‹ Vie de Mahomet d'après la traditionChapitre 58 sur 89 · Récit d'Aischah sur la fuite · texte numérisé non relu

Récit d'Aischah sur la fuite

La tradition prête à Aischah, fille d'Abu Beckr, le récit suivant :

« J'étais au bain, chez mon père, quand un serviteur nous annonça que l'Apôtre se rendait, la tête couverte (pour ne pas être reconnu) à notre maison où il ne venait pas dliabitude. Mon père s'avança à sa rencontre et lui dit : « Que mes parents soient un sacrifice pour toi (i) qui honores notre maison de ta visite! »

« Je viens pour affaire importante, répondit le Prince ; j'ai obtenu de Dieu la pe)*mission de partir. » Mon père s'écria : « Nous partirons ensemble. »

L'Apôtre dit qu'il y consentait, et entra après avoir reçu l'assurance qu'il n'y avait dans la maison que la femme et les filles d'Abu-Beckr. Celui-ci offrit l'un de ses deux chameaux au Prince, qui l'accepta à la condition de le payer. Nous préparâmes rapidement ce qui était nécessaire pour le voyage et notamment un garde-manger (2) chargé de provisions. Tous deux partirent à pied pour la grotte de Thor après avoir réglé un prix avec AbduUah B. Arbattah pour qu'il prît soin des chameaux et les amenât à la grotte la troisième nuit après le départ.

(î) Compliment et formule d'attestation de dévouement très fréquente dans l'original, mais que nous omettons le plus souvent : « Que mon père (ou ma mère, ou tous deux) soit un sacrifice pour toi. »

(2) C'était une grande pièce de cuir arrangée pour renferxner des vivres.

Dès qu'il fit jour, beaucoup de Koréish s'en vinrent à notre maison, demander où était mon père. J'allai leur dire « que je n'en savais rien ». Alors Abu Jahl me donna sur l'oreille un coup si violent que l'anneau en tomba.

Mon père avait emporté tout ce qu'il y avait d'argent dans la maison, cinq mille dirhems. Mon grand-père paternel qui était aveugle s'alarma du dénuement dans lequel nous allions nous trouver. Pour le tranquilliser, je l'assurai que j'avais mis en réserve une jolie somme et je le conduisis par la main à l'endroit où Abu Beckr serrait habituellement son argent. J'y avais mis du gravier que j'avais recouvert d'une étofte. Mon grand-père la toucha et sentant ce qui était mobile dessous me dit : « Gela suffît. »

Après m'avoir frappé, Abu Jahl s'en alla faire publier dans La Mecque et dans les environs que cent chameaux seraient donnés en récompense à qui ramènerait Mahomet et Abu Beckr, et autant à celui qui servirait de guide pour les atteindre.

Beaucoup de jeunes Koréish, par cupidité, s'armèrent et se mirent a la recherche des fugitifs.

Ali resta à La Mecque encore trois jours après le départ de Mahomet, pendant lesquels il se montra constamment en public pour rembourser des sommes prêtées ou confiées à son oncle par divers. Personne ne l'inquiéta et il quitta La Mecque à son loisir (i).

(i) La colline de Thor est éloignée de La Mecque seu-» Lemeni d'une heure et demie au sud* La grotte située près de son sommet avait été sans doute prise par Mahomet pour refuge, parce qu'il calcula qu'on ne le supposerait et ne le chercherait pas si près, et qu'il pourrait ainsi dépister les poursuivants et ensuite s'éloigner inaperçu»

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Mahomet et Abu Beckr avaient confié a leurs clans respectifs la protection de leurs familles. Elles furent exemptes de toute insulte. On ne songea mêm« pas à les garder comme otages en prévision des attaques qui pourraient être dirigées de Médina contre La Mecque (i).

Appendice au Chapitre 21 faisant suite à celui du Chapitre 20.

Coniirmation des SS. Ecritures par le Koran.

