MAHOMET S'EMPARE DE LA MECQUE PAR SURPRISE
Mahomet, alors, prépara en secret une expédition pour surprendre la Mecque. Ses alliés furent appelés de toutes parts à Médine , mais il ne fit connaître à personne l'objet qu'il avait en vue. Toutes les routes qui menaient à la Mecque furent interceptées
pour en^pêcher qu'aucun avis de ses mouvements ne parvînt aux Koreischites. Malgré toutes ses précautions, pieu s'en fallut que le secret ne fut découvert. Au nombre de ses partisans, fugitifs de la Mecque, était un nommé Hateb , qui n'avait pas été suivi de sa famille , laquelle était restée sans appui. Hateb crut lui gagner la faveur des Koreischites en trahissant les plans de Mahomet. Il écrivit donc une lettre où il divulguait l'entreprise projetée, et la remit à une chanteuse nommée Sara , esclave haschemite , qui se chargea de la porter, à la Mecque.
Elle était déjà en route quand Mahomet apprit la trahison. Ali et cinq autres bien montés furent en-
voyés à la poursuite de la messagère. Ils l'atteignirent bientôt , mais ce fut en vain qu'ils la fouillèrent. La plupart d'entre eux voulaient cesser leurs recherches et tourner bride , mais Ali était convaincu que le prophète de Dieu ne pouvait pas s'être trompé ou être mal informé. Tirant son cimeterre, il jura d'abattre la tête de la chanteuse , si elle ne remettait la lettre. — La menace fit son effet. — Elle tira la lettre de ses cheveux.
Hateb à qui l'on reprocha sa perfidie , se reconnut coupable , mais prétexta son désir d'assurer un appui à sa famille dans le besoin et la certitude où il était que la lettre ne nuirait en rien aux desseins de l'apôtre de Dieu. Omar repoussa ses excuses avec mépris et lui aurait coupé la tête , si Mahomet, se rappelant que Hateb avait combattu bravement pour la défense de la foi à la bataille du Bedr, ne lui eût pardonné.
Le prophète partit avec dix mille hommes pour cette importante entreprise. Omar, qui était chargé de régler la marche et de désigner les lieux où l'on camperait, ^conduisit l'armée par des sentiers ignorés dans les montagnes, défendant qu'on se servît de l'attabal ou trompette, ou de tout ce qui pourrait trahir ses mouvements. Pendant sa marche , Mahomet fut rejoint par son oncle Al-Abbas, qui venait de quitter la Mecque avec sa famille, pour rallier l'étendard de la foi. Mahomet le reçut gracieusement , mais fit allusion à son peu d'empressement. « Tu es le dernier des émigrants , dit-il , comme moi je suis le dernier des prophètes. » Al-Abbas renvoya sa famille à Médine, pendant qu'il accompagnait l'expédition.
L'armée atteignit la vallée de Marr-Azzahran , près de la ville sacrée , sans être découverte. Ce fut à la nuit tombante qu'ils dressèrent leurs tentes , et Omar leur permit alors d'allumer leurs feux de bivouac.
Cependant, quoique Al-Abbas eût rejoint l'étendard de la foi en toute sincérité, il était inquiet de voir son neveu s'avancer contre la Mecque avec une force si puissante et des intentions hostiles, et iL redoutait pour les Koreischites une entière destruction , à moins qu'on ne les persuadât à temps de capituler. Dans le silence de la nuit, il monta Fadda, la mule blanche .de Mahomet, et s'avança en reconnaissance. En longeant le camp, il entendit un bruit de pas et des sons de voix. Un parti d'éclaireurs amenait deux prisonniers capturés près de la ville. Al-Abbas s'approcha et trouva que les captifs étaient Abou-Sofian et l'un de ses capitaines. Ils furent conduits au feu de bivouac d'Omar qui reconnut Abou-Sofian à la lumière. (( Dieu soit loué I » cria-t-il , « d'avoir mis en mes » mains et sans condition pareil ennemi ! » Son cimeterre , qu'il venait de dégainer, aurait pu donner à ces mots une signification fatale, si Al-Abbas ne se fût avancé et n'eût pris Abou-Sofian sous sa protection jusqu'à ce que le prophète eût fait connaître sa volonté. Omar sortit pour s'assurer de cette volonté ou plutôt pour demander la tète de son prisonnier; mais Al- Abbas prenant celui-ci en croupe , donna de l'éperon à sa mule et fut le premier à entrer dans la tente du prophète , suivi de près par Omar qui poussait des cris de mort contre Abou-Sofian.
