‹ Vie de Mahomet d'après la traditionChapitre 70 sur 89 · ORIGINE DE LA BATAILLE DE BEDR · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA BATAILLE DE BEDR

D'après la tradition, Bedr était un puits auquel celui qui le creusa avait donné son nom.

Le Prince était allé à Harra avec 200 hommes pour enlever la grande caravane des Koréish qui comptait mille chameaux et empoî'tait à destination do Gaza, ville de Syrie, cinq mille dinars d'or et une immense quantité de marchandises. Chaque habitant un peu aisé de La Mecque avait une part dans le convoi.

Lorsque les Musulmans arrivèrent à Harra, la caravane y était passée et en était déjà loin.

Tout en s'en retournant à Médine, le Prophète s'affermit dans la conviction que le feu de l'idolâtrie ne pouvait s'éteindre que dans le sang et que le seul moyen pour s'assurer des combattants braves et sûrs était de les rémunérer et de les enrichir avec les dépouilles des. ennemis, ainsi qu'il est écrit dans le Tableau conservé (i).

Dès qu il fut rentré à Médine, il envoya Ttolliah B. Abdullah et Saad B. Zaïd à la frontière de Syrie pour y épier le retour de la caravane.

Ils se rendirent à Bakhar où ils reçurent l'hospitalité chez un ami, Kashatt B. Jahny.

(i) Tableau immense où sont inscrits tous les décrets de Dieu, passés et futurs.

La caravane y arriva peu après, marchant à grandes journées dans la crainte d'une attaque. Quand elle se remit en route pour rentrer à La Mecque, les deux Musulmans Tobservèrent minutieusement du haut d'une éminence, puis ils accoururent en toute hâte à Médine. Mais le Prince, ne voulant pas manquer l'occasion « qui passe comme un nuage », en était déjà parti avec tout son monde au commencement du mois de Ramadan.

Cette fois, il avait emmené avec lui non seulement les nobles Mohajers, mais encore les Anssars qui, jusque-là, n'avaient fait partie d'aucune ghazwah. Ils remplaçaient un certain nombre de compagnons du Prophète qui avaient refusé de partir parce qu'ils pensaient que le seul but de cette expédition était de faire du butin et non de combattre les ennemis de la religion.

La première étape de l'armée ftit Baqyi, qui devint alors célèbre sous le nom de « la demeure des insensés ». Le Prophète y harangua sa troupe et Invita tous ceux qui n'étaient point aguerris à s'en retourner, ce que firent quelques sujets trop jeunes. Il resta trois cent trente combattants, autant qu'il en était resté à Satil. (Suivant Abulféda et l'Aghâni, la troupe de Mahomet était de 3x3 hommes, dont 77 Mohajers et 236 Anssars.) L'armée avait soixante-douze chameaux, huit cottes de mailles et huit cimeterres (i). L'ayant passée en revue, le Meilleur des hommes tourna sa face vers le Qiblah de la prière et s'écria :

— Seigneur ! ils sont légers et leur bagage est

(i) On voit que presque tous ces hommes n'étaient armés que d*ares et de lances, ou même de bfttonfi et de frondes. Les Musulmans n'avaient en tout que deux ohevaax«

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mince; vienfe doue à leur aide. Ils sont nus, habilleles. Ils sont pauvres, que ta bonté les enrichisse !

La flèche de la destinée apporta une réponse favorable à ces vœux (i). Tous ces guerriers revinrent joyeux et riches;

Dans cette expédition, un chameau portait à la fois deux, trois et même quatre hommes, qui se remplaçaient sur son dos de temps à autre. Le Prophète voulut faire comnie ses compagnons une partie du chemin à pied (2).

En quittant « la demeure des insensés », le Prophète envoya Leith B. Amru et Ady B. Abu Râbah pour battre le pays et recueillir des nouvelles de la caravane. Ils se rendirent à Bedr et là, entendirent une jeune fllle dire que la caravane des Koréish arriverait dans un ou deux jours. Ils retournèrent immédiatement pour en informer le Prophète qui prit ses dispositions pour se rapprocher de Bedr. En effet, Abu Soflan se montra aussitôt après leur départ, s'arrêta à Bedr et demanda à Mohammed B. Amru s'il savait quelque chose sur les coupeurs de route (3) de Mahomet. Celui-ci répondit qu'il ne savait rien, sauf que deux hommes montés à cha-?

(1) Telle n'est pas la traduction littérale ; Nou^ avons dû rendre, par cette expression, le sens aussi exact que possi* ble.

(2) Suivant d'autres auteurs, le Prophète, en sortant de Médine, gagna d'abord les environs de Safra, port de la Mer Rouge, situé au nord d'Al Jâr, autre port, éloigné de Médine de trois journées. C'est là qu'il attendait la caravane, lorsqu'il apprit qu'elle était parvenue à Bedr. Il fit «ilors diligence pour la rejoindre, et il la rattrapa le 17 du mois de Uan^adan (Abulféda, Al Bockari, Al Jannabi, Ibn IsUac, Al Edrisi, etc.).

