Persécutions contre le Prophète et les Croyants
Parmi les idolâtres qui se signalèrent par leur acharnement contre le Prophète, on cite surtout son oncle Abu Lahab et Olbah B. Mogliairah (i). Ils étaient ses voisins et jetaient sur lui des rebuts de viande et autres ordures; le Prophète les évitait et se contentait de dire doucement : « O Béni (fils de) Abd Munaf, vous avez d'étranges procédés de voisinage! » (2)
Un jour que Mahomet, sur la place du marché de Zulmajar, proclamait à haute voix :
— Pour obtenir la béatitude, dites : « Il n'y a de Dieu qu'Allah, et Mahomet est son Prophète ! » Lahab se mit à lui jeter des pierres et à crier : — N'écoutez pas cet imposteur !
fut, avec beaucoup plus de vraisemblance, porlée contre Subeib, grec d'origine el d'éducation, enlevé et vendu comme esclave à La Mecque puis alTranclii par son maître, et enfin enrichi par le commerce. Il s'attacha à Mahomet et à sa religion. On prétendit que celui-ci lui devait la connaissance qu'il avait de TEcriture Sainte. On rapporte à lui une allusion du Koran II vendit tout ce qu'il possédait à La Mecque pour suivre ^Mahomet à Médine et le Prophète dit alors : « En vérité, Sub-ib a fait une opération avantageuse. »
(i) Les autres parmi les plus acharnés étaient : Orba et Sheiba, les fils de Rabia 15. Abd Munaf, Abu Al Beckterah B. Hescham, Al Aswad B. Al Muttaleb, Wabd B. Al Moghalm, etc., etc., tous no])les et considérables.
(2^ Abu Lahab B. Abd-ul-\:uttaleb fut beaucoup poussé à la haine contre son neveu Mahomet par Omm Jamil sa femme, sœur d'Abu Soffian B. Harb. Mais elle-même obéissait en cela pour ainsi dire à une tradition familiale, sa famille, celle d'Ommàyeh étant ennemie des Ilaschemites à laquelle appartenait le Prophète.
A Tépoque du pèlerinage, le Prophète s'adressait aux dévots : « Qui de vous me fera place et m'aidera à promulguer le message de mon Créateur? » Mais ses ennemis allaient sur les routes au-devant des pèlerins et les exhortaient à se défendre des séductions de ce sorcier, de ce magicien, de ce lunatique, de ce, etc. Ces calomnies afîligeaient profondément l'Apôtre; mais, pour le consoler, le Très-Haut lui révéla des versets qui le justifiaient de ces imputations. Il eut confiance dans la protection de l'Eternel, s'arma de patience et de douceur, et concentra tout son esprit sur les sublimes paroles d'Allah ; il continua à inviter les gens à adorer le Tout Puissant et à abandonner leurs idoles, endurant avec patience les insultes des Infidèles et des pervers.
Un jour qu'il était en prières près de la Kaaba, Otbah Ben Abu Moït, à l'instigation d'Abu Jahl, saisit un moment où le Prophète était prosterné et lui jeta sur le dos, entre les épaules, une sorte d ordure : la membrane qui enveloppe le fœtus et que Ton rejette après l'accouchement, pleine de sang et d'excréments. Le Prophète, tout à ses dévotions, ne changea pas de posture, mais sa fille Fatimah Zohra vint enlever cette malpropreté ; quand le Prophète se releva, il dit : « O Allah, les Koréish sont tes ennemis. » Et il en désigna plusieurs par leur nom. Tous périrent plus tard misérablement.
Un autre jour, Mahomet était assis à terre dans l'intérieur de la Kaaba ; Otbah s'approchant tout à coup de lui par derrière lui jeta sa reda autour du cou et la serra à l'étrangler. Abu Beckr se précipita aussitôt, rejeta Otbah en arrière et délivra le Prophète en disant : « Voulez-vous tuer celui qui apporte des signes évidents et déclare Allah son nourricier? » Alors tous les idolâtres se jetèrent
VIE DE MAHOMET IjS
sur Abu Beckr et le tirèrent si rudement par la barbe qu'il en éprouva un très violent mal de tête(i).
Les Koréish avaient juré d'assassiner Mahomet quand ils pourraient se saisir de lui. Fatimah Zohra l'ayant appris, se hâta d'en informer son père. Celui-ci se rendit à la Kaaba. Son aspect auguste impressionna les Infidèles et ils n'osèrent le frapper.
Tant qu'Abu Tâleb vécut, les Idolâtres ne purent faire grand mal à l'Apôtre. Ils furent également impuissants contre ses disciples nobles et éminents, protégés qu'ils étaient par leurs familles. Mais ils persécutèrent cruellemement les croyants pauvres tels que Hallal, Habib et Omar 13. Ya^er. On tenait les uns étendus tout nus sur le sable brûlant; d'autres exposés debout à l'ardeur du soleil, en proie à la faim et à la soif, pour les forcer k renoncer à la religion de Mahomet. Quelques Musulmans cédèrent à la soulTrance et prononcèrent les paroles exigées par les Infidèles. D'autres furent inébranlables et n'opposèrent à de cruels tourments que la patience et la douceur. Il y eut deux martyrs, les deux premiers de l'Islam : Samiah, mère d'Omar B. Yaser et son mari Yaser.
On tortura Samiah en l'attachant à deux chameaux; puis un idolâtre la tua d'un coup de lance. Quant à Yaser, il succomba aux mauv^ais traitements
(i) Abu Beckr (le Père de la Vierge) fut un de ceux qui firent l'aire le plus de progrès à l'islamisme naissant. Mahomet le surnomma Al Sidik {le Témoin fidèle), et plus tard Al Alik (ou le Préféré, le Sauvé de l'Enfer). Abu Bekr se constitua garant de la véracité des déclarations du Prophète, touchant la révélation de sa mission pendant la nuit d'Al Kadr, et (plus tard) son ascension au ciel. 11 devint le beau-père de Mahomet qui épousa sa iille Aischah.
et apostasia. Mahomet l'ayant appris s'écria : « Que Dieu garde Yaser de devenir un infidèle, car la foi l'a pénétré jusqu'à la moelle.» Dès qu'il fut libre, il vint repentant et en pleurs trouver le Prophète qui essuya ses larmes de ses mains bénies en disant : « Je leur rendrai la pareille et leur répéterai mes paroles. » Selon quelques commentateurs, c'est à cette occasion que fut révélé le verset : « Celui qui abjure la foi, excepté le cas où il est forcé, alors qu'il la garde dans son cœur, etc. » — Quand les Infidèles surent qu'Yaser avait fait retour au Prophète, ils l'assassinèrent. Mahomet se montra plein de commisération pour ceux qui abjurèrent par la force des tortures. Il les engagea même à dissimuler leur foi. A l'un d'eux, Ammar, il demanda : « Que gardes-tu au fond du cœur ? — Un attachement inviolable à la foi. — Alors si on te tourmente de nouveau, fais encore les mêmes déclarations. » Le verset précité du Koran excuse ceux qui apostasient par contrainte. Maintes fois Mahomet recommande la « patience » quand on est le plus faible ou empêché. Cette « patience » chez les sémites comporte la dissimulation de leurs sentiments et de leurs projets de vengeance. C'est ainsi que David a légué à Salomon des vengeances qu'il n'avait pu accomplir.