‹ Vie de Mahomet d'après la traditionChapitre 61 sur 89 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

AN I DE L'HÉGIRE (1) (16 juillet 622 au 4 juUlet 623).

I. Mahomet entre triomphalement à Médine et y élève une Mosquée. — 2. Les Juifs des environs de Médine. — 3. Règlement du culte; Noces d'Aïschah. — 4* Assainissement de Médine ; Fraternités entre les Mohajers et les Anssars — 5. Appendice.

1. Mahomet entre triomphalement à Médine et y élève une Mosquée.

Ce fut lin vendredi que le Prophète se rendit de Kohba à Médine. Depuis qu'on y savait son départ de La Mecque, les habitants venaient tous les jours Tattcndre à l'ombre des rochers qui sont en dehors de la ville, jusqu'à ce que le soleil les en chassât. Le premier qui, de loin, le vit venir vêtu de blanc, fut un Juif qui était par hasard sur un monticule avancé (2). Il s'exclama :

« Le bonheur après lequel vous soupirez vous est échu ! »

Les Musulmans accoururent au devant du Pro-

(i) On sait que l'ère musulmane commence à la fuite de Mahomet à Médine ou Hégire, soit le iC juillet 622, de Tère clirétienne qui commence à la naissance de Jésus-Christ. On dit 622 après J.-C. ou 622 A. D. anno domini). Voir Appendice au présent chapitre : 1, h'Hégire véritable et VEre de V Hégire,

(g) Selon d'autres : sur une des tours (?J de la ville.

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phète jusqu'au sommet du monticule. Tout le jour, les tambours battirent, la foule claquait des mains en criant : « Allah est grand, TApôtre de Dieu est arrivé ! » Quand il fut proche de la tribu d'AmruB. Awuf, une troupe de jeunes filles lui fit cortège en chantant : it Nous sommes les filles des Béni Bukbary, les guerriers 1 les amis de Mahomet ! » Et le Prophète de répéter : « Dieu sait que je vous aime! » Arrivé aux Béni Salem B. Awuf, il adressa aux néophytes cette pieuse allocutioh : « Louange et gloire à Allah ! J'implore son aide. J'invoque son pardon et je reçois de lui la Foi. Je déteste les ingrats. J'atteste un Dieu unique dont Mahomet est le serviteur envoyé pour répandre la lumière. Beaucoup de temps s'est écoulé depuis le dernier Prophète ; la vérité s'est perdue, lliérésie s'est multipliée et la résurrection est proche. Celui qui obéit à Dieu et à son Prophète suit la bonne voie ; celui qui leur désobéit va à la perdition. Adorez Dieu ! la chose la plus excellente est l'Islam (la résignation à sa volonté). Quiconque rapporte au Seigneur ses actes connus ou secrets échappera à l'adversité et prospérera. En conséquence, faites le bien comme vous le fait le Très-Haut. Détestez ses ennemis et faites pour lui la guerre sainte, parce qu'il vous a élus et promus Musulmans ; et il n'y a de force que celle qu'il donne. Pensez souvent à Lui et sachez quen cela consiste le bonheur de ce monde et de ratt<re(i). Accomplissez des actes qui vous profitent

(i) Cet enseignement est évidemment chiite plutôt qu'orthodoxe, surtout la phrase souli^^^née, qu'admettent les mystiques de toute religion. Il est remarquable que, dans cette allocution^ il ne soit question ni du paradis ni de Tenfer. Elle ne contient, de spécial au mahométisme, que la guerre sainte.

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après moi (quand j'aurai disparu). Imt)loreï la Grâce d'Allah et sachez que la Grâce vieiit de lui ! »

Quand le Prince fit son entrée dans Médine, les nobles et chefs des tribus prirent toUr à tour la bride de sa chamelle, chacun le priant de descendre chez lui. Il leur dit : « Lâchez cette bride, Tanimal sait qu'il doit aller où il lui plaît. » La chamelle s'arança jusqu'à l'endroit où s'élève la Mosquée actuelle, et là elle s'agenouilla. Dans ce lieu se trouvait un espace non clos appartenant à Sahal et Sahyl, fils d'Amru, deux orphelins soUs là tutelle de Assad B. Zarârah.

Quand la chamelle s'y arrêta, l'Elu s'écria : « S'il plaît à Dieu, nous resterons ici ! » Mais l'un des Anssars le supplia de venir à son habitation, en laissant là sa monture, qui paraissait obéir à un ordre d'en haut. La chamelle se releva alors, fit encore quelques pas, puis s'agenouilla de nouveau et ne voulut plus se relever. Abu Ayûb, un Anssar, persuada au Prophète de descendre en ce point qui était le plus rapproché de toutes les habitations, et il emporta le bagage de Mahomet dans sa maison. Le Prince demeura onze mois chez ce fidèle.

Les gens de Médine le reconnurent solennellement pour leur chef temporel et spirituel. Tout d'abord il acheta aux orphelins le terrain où sa monture s'était arrêtée la première fois (i), le fit niveler et y fit creuser les fondations d'une mosquée que ses amis construisirent, apportant eux-mêmes

(i) Suivant d'autres auteurs, ce terrain ajipartenait à des orphelins de la tribu des Béni Al Najjar, Une des plus considérables de Médine. Les unâ disent que les propriétaires de ce terrain supplièrent le Prophète de l'accepter gratuitement ; les autres, que Abu Beckr en paya le prix à qui de dvoit (dix deniers d'or, suivant Caussin 4© Perceval)»

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les matériaux. Il prit part en personne au travail, en disant : « O Allah, ri n'y a pas d'autre richesse que celle de l'antre monde. Sois miséricordieux pour les Anssars et les Mohûjers (i). »

Un des travail lein»s, Ammar B. Yàser, portail un nombre double de briques et chantait un refrain de l^lûme contre les spectateurs oisifs. Un de ceux-ci le menaça de son bâton. Mais le Prince loua Ammar, essuya la sueur de son front et maudit celui qui voulait le frapper.

En même temps que la Mosquée, le Prince bâtit sa propre demeure, qui y était contiguë, puis une maison pour chacune de ses deux épouses Sovvdah et Aïschah, qu'il se fit amener de La Mecque. La première fut, pendant trois à quatre ans après la mort de Khodaijah, la seule épouse avec laquelle Mahomet eut des relations.

Aïschah était accompagnée de sa sœur Asma (toutes deux étaient filles d'Abu Beckr). Celle-ci accoucha cette année même et les Musulmans s'en réjouirent, parce que les Juifs se vantaitmt d'avoir jeté sur leurs femmes des sorts qui les rendraient stériles.

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