Incidents du voyage
Pendant la troisième nuit que TApôtre passa dans la grotte de Thor, Abdullah B. Arbattah, de la tribu de Dylami amena, selon sa promesse, les chameaux à l'entrée; et Aamer B. Fahyrah y arriva aussi. Mahomet et Abu Beckr montèrent sur un chameau ; Abdullah et Aamer sur l'autre. Ils suivirent pour se rendre à Médine un chemin qui les rapprochait de la mer (2), et ne firent halte que quand la chaleur du jour les y força. Abu Beckr arrangea à l'ombre des rochers une couche sur laquelle le Prophète dormit. Il le réveilla pour boire du lait qu'il se fit donner par un berger, et pour repartir avec leurs compagnons.
Tous les biographes prêtent à Surakah B. Malek le récit suivant :
« Après que les Koréish eurent fait annoncer dans notre tribu la récompense promise à qui leur rame nerait Mahomet et Abu Beckr, je me trouvais au milieu d'un groupe quand un homme vint dire qu'il avait aperçu, suivant le bord de la mer, des voyageurs qu'il soupçonnait être Mahomet et ses compa-
Mahomet avait dressé à voler autour de sa tête. Ils supposaient que c'était ainsi que le Prophète recevait en j>arlie les révélations d'en haut.
(i) Parce qu'elles détruisent les moucherons, fléau des pays chauds. Les Grecs respectaient Arachné à cause de son industrie. Peut être ce respect leur venait- il de TOrient.
(a) Pour se rendre du mont Thor à Médine, les fugitifs passèrent par Bat-al-mar, Ossân, Khadaïd, etc. [Ibn lahac).
gnons. Je soutins, bien que je susse le contraire, qu'il se trompait et que j'avais moi-même vu passer ces personnes. Je continuai encore quelques instants Tentretien commencé, puis je me rendis dans ma tente ; je pris ma lance, montai à cheval et m'élançai sur les traces du Prophète. Au moment où j'allais l'atteindre, les jambes de mon cheval s'enfoncèrent tout à coup dans le sable.
Les voies de ce monde corrompu sont si mauvaises, Qu'on est tantôt en selle, tantôt par terre I
Je mis pied à terre et dis à Miahomet : « Je sais que cet accident m'arrive par toi. Adresse à Dieu une prière pour m'en sauver. Je te promets de faire retourner tous ceux qui viendront à ta poursuite. » Le Prophète éleva la voix : « O Dieu, s'il est sincère, dégage son cheval î » Immédiatement les jambes du cheval sortirent de terre et ses pieds reposèrent à la surface du sol. Je fus alors convaincu que la fortune du Prophète atteindrait au faîte, et qu'il triompherait de ses ennemis. En conséquence, je lui offris des provisions et des marchandises. Il les refusa et me demanda seulement de garder le secret sur notre rencontre. Je lui demandai pour l'avenir la promesse de la vie sauve. Aamer l'écrivit sur un morceau de cuir qu'il me remit. Je m'en retournai et affirmai à tous ceux qui poursuivaient le Prophète, que j'avais exploré tous les chemins sans découvrir aucune trace de lui (i). »
(i) Cette aventure de Surakah est rapportée un peu difîéremment par Al Jannahi,
Surakah, ayant été tiré une première fois de sa fâcheuse situation, grâce aux prières du Prophète, voulut en profiter pour se jeter sur son bienfaiteur et le tuer. Il fut immobilisé (tomba) une deuxième fois. Alors le Prophète pria
On rapporte qu après la bataille d'Honeïn, Surakah vint trouver le Prophète à Jagrahnat et fut admis à l'honneur du baise-pieds; il montra son écrit à Mahomet qui le félicita sur sa conduite et et enfin il embrassa l'Islam dans cette ville.
Chemin faisant, les fugitifs s'arrêtèrent quelques instants à la tente d'Omm Moabdah, vieille femme qui d'habitude donnait aux voyageurs tout ce qu'elle pouvait pour les sustenter. La récolte des dattes ayant été nulle dans cette année sans pluies, elle ne put rien offrir au Prophète ; celui-ci touché de ses regrets et de son dénuement opéra un miracle qui fut immédiatement annoncé aux habitants de La Mecque.
Dans le sanctuaire, la voix retentissante d'un héraut invisible déclama à la louange de Mahomet une poésie qui se terminait ainsi :
« Omm Moabdah avait une pauvre brebis décharnée, exténuée par la faim ; de sa main bénie l'Apôtre la toucha comme pour la traire et, sur le champ, elle donna du lait. Chacun en but et il en resta une forte provision à la vieille femme. »
A la suite de ce prodige, Omm Moabdah et son
encore pour lui, et, le regardant fixement : « O Surakah, comment te tiendras-tu un jour, lorsque tu auras mis les bracelets de Kosru ? »
En l'an i5 de l'Hégire, le Khalife Omar ayant vaincu à Kadésie le dernier roi Sassamide de Perse, Yezdergeb, se fit apporter les joyaux de ce monarque, parmi lesquels se trouvaient les colliers, les bracelets, le baudrier, etc. de Chosroès Parviz. Le Khalife alors appela Surakah, qui, depuis, était devenu musulman, et lui ordonna de se revêtir de ces ornements (peut-être pour voir quel effet ils produisaient). Les musulmans, se rappelant les paroles que le Prophète avait prononcées durant l'Hégire, s'adressant à Surakah, en conclurent que Mahomet avait eu le don de prédire l'avenir.
