CHAPITRE XI
I. Gabriel révèle au Propliètc sa mission {6io) ; le docteur chrétien Waraqali l'allesle à Mahomet et à Khodaijah. — 2. Diverses manières dont se lait la révélation.
1. Gabriel révèle au Prophète sa mission ; le docteur chrétien Waraqah Tatteste à Mahomet et à Khodaijah.
Au commencement de la 4i' année cie sa vie, le lundi 17 du mois de Ramazan, le Prince dormait pendant la nuit dans la grotte du mont Hira quand Gabriel lui apparut sous la forme d'un homme et lui dit : « Lis ! » Il répondit : « Je ne sais pas lire. » Alors Gabriel Tctreignit si fort qu'il jDensa mourir; range répéta son invitation, reçut la môme réponse et renouvela son étreinte. Après une troisième sommation suivie de la môme excuse, Gabriel s'écria : « Lis, au nom du Maître de la Création qui a fait riiomme de sang condensé (i) ! Lis, par le pouvoir du Dieu de bonté qui a enseigné à l'homme l'usage de la plume et qui instruit l'ignorant (2) ! »
(i; Dans le Koran : « D'une goutte de sperme. » (2 C'est le commencement du Ch. XCVl du Koran: ce chapitre est le premier qui fut révélé bien qu'il soit un des derniers du Livre officiel, oîi l'on a suivi l'ordre des matières. Dans sa traduction, Rodwell a rétabli l'ordre chronologique des révélations.
Ibn Isahay prête au Prophète le récit suivant : « Après la réponse de Gabriel, je m'éveillai et sentis comme un livre qui venait d'être écrit dans mon cœur. Or j'avais en horreur par-dessus tout les poètes et les possédés des djinns
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Suivant la théologie, la première étreinte a purifié le Prince de la concupiscence, et la seconde des désirs coupables, attendu que le cœur reçoit toutes les impressions bonnes et mauvaises, les inspirations de la Foi et les suggestions de Satan, Bien que, naturellement, le Prjnce [fût exempt de vils
(esprits, démons). Je ne p(»uv«ais en supporter la vue. Je dis donc à Khodaijah : « Voilà que moi, dont on ne Taurait jamais cru, je suis devenu ou un poète (un .égaré) ou un possédé des djinns iesprils\ Ne le dis à* aucun prix aux Koréisli. Je cours au sommet de la montagne pour me jeter dans un précipice. Je me suiciderai pour être délivré de ce tourment. . . »
Selon d'autres auteurs, c'est la S : XCVII, qui aurait été révélée en premier lieu à Mahomet. Il suffit de les lire toutes les deux pour voir que, vraisemblablement, la révélation de la S : XCVI a précédé celle de la S : XCVII. Celte révélation, et peut-être toutes les deux, eurent lieu pendant la nuit de Al Kadr, ou « du décret divin ». Al Kadr est du reste le titre de la S: XCVII. Celte nuit, que nous donnons pour celle du 17* au i8* jours de Ramazan, est donnée par Jalaoddin, par Al Beidawi, Al Shabi, etc., pour celle du 23* au 24' jour,'
C'est en la nuit d'Al Kadr, chaque année, que sont réglés pour l'année suivante la vie et la mort des hommes et tous les événements du monde. L'ordre des faits est inscrit sur une Table placée auprès du trône de Dieu ; des anges sont chargés d'assurer l'exécution des événements prévus sur celte Table.
Selon certains docteurs, le nom d'Al Kadr doit s'appliquer seulement à la nuit pendant laquelle le Koran a été dicté ou remis en entier (par Dieu) à l'Ange Gabriel, qui devait le révéler à Mahomet au fur et à mesure des besoins de la religion. C'est du reste en cette nuit même que le Prophète aurait eu sa ou ses premières révélations.
Pour la plupart des commentateurs du Koran et peut être pour Mahomet lui-même, l'Ange Gabriel est le Saint-Esprit.