(3) U est difficile de rendre par un autre ternie l'intention des Koréish en parlant des musulmans.

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meau s'étaient arrêtés dans un certain endroit qu'il lui désigna près de là, et étaient repartis.

Abu Sofian exauiina attentivement cet endroit et y trouva des noyaux de dattes dans le crottin des chameaux, il en conclut que ces animaux étaient nourris de dattes de Médine et que les hommes qui les montaient étaient des éclaireurs de Mahomet. En conséquence, il abandonna la piste ordinaire des caravanes et suivit le chemin du bord de la mer, échappant ainsi au Prophète, qui cherchait comme on Ta vu, à se rapprocher de Bedr.

En repassant la frontière de Syrie, au retour, Abu Sotian avait appris que Mahomet était venu jusqu'à Harra pour l'attaquer à l'aller, et avait compris qu'il devrait tout craindre de cet agresseur. Il avait alors donné à Dhamdhan vingt mitqals d'or pour se rendre à toute vitesse à La Mecque et prévenir les Koréish. Celui-ci perça les narines de son chameau pour y introduire les rênes (i), traversa le désert comme un éclair, apparut soudainement à Abttah et s'écria : « A la rescousse, Koréish, vous les premiers des Arabes ! Mahomet se propose de piller votre caravane ; si vous ne volez pas à son secours elle est perdue pour vous ! » (2)

Les Mecquains, énergiquement excités par Sohayl B. Omar et Zamah B. Alaswad, firent aussitôt leurs préparatifs pour entrer en campagne. On convint

(i) Moyen cruel qu'employaient les Arabes pour presser la marche du chameau.

(2) Toutes les circonstances qui précédèrent et accompagnèrent la bataille de Bedr et que nous rapportons ici appartiennent à Thisloire. On en trouvera un récit très détaillé dans Caussin de Perce val : Essai sur V Histoire des Arabes ; t. III, p. 38 et suiv. Nous avons trouvé trop long de les citer toutes, et nous n'avons donné que les plus marquantes.

que la moitié des hommes en état de porter les armes partiraient pour aller défendre la caravane et que les riches fourniraient aux pauvres les armes et les vêtements nécessaires. On pria très instamment Abu Lahab, le premier et le plus riche des Koréish, de prendre part à l'expédition pour entraîner les autres par son exemple, mais il s y refusa à cause d'un songe qu'avait eu tout récemment Aatika, fille d'Abd-ul-Muttaleb. Ce songe, divulgué dans toute la ville, avait prédit l'arrivée d'un courrier en tout point semblableàDhamdhan, etannoncé qu'un grand désastre frapperait tous les habitants, excepté les Béni Hâshem et les Béni Zohrah. A cette occasion, les Koréish s'étaient assemblés autour de l'idole d'Hobal et deux d'entre eux, Otbah et Schaïbah, avaient tiré la flèche de divination pour savoir s'il fallait ou non se mettre en campagne. La réponse avait été négative; mais Abu Jahl, déclarant la flèche menteuse et la campagne nécessaire, avait fait honte à tous ceux qui, pour des motifs semblables, hésitaient à marcher et à se battre.

x\insi, il entraîna par la crainte du déshonneur tous les Koréish qui inclinaient pour la paix.

Quand les Koréish assemblés eurent décidé la marche sur Bedr, ils craignirent que pendant leur absence les Béni Kenânah, qui leur étaient hostiles, ne s'attaquassent à leurs familles et à leurs biens. Mais Satan, sous la forme de Soràqah B. Malek, les rassura en leur disant :

— Vous connaissez ma bi*avoure et ma renommée ; je vais faire conclure entre vous et les miens un traité en vertu duquel les Béni Kenânah s'engageront à ne vous faire aucun mal.

Les Koréish partirent sans retard. Leur armée comptait neuf cent cinquante combattants, 700 cha-

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meaiu et une centaine de chevaux. Toute la cavale^ rie et une partie de Flnfanterie portait dea cottes de maiUea. lU emportèrent avec eux des instruments de musique et autres moyens de se divertir ; et ils emmenèrent des bayadères. Elles jouaient des instruments, chantaient ^ chaque point d'eau où l'on faisait balte et déclamaient des injures contre les Musulmans, Chaque jour, à tour de rOle, un des treize principaux Koréish nourrissait l'armée.

Quand Abu Sofian crut avoir mis la caravane hors d'atteinte, il dépêcha aux Koréish Qays B, Amru avec le message suivant :

— Vous avez quitté La Mecque pour secourir la caravane ; elle est maintenant en sûreté ; il n'y a plus lieu d'attaquer Mahomet, car rien ne vous y oblige.

■Qays rejoignit l'armée et donna connaissance de son n^essa^e ; mais Abu Jahl répondit :

-^ Nous irons jusqu'à Bedr et nous y passerons un jour et une nuit à boire, à manger et à nous divertir. Nous montrerons ainsi aux tribus arabes notre force, et personne ensuite n'osera nous résister.

