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CHAPITRE XVII

VIE DES PREMIERES RELIGIEUSES DANS LA MAISON DE VANNES. — CHARITÉ DE MADAME DE LAMOIGNON. — PAUVRETÉ DE MADAME MOLE.— SA DÉVOTION AU SAINT- SACREMENT. — SA BONTÉ ET SA SOLLICITUDE POUR LES ENFANTS ÉLEVÉS DANS SA COMMUNAUTÉ.

La fondation de la maison d'Auray imposa à madame Molé mi surcroit de préoccupation, etde charges. Le nombre de ses religieuses était encore peu considérable, et si Dieu, fidèle en toutes choses, n'avait à partir de ce moment multiplié les vocations, elles eussent succombé sous le fardeau excessif de leurs nombreux devoirs. Il n'y avait pas alors de sœurs converses dans la communauté, et les religieuses, outre l'assistance au chœur, le chant des psaumes, la méditation et la prière, devaient suffire à tout, depuis les offices matériels, jusqu'à la direction du pensionnat, des classes d'externes et des petites filles élevées dans la maison. Or, dans les premières années de la fondation, cette dernière charge eut suffi seule

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à les occuper du matin au soir et à épuiser toutes leurs forces physiques. Qu'on juge de leur fatigue et de leur dévouement par les détails qui nous sont parvenus sur ces temps héroïques de l'Institut.

Dès le début, le nombre des enfants reçues dans ta maison s'éleva à soixante-dix ; elles arrivaient pour la plupart dans un état de dénuement et de malpropreté dont on ne peut se faire une idée. Il fallait les peigner, les nettoyer des pieds à la tète, les vêtir, et toutes ces opérations préliminaires soulevaient le cœur et révoltaient la nature. Mais rien ne rebutait ces saintes filles dont plusieurs avaient été élevées dans des habitudes de délicatesse et de luxe, ni la saleté de ces pauvres petites abandonnées, ni la grossièreté de leur langage et de leurs sentiments.

C'était un bien autre supplice de coucher au milieu d'elles, alors surtout que les dortoirs n'avaient pas encore été agrandis et reconstruits comme ils le furent dans la suite. L'insuffîsance du local obligeait à entasser soixante-dix enfants et soixante-dix lits dans un espace qui n'en pouvait contenir qu'une trentaine. Les murs et les planchers très-anciens et sans réparations engendraient des insectes qui envahissaient tout le dortoir et que rien ne pouvait en chasser. Les enfants y étaient habituées et n'en dormaient pas plus mal. Mais les sœurs qui, à tour de rôle, couchaient quinze nuits de suite à côté d'elles, y souffraient un véritable martyre. La chaleur, les insectes, la mauvaise odeur leur rendaient le sommeil impossible. Une de ces religieuses, qui fut plus

tard supérieure générale, racontait qu'à sa première quinzaine, elie ne put s'endormir pendant treize nuits. A la quatorzièaie nuit, accablée de fatigue elle tomba dans un sommeil si lourd que le lendemain matin on eut toute les peines du monde à la réveiller. Et cependant nulle ne se plaignit jamais, même après la fondation d'Auray, et ne demanda à être exemptée de ce pénible service. Cette quinzaine était au contraire regardée par ces saintes filles comme une quinzaine de grâces et quelque douce plaisanterie était d'ordinaire tout ce qui révélait leur souffrance.

Chose admirable ! madame de Lamoignon qui, aussitôt que sa fille eut prononcé ses vœux, s'était jetée à ses pieds, lui promettant de l'aider dans son œuvre dé tout son pouvoir, madame de Lamoignon si déUcate, habituéeà être servie dans lesplus minutieux détails, et âgée déjà de plus de soixante ans, sollicita l'honneur de faire, avec les novices qu'elle formait à la charité, ces quinzaines de garde qui semblaient au-dessus des forces humaines. On ne lui permit pas de passer la nuit prés des enfants, mais elle les servait au réfectoire, les visitait pendant leur travail, et donnait partout l'exemple du plus actif dévouement.

Vêtue comme lés religieuses, sans avoir fait de vœux, elle participait à tous leurs travaux et était la providence des enfants pendant leur séjour à la communauté et après. Quand ces pauvres petites, principalement les orphelines, quittaient la maison après

leur cinq années d'apprentissage, elle leur fournissait un trousseau, leur témoignait un tendre et persévérant intérêt. Elle se chargeait également de toutes les fournitures d'école des enfants externes.

