‹ Vie de MahometChapitre 10 sur 14 · WALED ET AMROU-IBN-AASS SE CONVERTISSENT · texte numérisé non relu

WALED ET AMROU-IBN-AASS SE CONVERTISSENT

L'époque était maintenant arrivée où , aux termes du traité conclu avec les Koreischites , Mahomet et ses partisans pouvaient faire le pèlerinage de la Mecque, et passer trois jours auprès du saint tabernacle sans être molestés. En conséquence, il partit avec une nombreuse armée , emmenant soixante-dix chameaux destinés aux sacrifices. Ses anciens adversaires auraient bien voulu l'arrêter dans sa marche, mais ils étaient atterrés, et, à son approche, ils se retirèrent silencieusement sur les colUnes voisines. En entrant dans les limites de la Mecque , les pèlerins déposèrent , suivant les conventions et l'usage , tout leur équipement militaire, excepté leurs épées qu'ils gardèrent au fourreau.

Grande fut leur joie de revoir encore une fois les murailles et les tours de la ville sainte. Ils passèrent les portes vêtus en pèlerins, le cœur plein de dévotion et de gratitude , et Mahomet accomplit toutes les cérémonies d'usage avec un zèle et un recueillement qui

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satisfirent ceux qui en furent témoins et lui attirèrent

beaucoup de conversions. Quand il se fut acquitté de

tout \& cérémonial , il mit de côté llram ou costume

de pèlerin , et se retira à Sarif , un hameau éloigné de

deux lieues et en dehors des limites sacrées. Là il

eut à accomplir une cérémonie d'une espèce différente ,

mais dans laquelle il avait Thabitude d'agir avec une

dévotion non feinte , c'était la célébration de son ma-

riage avec Maimuna, fille d'Al-Hareth, le Hélahte. Il

s'était fiancé avec elle lors de son arrivée à la Mecque,

mais il avait remis les noces au moment où il aurait

conclu les rites du pèlerinage. Nul doute que ce ne fut \

encore un mariage fait par politique, car Maimuna \

était âgée de cinquante-un ans, et veuve; mais cette

alliance valait au prophète deux prosélytes puissants.

L'un était Khaled-lbn-Waled , neveu de la veuve,

guerrier intrépide , qui avait été sur le point de détruire

l'armée de Mahomet à la bataille d'Ohod. Il devint l'un

des plus vaillants champions de l'Islamisme et mérita

d'être surnommé pour ses prouesses FÉpée de

Dieu.

L'autre prosélyte était l'ami de Khaled , Amrou-Ibn- Aass, le même qui avait criblé Mahomet de satires et d'épigrammes au début de sa carrière prophétique; qui avait été envoyé par les Koreischites en ambassade auprès du roi d' Abyssinie , pour demander l'extradition des Musulmans fiigitifs , et qui était destiné à porter un jour au loin avec son épée victorieuse, la foi qu'il avait d'abord si âprement attaquée.

Note. — Maimuna fut la dernière épouse de Mahomet , et toute vieille qu'elle était lors de son mariage , elle survécut à toutes ses autres femmes. Elle mourut plusieurs années après lui, dans un pavillon, à Sàrif , sous le même arbre à l'ombre duquel sa tente nuptiale avait été plantée-, et elle y fut enterrée. Le pieux historien Al-Jannabi , qui s'intitule « un pauvre serviteur d'Allah , espérant 9 le pardon de ses péchés de la miséricorde de Dieu , i> visita sa tombe en revenant du pèlerinage qu'il venait de faire à la Mecquç en l'an 963 de l'Hégire et de N. S. 1555. a Je vis là, » dit-il, « un » dôme de marbre noir érig^ en souvenir de Maimuna , sur le lieu D même où l'apôtre de Dieu avait reposé avec elle. Dieu sait la » vérité ! et aussi la raison de la couleur noire de la pierre. Il y a * un lieu d'ablution et un oratoire, mais le bâtiment est en » ruines. »

Note. — Quand on veut ramener une date comptée à partir de l'Hégire à celle qui lui correspond à partir de l'ère chrétienne, il ne faut pas oublier que l'Hégire eut lieu en 622 , que l'année musulmane ne contient que 354 jours, et qu'ainsi trente-trois années chrétiennes en valent trente-quatre musulmanes.

