II. Le ROYAUME d'Hira
Nous avons déjà parlé de l'émigration des Azdites de l'Yémen. Les Codhaïtes, descendants d'Himyar, habitaient une contrée à l'Est d'Aden où ils étaient indépendants. Sous la pression des Himyarites ils
(i) Les vice-rois de la Perse, à la suite de ces victoires, s'emparèrent également de l'Hadramaout, de l'Oman et du Bahreïn. Les Arabes n'avaient fait que changer de maîtres ; mais les Perses leur laissèrent toute liberté religieuse. (Sédillot : Histoire générale des Arabes,)
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durent sV»loigner du côté de la Mecque et ensuite, vers lu fin du !••' siècle, se disperser dans diverses directions. Les Béni Aslain (Salani) s'établirent au Nord de Médine dans la vallée de TOuadi elKora, les Béni Kalb h Dumat-el-Jandal sur la lisière de la Syrie.
Vers la mémcî époque, les Béni lyad et d'autres rameaux, rejetons de la célèbre tribu de la Mecque (les ancêtres des Koreish), s'étendirent à l'Est dans la Péninsule.
Des bandes d'Azdites, de Codhaites, et d'Arabes de la Mecque, provenant des groupes ci-dessus, marchèrent ensemble vers l'Est et atteignirent Bahrein, sur le Golfe Persique. Elles remontèrent le littoral du golfe et ensuite la rive gauche de l'Euplirate, et s'arrêtèrent à l'emplacement d'iïira , à quelques kilomètres au Nord-Ouest de la moderne Koufa. Séduits par la richesse du sol et l'abondance des eaux, les émigrés se fixèrent dans ce pays et y fondèrent une ville. A ce moment la dynastie Arsacide s'abimait dans la révolte et dans la défaite ; la nouvelle colonie, grossie d'une foule d'aventuriers besoigneux et de réfugiés de l'Arabie, grandit sans opposition et devint rapidement un état important. Les Arabes fondèi*ent aussi ou occupèrent Anbar, ville voisine d'IIira; il y eut un chef codhaïte à Anbar et un chef azdite à Hira.
La position d'Hira, limitrophe de la Perse, et sur la grande route de la Syrie, y favorisa de bonne heure Ja civilisation et la culture des lettres. Des poètes arabes fréquentaient la cour d'Hira et leurs productions étaient louées et conservées. De là une source abondante de souvenirs poétiques et de documents historiques.
Les Arsacides avaient fait place à la puissante
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dynastie des Sassanides qui voulut imposer sa suzeraineté au nouvel état. Le chef codhaïte refusa de s'y soumettre et émigra avec sa tribu nomade en Syrie, abandonnant tout le territoire aux Azdites, dont le chef Jodzeima devint volontairement vassal du roi de Perse (228 de J.-C).
Jodzeima fit de fréquentes incursions en Arabie, et dans Tune d'elles fut battu par le roi d'Himyar, Hassan Tobba. Mais ses principaux et constants efforts furent dirigés contre les Arabes alliés de l'Empire romain en Syrie.
Naturellement la Perse recherchait Tallégeance d'Hira et des tribus de l'Ouest de l'Arabie, et Rome l'alliance ou la subordination des Arabes voisins de la Syrie. Dans la lutte entre les deux empires, les Arabes syriens combattaient pour Rome (i), les Arabes de la Mésopotamie pour la Perse. De là une rivalité, un état de guerre continuels entre les clans opposés, entretenu et avivé encore par les querelles particulières et les haines héréditaires des tribus contiguës.
L'état de Hira fut forcément l'auxiliaire de la Perse dans toutes ses guerres contre les Romains, mais la dépendance dans laquelle il se trouvait et la puissance de l'empire d'Himyar son rival, rempéchèrent d'exercer aucune influence sur les Arabes en dehors de ses propres limites, jusuqu'à l'invasion de l'Yémen par les armées de l'Abyssinie (2).
(i) Les chefs ghassanides avaient été revêtus par les romains de la dignité de phylarques : ils furent fréquemment, par la suite, les alliés de Gonstantinople contre la Perse.
(2) Le grand effort du royaume de Hira se porta toujours contre les ennemis de la Perse. Son armée avait pénétré jusqu'à Antioche, mai^ les voi» dç filir« ne ^lyreat ni garder
Gomme les Arabes détestaient les Abyssins, ils retirèrent l'allégeance qu'ils avaient prêtée auparavant au gouvernement de l'Yémen, pour la donner aux princes d'Hira ou plutôt à la Perse dont ceux-ci étaient les vassaux. Après ce changement qui eut lieu vers 530 après J.-(]., le royaume d'Iïira cul a combattre à la fois les Romains et le petit royaume arabe de Ghassan, interposé entre lui et la Syrie, feudataire des Romains et chrétien. Ge fut alors que Rélisaire refoula Ghosrocs qui s'était avancé jusqu'à Antioche. De 53o à 58i la fortune d'Hira alla en déclinant, sous trois rois qui llottaient entre Gonstantinople et la Perse, et dont le dernier, Norman V, qui était chrétien, perdit par une défaite son prestige sur les Arabes du Gentre; il fut mis à mort, en l'anôoS, par Ghosroës, auquel il avait refusé d'envoyer des beautés du pays d'Hira pour son sérail. En lui finit la dynastie Lakmite qui avait régné 327 ans.
