Dévouement d'Ali
Sachant ce qui allait se passer, l'Elu dit à Ali : « Les idolâtres veulent me tuer. Mets mon manteau (i), couche-toi à ma place et ne crains rien, il ne t'arrivera aucun mal. » Ali obéit. C'est à l'occasion de son dévouement que fut révélé le verset : « Quand ils risquent leur vie pour plaire à Allah, Allah est miséricordieux envers ses serviteurs, etc. » Dieu envoya du quatrième ciel Gabriel et Michel pour préserver Ali de tout mal. Michel prit position à ses pieds et Gabriel à sa tête, et celui-ci s'écria : « Tu n'as pas d'égal, ô Ali! Dieu t'a exalté au-dessus des Anges. » Un martyr a dit :
O Apôtre, j*ai jeté ma tête à tes pieds, hélas! Car ma tête n'est rien par rapport à les pieds.
(i) Aujourd'hui encore les Arabes dorment par terre ou sur des nattes, enveloppés dans leur burnous.
A cette occasion Ali composa des vers dont voici les deux premiers :
En exposant ma vie, j'ai plus mérité qu'en traversant des
[flammes Ou en faisant le tour de l'ancien temple (la Kaaba) et de la
[Pierre noire.
Lorsqu'Ali se fut couché à la place de Mahomet, le Prince sortit de sa maison, récita la Sourate Ya. Sin. depuis le commencement jusqu'aux mots : « Nous avons jeté sur leurs yeux un bandeau, de manière qu'ils ne pussent pas voir » (les huit premiers versets du ch. XXXVI du Koran) (i), prit une poignée de poussière et la jeta à la tête de ces conspirateurs insensés. Chacun de ceux qui en furent atteints tombèrent à la bataille de Bedr et furent précipités dans l'enfer. Le Prophète traversa leurs rangs sans être inquiété ni même vu par aucun d'eux. Quelques instants après quelqu'un les aborda et ayant appris qu'ils attendaient Mahomet, les informa qu'il était sorti, leur avait jeté de la poussière à la tête et s'était éloigné. Ils vérifièrent le fait en se touchant la tête avec la main. Puis, à travers une fente de la porte, ils aperçurent un homme endormi sur le lit de l'Apôtre et dirent : « Voyez Mahomet, qui dort dans son manteau. » Quand ils entrèrent dans la maison pour exécuter leur dessein, Ali sauta du lit. Ils demaiidèrent : « Où est Mahomet ? » Ali répondit ; « Je ne suis point chargé de le garder. Je ne sais où il est allé. »
(i) Dans la traduction Kasimirski : « 8. Nous leur avons attaché une barre par devant et une barre par derrière. Nous avons couvert leurs yeux d'un voile, et ils ne voient rien. » Ce chapitre tout entier est récité comme prière des agonisants ou des morts. Mahomet l'avait appelé « le cœur du Koran. »
Les idolâtres désappointés gardèrent quelque temps Ali en prison ; puis le relâchèrent sur l'avis d'Abu Lahab.