XII« ANNÉE DE LA MISSION DU PROPHÈTE
Le premier Serment cVAkaba; Mossab propage l'Islam Médine.
En cette année, la douzième (i) de la mission de N.-S. Mahomet, douze pèlerins (2) venus de Médine se rendirent ensemble au mont Akaba, situé dans lo voisinage de La Mecque.
Après avoir entendu les enseignements du Prophète, ils lui prêtèrent hommage et lui jurèrent :
— D'adorer désormais une seule personne divine, de ne point voler, de ne commettre aucun mensonge ni acte déloyal, de ne point faire périr leurs filles par crainte de la famine et d'obéir à ses commandements. Le Prophète leur affirma : « Si vous tenez ce serment d une manière absolue, le Paradis sera votre partage. Si vous commettez des transgressions, Dieu vous punira et vous pardonnera à son gré, mais il n'y aura point de pardon pour les idolâtres et les infidèles. » On a conservé les noms de ces douze pèlerins. Abadah B. Samat déclara en leur nom : « Nous jurons obéissance au Prophète
(i) Caussin de Perceval place cet événement dans la onzième année de la mission.
(2) Remarquons que ce nombre douze est le même que celui des Apôtres de Jésus. On trouvera à l'aire la même remarque au chapitre suivant.
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d'Allah, dans la prospérité et l'adversité, dans la richesse et la pauvreté. »"
Le Prophète envoya avec eux à Médine (i) Mossab B. Omayrah pour leur enseigner le Koran et les principes de la religion. C'était un jeune homme c|ue ses parents iivaient parfaitement élevé, mais qu'ils persécutèrent lorsqu'ils surent qu'il s'était fait musulman. Il avait partagé la retraite du Prophète dans le Sheb et toutes ses épreuves. Il savait par cœur toute la partie déjà révélée du Koran. D'après les instructions du Prophète, il accompagna les Douze dans leur retour à Médine et y descendit chez Assad B. Zararah. De là il s'en allait visiter les habitants, les exhortait à embrasser la vraie religion et à suivre le droit chemin. Il conféra ainsi à plusieurs la noblesse de l'Islam. Un jour il s'en vint avec Assad B. Kaharah aux quartiers des Béni Azfar et des Béni Abd-ul-Ashal, et en convertit un grand nombre qui s'étaient attroupés autour d'eux. Saad B. Maadh, neveu d' Assad et chef de la tribu, l'apprit et dit à Syd Usyd B. Khazyr : « Assad a amené avec lui un étranger qui détourne du sentier ordinaire nos faibles d'esprit ; par Allah! n'étaient les liens du sang quinous unissent, c'en serait fait de lui. Va et empêche-le de poursuivre cette œuvre ! » Uzyd B. Khazyr s'en alla de ce côté, une javeline à la main. Assad le vit venir et pensa : « Voici un des meilleurs de la tribu ; s'il embrasse l'Islam, il aura beaucoup d'imitateurs. » Arrivé près d'eux, Usyd les interpella : « Pourquoi venez-vous dans nos habitations et
(i) 11 y avait à Médine un grand nombre de Nestoriens el de Juifs préparés à recevoir la doctrine antiidolâtriqnc de Mahomet.
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égarez-vous les esprits faibles? » Assad répondit : « O Abu Yahia (père de Yahia), tu as une haute intelligence et une science parfaite, assieds-toi un instant et veuille bien nous écouter, afin que tu puisses, ou bien être convaincu tout d'abord, ou bien nous faire des objections que nous résoudrons. » Usyd planta sa javeline en terre et s'assit. Après un préambule éloquent, Mossab récita en grande partie le Koran, et invita Usyd à professer rislain.
Déjà Assad lisait dans ses traits sa conversion. H demanda : « Que faut-il faire pour entrer dans Tlslam? — Se purifier, porter des vêtements sans souillure, prononcer le Kalimat (profession de la foi) du monothéisme ; réciter les prières avec deux prosternations. » Usyd fit tout cela et dit ensuite : c< Si des membres de ma tribu veulent suivre mon exemple, personne ne peut les en empêcher. »
Ensuite il vint retrouver Saad B. Maadli.
Celui-ci en le voyant s'exclama : « Je jure que tu ne reviens pas tel que tu étais en me quittant? Qu'as-tu fait ? — Je les ai menacés et empêchés de continuer, mais j'ai appris que la tribu est indisposée contre toi et veut tuer ton neveu Assad B. Zararah, au mépris du traité qu elle a fait avec toi. »
Usyd espérait que cette fable déciderait Saad à se rendre dans la tribu pour défendre son neveu et que là il serait converti par l'Apôtre, comme luimême venait de l'être.
« Tu n'as rien fait », répliqua Saad avec colère, et il prit la main d'Usyd pour aller trouver les deux amis. Quand Assad les vit venir, il dit à Mossab : « Par Allah, avant quïl ait professé l'Islam, je reconnais sur sa figure les marques de la foi. Il est le chef de sa tribu ; s'il se convertit, son exemple
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Tentralnera tout entière. » Alors ce qui s'était passé pour Usytl se répéta exactement pour Saad. Quand la cérémonie de son adhésion à lîslam fut achevée, il retourna dans sa tribu, et d'une voix retentissante :
— Que tous, hommes et femmes, sortent de leurs habitations ; c'est aujourd'hui réunion publique ! Quand tout le monde fut assemblé autour de lui, il interrogea :
— Braves gens ! que suis-je k vos yeux ? Quels sont vos sentiments pour moi ?
— Nous t'obéissons comme au premier et au meilleur de nous tous. Commande ce qu'il te plaira, tes ordres seront notre loi.
Il reprit :
— Je vous interdis à tous, hommes et femmes, de m'adresser la parole tant que vous ne croirez pas en Allah et en la sainte parole de son élu Mahomet !
D'après la clu'onique, il ne resta pas dans la tribu un seul infidèle.
Après ce succès éclatant, Mossab invita avec la plus grande publicité les habitants de Médine à embrasser l'Islam, et ils se convertirent en foule. La plupart des nobles des tribus Aws et Kazraj revêtirent aussi la robe de la foi. Mossab rendit au Prophète un compte détaillé de toutes ces conversions et fut admis par Mahomet à l'honneur du baise-pieds.
L'année qui vit ces événements s'accomplir fut appelée Vannée agréable, à cause des progrès qu'ils firent faire à la Foi.