A l'Appendice du Chapitre i5 nous avons constaté que jusqu'à la X^ année de la mission du Prophète, le Koran fait à peine mention du Christianisme et du Nouveau Testament. Les Sourates de la série donnée en Appendice au chapitre 20 renferment déjà sur ce double sujet des détails étendus.

La S. (68), XIX, i à 33 (2), nous donne un récit de la naissance du Christ ; il en existe encore un autre dans le Koran, S. (108), III, révélé à Foccasion de la soumission des Chrétiens de Najran, et ce dernier •(Verset 33 à 54) renferme sur la naissance de la Vierge Marie des détails que TAUemand Gcrock a retrouvés très approximativement dans des Evangiles apocryphes ; l'ensemble de ces deux récits forme celui que nous lisons dans la Bible de V Islam (chap. XXXIX). Comme le lecteur peut se reporter soit à ce

(1) Ces faits i>erinettent de mettre en doute les actes de cruauté contre les Mahométans dont la tradition accuse les Koréishk

(9) Les nombres en chiflfres arabes, placés entre parenthèses avant les n«' en chiffres romains des Sourates dans le Koran canonique et ses traditions, indiquent l'ordre chronologique de ces sourates.

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livre, soit directement au Koran, nous nous dispenserons de réproduire ici les versets qui viennent d'être cités.

En reprochant aux idolâtres de La Mecque leur incrédulité, Mahomet leur avait rappelé la Mission et la Révélation de Jésus et le rejet de celles-ci par les Juifs qui avaient aussi répoussé les autres Prophètes. Ses adversaires lui objectèrent : « Puisque Jésus qui a paru sous une forme humaine est adoré comme un Dieu, est-il absurde d'invoquer des idoles comme représentants du Pouvoir céleste? »

Dieu, par la révélation de la S, (io4), XLIII, v. 56 à 60, répondit : « Jésus n'était qu'un serviteur bien aimé, proposé aux Juifs pour modèle. Si nous le voulions, nous pourrions choisir de même quelquesuns de vous pour en faire des anges sur la terre. »

Tout le reste du Koran maintient cette doctrine, et refuse à Jésus, aussi bien que les Juifs, la qualité de fils de Dieu. La S. (107), IV, une des. dernières de Médine, réfute expressément la Trinité (169ijo)(i).

(i) Ce verset étant un des fondements du dogme musulman, nous croyons devoir en donner, outre l'extrait cidessus, la traduction in extenso, de Kasimirski :

S : IV ; V. 169. — O vous qui avez reçu les Ecritures ! dans votre religion, ne dépassez pas la juste mesure, ne dites de Dieu que ce qui est vrai. Le Messie, Jésus, fils de Marie, est l'Apôtre de Dieu et son Verbe qu'il jeta dans Marie ; il est un esprit venant de Dieu. Croyez donc en Dieu et à ses apôtres, et ne dites point : il y a Trinité. Cessez de le faire. Ceci vous sera plus avantageux ; car Dieu est unique. Gloire à lui : comment aurait-il un iils ? A lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Son patronage suffit. Il suffit d'avoir Dieu pour patron. » {Cela veut dire: Vous, juifs, ne refusez pas de croire à la mission de Jésus, et vous, chrétiens, ne le regardez pas comme Dieu ; renfermezpoiis dans le vrai,)

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« Ne dites pas : « Ils sont trois. » Dieu est un, bien qu'il ait un fils. A lui, tout ce qui est dans les cieux et sur la terre ; et il suffit à tout. Le Messie n'a pas dédaigné d'être le serviteur de Dieu, pas plus que le Chérubin qui veille près de Dieu. »

Dans les premiers jets de son inspiration, le Prophète ne professa d'attache particulière à aucune religion antérieure, excepté peut-être au pur élément du culte national qui se prétendait issu d'Abraham, quoique altéré par l'idolâtrie et la superstition.

Sa mission consistait simplement à rappeler les Arabes au service du vrai Dieu et à la croyance au Jour du Jugement.