(Note du traducteur.) '

xxvni.

UN ENVOYÉ MUSULMAN TUÉ EN SYRIE. - EXPÉDITION POUB VENGER SA MORT. - BATAILLE DE MOUTA. — SES RÉSULTATS.

Parmi les diverses ambassades envoyées par Mahomet au-delà des frontières d'Arabie pour inviter les princes voisins à embrasser sa religion , il y en eut une au gouverneur de Bosra, le grand entrepôt sur les confins de la Syrie , où il avait fait son premier voyage de caravane dans sa jeunesse. La Syrie avait été alternativement soumise aux Romains et aux Persans, mais elle appartenait pour le moment à l'empereur, bien qu'elle fût probablement dans un grand état de confusion. L'envoyé de Mahomet fut tué à Monta, qui était une ville à environ trois jours de marche dans l'est de Jérusalem. Celui qui le tua était un arabe de la tribu chrétienne de Gassan , fils de l'Émir-Schorhail qui gouvernait Monta au nom d'Héraclius. .

Pour venger la mort de son ambassadeur et assurer à l'avenir le respect à ses représentants, Mahomet se prépara à faire marcher une armée de trois mille hommes contre la ville coupable. C'était une expédition

le

grave puisqu'elle pouvait amener, pour la première fois , une collision entre les armes d'Islam et celles do l'empire romain; mais Mahomet conlptait sur son pouvoir croissant, l'énergie de ses troupes et le malheureux état delà Syrie. 11 confia 4e commandement à Zeid qui lui avait donné une si grande preuve de dévouement en abandonnant sa belle femme Zeinal). Plusieurs officiers choisis lui furent adjoints. Uun était le cousin de Mahomet, Jaafar, fils d'Abou-Taleb et frèf e d'Ali , le même qui avait , par son éloquence , défendu les doctrines d'Islam devant le roi d'Abyssinie et fait échouer l'ambassade koreischite. Il était maintenant à la fleur de l'âge , et célèbre pour son grand courage et sa virile beauté. Un autre était Abdallah- Ibn-Kâaha, le poète, mais qui s'était autant signalé dans les armes que dans la poésie. Un troisième était le nouyeau prosélyte Khaled , qui faisait l'expédition comme volontaire , dans soii désir de prouver, l'épée à la main, la sincérité de sa conversion. Les ordres de Zeid étaient de marcher rapidement, de manière à enlever Monta par surprise , de sommer les habitants d'embrasser la foi et de les traiter avec douceur. Les femmes , les enfants , les moines et les aveugles devaient, dans tous les cas, être épargnés; et l'on ne devait détruire aucune maison , ni abattre aucun arbre. La petite armée partit de Médine pleine de la confiance qu'elle tomberait sur l'ennemi à l'improviste. Pendant la route, cependant, elle apprit qu'un corps de Romains, ou plutôt de Grecs et d'Arabes, bien supérieur en nombre, marchait à sa rencontre. Un conseil de guerre s'assembla. Quelques-uns des mem-

bYes voulaient qu'on s'arrêtât et qu'on attendît des ordres ultérieurs de Mahomet; mais Abdallah, le poète, fut d'avis de continuer à marcher sans crainte et sans égard au nombre. « Nous combattons pour la » foi!,)) s'écria-t-il ; « si no\is , tombons , le paradis )).est notre récompense. En avant! donc, à la ^;ictoire )) ou au mai^tyre!- ))