Mahomet voyait ainsi en son pouvoir son ennemi
acharné, celui qui Pavait chassé de son foyer et de son pays , qui avait persécuté sa famille et ses amis ; mais il voyait aussi en lui le père de sa femme Onim- Habiba et se sentait porté à la clénj^nce. Il attendit le lendemain pour prendre une décision dans cette affaire, et confia Abou-Sofian à la garde d'Al-Abbas.
Quand, le Jour suivant, le capitaine fut amené devant lui:
— Quoi ! Abou-Sofian , cria-t-il , n'est-il pas temps à la fin de reconnaître qu'il n'y a de dieu que Dieu ?
— Je le savais déjà , répondit Abou-Sofian.
— Bien ! et n'est-il pas temps aussi de me reconnaître comme apôtre de Dieu ?
— Tu m'es plus cher que mon père et ma mère , répliqua Abou-Sofian, employant une forme de compliment orientale ; mais je ne suis pas encore prêt à te
• reconnaître prophète.
— Mort à toi ! s'écria Omar , rends à l'instant témoignage à la vérité ^ ou ta tête sera séparée de ton corps.
A ces menaces se joignirent les conseils et les supplications d'Al-Abbas , qui se montra un ami véritable dans cette conjoncture. La haine d'Abou-Sofian avait ,1. disparu, en partie, devant la douceur inattendue de i Mahomet. Ainsi, faisant de nécessité vertu, il reconnut % la divinité de sa mission, fournissant une preuve de la sagesse de cette maxime musulmane : ce Pour convain- » cre deis incrédules entêtés , il n'y a pas de meilleur » argument que le sabre. » \/ .^ * L^.^c-^v'''
Ayant maintenant embrassé la foi, Abou-Sofian obtint des conditions favorables pour les habitants de
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la Mecque en cas de soumission. Nul ne serait inquiété qui resterait tranquillement chez lui, ou se réfugierait chez Abou-Sofian et Hakim, ou sous la bannière de Abou-Raouaiha.
Pour qu'Abou-Sofian pût rapporter à la ville une idée juste des forces dirigées contre elle, il fut placé avec Al-Abbas près d'un étroit défilé par où l'on fit passer toute l'armée. A mesure que les diverses tribus arabes se présentaient avec leurs armes différentes et leurs enseignes , Al-Abbas déclinait leur nom et leur pays. Abou-Sofian fut surpris du nombre, de la discipline et de l'équipement des Groupes , car les Musulmans avaient fait de rapides progrès dans l'art de la guerre; mais quand Mahomet approcha au milieu d'une garde choisie , armée de toutes pièces et cou- I verte d'acier, son étonnement passa toutes les bornes.
— Il n'est pas possible qu'on résiste à cela ! cria-t-il à Al-Abbas, en jurant. Vraiment ton neveu à un pouvoir immense.
— C'est vrai, répondit l'autre ; retourne donc vers tes gens, pourvois à leur sûreté et avertis-les de ne pas s'opposer à l'apôtre de Dieu.
Abou-Sofian se rendit en toute hâto à la Mecque et, assemblant les habitants, leur exposa la proximité de la puissante armée conduite par Mahomet , les termes favorables que celui-ci offrait en cas de soumission volontaire, et l'inutilité de toute résistance. Comme Abou-Sofian avait été l'âme de l'opposition faite à Mahomet et à ses doctrines, ses paroles eurent un effet immédiat et eatraînèrent l'adhésion à un événement qui semblait ne pas laisser d'alternative.
La plus grande partie des habitants se prépara donc à assister sans bouger à rentrée du prophète.
