‹ Vie de Mahomet d'après la traditionChapitre 63 sur 89 · Règlement du culte. — Noces d'Aïschah · texte numérisé non relu

Règlement du culte. — Noces d'Aïschah

Cette année fut établi l'usage de réciter les oraisons avec deux prosternations, qui ensuite furent portées au nombre de quatre ; cependant on ne changea rien aux prières du matin et du soir (2). On conféra à Bellat l'office de Mueddhin ; on avait reconnu la nécessité d'observer quelque ordre les vendredis et dans les réunions et les prières des fidèles. Pour les appeler à la prière, on ne voulut

(i) « Le moment où commença le triomphe de Mahomet fat peut-être le temps le plus diflicile de sa vie ; il avait besoin de la plus grande circonspection pour ménager tous ses prosélytes. Obligé de traiter avec autant d'affection ceux qui avaient embrassé sa cause par intérêt, que ceux qui l'avaient fait par dévouement, mis en demeure, par des questions insidieuses, de prouver la vérité de sa mission, toujours en vue, il lui fallait satisfaire tout le monde sans oublier un instant son rôle. A tous moments on venait lui demander conseil et il devait avoir sans cesse sur les lèvres des versets de son livre divin, pour indiquer les règles de conduite qu'imposait la nouvelle religion.

Tous ses actes étaient contrôlés. Sa vie publique, commentée par tous, ne devait laisser percer aucune contradiction, etc.. Sa vie privée n'était un secret pour personne, et ses faiblesses étaient aussitôt dévoilées, etc. (Sédillot : Histoire générale des Arabes ; t. I).

(2) Voir l'appendice à la suite du présent chapitre.

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ni sotiiler de la trompette comme les Juifs, ni faire résonner une crécelle comme les Clirétiens, ni allumer un feu comme les Zoroastriens. Sur Tavis d'Omar, on adopta un hérailt ou crieur, le Muëddliin. « Mahomet ne savait quel moyen adopter, lorsqu*un Khazraz, Abdallah B. Zayd, lui proposa la voix humaine et une formule d'annonce, Edhân, qui lui avait été indiquée dans un songe. » (Gaussin de Perceval : Essai sur V Histoire des Arabes ; t. lîl).

Chacun faisait à son gré, seul ou avec d'autres, à la maison ou à la Mosquée, les prières de tous les jours.

Mais le vendredi à midi, il y avait dans la Mosquée une sorte d'office public auquel les croyants étaieht tenus d'assister à défaut d'excuse légitime. La prière ordinaire était alors suivie d'une allocution, ou sermon prononcé par Mahomet, et habilement approprié aux circonstances et aux sentiments de son auditoire. Il donnait aitisi libre carrière à son éloquence, et, par le retour régulier et fréquent de Ses exhortations, affermissait son influietice et cotisolidait rislatn.

Le choix du vendredi ne fut point dicté par un antagonisme religieux, bien au contraire. De même que tous les jours musulmans consacrés, il se distingue du sabbat juif eti ce sens qu'il n'est point un jour de repos absolu et que, une fois le devoir religieux accompli, chacun retourne à ses affaires (i).

Mahomet pouvait espérer que ce jour là les Juifs

(i) L'aspect d'une ville musulmane ne change pas le vendredi, et partout où il n'y a pas de Mosquée, le vendredi est un jour de travail comme les autres de la semaine. Pour TArabe, le jour de repos ou de fête relatif est le Jour du marché ou de la foire*

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de Médltie ttssisteraletit à son service religieux qui Été lîoitipoisait comme le leur de là prière, de la lecture des Ëcritures et d*un sermon. Gomme un Juif gdiivftit^ d'après la doctrine admise par Mahomet à cette époque, être un bon Musulman en suivant les préceptes de Moïse, il y eut alors très vraisemblablement des Israélites qui fréquentaient à la fois la Mosquée et la Syna^fogue (i).

Ibn Hisham et \Veill, dans leurs biographies de Mahomet citent des rabbins qui furent ignominieuëëtnent chassés de la Mosquée. La Synagogue était fréquentée par Mahomet lui-même et ses adhérents.

Dans une de ces visites, dit Hisham, les Juifs demandèrent à Mahomet qui les exhortait à embrasser rtslàm :

— Quelle est ta foi ?

^ La foi d'Abraham.

'-^ Mais Abraham était juif.

-^ Non, Abraham est antérieur au judaïsme.

