Le Qiblah de la Prière
Dans le mois de Shaaban de la seconde année de l'Hégire (le premier de ce mois fut le 28 janvier 624) le jeûne du Ramadan fut rendu obligatoire, avec les aumônes k la fin. Pour la fête qui termine le jeûne, le Prophète s'en alla au désert et y présida la prière d'une grande assemblée des croyants.
Par l'institution du Ramadan, Mahomet se séparait de plus en plus des Juifs et de leurs rites (i).
« Les juifs en général n'avaient accepté que par crainte l'alliance de Mahomet; ils furent toujours ses adversaires. Leurs docteurs ne cessaient d'argumenter contre lui ; ils cherchaient à l'embarrasser
(i) On a vu par ce qui précède que les relations entre juifs et musulmans avaient été au début, en apparence du moins assez cordiales, grâce à la finesse et à l'esprit de conciliation de Mahomet.
Cela ne devait pas durer longtemps.
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par des questions insidieuses, et à ébranler la loi des musulmans » (i).
« Mais bientôt il devint visible qu'il y a une grande diflërence entre le mosaïsme et lïslamisme ; les juifs ne consentaient pas à concéder que la venue de Mahomet fût annoncée dans leurs livres saints, et Mahomet qui voulait précisément qu'ils reconnussent ce point-là, s'aigrit de plus en plus à cause de leur obstination sous ce rapport ; si bien qu'il les flétrit dans ses révélations comme les dignes descendants de ceux qui avaient murmuré contre Moïse, tué leurs prophètes et rejeté leur messie. Il ne fut plus question de la condescendance et de l'imitation d'autrefois ; au lieu de Jérusalem, La Mecque redevint le Kibla ; au lieu des jeûnes des juifs, on établit le jeûne du mois de Ramadhan, et les rapports des deux partis devinrent si tendus, qu'il fallait bientôt s'attendre à un éclat. » (2).
Cet éclat devait consister dans la rupture de Mahomet avec les pratiques juives ; et cette évolution si nette ne fut pas, paraît-il, du goût de tout le monde ; en effet, « Jalaoddin nous apprend que plusieurs de ses disciples l'abandonnèrent (Mahomet) scandalisés de son inconstance » (3).
Mais les mécontents durent être en assez petit nombre, car la plupart des nouveaux musulmans étaient sincèrement attachés au Prophète.
Une des conséquences de la rupture avec les juifs fut, qu'en cette môme année, la Kaaba fut désignée polir être le Qïblah (4) des croyants.
(I) CausBin de Percerai : Essai sur THistoire des Arabes. (:i) Dozy : Essai sur iHist. de V Islamisme.
(3) Histoire universelle, t. XX.
(4) Le Qiblah est le point dans la direction duquel les Musulmans doivent toujours se tourner pour faire leurs
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Quand le Prophète habitait La Mecque, il se tournait en priant, vers Jérusalem selon les uns, et selon les autres vers le Qiblah de l'Ami du Miséricordieux (Abraham), c'est-à-dire vers la Kaaba. Quand il arriva à Médine, il pria d'abord dans la direction de Jérusalem pour plaire aux Juifs, mais il ne tarda pas à apprendre que ceux-ci trouvaient étrange qu'il eût le même Qiblah qu'eux avec une religion difterente, et il résolut d'en changer.
Vers le milieu du mois de Redjeb, un matin qu'il faisait sa prière avec ses compagnons dans la mosquée (i), Gabriel lui apparut et lui révéla le verset suivant : « Nous te voyons tourner ta face vers le ciel, en conséquence nous te désignons le Qiblah que tu aimes. A l'avenir tourne ta face dans la direction de la sainte mosquée. » (Koran, ch. II, 139) (a). A ce moment, il faisait sa seconde proster-
prières, dans quelque partie du monde qu'ils se trouvent. A cet effet on peut se servir d'une sorte de boussole ou cadran magnétique appelé Qiblah-numa, c'est-à-dire : indicateur du Qiblah.
(i) <!f La mosquée de Médine lut achevée sept mois, d'autres disent onze mois environ, après le commencement des travaux. Les fondations étaient en pierres, les murs en briques. Des troncs de palmier formaient les colonnes qui soutenaient le toit. L'édifice avait trois portes. Le mirhâb, qui dans les mosquées actuelles est une espèce de niche indiquant le côté vers lequel les fidèles doivent se tourner en priant, était un simple bloc de pierre posé au Nord, dans la direction de Jérusalem. ]» Canssin de Perceval, (d'après div. auteurs).
(2) Koran : trad. Kasimirski : « Nous t'avons vu tourner ton visage de tous les côtés du ciel ; nous voulons que tu le tournes dorénas>ant vers une région dans laquelle tu te complairas. Tourne-le donc vers la plage de l'oratoire sacré {mesdjid elharam: l'enceinte de ia Kaaba). En quel-
nation pour la prière ; mais aussitôt il se tourna vers la Kaaba. Ses amis en firent autant et achevèrent leurs dévotions dans cette nouvelle attitude. Par la suite, on donna a la Kaaba le surnom de « Mosquée des deux Qiblahs ». Ceux à qui ce changement déplaisait s'en moquèrent, surtout les Juifs ; et alors fut révélé le verset : « Les sots diront : « Quel motif leur a fait abandonner leur premier Qiblah pour la prière? » Réponds : « L'Est et l'Ouest appartiennent à Allah. Il met qui il veut dans la bonne direction. » (Koran, eh. II, i36.) A cette occasion, l'Apôtre de Dieu se rendit à la mosquée de Kobba et en changea le mur (i); il traça de sa main bénie la direction de celui qui existe aujourd'hui, et rectifia ainsi le Qiblah, Il allait chaque semaine à la mosquée de Kobba et il a dit éloquemment : « Quiconque, après avoir fait ses ablutions, prie dans la mosquée de Kobba, obtiendra une haute récompense. »
Mahomet institua une autre grande fête appelée Ed-al-Zoha, le jour du sacrifice. La première année de sa résidence à Médine, il avait célébré la fête juive de l'Expiation avec son sacrifice sanglant, pour y tenir lieu de l'immolation des victimes, conclusion du pèlerinage de La Mecque. Mais l'année suivante, il se décida à abandonner complètement le Rituel juif pour cette fête, et à y substituer quelque chose de semblable, mais procédant de la cérémonie de La Mecque. Le jour de l'accomplissement de celle-ci devant la Kaaba, Mahomet se rendit avec les Fidèles de Médine au lieu désigné pour la prière de la fin du Ramadan. Après qu'elle eût été dite en
que lieu que vous soyez, tournez- vous vers cette plage... etc. » (S : II ; 189).
(i) Le mur dans lequel est ménagée le mirhâi?*
commun, il fit placer devant lui deux cabris de lait aux cornes naissantes. S'armant d'un couteau, il en sacrifia un de sa main en disant : « Seigneur, j'offre ce sacrifice pour tout mon peuple, pour tous ceux qui rendent témoignage de ton Unité et de ma Mission. » Il immola ensuite l'autre victime en disant : a Celle-ci est offerte pour Mahomet et sa famille. »
Cela rappelle le sacrifice juif de l'Expiation où le prêtre sacrifie d'abord pour ses péchés, ensuite pour ceux du peuple.
Cette cérémonie fut répétée chaque année par Mahomet et s'est conservée à Médine après sa mort.