‹ Vie de Mahomet d'après la traditionChapitre 43 sur 89 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Xe ANNÉE DE LA MISSION (619-620)

I , Délivrance des Béni Hashem et Al Muttaleb par l'annulation du pacte d'exclusion. — 2. Victoire des Persans sur les Grecs de Byzance. — 3. Mort de Khodaijah et d'Abu Tâleb.. — 4* Le Prodige de la Lune fendue.

1. Délivrance des Béni Hashem et Al Muttaleb par l'annulation du pacte d'exclusion.

Cette situation durait depuis trois ans et était devenue tout à fait intolérable, lorsque Heshâm B. Amru, dont le père était parent de la mère de Fazl Ben Hashem, vint trouver Zoheir B. Ommiah et lui dit:

— Pendant que tu as une table délicate, de Teau fraîche et saine et toutes les jouissances du luxe et de l'opulence, il est barbare et inhumain que tes parents passent de tristes jours et de longues nuits dans une pénurie complète, parce que personne n'ose avoir avec eux de rapports de commerce ou de toute autre nature. Certainement Abu Jahl n'aurait jamais souffert qu'on traitât ainsi ses parents.

Zoheir répondit qu'il ferait annuler l'engagement pris entre les Koréish s'il avait pour cela l'aide de deux amis. Alors Heshâm offrit son propre concours et sollicita celui de Mattam Ben Adwin en lui

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représentant les deux Battins (fractions d'une grande tribu) des Béni Abd Munaf comme menacés dépérir de faim et de misère. Celui-ci consentit à intervenir à la condition que deux autres amis se joindraient encore à eux. Hesbâm y décida Ab ul- Bakhri et Rabiah B. Aswad.

Les cinq alliés se réunirent à la nuit, et arrêtèrent leur plan pour le lendemain. Zoheir se chargea de prendre le premier la parole dans l'assemblée des Koréish et les autres promirent d'appuyer sa motion.

Le matin, après avoir fait le tour de la Kaaba, Zoheir s'adressa à l'assemblée :

— Habitants de La Mecque, convient-il que, pendant que nous jouissons de tous les plaisirs de la vie et de l'abondance, nos parents, les Béni Hashem et les Béni Abd-ul-Muttaleb, traînent leur existence dans la pénurie de tout et soient en danger de mourir de faim et de misère? Par Allah, je ne me rassoierai pas avant d'avoir mis en pièces cet écrit maudit.

Aussitôt, Abu Jahl cria d'un coin du Temple :

— Tu mens! tu n'as pas le droit de déchirer cette pièce.

Rabiah B. Aswad cria à Abu Jahl :

— C'est toi qui mens ! quand cette feuille a été écrite, nous n'avons pas adhéré à son contenu.

Abdul-Bakri et Muttam B. Adwin firent chacun à leur tour la même déclaration. Heshâm B. Amru la confirma et la plupart des Koréish les appuyèrent. Mais Abu Jahl affirma :

— C'est un complot ourdi cette nuit !

Pendant qu'on se disputait avec violence pour ou contre la rupture de la convention, Abu Tâleb, accompagné de ses principaux amis, sortit du Sheb

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et s'en vint à l'assemblée. Quand il se montra, les Koréish s'imaginèrent qu'il s'était lassé de défendre Mahomet et lui firent bon accueil :

— Sans doute, tu consens à la mort de Mahomet, qui rétablira l'accord entre nous?

— Je suis venu pour une affaire dont dépend la paix de toute la cité. Produisez la feuille où est stipulée l'inimitié contre nous.

Abu Jahl et ses partisans triomphants la présentèrent et Abu Tâleb demanda : « Vos sceaux y sontils apposés ? — Oui. — Allah a décidé que tout ce qui, dans ce document, était violence et tyrannie en serait effacé et qu'il n'y resterait que son nom. Si cette assertion de Mahomet est fausse, je vous l'abandonne; mais si elle est vraie, vous devez considérer ce document comme annulé, et abjurer toute inimitié et opposition (i). » Les Koréish approuvèrent ces paroles. On ouvrit la feuille et on n'y trouva que ces mots, en tête : « En ton nom, ô Allah ! » A cette vue, les opposants confus baissèrent la tête ; mais Abu Jahl, malgré ce prodige, persista dans son hostilité. Alors Abu Tâleb escorté de ses amis gagna la porte de la Kaaba, prononça des imprécations contre leurs ennemis et s'en retourna au Sheb. Les cinq amis des deux Battins se déclarèrent de nouveau innocents de tout ce qui pouvait avoir trait à l'écrit annulé. Mattam déchira la vieille feuille et Mansur B. Akramah qui l'avait remplie eut la main paralysée.

Tout engagement étant annulé et les adversaires réconciliés, on se rendit au Sheb ; on en fit sortir les

(i) Selon beaucoup d'auteurs arabes, Dieu avait livré aux vers toute la feuille de i)archemin, excei)té le commencement.

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assiégés et on les conduisit à leurs demeures. Cette délivrance eut lieu dans la dixième année de la mission.

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