Avec le temps, il acquit par ses entretiens avec des amis juifs ou judaïsants quelques connaissances des Ecritures et des Doctrines juives et chrétien* nés. Alors la nouvelle révélation fut annoncée comme une sorte de doublure des « anciens Livres ». Le Koran fut présenté principalement comme une attestation des précédentes Ecritures, une version en langue arabe pour l'édification des habitants de La Mecque et des environs,

Mahomet se retranchait derrière le prestige et

De tous les reproches que les musulmans font aux chrétiens, le plus grave est celui d'être trilhéistes, M. le Comte Henry de Castries, dans VIslam, Impressions et Etudes^ nous donne la mesure du sentiment que leur inspire notre croyance au dogme de la Trinité : a Ils ont dit que Dieu avait un fils et que Mahomet était un sorcier 1 » me répétait invariablement un vieux thaleb de ïlemcen, quand il voulait esquiver une discussion religieuse, etc.. Il prononçait (cette phrase) malgré tout le respect qu'il devait à mon autorité, malgré nos excellents rapports, a\ec une intonation de pitié méprisante, la pitié d'un monothéiste

pour les erreurs d'un idolâtre, etc. »

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rautorité de ces Ecritures, admis dans une certaine mesure par les Mecquains eux-mêmes.

Quand on accusait son Livre d'être forgé avec de vieux contes, sa réplique ordinaire et péremptoire était : « Il n'est qu'une confirmation de la précédente révélation et une leçon en arabe pour les gens d'ici. » La répétition fréquente et solennelle de ces affirmations lui assurait la confiance ou au moins la neutralité des Juifs et des Chrétiens. (Voir les Sourates (64), \LVI, 8 à 12, 29; (81), VI, 90 à 93 et i58; (67), XXXVI, 69 ; (77), XII, 2 et autres passages semblables.)

Mais Mahomet ne pouvait s'arrêter là. Il était le dernier Prophète, donc la Révélation du Koran, quoique de même nature que les précédentes, devait avoir une autorité supérieure et faire loi toutes les fois qu'il plaisait au Tout-Puissant de modifier ses anciennes injonctions (i).

Dans cette nouvelle voie, il y eut deux étapes. Mahomet ne substitua pas d'un seul coup le Koran

(i) Nous avons vu que les docteurs musulmans aduiettent cetle théorie, même pour les révélations du Koran; l'une peut modifier l'autre. C'est la doctrine de l'Abrogation: Dieu û commandé diverses choses qui, dans la suite, ont été « pour de bonnes raisons » abrogées et révoquées. L'Iman Abu Hashem Hebatallah a recueilli dans un volume tous les passages abrogés. Il en distingue trois classes : i® ceux qui ont été complètement abrogés (lettre et sens). — 2° ceux dont le sens seulement est abrogé, quoique la lettre subsiste. — 3® Ceux dont la lettre est abrogée, quoique le sens subsiste. Parmi les premiers, il en est un certain nombre qui se trouvaient au temps de Mahomet dans le Koran, et qui en ont complètement disparu. Parmi les seconds, il faut citer le verset de la Lapidation, dont les termes ont disparu du Koran. Les troisièmes se composent de 226 passages de 63 chapitres (Aba Hesham Hebatallah ; Maracci, etc.).

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aux anciennes Ecritures. D'abord, le Juif dut continuer à suivre sa Loi et en même temps croire au nouveau Testament et à la Mission de Jésus. Le Chrétien dut rester attaché à l'Evangile. Mais Juifs et Chrétiens étaient tenus d'admettre, comme s accordant avec leurs propres Prophètes et Ecritures, l'apostolat de Mahomet et l'autorité du Koran. Il leur est prescrit dans les termes les plus pressants de se conformer à leurs révélations respectives. Les Juifs de Médine sont invités à plusieurs reprises « à Jurer par le Livre » (l'Ancien Testament) et sont prémunis contre le danger de n'accepter qu'une partie de la parole de Dieu et de rejeter l'autre. Plusieurs passages intiment ce même devoir à la fois aux Juifs et aux Chrétiens : S. (109), V, 5o à 67, 64, 68, 70, 72; S. (108), m, 58 à 66.

