Reconstruction de la Kaaba; naissance de Fatimah Zohra
Dans la trente-cinquième année de la vie du Prince, les koréish démolirent et reconstruisirent la Kaaba (6o5). Ses murs n'avaient que la hauteur d'un homme et ne portaient pas de toit. Un ouragan y avait fait une brèche et ils menaçaient de s'écrouler. En outre, le « trésor » consistait seulement en une sorte de fosse où l'on renfermait les valeurs et objets appartenant au Temple et dans lequel les dévots jetaient leurs offrandes (i). Une nuit, des voleurs avaient dérobé tout ce qu'il contenait. Or il arriva à cette époque qu'un navire venant de Byzance fit naufrage
(i) On donnait le nom de trésor dans tout le monde ancien, non seulement à l'ensemble des objets précieux qui formaient la fortune privée d'un Temple, mais encore à l'endroit où ces objets étaient conservés; c'était souvent, comme dans certains temples grecs un, ou des édicules bûtis avec soin tout près de rédlflce principal.
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à Djeddah, le port le plus voisin de La Mecque (où débarquent aujourd'hui les pèlerins), et il se trouva que le capitaine, nommé Yâgûm, était un habile architecte (i).
Ayant appris cela, les koréish envoyèrent Waled B. Moghairah et quelques autres chefs, avec mission d'acheter les bois du navire ; à leur demande Yâgûm vint à La Mecque avec son équipage pour édifier la maison d'Allah. 11 ordonna d'abord d'apporter des pierres et les koréish, se dépouillant de leurs vêtements, les bardèrent. Le Prophète se joignit aux travailleurs. Sur l'invitation de son oncle Abbas il se mit en devoir de se dévêtir afin de pouvoir tirer les pierres au moyen de son izar (2) attaché à son cou. Mais aussitôt qu'il se vit complètement nu, sa pudeur en souffrit tellement qu'il s'évanouit. Quand il recouvra ses sens, il dit :
— Mon izar est mon azâr (affliction).
L'auteur de ce récit ajoute que, depuis lors, per-
(i) Le lecteur sera peut-être surpris d'apprendre qu'un vaisseau c< venant de Byzance » avait fait naufrage sur la côte d'Arabie. Mais la Mer Rouge, dès une haute antiquité, communiqua par le Nil avec la Méditerranée, grâce à un canal creusé par Séti !•', roi égyptien de la xix* dynastie. Ce canal s'étant ensablé par la suite, Ramsèb II en fit creuser un autre, au xix' siècle avant J.-C, qui traversait les lacs de l'Isthme et que les sables du désert comblèrent encore. Néchao II le lit rétablir au vii« siècle, mais il fallut que Trajan et Adrien le rendissent de nouveau navigable. Il fut entretenu dans cet état jusqu'au vi* siècle, puis recreusé par Amru, lieutenant du Khalife Omar ; le Khalife Al-\Jansur le lit obstruer à son embouchure en 775 de J.-C. Les communications par eau entre la Méditerranée et la Mer Rouge ne furent plus rétablies qu'en 1869 par Ferdinand de Lesseps.
(2) Izar, vêtement des reins qui a précédé l'usage des haut de chausses ou larges caleçons.
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sonne ne vit jamais le Prince en état de nudité. La construction fut divisée en quatre parties d'égale longueur, assignée chacune comme tâche à une tribu. Quand les murs furent montés à la hauteur de la Pierre noire qu'il fallait encastrer dans la maçonnerie (deux coudées et un tiers), les différentes fractions des koréish se disputèrent l'honneur de la mettre en place. La querelle allait amener l'effusion du sang lorsque l'on convint de prendre Mahomet pour arbitre. Alors il étendit à terre sa reda (i), mit la Pierre noire au milieu et demanda un homme de chaque tribu. Il s'en présenta immédiatement quatre. A un signal du Prince il prirent chacun la Reda par un coin et soulevèrent la Pierre noire. Mais quand elle fut à la hauteur convenable, le Prophète la saisit et la mit en place (2).