Une étincelle du feu, ou plutôt du fanatisme du poète, embrasa tous les cœurs, Leâ Musulmans rencontrèrent l'ennemi près de Monta et l'attaquèrent avec une bravoure qui tenait de la furie. Au plus fort du combat , Zeid reçut une blessure mortelle. La bannière sacrée s'échappait de ses mains, quand Jaafar la saisit; il devint aussitôt le centre d'une lutte acharnée, dont elle devait être le prix. Il la défendit avec un courage désespéré. La main dont il la portait fut coupée, il la prit de l'autre. Celle-ci, aussi, fut abattue; il la pressa entre ses bras sanglants. Un coup de cimeterre lui fendit la tête; il s'affaissa sur le §ol, encore attaché à l'étendard de la foi. Abdallah, le poète, releva à son tour la bannière, mais, lui au^si, mordit la poussière. Khaled, le nouveau converti, voyant les trois chefs musulmans tués, s'empara, dans ce moment, du fatal étendard qu'il maintint haut tant que dura la bataille. De la voix il rallia ses coreligionnaires ébranlés ; de • son bras puissant il se fraya un chemin jusqu'au plus épais des ennemis. Si l'on en croit son propre récit, et c'était un homme dont les exploits pouvaient se passer d'exagération, neuf cimeterres se brisèrent dans sa main par la force des coups qu'il porta dans cette épouvantable mêlée.

La nuit sépara les combattants. Dans la matinée, Khaled , que l'armée reconnaissait pour son chef, se montra^ ausi prudent que vaillant. A force de marches et de contre-marches il présenta ses troupes sur tant de points , que l'ennemi fut trompé sur leur nombre et supposa qu'il avait reçu un renfort considérable. Les Romains se retirèrent donc à la première charge qu'il fit : leur retraite se changea bientôt en une déroute , pendant laquelle ils furent poursuivis avec de grandes pertes. Khaled alors pilla leur camp , où l'on trouva un immense butin. Au milieu des morts gisait Jaafar, couvert de blessures , mais toutes reçues par devant. Par respect pour sa valeur, et à cause de sa parenté avec le prophète , Khaled décida que son cadavre ne serait pas enterré sur le champ de bataille , mais serait transporté à Médine , pour y recevoir une sépulture honorable.

Quoique l'armée fût chargée de dépouilles, son entrée dans la ville sembla moins une fête triomphale qu'une marche funèbre , et elle fut reçue avec des acclamations et des lamentations. Pendant que le peuple se réjouissait du succès de ses armes , il pleurait la mort de trois de ses généraux favoris. Tous déploraient la destinée de Jaafar, rapporté sans vie dans cette cité d'où ils l'avaient vu si récemment sortir dans tout l'éclat jde la force et de la vaillance, et l'objet de leur admiration. Il laissait derrière M une femme belle et un jeune fils. Mahomet fut touché de leur affliction ; il prit l'enfant dans ses bras et l'arrosa de ses larmes. Mais il fut bien plus affecté en voyant venir à lui la jeune fille de son fidèle Zeid. Il se pen-

VIE DE UAHOMET.

cha sur son cou et pleura dans une muette émotion. Un assistant témoigna la surprise que' lui causaient ces larmes à propos d'une mort qui, d'après les doctrines musulmanes, n'était qu'un passeport pour le paradis. « Hélas! » répondit le prophète, « Ce sont les pleurs de l'amitié pour la perte d'un ami. »

Les obsèques de Jaafar eurent lieu trois jours après l'arrivée de l'armée. Dans ce moment, Mahomet avait recouvré son calme, et était redevenu le prophète. Il blâma doucement les lamentations passionnées de la multitude, profitant de la circonstance pour lui inculquer l'une des doctrines les plus politiques et les plus consolantes de sa religion. « Ne pleurez plus, dit-il, » sur la mort de mon frère. A la place des deux mains » qu'il a perdues en défendant l'étendard de la foi, » Dieu lui a donné deux ailes pour le porter en paradis , » pour y jouir des délices sans fin assurées à tous les » croyants quitombent un jour de bataille. »

Ce fut en récompense de la bravoure et des talents déployés par lui dans ce combat acharné , que Khaled reçut de Mahomet l'appellation «'d'Épée de Dieu » sous laquelle il fut si célèbre plus tard.

PROJETS DE MAHOMET SDR LA MEOQDE. ~ MISSION D'ABOU-SOFIAN. ^ SON RESULTAT.

Mahomet, par la force des armes ou par son éloquence, avait étendu sa domination sur un grand nombre de tribus Arabes. Il avait sous ses ordres plusieurs milliers de guerriers habitués à supporter la faim, la soif et les rayons brûlants du soleil , et pour qui la guerre était un jeu plutôt qu'une fatigue. Il avait réprimé leur intempérance, discipliné leur valeur, et . les avaient plies à la règle. Une série de victoires leur avait donné confiance en eux-mêmes et en leur chef, dont ils suivaient la bannière avec la passive obéissance de soldats et Taveugle fanatisme de disciples!