Ainsi les précédentes révélations devaient en bloc être reçues comme la parole de Dieu, par les fidèles de toute secte ; l'Ancien et le Nouveau Testaments devaient servir directement de guide et de règle, respectivement aux Juifs et aux Chrétiens et à Mahomet lui-même pour juger les diflérends entre coreligionnaires. Sur les points contestés et douteux, le Koran devait être admis par tous les hommes comme oracle infaillible.

Conformément à cet éclectisme, nous trouvons que Mahomet, bien avant l'Hégire, avait professé dans le Koran la doctrine qu'une Grande Foi Universelle (dans le temps et l'espace) embrassait tous les âges et révélations (S. (88), XVI, 121 à 124) en se liant à cette autre croyance, également universelle, que chaque peuple avait eu son Prophète (Sourates : (83), XXVIII, 59; (85), XXII, 43 à 56). Cette foi, dans sa forme la plus pure, est celle du Patriarche

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Abraham. Cette religion primitive (i), modifiée à chaque nouvelle clispensation, par des rites accidentels, comprenait comme traits essentiels : la croyance en un seul vrai Dieu, le rejet de toute idolâtrie ou culte de médiateurs participants au pouvoir et à la gloire de la Divinité, et «r la soumission implicite {intérieure) à la colonie de Dieu » (définition de Flslam); d'où vient qu'Abraham a été appelé : a Le premier Musulman. » Mahomet a eu pour mission de rappeler à cet Islam primitifs Thumanité tout entière ».

Quant à l'essence même de la Religion, qui est la Vérité éternelle, elle demeurera toujours immuablement la même.

Chacune des Révélations qui se sont succédées a été bientôt méprisée par ses sectateurs. Ils ont promptemeut mis à l'écart les purs éléments formant la base de la dispensation divine et exagéré ou faussé des rites qui n'étaient que secondaires et extérieurs. En altérant les doctrines, ils ont transformé la révélation en malédiction. Ils se sont divisés en mille sectes « chacune s'exaltant dans ses opinions propres et s'isolant dans l'intolérance et la haine. »

Les disputes ont obscurci la vérité au point d'en rendre la recherche très difficile et incertaine. Les Juifs et les Chrétiens se sont accusés mutuellement. Une secte adorait la mère de Jésus avec lui-même; une autre ne les considérait tous deux que comme des créatures. Il plut au Tout-Puissant de tirer l'humanité de ce labyrinthe de confusion et d'erreur.

(2) Sourate II, 209 : Les homaies formaient autrefois une seule nation. Dieu envoya les Prophètes chargés d'annoncer et d'avertir, etc.

Mahomet a été choisi pour cette grande et suprême mission; l'autorité de son jugement a été imposée au-dessus de toute autre. Ainsi s'exprime la 8.(76), XLII donnée à La Mecque, versets 11 à 14 :

(Dieu dit.) « 11 vous a ordonné la Foi qu il avait commandée à Noé ; c'est celle que nous (Dieu) t'avons révélée, la môme que nous avons commandée à Abraham, à Moïse et à Jésus en disant : Recevez la Foi et ne vous divisez pas.

Et ils ne se sont divisés ensuite que par l'eiret d'inimitiés entre eux. Si la parole de Ditm qui fixe le châtiment à un terme marqué, n'avait pas été prononcée, leurs différends auraient déjà été décidés. Certes ceux qui ont hérité des Saintes Ecritures après eux sont dans le doute au sujet de celles-ci.

Rappelle-les donc à cette religion (la Foi univer selle) et reste ferme dans ce qui t'a été commandé ; ne cède point à leurs désirs et dis : Je crois à toutes les Ecritures que Dieu a révélées; j'ai reçu l'ordre de prononcer entre vous justement. Dieu est votre Seigneur et le nôtre. Nos œuvres nous seront comptées et à vous les vôtres (pour le salut). Il n'y a aucun motif de contemption entre vous et nous. »

Dans cette période intermédiaire, le salut n'était point l'apanage des seuls Musulmans ; il n'était refusé qu'aux Idolâtres.

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