^ Consultons la Thorah (l'Ancien Testament) ; qu'il prononce entre nous. C'est alors que fut révélé le verset lia de la s. III, que voici : « N'as-tu pas VU ceux qui ont reçu une portion des Ecritures,

(i) Mais lés phis grandes difDeUUés venaient des juifs. Loin de leur être hostile, Mahomet cherchait au contraire à les gagner. 11 avait toujours reconnu l'origine divine de leut religion ; ddtis lë but de pi'Ouvet' ses titres du nottt du Pi*ophêtë, il avait constaitittient invoqué leurs livres saints ; Ses fêieSf ses jeûnes, ses rites religieux, il les avait pris d'eux...

Ôre^, Mahomet voulait leur montrer autant de condeseetiilatiée qtie possible, pourvu seulement qu'ils le fecon- UUsseat Comme prophète. . .

Dans les premiers temps les deux partis se supportaient fort bien: des musulmans visitaient la synagogue, et des juifs la Mosquée (Dozy : Histoire de V islamisme / ch. Ili).

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(les juifs) recourir au Livre de Dieu, pour qu'il prononce dans leurs différends, et puis une partie d'entr eux tergiverser et s'éloigner ? » (Trad. Kasimirski). (Voir aussi dans Hisham la visite d'Abu Beckr à la Synagogue.)

L'appel à la Mosquée se faisait : pour la prière publique, pour l'annonce d'une nouvelle importante, comme celle d'une victoire, ou pour la proclamation d'un ordre général, tel que celui de partir en guerre.

On installa dans la Mosquée une chaire pour le Prophète, près du mur du sud, à la place même où elle se trouve encore aujourd'hui.

Il y monta pour la première fois un vendredi et, le visage tourné vers la Kaaba, il poussa un Takbir retentissant, que répétèrent les fidèles. Puis il s'inclina pour prier, sans regarder les assistants. Enfin il descendit à reculons et arrivé au pied de la chaire il se prosterna dans la direction de la Kaaba. Il répéta cette cérémonie et lorsqu'il eut fini la prière, il se tourna vers l'assemblée et dit aux croyants qu'il venait de montrer par son exemple la manière de prier. Kaleb el Wackidi qui décrit ainsi cette inauguration, nous apprend la manière dont se faisait le service du vendredi.

Après avoir gravi les trois marches de la chaire, l'Apôtre adressait à l'assemblée le salut de paix ; puis il s'asseyait dans la cliaire et Bellât jetait d'une voix forte l'appel à la prière. Après les prosternations prescrites et la récitation du Koran, Mahomet prononçait deux allocutions en s'asseyant deux fois. Il accompagnait ses instructions de gestes de la main, l'index levé. Les auditeurs, les yeux et le visage tournés vers lui, l'écoutaient attentivement et, quand il avait fini, s'unissaient dans un Amen universel. En partant il s'appuyait sur un bitton du bois dont on

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fait les arcs. Dans ces occasions il portait un manteau d'une étoffe rayée de l'Yémen, de six coudées de long, jeté sur ses épaules, et par dessous, une ceinture de beau drap d'Oman, de dimensions plus petites que le manteau. Il ne revêtait ces ornements que le vendredi et pour les deux grandes fêtes. Après chaque office, ils étaient repliés et soigneusement rangés.

Mahomet investit sa chaire d'une grande sainteté. Tous les serments juridiques se faisaient en son nom. La prendre faussement à témoin du fait le plus insignifiant était un crime puni de l'Enfer.

Cette année le Prophète consomma avec Aischah, parvenue à l'âge de neuf ans, le mariage consacré trois ans auparavant. Elle a raconté qu'alors, sa mère l'amena à Mahomet, qui était assis sur un lit dans une maison appartenant à Abu-Beckr. On la njit sur les genoux de l'Apôtre en disant à celui-ci : « Apôtre de Dieu! voici ta femme. Que Dieu Très Haut fasse d'elle ta félicité et de toi la sienne ! » Et l'on se retira (i). Mahomet était alors si pauvre qu'il n'y avait dans la maison pour tout potage qu'une cruche de lait.