Mahomet , cependant , qui ne savait quelle résistance il rencontrerait, distribua ses forces avec le plus grand soin en approchant de la ville. Pendant que le corps principal se portait droit en avant, de forts détachements s'avançaient sur les coUines de chaque côté. A Ali qui commandait un corps considérable de cavalerie , fut confiée la bannière sacrée. Il devait la planter sur le mont Hadjun et l'y maintenir jusqu'à ce qu'il fût rejoint par le prophète. Des ordres formels furent donnés à tous les généraux de se montrer patients et, dans aucune circonstance, de n'attaquer les premiers; car ce que Mahomet voulait surtout, c'était gagner la Mecque par la modération et la clémence, plutôt que de la réduire par la violence. Cependant tous ceux qui offriraient de la résistance devaient être taillés en pièces , mais on respecterait quiconque se soumettrait tranquillement. Entendant par hasard l'un de ses capitaines s'écrier dans la chaleur de son zèle, « qu'il n'y » avait point. de lieu sacré un jour de bataille, » il le remplaça par \m commandant plus calme.
Le principal corps d'armée marcha sans être inquiété. — Mahomet conduisait l' arrière-garde, portant un pourpoint écarlate et monté sur son chameau favori, Al-Kasoua. Il n'avançait pourtant que lentement, ses mouvements étant gênés par l'immense multitude qui s'empressait autour de lui. Arrivé sur le mont Hadjun, où Ali avait planté l'étendard de la foi et où une tente était dressée pour lui, il mit pied à terre , ôta son vêtement écarlate , et prit le turban
noir et le costume de pèlerin; Jetant un regard sur la plaine, il aperçut avec douleur et indignation les éclairs des lances et des épées et Khaled., qui commandait Taile gauche,- au milieu d'une scène de qarnage. Ses troupes composées de tribus arabes wnverties à la foi , avaient eu à souffrir d'une nuée de flèches tirées par un corps de . Koreischites ; sur quoi, Tardent guerrier avait- -" chargé au plus épais des ennemis avec son épée et sa lance; .ses troupes le suivirent, mirent en déroute les Koreischites et entrèrent pêTe-mêle avec eux dans la Mecque , que la. promptitude des ordres de Mahomet pr^serv^, seule d'un massacre général.
Le carnage arrêté , et aucune autre opposition ne se f manifestant , le prophète descendit de la montagne et s'approcha des portes , accompagné d'Abou^Bekr à sa droite et suivi d'Osama, fils de Zeid. Le soleil se levait juste au moment où il. passait les piortes de sa ville natale avec la gloire d'un conquérant , mais sous le costume et- avec l'humilité d'un pèlerin. Il entra, répétant des versets du Coran, qu'il disait lui avoir été révélés à Médine, et qui prophétisaient l'événement. Il triomphait en zélateur religieux et non en guerrier. (( A Dieu , disait-il , appartiennent les armées » d,u ciel et de la terre, et Dieu est puissant et sage. » Maintenant Dieu a j-éaUsé la vision de son apôtre , » dans laquelle il disait :• « Vous entrerez certainement » dans le saiïit temple de la Mecque en toute sécurité. »
Spns descendre de sa monture , Mahomet se rendit directement à ta Caaba, le théâtre de ses dévotions d'autrefois, le tabernacle saint depuis les jours des patriarches ; qu'il regardait comme le temple primitif
du seul vrai Dieu. Là, il fit sept fois le tour de Védifice sacré, toucha à chaque fois de son bâton la pierre noire, qu'il considérait comme une relique sainte. Il aurait voulu entrer dans la Caaba, mais Othman-Ibn-Talha, le vieux gardien, ferma la porte. Ali lui arracha les clés , que Mahomet aussitôt fit rendre au vénérable officier, et il le gagna tellement par sa bonté, que non seulement il ouvrit les portes à deux battants , mais depuis , il embrassa la foi d'Islam ; aussi fut-il maintenu dans sa charge.