Quand les murs eurent atteint la hauteur de trente coudées Ton fit un toit reposant dessus, et qui était de plus supporté par six piliers. Cette construction n'était pas conforme aux règles d'Abraham, qui prescrivaient une porte à l'est et une à l'ouest. Dans le cours de sa mission, le Prophète en exprima le regret. Après sa mort, AbduUah B. Zobeir reconstruisit le monument suivant le plan préféré par Mahomet. Mais Hajaz B. Yusuf, après avoir vaincu AbduUah, détruisit son œuvre et reconstitua celle que les koréish avaient produite comme nous venons de le voir. Plus tard, le Khalife Haroun-al-Rachid voulait revenir au plan d' AbduUah, mais l'Imam
(i) La Reda est un vêtement beaucoup plus grand que rizar qu'on pouvrait appeler un châle, ou mieux un manteau (ou burnous).
(2) D'après Al Juzi cet événement eut lieu bien avant le mariage de Mahomet, avaot même qu'il eut atteint sa vingtième année.
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Mâlek le dissuada d'un changement qui, eu créant un précédent de plus, aurait implicitement autorisé tous ses successeurs à modifier à leur gré Farchitecture du monument.
2. Mahomet s'absorbe dans le mysti* cisme et la spéculation religieuse.
Etant dan» sa 38« année, le Prince entendit des voix et vit des lumières (par un effet surnaturel). D'après une tradition d'Aischa la première révélation fut celle du « Point du jour » que l'Apôtre reçut directement en songe par une vision (i).
A cette époque les rayons célestes pénétrèrent si profondément dans le cœur du Prince qu'ils en effacèrent tout, excepté Allah ; l'amour divin prit si pleinement possession de tout son être qu'il ne resta plus trace de rien autre dans son esprit illuminé.
Mieux vaut se taire, que parler d'autre chose'que Toi. Mieux vaut oublier, que se souvenir d'un autie que Toi (2).
Il cessa de se mêler à la société et aux conversations des autres hommes et d'entretenir des rapports avec eux, ce qui fit dire aux Arabes éclairés :
— Assurément Mahomet aime le Seigneur par dessus tout.
Après avoir ainsi jeté le feu de l'abstention dans le réservoir de l'association avec l'humanité et
(i) Aujourd'hui le cxiii* chapitre du ICoran. Cependant selon Rodwell, ce lût le 6» et non le i«' chapitre révélé.
D'autre part, il ne faut pas oublier que Mahomet épousa Aischa seulement après la mort de Kliodaijah, qui arriva plusieurs années après les événements rapportés dans ce chapitré.
(2) Fragment ou refrain de quelque chant mystique*
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essuyé du tableau de son cœur, avec Teau du mépris les formes des créatures, il tourna les rênes de son intention vers la Kaaba de la contemplation divine, et fit du mont Hira la citadelle de ses aspirations et adorations. A cette époque, on le voyait pendant la maturation de ses conceptions, à la veille de leur enfantement, entrer dans Tappartement de Khodaijah, prendre quelque nourriture et ensuite retourner à sa station d'adoration sur le mont Hira. De cette manière, il entretint longtemps la fraîcheur et Téclat du jardin des adorations en l'arrosant avec Feau de la ferveur ; la lampe de ses méditations brûla incessamment pendant de longues périodes de jours brillants et de nuits sombres, sans autre interruption que durant un petit nombre dlieures chaque nuit.
Son esprit illuminé étant ainsi devenu le réceptacle des versets divins (du Koran) et le lieu de dépôt des secrets souverains, l'Esprit Fidèle (Gabriel) lïmp régna de son essence et Torna de paroles (du Koran) semblables à des perles; il devint ainsi, dans la science divine et dans les mystères du ciel, le docteur des docteurs (i) et son sein fut pénétré des matières (décrets et préceptes) de la Table réservée. C'est ainsi que le soleil de la prophétie se leva dans l'est de Batha, le flambeau de l'apostolat rayonna du bosquet du mont Hira ; le doigt béni de Mahomet fut orné du sceau divin et sa taille fut revêtue de la robe de la prophétie (2).
( 1) Suivant la généralité des auteurs, il composa alors des poésies religieuses et il avait comme des extases ou égarements d'esprit. Les uns le croyaient inspiré, les autres Ibu.
(2) Ici encore nous avons traduit littéralement pour donner une idée du goût littéraire des poètes ou mystiques de la Perse. 9
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