‹ Vie de Mahomet d'après la traditionChapitre 79 sur 89 · Ghazvrah des Béni Caynokaa · texte numérisé non relu

Ghazvrah des Béni Caynokaa

La division s'accentuait chaque jour de plus en plus entre les Juifs et Mahomet.

Les Béni Caynokaa, tribu juive qui habitait aux portes de Médine un quartier fortifié, se montraient inquiets et défiants. Dans le lùois qui suivit la victoire de Bedr, le Prophète connaissant leurs dispositions, réunit leurs chefs et leur dit :

« O Caynokaa, il faut embrasser la Foi. Vous le savez, par vos Écritures, et je le jure, je suis le Prophète d'Allah : Craignez Allah le Très Haut ! Il pourra vous infliger un désastre pareil à celui des Koréish. »

Les chefs répondirent : « Tu as vaincu les Koréish qui ne savaient pas se battre. Mais tu verras que nous ne leur ressemblons pas. Nous n'aimons que la paix ; mais nous saurons nous défendre (2). »

(i) Selon quelques-uns, dans le verset 107, eh. III du Koran, il est fait allusion à cette tribu dont le nom est improprement écrit Qayqanaa dans quelques éditions du Koran.

(a) Il est peu vraisemblable que les Juifs aient rompu, après le triomphe de Mahomet, une neutralité convenue avant sa victoire. Probablement la rupture est venue du côté des Musulmans qui y étaient intéressés et qui voulaient imposer autour d'eux leur religion.

Voici la version la plus accréditée ; elle est admise par Hisham et par Wackidi.

« Sur une place de marché, devant la boutique d'un orfèvre juif, des jeunes gens firent une plaisanterie indécente à une laitière arabe et l'orfèvre aggrava encore l'offense faite à sa pudeur. Un Musulman indigné tua l'orfèvre et

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Alors Gabriel apporta du ciel le verset :

« Si vous redoutez la trahison, prévenez les traî^ très » (Koran, eh. VIII, 60).

Mahomet résolut d'extirper cette race de rebelles et remit a Hamzah l'étendard (du commandement) pour attaquer les Juifs tant au dedans qu'au dehors de la ville (partout où il les rencontrerait).

les J«(^fs du quartier tuèrent ce Musulman. Les Musulmans alors coururent aux armes et vinrent en grand nombre attaquer le quartier juif.

Mahomet saisit cette occasion pour exiger l'abjuration des Juifs de Médise. » Le reste comme ci- dessus.

Mahomet ménagea d'abord les Juifs par nécessité polilique, muis il ne tarda pas à comprendre qu'il trouverait dans leur 2)roscript{on un moyen de se procurer, sans beaucoup de danger, les terres et les richesses dont il avait besoin, pour s'attacher ses partisans et pour mettre à exécution ses entreprises.

Ce plan de conduite se développe de la manière la plus manifeste à partir de la victoire de Bedr. 11 lui ^fut d'ailleurs dicté par la politique dès qu'il eut conçu l'espoir de fonder un empire religieux dont le centre serait l'Ai^abie. En effet, il ne trouvait dans cette contrée que deux obstacles : l'opposition des Koréish et le particularisme juif.

Il pouvait triompher par la force des Koréish et d'ennemis qu'ils étaient, s'en faire des amis et des auxiliaires. Quant aux tribus juives qui vivaient à la manière arabe et étaient riches et puissantes, elles formaient par la solidarité de race et de religion une confédération réelle quoique non proclamée, au milieu des tribus arabes qui n'avaient entre elles de lien commun que le pèlerinage de la Mecque. Mahomet se berça quelque temps de l'espoir que par l'identité presque complète des pratiques religieuses, il entraînerait les Juifs à sa suite, mais dès les premières tentatives qu'il lit dans cette voie, il acquit la certitude que rien ne pourrait vaincre l'obstination d'un peuple qui se croyait « le peuple de Dieu », élevé au-dessus de tous les autres par un privilège éternel, et qui attendait un Messie de la race de David. Dès lors, pour réaliser l'unité politique et reli-» gieuse de l'Arabie, il lui fallait en chasser les Juifs.

Après onze jours de siège et de combats, les Juifs oftrirent de se rendre et de livrer leur forteresse à condition qu'on les laisserait émigrer. Mahomet exigea qu'ils se rendissent à discrétion, et le manque de vivres les y força. Ils sortirent de la place au nombre de 700 et on leur attacha les mains derrière le dos.

Mahomet resta d'abord sourd aux supplications que lui adressèrent en leur faveur plusieurs de ses familiers, amis de cette tribu. Ebn Salûl lui fit presque violence, en lui rappelant qu'il devait la vie à ces gens et que, au nombre de 3oo revêtus de cottes de mailles et 4^0 armés de lances ils l'avaient défendu contre ses ennemis. Quand les instances d'Ebn Salûl eurent dépassé toutes les bornes, le Prophète s'écria : « Qu'on leur rende la liberté et que la malédiction de Dieu s'attache à eux (i). »

Puis il leur ordonna d'émigrer dans le délai de trois jours.

Abâdah B. Hamat fut chargé de surveiller leur exode et les accompagna jusqu'à Zabâb, montagne sur la route de Syrie, après quoi il s'en revint. Arrivés à l'Ouadi-el-Kora, les Juifs y séjournèrent un mois, puis entrèrent en Syrie où ils s'établirent; mais peu après ils périrent et furent précipités aux régions infernales^

Les armes et les biens des vaincus furent livrés aux Musulmans ; ils consistaient principalement en armes et en objets d'orfèvrerie qui formaient l'industrie de ces Juifs, car ils n'étaient point agriculteurs.

(i) Evidemment le Prophète voulait avoir la main forcée, afin de ne pas paraître se "trouver en contradiction avec Certains versets du Koran, impitoyables à Fégard des prisonniers de guerre.

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Le Prince garda pour lui trois arcs, deux cuirasses et trois lauces. On préleva pour la communauté, soit le trésor public ou du Prince, le cinquième du butin, et on partagea le reste entre les vainqueurs.

A leur rentrée à Médine, les Musulmans accomplirent les dévotions de « VEd-al-Zohâ » (i), et dans cette fête, le Prophète, les riches et les guerriers immolèrent de nombreuses victimes en sacrifice.

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