Mahomet, alors, se mit en devoir d'exécuter le grand objet de ses aspirations religieuses , qui était de purifier l'édifice sacré de tous les symboles de l'idolâtrie dont il était souillé. Toutes les idoles qu'il contenait, au nombre de trois cent soixante, fiu^ent renversées et détruites. La plus renommée d'entre elles était Hobal , une idole apportée de Balka, en Syrie, et qui était censée douée du pouvoir de donner de la pluie. Elle était naturellement l'objet d'un grand culte de la part des habitants d'un désert brûlant. Il y avait aussi deux statues d'Abraham et d'Ismaël , représentés avec des flèches divinatoires à la main; « ,Un outrage à leur » mémoire, » dit Mahomet; « ces flèches étant le » symbole d'un art diabolique , qu'ils ne pratiquèrent » jamais. » Par respect pour leur mémoire, ces statues furent donc brisées. Il y avait en outre des peintures représentant des anges sous la forme de belles femmes. « Les anges, » dit Mahomet avec indignation, « ne sont » pas des êtres pareils. Il y a, dans le paradis, de » célestes houris pour la consolation des vrais croyants ; » mais les anges sont des esprits au service du Très-
. » Haut, et d'une nature trop pure pour admettre un I » sexe. y> Les peintures furent en conséquence effacées. i II brisa même de ses propres mains et jeta sur le ^ sol, comme sentant Tidolâtrie, une colombe en bois I soigneusement sculptée.
\ De la Caaba, il se rendit au puits de Zem-Zem. Il
I était sacré à ses yeux , grâce à sa croyance que c'était
'1 le puits révélé par l'ange à Agar et à Ismaël ; il consi-
\ dérait le rite qui s'y rattachait comme pur et saint et
I le conserva dans sa foi. Comme il approchait du puits,
I son oncle Al-Abbas lui présenta une cruche d'eau
l pour qu'il pût boire et faire l'ablution habituelle. En
/ commémoration de cet acte pieux, il nomma son oncle
I gardien de la coupe du puits ; charge que ses descen-
I dants occupent de nos jours.
A midi , l'un de ses disciples appela par son ordre le peuple à la prière du haut de la Caaba, — une coutume qui s'est perpétuée dans tous les pays musulmans du haut des minarets ou tours dont chaque mosquée est pourvue. Il établit aussi le Kéblah, vers lequel le fidèle, en quelque partie du monde qu'il se trouve, doit tourner le visage pendant la prière.
Il adressa ensuite au peuple une espèce de sermon , dans lequel il exposait ses principales doctrines et annonçait le triomphe de la foi comme l'accomplissement de la promesse prophétique. La multitude y répondit en poussant des cris, a Allah Achbar! Dieu » est grand ! Il n'y a de dieu que Dieu et Mahomet e^t » son prophète ! »
Les cérémonies religieuses terminées , Mahomet se porta sur la colline Al-Safa, et le peuple de la Mecque
défila devant lui , lui jurant fidélité comme prophète de Dieu/ et renonçant à Fidolâtrie. Cela s'accordait avec ; une révélation du Coi an : « Dieu a envoyé son apôtre ; » avec la direction > et la religion de vérité pour qu'il i » la fit triompher de toutes les religions. En vérité,' l » ceux qui lui jurent fidélité, jurent fidélité à Dieu ; la ^ » main de Dieu est sur leurs mains. » Au milieu de ? son triomphe , toutefois , il rejeta tout hommage rendu j exclusivement à lui-même, et toute autorité royale. l « Pourquoi trembles-tu ? » dit-il à un homme qui l'approchait d'un pas timide et hésitant. « De quoi as-tu peur? » Je ne suis pas un roi , mais le fils d'une koreischite, » qui mangeait de la viande séchée au soleil. »
II se fit également remarquer par sa douceur. Les chefs des Koreischites , autrefois si hautains, parurent avec des contenances abjectes devant l'homme qu'ils avaient persécuté , car leur vie était en son pouvoir.
Que pouvez-vous attendre de moi? 7- demanda-t-il d'un ton sévère?
— Le pardon , ô généreux frère ! le pardon , ô fils d'une race généreuse !