Mais parmi les déshéritées qu'elle se plaisait à secourir, il yen avait une qui, sans jamais solliciter ses aumônes, en avait un besoin tout particulier, c'était sa fille. De l'amour des pauvres qu'elle avait chéris et soignés dès sa jeunesse, madame Mole s'était élevée à l'amour de la pauvreté. C'était une des obligations de la vie religieuse qu'elle recommandait le plus à ses Filles et dont elle leur donnait l'admirable exemple, pénétrée qu'elle était de la vérité de cette parole de sainte Jeanne de Chantai : « C'est la piété qui a enfanté les richesses des ordres religieux; mais ces filles dénaturées ont étouffé leur mère. » Elle y revenait sans cesse dans ses instructions:

« L'état religieux, leur disait-elle, exige' qu'on soit pauvre de cœur et d'affection, et que l'on vive de privations, de renoncement et de sacrifices... Voyez Jésus-Christ, notre modèle. Il a passé le temps qui a précédé son ministère dans ^exercice d'un métier pénible et assujettissant; c'était celui de Joseph que l'on croyait son père; d'où vient que les Juifs le nommaient avec mépris le fils du charpentier, cliarpentier lui-même. Et en effet le second Adam, venu pour expier la faute du premier, voulut subii- la peine ordonnée pour la réparer : « Je suis pauvre, dit-il par son prophète, et dans les travaux dès ma jeunesse. ^

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«Pour nous, mes chères Filles, leur disait-elle encore, si nous tenons à nos propres biens, aux douceurs et aux jouissances de la vie, nous serons privées des avantages promis à la pauvreté. Il ne nous restera que cet anathème effrayant : Malheur à vous, riches! Malheur à vous qui êtes rassasiés ! Ah ! pour échapper à ce coup de foudre et nous mettre à l'abri de cette malédiction, cachons-nous sous les ailes de la pauvreté. »

Pénétrée de ces sentiments, elle fit tout au monde pour que l'esprit de pauvreté régnât dans toute sa communauté, et elle y réussit. Au lieu de la pousser dans cette voie, ses directeurs durent Ty retenir. Elle voulut que rien, dans les habitudes des Sœurs de Saint-Louis, ne sentît, je ne dis pas le luxe ou le bien-être, mais la plus modeste aisance. Point de superflu ni dans le coucher, ni dans la nourriture, ni dans le vêtement, mais le strict nécessaire, comme il convient aux épouses du Dieu fait homme qui naquit dans une étable, vécut sans avoir où reposer sa tête, mourut sur une croix et reposa après sa mort dans un tombeau d'emprunt. Elle les assujettit aussi au travail des mains à l'exemple de ce divin Sauveur, afin qu'elles se considérassent comme des pauvres qui vivent du produit de leur labeur quotidien.

En ce point comme en tous les autres, elle était la première à observer la règle, et prêchait d'exemple plus encore que de parole. Quoiqu'elle s'accusât de négligence à cet égard et que dans son humilité elle

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s'écriât : « Tu veux que rien ne te manque ; tu scandalises tes Sœurs par ta sensualité. Où est donc le vœu que tu as fait de renoncer à tout pour suivre Jésus- Christ? Quand seras-tu donc religieuse? «elle étaii l'édification de toute sa communauté et poussait jusqu'à l'excès son amour et sa pratique de la sainte pauvreté. Ses directeurs étaient obligés de lui faire violence et de faire appel à son obéissance pour l'arrêter dans cette voie de renoncement absolu ! Elle s'en plaignait à eux-mêmes en des termes singulièrement touchants : « Vous me reprochez, leur écrivaitelle, de me laisser manquer de quelque chose dans mes vêtements, ma chambre, etc.. Ah î permettezmoi de ressentir un peu la pauvreté et de me priver de tout ce qui, en ce genre, ne m'est pas d'une absolue nécessité, afin d'augmenter par ce moyen ce que je pourrai donner aux pauvres, aux amis de Jésus-Christ. Je serais bienheureuse, si vous me permettiez d'être pauvre moi-même. Ne faut-il pas que je le sois plus que toutes mes sœurs? »

