrection et la vie. »

Sous rimpression de cette grâce si frappante dans la mort chrétienne de Monsieur de Lézay , la parole de Madame de Krûdener avait acquis encore plus d^autorité. Elle était a la fois incisive et calmante, insinuante et ferme : elle savait soumettre sans abaisser, toucher sans amollir, relever sans enorgueillir. Ses entretiens avec plusieurs de ceux qui les avaient sollicités ne tardèrent pas à porter leurs fruits. D'autres ébranlés par ses conseils ne pouvaient encore se résoudre à tous les sacrifices et aux renoncemens dont elle leur donnait le précepte et le modèle ; elle leur écrivait pour les presser de terminer une lutle qui ne pouvait tourner qu'à leur confusion, s'ils tardaient encore à se rendre aux appels pleins de miséricorde dont ils étaient les objets. Dans le nombre de ces lettres , nous mentionnerons celle qu'elle adressa à M. Banzet , candidat en théologie. En voici un fragment :

K Mon enfant , la croix et l'humble do-

)i cilité aux pieds du Christ , voila une grande bi- » bliothèque où l'on apprend beaucoup. C'est dans les » tribulations que nous acceptons de la main de notre » divin Jésus l'ami de nos âmes , que nous nous » laissons purifier , que nous sentons nos - misères ,

)» que nous voyons ce qu-est Fhonune de la chair, » s^il sait aimer , soufîrir , sacrifier quelque chose. » Oh! comme nous trouvons alors que laigle seul » hàtit son nid sur les hauts rochers , que la foi est » un don splendide , une fille du ciel y et que Tin- » crédulité et Torgueil dont tout le monde se vairte, » se traînent dans la houe et produisent partout ces » clameurs, au milieu du peu{de des salons comme de » celui des rues. Qu'il est aisé de se venger , de tem- » peter , de crier , de rejeter ce qu'on ne comprend » pas , de se moquer des sages et de rougir de con- » fesser Celui qui daigna quitter la gloire des deux y » Tadoration des Anges pour venir se &ire honnir , » mépriser , crucifier au milieu de la race ingrate et » perverse qui , jusqu'à ce jour , msulte le Dieu des » miséricordes, et que, cependant, il ne se lasse pas » d'aimer et d'inviter sans cesse au hanquet de » ragneau....t.. »

Plus loin , elle ajoute : « Chaque chrétien doit de- » venir missionnaire ; vous n'avez pas hesoin d'aller »' vers le pôle pour cela. Vous trouverez dans votre » patrie assez de Samoièdes, des cœurs plus froids >i que ceux des Lapons : appelez sur eux le soleil de » vie et de grâce. Ne vous rebutez pas. Aimez, la » charité vous apprendra bien des choses , car elle u vient de Dieu. »

Les réunions continuèrent à être très-fréquentées pendant tout le séjour de Madame de Kriîdener à

Strasbourg. Elles avaient lieu chez M. Wéguelin. M. Empaytaz les présidait ordinairement. Madame de Rrudener n'y prenait point la parole, mais elle recevait tous ceux qui réclamaient d'elle des directions parti-

culières. De ce nombre, fut le baron François de Berckheim , d'une ancienne famille allemande : il était mmtre des requêtes et commissaire-général de police à Mayerice, lorsquUl eut Toccasion en passant à Strasbourg de voir Madame de Krûdener. Après l'avoir entendue , son cœur fut pénétré de la nécessité de se donnera Dieu et de se vouer entièrement à son service. Craignant de ne pouvoir concilier celte obligation avec ses devoirs ^e magistrat , il n'hésita pas à se démettre de ses fonctions et renonça à une carrière brillante pour se consacrer avéc^ Madame .de Krûdener, à Taivancement du règne de Dieu. Après avoir terminé rapidement ses affaires , il se décida a la suivre à Carlsruhe lorsqu'elle quitterait Strasbourg. Nous le retrouverons désormais associé \ tous ses travaux , partageant toujours ses fatigues et les al-* légeant par son dévouement plein d'affection.

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