Asma a raconté : « A la noce d'Aischah il n'y eut d'autre mets qu'un pot de lait. Mahomet après en avoir bu le tendit à Aischah. D'abord elle n'osait pas le prendre ; puis, sur mon incitation et par convenance, elle y trempa les lèvres. Le Prophète me demanda alors : « Est-ce que Aischah ne t'offre pas de lait? » Je répondis : « Je n'ai pas envie d'en boire. » Il reprit : « Est-ce que tu veux avoir faim et mentir tout ensemble ? » Je répliquai : « On peut, tout en ayant faim, ne pas aimer un aliment. »

Ci) Cérémonie dont la simplicité n'a d'égale que celle du repas de noces (jui la suivit»

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Par ses qualités aimables et son intelligence, Aischali eut un grand ascendant sur Mahomet pendant toute sa vie.

Le Prophète fit observer en cette année le jeûne Aashûra que les Juifs ont institué en commémoration de Tengloutissement de Pharaon et de son armée dans la mer Rouge.

4. Assainissement de Médine; Fraternités entre les Mohajers et les Anssars.

Au temps de Tignorance, le climat de Médine était très malsain, à cause de la stagnation et du manque d'écoulement des eaux. La fièvre et souvent la peste y sévissaient au point que tous les étrangers fuyaient la ville et bray aient comme des ânes pour n'être point atteints.

Or, en cette année, la plupart des Mohajers en furent atteints, entre autres Abu Beckr, Omar, Amar et Bellât. Pendant leur maladie, ils récitaient des complaintes entremêlées de malédictions contre les Koréish, auteurs de leur exil. Alors l'Elu de Dieu tourna sa face vers le Qiblah de la prière et dit : « O Allah! fais-nous aimer Médine autant et plus que La Mecque. Rends-la salubre pour nous et trans portes-en les chaleurs à Jaffa. » Dieu exauça cette prière.

Cette année encore le Prophète noua le lien de fraternité (i) entre des Anssars et des Mohajers, entre Abu Beckr et TAnssar Kharjah B. Zayd,

(i) Analogue à runion des jeunes Thébains deux par deux au temps d'Ëpaminondas.

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TAnssar Solmah et Ttolhah B. Abdullah, etc., ce qui foHiia soixante-sept couples d'amis (i).

n y eut aussi deux couples composés uniquement de Mohajers. Les deux frères de chaque eouple devaient se porter aide mutuellement et hériter Tun de l'autre (2).

Le Prophète lui-même se choisit un frère parmi les Mohajers : ce fut Ali.

On raconte que Mahomet dit à Ali : « Nous sommes frères dans ce monde et dans l'autre. »

En même temps, comme pour dédommager les Anssars de n'avoir pas choisi son « fi'ère » dans leurs rangs, il se déclara Nakib des Béni Najjar, à la place d'Assad B. Zararah, qui venait de mourir (3).

(i) Voici, d'après Abulféda, et d'autres auteurs, les principaux couples que forma le Prophète :

Mohajers : Anssars.:

Abu Ceckr et Khayah B. Zayd.

Abu Obeida B. Al Jarab et Saad B. Moad,

Ornai* B. Al Khattab et Othbam B. Maleô.

Abd-ul-Rhatnan B. Awf et Saad B. Al Rabi.

Othman B. Assan et Aws B. Thabet.

Ttolhah B. Obeidallah et Caab B. Mâlec.

Saïd B. Zeid et Obba B. Caob.

Un autre couple fut tbritié de Salman, le persan dont tioùs avoUâ précédemment parlé, et de Abu-DerdA, un Khazraz. Gaussin de Perceval dit de ce personnage que « ayant voyagé en Mésopotamie et en Syrie, et s'être instruit dans la connaissance des Ecritures Saintes, il fut fait captif par des Arabes de la tribu de Kelb, et vendu comme fesclavë à un juif d'Yathrlb (Médine). Il se présenta à Mahomet, le reconnut pour Prophète et obtint de lui les moyens de racheter sa liberté. » Ce récit de Thistoire de Salnian diffère de cehii que nous en avons donné, p. 290.

(2) Le dernier engagement était la destruction de la famille.

(3) Gaussin de Perceval ; Op. cit. Xafcib : un des douze (principaux).

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Ce lien de fraternité subsista jusqu'après la

bataille de Bedr. Il fut alors aboli par la révélation

du verset :

« Les parents doivent s'aimer entre eux, etc. » Et les successions furent réglées d'après les

degrés de parenté ainsi qu'elles le sont dans le

Koran.

Appendice au Chapitre 23.

I. L'Hégire véritable et l'Ère de l'Hégire. — 2. Comment on prie dans Tlslam.

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