Enlin, tels disent que le Prophète eut la révélation de sa mission à la fin de sa 4^* année; tels, au commencement de la 4i«,
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penchants, une purification était nécessaire pour le dépouiller de la fragilité humaine et pour le préparer à recevoir les révélations divines.
Car il leva le voile
De la vierge Koxan (du Koran vierge)
Et en inlerpréta le sens
Exempt de souillure.
Selon plusieurs chroniqueurs, le Prince après cet événement se crut frappé de folie ou tombé en la possession des djinns, ou atteint de quelque mal dégradant tel que la sorcellerie peut en causer. Il courut vers le sommet du mont Hira avec l'intention de se jeter de là dans un précipice.
Mais quand il fut à mi-hauteur, il entendit une voix lui crier : « O Mahomet, tu es TApôtre d'Allah et je suis Gabriel. » Ces mots le firent renoncer à son dessein désespéré ; il regarda de tous côtés et sa vue rencontra toujours l'ange familier en face de lui. Après cet événement auguste et cette grâce immense, il s'en retourna à sa demeure, y rentra agité d'un tremblement et dit à Khodaijah : « Enveloppe-moi. » On tint sa tête enveloppée jusqu'à ce que son frisson fût passé. Puis Khodaijah lui demanda : « O père de Qâsini où étais-tu? J'ai envoyé à ta recherche et personne n'a pu te trouver. » Le Prince lui raconta ce qui lui était arrivé, et ajouta : « Vraiment, je crains de perdre la vie ou de devenir un sorcier. ))Mais Khodaijah le rassura : « Dieu t'en gardera comme tu le mérites. Il ne versera sur toi que grâces et bénédictions, et tu seras, je l'espère, le Prophète de notre nation. » Cela dit, elle s'en fut trouver son cousin Waraqah B. Naufil, noble qui s'était fait chrétien et qui était renommé pour son intelligence et sa connaissance des Saintes Ecritures; elle l'informa de ce qui venait de se pas-
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ser. Waraqah jura que si son récit était exact, Mahomet serait le grand Prophète de la nation, attendu que Gabriel est le grand Némus (la grande Loi, du grec vrjii.o.T) qui est descendu du ciel pour Musa (Moïse) et pour Isa (Jésus). Il demanda que Mahomet vînt le voir pour le renseigner sur tous les détails. Quand il Teut entendu, il s'exclama trois fois : « Bonnes nouvelles, ô Mahomet ! J'atteste que tu es le Prophète dont Isa a prédit la venue par ces mots :
« Après moi sera envoyé un Prophète du nom d'Ahmed (i) (abrévation de Mohamed). Le messager céleste qui est descendu vers Moïse Va aussi été envoyé. »
Waraqah baisa Maliomet au front et ajouta :
« Bientôt tu recevras Tordre d'attaquer les Infidèles et de faire la guerre sainte. Comme tous les Prophètes, tu seras honni et persécuté ; on te chassera d'ici ; plaise à Dieu que, alors, je sois encore en vie pour te porter aide et secours. » Waraqah mourut peu après et ne vit pas s'accomplir ses prédictions. Le Prophète dit dans celle circonstance : « J'ai vu le Chaton de la bague (Waraqah) vêtu d'une robe verte dans le Paradis. »
(i) On ne trouve aujourd'hui dans l'Evangile ni ce texte, ni d'autres cités dans ce livre, ni aucun autre annonçant la venue de Mahomet; mais les Musulmans croient que les Chrétiens ont altéré l'Evangile.
Selon quelques auteurs, Waraqah, cousin par alliance de Mahomet, était un Arabe judaïsant qui s'était converti ail Christianisme; sa parenté avec Kodaijah ne s'expliquerait que par une première conversion au Judaïsme suivie d'une conversion au Christianisme. On lui attribue la première traduction de la Bible en arabe.
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