— Qu'il en soit ainsi! cria-t-il avec un mélange de
pitié et de mépris. Arrière , partez , vous êtes libres !
Quelques-uns de ses partisans , qui avaient partagé ses persécutions, étaient désappointés dans leur attente d'une sanglante revanche et* murmuraient de sa clémence, mais il y persista et fit de la Mecque un sanctuaire inviolable , ou lieu de refuge , devant rester tel jusqu'à la résurrection finale. Il se réserva pourtant kî droit en cette circonstance, et pendant ce seul jour, d? piuiir qfi:^!q!îo> j)ei'sonnc- (t(^ la vilh» qui nviiient
• commis de graves offenses et qui avaient été expressément proscrites; encore pardonna-t-il à la plupart. . Parmi les femmes Koreischites qui s'avançaient pour y prêter serment, il distingua Henda, cette: femme \ sauvage qui avait animé les infidèles à la bataille ' d'Ohod et avait déchiré de ses dents le cœur de Hamza pour venger la mort de son père. Elle s'était I déguisée pour ne pas être reconnue, mais voyant les [ yeux du prophète fixés sur elle , elle se jeta à ses pieds en s'écriant : « Je ^uis* Henda! pitié! pitié! » Mahomet lui pardonna. Elle le récompensa dé sa clémence en faisant de ses doctrines l'objet de ses mépris et de ses sarcasmes.
Un de ceux qu'il s'était réservé de punir était Ouacksa, l'éthiopien qui avait tué Hamza; mais il s'était enfui de la Mecque au moment où l'armée y était entrée. Plus tard il se présenta devant le prophète et fit profession de foi avant qu'on l'eût reconnu. Mahomet lui pardonna et lui fit raconter les détails de la mort de Hamza , après quoi il le renvoya avec l'injonction de ne jamais venir en sa présence. Il vécut jusqu'au temps du califat d'Omar, sous le règne duquel il fut fouetté à diverses reprises pour ivrognerie. Un autre proscrit était Abdallah-Ibn-Saad , jeune koreischite , aussi célèbre par son esprit et sa gaîté que par ses talents militaires. Comme il avait la plume facile, Mahomet l'avait employé à mettre par écrit les révélations du Coran. En faisant ce travail, il avait souvent corrigé et altéré le texte; bien plus, on décpvvrit que, par négligence ou à dessein, il l'avait parfois falsifié et rendu absurde. îl avait même fait de
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ses corrections et altérations un sujet de plaisanterie avec ses camarades , faisant observer que si le Cors^n prouvait que Mahomet était prophète, il devait être demiprophète. Ses interpolations ayant été reconnues , il s'enfuit pour échapper à la colère du prophète et retourna à la Mecque, où il retomba dans l'idolâtrie. Lors de la prise de la ville , son frère de lait Je cacha jusqu'à ce que le tumulte se fût apaisé ; il le conduisit alors devant Mahomet en le suppliant de lui pardon* ner. C'était la plus grande épreuve à laquelle eût été soumise la clémence du prophète. L'offenseur avait trahi sa confiance , l'avait tourné en ridicule , avait mis en doute sa mission apostolique et attaqué les fonde-» ments même de sa foi. Pendant quelque temps , il garda un silence sévère, espérant, comme il le dit plus tard , que quelque ardent disciple abattrait la tête du coupable. Personne, cependant, ne bougea; aussi, cédant aux instances d'Othman , il fit grâce. Abdallah renouvela aussitôt sa profession de foi , et devint un bon musulman. On retrouvera son nom dans les guerres des Califes. C'était l'un des meilleurs cavaliers de sa tribu. Il garda jusqu'à la fin sa passion dominante, car il mourut en récitant le centième chapitre du Coran, intitulé : Les coursiers de guerre. Peutêtre était-ce l'un de ceux qui avaient subi ses interpolations?