Le chef arabe qui succéda à Norman V, Yas, fils de Gabissa, en 6o5, donna son assistance à Ghosroës (i) dans une guerre que ce dernier eut à soutenir contre les Beni-Bakr, mais le monarque perse ayant été battu (611), il réduisit le royaume d'Hira à une simple satrapie gouvernée par un de ses
ni administrer leurs conquêtes et, à la lin, ils ne faisaient plus la guerre que pour le pillage.
« Ces expéditions accumulèrent dans leur capitale tous les trésors de l'Asie Mineure et leur permirent de rivaliser de luxe avec les monarques de Ctésipiion et de Constantinople. » Les Romains donnaient à ces Arabes septentrionaux, qui ruinaient leurs domaines d'Asie, le nom de « Sarrazins ». (Sédillot : op. cit.)
(i) Ghosroës, Kesra ou Kosrou ; c'est un titre, analogue à ceux de César, Sar,; etc., sous lequel il faut comprendre toute une série de rois. Il s'agit ici de Chosroës II, Parviz, qui fut vaincu par Héraclius.
officiers, et les tribus centrales de l'Arabie, impatientes de secouer le joug d'un chef étranger, n'attendirent plus qu'une occasion favorable pour briser leurs liens de vassalité avec la Perse. Elles se donnèrent avec joie à Mahomet (de 6a8 à 63i après J.-C). Mais les tribus arabes de la Mésopotamie qui étaient chrétiennes restèrent encore quelques années sous l'autorité de la Perse avant d'embrasser l'Islam.
IIL Yatreb ou Médine
D'après la légende arabe cette partie de l'Arabie appartint d'abord aux Amalécites, puis fut conquise parles Juifs, ainsi que le Khaibar et d'autres contrées voisines. Les documents réellement historiques ne signalent des émigrations en Arabie de Juifs fugitifs, après les divers désastres subis par la nation, que depuis le sac de Jérusalem par Nabuchodonosor, jusqu'au massacre qu'en fit Adrien, l'an i36 après J.-G. Dans cet intervalle on cite les Nadhir, les Coreitza et lesGaynokaa qui, trouvant Yatreb peuplé par des Godhaïtes ou d'autres tribus de Bédouins incapables de leur résister, s'établirent en cet endroit et y construisirent des maisons vastes et fortifiées.
Environ 3oo ans après J.-G., une troupe d'émigrants nomades, des clans d'Azdites, des Aws (i), des Khazraj, arrivèrent à Yatreb et furent admis à partager le territoire.
Bientôt ils surpassèrent les Juifs en nombre et en force, et envièrent leurs terres, qui étaient les plus riches. S'étant assuré l'aide des Béni-Ghassan,
(i) On distinguait parmi eux les Aws « Monat » et les Taym « Allah », ainsi surnommés d'après les noms de leurs idoles. Mahomet remplaça ces appellations par celles d'Aws Allah et de Taym Allah.
leurs frères de Syrie, ils attirèrent dans un guetapens les chefs juifs et les massacrèrent. Vers la fin du v^ siècle, ils s'étaient rendus maîtres de Yatreb et avaient dépouillé les Juifs de tous les territoires à leur convenance.
Jls ne restèrent pas longtemps unis. Au commencement du VI® siècle, ils se querellèrent au sujet de la prééminence de leurs chefs respectifs et se livrèrent des combats continuels pondant vingt ou trente ans, au bout desquels ils choisirent pour arbitre le poète Hassan dont la décision fut contraire à sa propre tribu. Une des conditions de la paix fut « l'inviolabilité du domicile ». Tout domicile clos devint un asile respecté, même en temps de guerre.
La paix ne fut pas troublée jusqu'à l'an 583 après J.-C. A la suite d'une querelle privée, l'hostilité recommença. Pendant quelque temps on se borna à des coteries, à des railleries et des satires (i). Puis on en vint aux mains. Les Béni Khazraj défirent leurs adversaires, tuèrent un de leurs chefs et expulsèrent de la ville une tribu des Béni Aws.
Chacun des deux partis demanda alors le secours des Juifs ; ils ne se déclarèrent pour aucun, et pour s'assurer de leur neutralité les Béni Khazraj leur prirent ^o enfants en otages. Puis quelques chefs des Khazraj égorgèrent ces otages et cette barbarie décida les Juifs Coreitza et Nadhir à se ranger du côté des Béni Aws et à recevoir à bras ouverts leur clan expulsé. On se prépara des deux côtés à une action décisive. Les Béni Aws reçurent l'aide de
(i) Les poètes ennemis avaient une façon toute particulière de se vexer mutuellement. Ainsi Hassan composait à l'adresse de la sœur de son ennemi Cays des poésies amoureuses où il exaltait sa beauté, et Cays en adi:essait de semblables à la fille de la femme d'Hassan.
deux tribus de Ghassan et de la tribu de Mozeiniaj ; les Béni Khazraj celui de tribus diverses et des Juifs Caynokaa. L'an 6i5, après J.-C, se livra la mémorable bataille de Boatli ; les Béni Aws battirent les Béni Khazraj, en firent un grand carnage et abattirent leurs dattiers.
Les Khazraj humiliés, mais non réconciliés, il n'y eut plus de combat entre les deux tribus, mais de nombreux assassinats. Fatigués de ces dissensions, les deux partis étaient sur le point de prendre pour chef commun ou roi, Abdallah Ben Obey, le plus éminent des Béni Khazraj , quand l'arrivée de Mahomet à Médine y amena un changement total dans la situation des partis.