Les vues de Mahomet grandissaient avec ses ressources. Il conçut alors une entreprise très-importante, La Mecque, le lieu ou il avait vu le jour, la résidence de sa famille pendant tant de générations , le théâtre de ses plus heureuses années , était encore au pou-

de ses implacables ennemis. La Caaba, l'objet de la vénération et le lieu de pèlerinage de tous les enfants dlsmaël, le temple où'il avait d'abord adoré , était encore souillé par les emblèmes et les rites de l'idolâtrie. Planter l'étendard de la foi sur les murailles de sa ville natale , arracher rédifice sacré à la profanation , le rendre au culte spirituel du seul vrai Dieu , et en faire le point de ralliement de l'Islamisme, c'était maintenant l'objet principal de son ambition.

Le traité de paix conclu avec les Koreischites était un empêchement à toute expédition militaire; mais quelques querelles fortuites et quelques escarmouches lui fournirent bientôt un prétexte pour les accuser d'en avoir violé les stipulations. Les Koreischites avaient , au moment où nous sommes arrivés , appris à apprécier et à redouter la puissance si rapi* dément croissante des Musulmans, et ils ne demandaient pas mieux que de donner des explications , et même des satisfactions pour les disputes et les méfaits de quelques écervelés. Enfin ils obtinrent de leur chef Abou-Sofian qu'il se rendrait à Médine comme ambassadeur pacifique , espérant qu'il pourrait exercer quelque influence sur le prophète par sa fiUe, Omm-Habiba.

Ce fut une cruelle épreuve pour ce chef hautain de venir presque en suppliant vers l'homme qu'il avait bafoué comme un imjîosteur, et poursuivi d'une haine invétérée; et pourtant il était condamné à une plus grande mortification, car Mahomet, jugeant par sa mission de la faiblesse de son parti , et secrètement décidé à la guerre, ne daigna pas lui répondre.

Réprimant sa rage , Abou-Sofian rechercha Tintervention d'Abou-Bekr, d'Omar et d*Ali; mais tous le rebutèrent et le repoussèrent, car ils connaissaient les désirs de Mahomet. Il essaya ensuite de capter la faveur de Fatimeh , la fille du prophète , en flattant son orgueil de mère, la suppliant de permettre que son fils Hasan , qui était un enfant de six ans , fût son protecteur ; mais Fatimeh répondit avec hauteur : « Mon fils est trop jeune pour vous être un protecteur ; » et aucune protection ne peut servir contre la volonté » du prophète de Dieu, t) Sa propre fille, Onim- Habiba , l'épouse du prophète . sur l'influence de qui Abou-Sofian avait compté, ajouta à sa mortification, car, comme il allait s'asseoir sur une natte dans son habitation, elle la plia vivement, en s'écriant : ^ C'est » le lit du prophète de Dieu , et il est trop sacré pour » qu'on en fasse le lit de repos d'un idolâtre. »

La coupe d'humiUation débordait; et Abou-Sofian dans l'amertume de son cœur maudit sa fille. Il se tourna de nouveau vers Ali, le suppliant de lui donner un conseil dans l'état désespéré de son ambassade.

— Je ne puis te conseiller rien de mieux , répondit Ali, que de promettre en ton nom, comme chef des Koreischites que tu continueras à protéger les Musulmans , et de rentrer chez toi.

— Mais penses-tu que cette promesse soit de quelque utilité?

— Je pense que non, répliqua Ali sèchement, mais je ne sache pas le contraire.

Conformément à cet avis , Abou-Sofian se rendit à

la mosquée, et déclara publiquement, de la part des Koreischites , qu'ils observei aient fidèlement le traité ; après quoi, il retourna à la Mecque, profondément humilié du triste résultat de son ambassade. Il fut reçu avec des railleries par les Koreischites, qui observaient que sa déclaration de paix ne signifiait rien si Mahomet ne prenait pas pareil engagement.

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