Elle rétait en effet et de toutes façons. Il n'y en avait pas une seule parmi ses filles qui fût plus misérablement vêtue. Elle avait tout naturellement employé à des ornements d'autel les riches étoffes et les dentelles qu'elle portait autrefois dans le monde. Avant même d'avoir prononcé ses premiers vœux, elle s'était dépouillée de tout, à tel point qu'au jour de l'entrée des enfants internes, Mgr de Pancemont ayant fait appel à la charité de madame Mole et des dames qui l'avaient suivie, pour fournir ces pauvres petites

filles du linge nécessaire, chacune apporta devant le prélat une part de son trousseau, les unes des chemises, les autres des jupons, des camisoles, des bas ou des mouchoirs. Seule la Mère fondatrice n'offrait rien. — « Eh bien î Madame, lui demanda l'évêque étonné, presque scandalisé, serez-vous la seule à ne rien donner? » Et en même temps, de la canne qu'il tenait à la main il souleva le bas de sa robe. — Non, Monseigneur, répondit humblement la sainte femme, je n'ai plus rien à donner. » Et en effet, sous la robe déjà bien modeste et bien vieillie, il n'aperçut qu un misérable jupon presque en lambeaux. C'était tout son trousseau.

Ces débuts font juger de la suitede sa vie religieuse. Ses habits étaient si usés qu'on avait bien de la peine à les raccommoder. Quelques-uns n'avaient plus de couleur et les pièces rapportées faisaient disparaître l'étoffe primitive. Un jour elle fut obligée de garderie lit, pour qu'on put rapiécer son unique robe. Quelquefois la Sœur chargée de la lingerie venait lui dire qu'il était impossible de raccommoder son linge, tant il était vieux et usé. Alors elle lui répondait avec douceur d'un air moitié riant, moitié suppliant: « Allons, ma ûlle, prenez courage ; essayez encore cette fois. Parla, nous acquerrons chacune un mérite de plus, vous en pratiquant la patience, et moi en pratiquant la pauvreté ! »

N'osant pas mettre à la même épreuve la patience du cordonnier de Vannes qui murmurait d'avoir toujours à rapiécer les mêmes chaussures , elle les

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envoyait à Auray où quelque pauvre ouvrier se chargeait de cette humble besogne.

Quant à son logement, il était digne de sa toilette. Il se composait d'un petit oratoire et d'une chambre. L'oratoire, propre dans sa pauvreté à cause de sa destination, n'avait pour tout ameublement qu'un prie- Dieu, un crucifix, une image de la sainte Vierge, et les sept psaumes de la pénitence grossièrement encadrés. Mais la chambre, qui pourrait la décrire? Un plancher ouvert en plusieurs endroits, des murs dégradés, la toiture en si mauvais état qu'il y pleuvait de toute part dans les grandes averses, enfin des cloisons si mal jointes que le vent y entrait comme dans un bois : telle était la demeure de madame Mole, fille des Lamoignon, veuve d'un des plus riches seigneurs de la cour de Louis XYL mère d'un ministre de Louis XYIII î Aucune de ses religieuses n'était aussi mal logée, et elle ne l'eût pas souffert. Mais pour elle, elle se fût reproché d'y faire la moindre réparation. Il fallut que madame de Lamoignon, sa mère, profitant d'une de ses absences, fît réparer cette misérable cellule et qu'elle en payât les frais, d'accord avec M. le Gai, qui voulut fournir les planches nécessaires. C'est avec cette générosité, avec cet esprit de dévouement et de sacrifice que la Mère Saint-Louis pratiquait la pauvreté et en donnait l'exemple à ses sœurs.

Pour ne pas défaillir dans cette voie si pénible à la nature, et pour y maintenir sa communauté, la Mère Saint-Louis n'avait pas seulement recours à la médi-