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mari embrassèrent Tlslam. La brebis que le Prophète avait traite vécut encore dix-huit ans, donnant du lait chaque jour matin et soir. Elle mourut sous le khalifat d'Omar, Tannée a de la destruction du bétail. »
Burydah B. Alkhadzib, poussé par le désir de gagner la récompense promise par les Koréish, s était mis lui aussi à la poursuite de Mahomet, avec soixante-dix hommes de sa tribu, et parvint à le rejoindre. Le Prophète lui demanda :
— Qui es-tu ?
— Burydah B. Alkhadzib.
Comme il avait l'habitude de tirer des présages des noms, il jeta un regard à Abu Beckr avec ces mots : « Avance ! notre affaire a bien tourné et se termine heureusement. » Puis il reprit :
— De quelle tribu cs-tu ?
— Des Omm Salmah.
Mahomet dit à Abu Beckr : « Nous sommes hors de danger, nous sommes saufs. »
Puis s adressant à son interlocuteur ;
— De quelle nation es-tu ?
— Des Béni Saham.
Le Prophète observa :
— Tes Uèches sont épuisées (i)?
(i) C'est sans doute une allusion à la divination par les flé' ches. Elle existait du temps de rignorance ainsi qu'un jeu de liasard avec des flèches. Pour la divination, on prenait trois flèches ; sur l'une, on écrivait : « DieuU'ordonne », sur la seconde : « Dieu le défend », on n'écrivait rien sur la troisième. Puis on mêlait les trois flèches dans un carquois et l'on en retirait une au hasard* On exécutait ou non un projet suivant que la flèche sortie l'ordonnait ou le défendait. Si elle était muette, on recommençait la consultation.
Le jeu est défendu par le Koran.
Charmé de Tassiirance du fugitif et de son langage séduisant, Burydah lui demanda :
— Qui es-tu ?
— Je suis Mahomet B. Abdullah, l'Apôtre de Dieu.
Alors Burydah déclara :
— J'atteste qu'il n'y a de Dieu qu'Allah et que Mahomet est son Prophète. »
Ses soixante-dix compagnons confessèrent également la foi. Burydah passa la nuit avec le Prophète et le matin il lui dit : « O Apôtre, il ne faut pas que tu entres à Médine sans être précédé d'une bannière. » Alors il déroula son turban, le fixa au bout d'une lance et prit à cheval la tête de la petite troupe.
Le Prophète lui prédit qu'un jour, il s'établirait dans une ville du Khorassan. En effet, après la mort de l'Apôtre, il partit avec une troupe de Musulmans pour faire la conquête de Merva, et il mourut dans cette ville.
Ttolhah B. Abdullah, cousin d'Abu Beckr qui revenait d'un voyage de commerce en Syrie, rencontra le Prophète avec ses compagnons. Il lui donna ainsi qu'à Abu Beckr des vêtements blancs et voulut les accompagner jusqu'à Médine. Mais Mahomet exigea qu'il retournât à La Mecque, pour en repartir ensuite publiquement, de telle sorte que sa volonté de s'exiler fut bien manifeste.
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3. Séjour à Kobba; Conversion de Salman Al Farsi ; Fondation de la première Mosquée ; Arrivée du Prophète à Médine.
Mahomet et ses compagnons arrivèrent enfin à Kobba, bourgade située à deux milles environ, au Nord-Ouest de Médine.
Le Prince, désirant s'y reposer des fatigues du voyage, avant de faire son entrée à Médine, s'en fut loger chez un notable nommé Kalthum B. Al Hadam. Là, il reçut la visite d'un personnage de distinction, 8alman Al Farsi (ou le Persan), qui était venu de Perse exprès pour le voir. C'était le fils du gouverneur d'Isfahân, et il avait dans sa jeunesse abjuré le ipagisme pour embrasser le christianisme ; mais pendant un voyage qu'il fit eu Syrie, un moine d'Amûria lui conseilla de passer en Arabie, où devait paraître un Prophète qui rétablirait la religion d'Abraham, et qu'il reconnaîtrait au Sceau de la Prophétie. Salman Al Farsi, passant par Kobba reconnut ^onc Celui qu'il cherchait, et il embrassa la vraie Foi (i).
L' Apôtre profita de son séjour à Kobba pour jeter dans ce village les fondements de la première mosquée, qu'il appela la Mosquée de la Crainte de
(î) Si l'on en croit certains commentateurs, ce Salman serait celui auquel il est fait allusion dans le Koran : XVI, io5. Nous savons bien qu'ils disent : Un homme Cinstruit^ etc.f verset donné pour répondre aux calomniateurs qui accusaient Mahomet de donner comme la révélation divine des doctrines apprises d'étrangers. La conversion de Salman à Kobba est rapportée par Abulféda, Ibn Ishac, Al Jannabi, etc. Salman mourut en Tan 35 de l'Hégire, gouver* neur de Madaîn en Perse, pour le Khalife Omar,
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Dieu. C'est à ce temple que le Koran fait allusion : ch. IX, 109 (i).
Ce fut un vendredi, le seizième jour du mois de Rabi, que le Prophète quitta Kobba et fit son entrée à Médine (2).
(1) D'autres auteurs disent que Mahomet inaugura cette mosquée (qui était par conséquent déjà construite), et que ce fut dans ses murs que le Prophète dit pour la première fois les prières dans une mosquée. Suivant d'autres, elle n'aurait été bâtie qu'à une époque ultérieure, par les enfants d'Amru B. Aws.
(2) 16 juillet 622 de J.-C.