A Bedr se tenait annuellement une foire à laquelle les Arabes se rendaient de tous côtés. Bedr est le nom d'une source ou d'un puits, et ce nom s'est étendu à toute la vallée située à six kilomètx'es envix'on de la côte maritime, dans le voisinage du mont Radoua. Cette vallée est abondante en bois d'arec.

Voyant le mauvais accueil fait à son message par Abu Jahl et par l'armée, Qays retourna immédiatement vers Abu SoQan<

A la nouvelle de la marohe sur Bedr, il s'éoria : « Malheur à nous ! Abu Jahl pour conserver le corn*

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mandement empôohe le retour à La Meoque ; c^est une faute impardonnable (i); par Allah, si une rencontre a lieu, Mahomet battra les confédérés ! »

Quoi qu'il en ftit, Abu Soflan, aussitôt qu'il eut fait rentrer la caravane à La Mecque, se rendit à Bedr ; il y fut blessé et maudit de nouveau la folie d*Abu Jahl. Abbas. B. Sharyq, qui était allié aux Béni Zohrah tint aux gens de La Mecque le même langage qu'Abu Soflan :

— Puisque la caravane est sauve, pourquoi affronter Mahomet? Il est votre cousin; si réellement c'est un Prophète, vous serez les plus heureux des hommes ; sinon il succombera un jour ou l'autre sous les coups d'ennemis plus forts que vous I

Ces conseils réitérés et pressants déterminèrent les Béni Zohrah à user d'un prétexte et à abandon*^ ner Abu Jahl.

En arrivant k Rurar, le Prophète dit : « Voici le meilleur Ouadi ^e l'Arabie. » Après sa prière du soir, il prononça une malédiction sur les Idolâtres, spécialement sur Abu Jahl, Zahmah B. Alaswad, e+s. : « O Allah, châtie Abu Jahl, le Pharaon de ce peuple ; iais oouler les larmes d'Abu Zahmah, etc. » St il ajouta ; h Délivre Zolmab B. Hasbam, Abbas B. Abu Rabyan (prisonniers des Idolâtres à La Mecque) et tous les Croyants opprimés. »

Deux vaillants guerriers de Médine, Habyb B.

Yasaf et Qays B. Mohrath, s'étaient, quoique Idolâtres, joints aux Musulmans, afin de prendre part au pillage. Le Prince signifla à Habyb qu'il ne le

(i) Notre auteur représente Abu Jahl oomme mû par rcunbitipn; cependant les entreprises de Mahomet contre les earçLvanes de La Mecque tendaient à ruiner cette ville fi Abu Jahl devait naturellement les oombattre.

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recevrait pas au nombre des combattants si, au préalable, il n'embrassait pas Tlslam. Habyb s'y décida à l'arrivée à Ruhar. Qays ne le fit qu'après sa rentrée à Médine, et fut martyr à Ohod.

Lorsqu'il atteignit TOuadi de Batara, nom d'un village situé entre deux collines, le Prophète eut la pleine intuition que toute l'élite des Koréish avait quitté La Mecque et qu'une bataille était imminente. En conséquence, il tint conseil avec ses amis. Abu Beckr et Omar s'exprimèrent ainsi :

— Tu as devant toi tous les Koréish les plus nobles et les plus vaillants. Ils ne croiront que s'ils sont forcés de reconnaître l'impossibilité de te résister. Ainsi prépare-toi à combattre.

Après eux, Abu Aswad se leva et dit : « Obéis aux ordres de Dieu, car nous sommes avec toi. Nous ne te dirons pas, comme les enfants d'Israël à Moïse : ce Va combattre avec ton Dieu; pour nous, nous restons ici! » Je le jure par Dieu qui t'a envoyé pour enseigner aux hommes la vérité, si tu nous conduisai s à Barakat-ul-Ebâd (la bénédiction des serviteurs) en Abyssinie, nous te suivrions. »

Le Prophète demanda à Miqdad (des Anssars) :

« Venez-vous avec moi? » Par cette question, il voulait s'assurer des dispositions des Anssars, qui avaient juré seulement de le défendre toutes les fois qu'il viendrait dans leurs demeures, ce qui n'impliquait pas l'obligation de combattre hors du territoire de Médine. Alors Sad B. Mohad répondit au nom des Anssars : « Nous avons foi en toi ; va où il te philt; ô Prophète! je jure par Dieu dont tu es l'envoyé, que si tu marches dans la mer, nous t'y suivrons. Tes alliés seront nos alliés, tes ennemis nos ennemis. Dispose de nos biens à ton gré; plus

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tu en prendras, plus nous serons satisfaits. Il nous plairait d'être demain aux prises avec Tennemi ; peut-être, par nos bras, Dieu se manifeslera-t-il dans un événement qui réjouira ton cœur. »

Après ces belles paroles de Sad, le Prophète dit : « Marchons ; je vous apprends, au nom de Dieu Très-Haut et Magnifique, la bonne nouvelle qu'il m'a promis de me livrer, ou bien la caravane, ou bien les Koréish. Par Allah, je les vois tomber sous nos coups ! »

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