tation, à la piété, au silence et à la solitude qu'elle chérissait par-dessus tout et qu'elle ne quittait que pour exercer les devoirs de sa charge ; elle retrempait chaque jour les forces de son âme dans la communion, et l'Eucharistie était le centre et le soleil de sa vie religieuse. Elle eût voulu passer son existence entière à la chapelle, en face du Saint-Sacrement, et pour suppléer à l'impossibilité de satisfaire ce désir, elle avait, dès le principe, sollicité de son évèque et de ses directeurs la grâce de l'adoration perpétuelle dans sa communauté. N'ayant pu l'obtenir, elle pleurait à la pensée de l'abandon de Jésus au tabernacle. «Ah! s'écriait-elle avec larmes, le divin Sauveur est méconnu par ses créatures ; il n'y a personne qui comprenne son amour. Par tout ce qu'il a fait pour les hommes dans les jours de sa vie mortelle, il n'a réussi qu'à faire des ingrats. Au moment de mourir, pour faire violence à leur cœur, il institua l'Eucharistie, ce prodige de son amour par lequel il habite près de nous, dans nos maisons, et il y est encore méconnu, oublié, abandonné L.. Ah ! que sont devenus ces heureux 'jours où il m'était donné de passer des heures entières au pied des autels, encore s'écoulaient-elles trop vite ! Hélas ! peut-être ne les verrai-je jamais revenir. »

Que disait-elle à Dieu dans les moments où elle était libre d'aller épancher son cœur en sa présence? Nous en voyons quelque chose dans ses lettres de conscience où l'obéissance la forçait à ne rien cacher à son directeur.

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« Voici le langage de mon cœur, quand je suis dans la présence de mon Dieu. D'abord, tout ce que les saintes Écritures fournissent de plus tendre, de plus ardent, se retrace à mon esprit; et j'ose me servir de ces expressions, tout indigne que j'en suis. Entraînée par le mouvement de mon cœur, je parle à Jésus tantôt comme une créature à son créateur, tantôt comme une criminelle à son juge de qui cependant elle attend miséricorde, enfin comme une amie à son ami, comme une épouse à son époux, et cela d'une manière si tendre, si familière, si affectueuse, que, quand je reviens à moi-même, je ne puis y penser, sans être couverte de confusion. »

Quand son corps quittait le pied des autels, son âme ne les quittait pas et elle emportait partout avec elle la pensée de sonbien-aimé: « La pensée de Jésus ne me quitte plus, disait-elle. Elle enflamme mon cœur d'un feu toujours plus vif, et il me semble que j'en suis toute consumée. Je crois avoir retrouvé le souverain bien que j'avais perdu. Après tant d'ingratitude de ma part, quelle clémence dans Jésus de me recevoir encore ! Que dis-je ? C'est lui qui revient, qui me réclame, qui me poursuit. Jamais je ne pourrai reconnaître un si grand bienfait. Puissé-je au moins le faire reconnaître et aimer de toutes mes filles! ))

Quelle que fut l'étendue de son obéissance, il y avait des moments où ses épanchements avec Dieu et les lumières qu'elle recevait de lui dépassaient et défiaient toute expression. C'était surtout quand elle

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s'anéantissait dans la contemplation des merveilles dn Sacré Cœur de Jésus, celte dévotion qui de nos jours a pris un si grand et si légitime développement, et que la piété mystique de madame Mole avait acceptée et embrassée avec ardeur. Alors son cœur se fondait dans celui de son divin époux et elle ne faisait plus qu'un avec lui : « Il me semble, écrit-elle brièvement et comme malgré elle, que dans cet état d'union, mon bien-aimé m'ouvre son sacré Cœur et met à ma disposition toutes ses grâces, en me disant de lui demander celles que je désire le plus. Je n'ai jamais été poussée à former d'autre vœu que celui

d'être attachée à sa croix jusqu'à la mort Il ne

peut rien me refuser, dit-elle encore, et ses biens sont à moi, si je veux. Je vais lui faire violence pour tâcher de l'aimer encore davantage.» Après ces balbutiements, elle s'arrête, comme terrassée sous le poids des grâces : « C'est un sujet sur lequel je ne puis ni parler ni écrire; je sens trop vivement. »

N'est-il pas vrai que quand on a pu jeter ainsi un regard dans l'intérieur de celle âme, on comprend les saints excès de sa pénilence, de son dévouement au prochain, et de sa pauvreté ? Dieu vivait en ce cœur; il venait chaque jour y renouveler sa vie par la communion de son corps et de son sang, et dès lors il n'est pas étonnant que toutes ses actions fussent marquées du sceau de la charité dont il est la source et la substance même.

La Mère Saint-Louis eût voulu, pour que toute sa communauté participât à la plénitude des grâces qui

la remplissaient elle-même, que la pratique de la communion quotidienne fût consacrée par la Règle. Dans un temps où l'esprit du Jansénisme avait porté une si grave et si universelle atteinte à la communion fréquente et blessé en ce point tant d'âmes sacerdotales et chrétiennes, c'est une preuve singulièrement touchante de l'élévation de sa foi et de son sens profondément catholique, surtout si l'on songe que, par sa naissance et son mariage, elle appartenait au Parlement, foyer et forteresse suprême du Jansénisme.

Tout en lui permettant la communion de chaque jour, Mgr de Pancemont ne crut pas pouvoir aller jusqu'à l'inscrire dans les constitutions de l'Institut comme une pratique obligatoire. Il se contenta de laisser ce point capital de la vie religieuse à l'appréciation de la supérieure, l'autorisant ainsi à mesurer cette nourriture céleste à la dévotion et aux besoins spirituels de chacune de ses filles. Il est inutile d'ajouter que la Mère Saint-Louis, et après elle les autres supérieures usèrent toujours de cette latitude avec la plus grande largeur d'esprit et de cœur, et dans le sens des enseignements constants de la sainte Église romaine. Les Sœurs de Saint-Louis ont été et sont vraiment les filles de l'Eucharistie, et, en cela comme en toute chose , elles ont toujours cherché à prendre pour modèle leur sainte fondatrice.

Madame Mole, absorbée par les devoirs généraux de son gouvernement, ne pouvait s'occuper des soins matériels à donner aux pauvres enfants dont elle était la mère adoptive ; mais elle s'occupait de leur

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esprit et de leur cœur avec une sollicitude toute particulière, et se donnait à ces chères petites comme à ses religieuses elles-mêmes. \ la fin de chaque semaine, elle se faisait remettre les notes de toutes les élèves, et les réunissant autour d'elle elle adressait publiquement à chacune les louanges ou les reproches toujours assaisonnés de tendresse et de bonté qu'elles avaient mérités. Les enfants tenaient tellement à la contenter qu'une réprimande suffisait d'habitude, et que rarement la même petite fille s'attirait deux fois de suite ses avertissements. Elles lui promettaient en pleurant de se corriger, et tenaient leur promesse. Quant à celles qui avaient mérité seséloges,ellesrentouraient avec bonheur, et trouvaientleurplus douce récompense à entendre la bonne Mère leur dire qu'elle les aimait comme ses enfants , parce qu'elles en étaient dignes.

Elle se mêlait souvent à leurs récréations pour les mieux connaître, et, se faisait toute à tous, suivant le précepte de saint Paul, elle se faisait enfant avec les enfants. On la voyait se prêter à leurs amusements, favoriser leurs jeux, répondre à leurs questions les plus importunes et les plus bizarres avec une bonté qui leur ouvrait le cœur. Si dans une solennité quelconque elles venaient lui faire un petit compliment, elle paraissait y prendre un grand plaisir, quoique souvent elle fut bien fatiguée ou préoccupée de graves soucis, et les remerciait par des paroles aimables et des sourires maternels.

Chaque année à la fête de Saint-Louis, elle aimait

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à les servir à table, à la grande joie des enfants et à la grande édification de ses Sœurs. Un jour, une de celles-ci, la voyant fatiguée, lui dit : « Ma Sœur, permettez que je vous aide, la cuillère pèse trop pour vous. — Eh quoi ! lui répondit-elle, saint Louis en distribuant la nourriture aux pauvres ne se fatiguaitil pas? » Et elle continua à imiter jusqu'au bout l'humilité et la bonté de son saint patron.

Mais c'était surtout à l'époque de la première communion qu'elle redoublait de soins et de zèle pour que ces petites âmes dont elle se sentait responsable devant Dieu accomplissent pieusement ce grand devoir de la vie chrétienne. Elle multipliait les instructions pour éclairer leur esprit, embraser leur cœur, et Jésus-Christ qui, chaque jour, venait purifier ses lèvres comme un charbon ardent et sanctifier son àme par sa présence corporelle, donnait à sa parole une efficacité toute divine. Ne pouvant instruire de vive voix les enfants de sa maison d'Auray, elle les évangélisait par écrit , et leur adressait des lettres si brûlantes , si pénétrées de l'amour de Jésus-Christ, qu'elles touchaient jusqu'aux larmes les maîtresses et les élèves et faisaient sur toutes les impressions les plus fortes et les plus durables.

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