Au nombre des proscrits était aussi Akrema-Ibn- Abou-Jahl qui, en beaucoup d'occasions, avait manifesté contre le prophète une haine implacable, qu'il avait héritée de son père. Quand Mahomet entra à la; Mecque, Akrema se jeta sur un excellent cheval , et
s'enfuit par la porte opposée, laissant derrière lui une charmante femme, Omm-Hakem, qu'il avait épousée tout récemment. Elle embrassa la foi d'Islam , mais peu de temps après elle apprit que son mari, en essay^-nt de gagner l'Yemen par mer, avait été obligé de relâcher au port. Aussitôt elle s'élance chez le prophète, tombe à genoux devaht lui, en négligé, les cheveux épars, sans voile, et implore la grâce de son époux. Le prophète, probablement plus touché de sa beauté que de sa douleur, la relève et lui dit que sa prière est exaucée ; elle court vers le port et y arrive comme le vaisseau sur lequel était son mari allait faire voile. Elle retourna à cheval derrière lui, à, la Mecque, où elle le conduisit, vrai croyant, devant le prophète. En cette occasion, toutefois, elle était si bien voilée que ses grands yeux noirs étaient seuls visibles. Mahomet reçut la profession de foi d'Akrema, lui donna le commandement d'un bataillon de Hâazenites, comme douaire de sa femme si belle et si dévouée , et fit au jeune couple dçs cadeaux considérables. Comme beaucoup d'autres ennemis convertis , Akrema se montra vaillant soldat dans les guerres de laioi , et après s'être signalé dans plusieurs occasions , il tomba sur le champ de bataille, haché et percé de coup3 de lance et d'épée.
I Toute la conduite de Mahomet en s'emparant de la
/Mecque prouva que c'était pour lui un triomphe
/ religieux plutôt qu'un triomphe militaire. Son cœur
/ aussi s'attendrit en faveur de sa ville natale, maintenant
qu'elle était en son pouvoir ; ses succès apaisaient ses
ressentiments. Toutes ses inclinations étaient pour le
pardon.
Les Ansariens ou auxiliairiBS de Médine, qui l'avaient aidé dans sa campagne, commençaient à (raindre que son succès ne fut fatal à leurs propres intérêts.' Ils le surveillaient avec anxiété. Un jour, après avoir prié sur la colline d'Al-Safa, il s'assit contemplant silencieusement -la Mecque, le théâtre de ses premières luttes et de sa récente gloire : « En vérité, » dit-il, « tu » es la meilleure des cités et la bien aimée d'Allah ! Si » ma propre tribu ne m'avait chassé de tes murs , jamais » je ne t'aurais quittée? » En entendant ces paroles, les Ansariens se dirent les uns aux autres : ce Voyez! » Mahomet est maintenant victorieux et maître de sa » ville natale ; il s'établira sans doute, ici et abandon-
1 » nera Médine ! » Mahomet les entendit et se tournant
! vivement vers eux avec un- ton de reproche : « Non, »
» dit-il, ce quand vous me j urâtes fidélité , je tai'engageai » par serment, àvivre et à mourir avec vous. Je n'irais
. » ni en serviteur, ni en ambassadeur de Dieu, si je ))• vous quittais.» Il tint parole, et Médine, qui avait
. été sa ville de refuge , continua à être ju^quà sa mort
; le lieu de sa résidence.
Mahomet ne se contenta pas de purifier' la Caaba et d'abolir l'idolâtrie dans sa ville natale, il envoya des capitaines à la tête de bandes armées , renverser les idoles des différentes tribus, élevées dans les villes et les villages environnants, et convertir leurs
\ adorateurs à sa foi.
De tous ces apôtres militaires , nul ne fut aussi zélé que Khaled dont l'esprit fermentait encore - de sa récente conversion. Arrivant à Naklah, oùle§ Koreischites idolâtres se réunissaient pour adorer Ifea, il
pénétra dans le bosquet sacré , dévasta le temple ^t jeta l'idole à terre. Une horrible mégère > noire et nue, en sortit, en poussant des cris aigus et se tordant les mains. Khaled la fendit en deux d'un seul coup de son cimeterre. Il rapporta le fait à Mahomet, lui exprimant le doute où il était : était-ce une prêtresse ou un esprit malin? « Certainement, répondit le prophète, c'était » Uza elle-même que tu détruisais. >
Chargé d'une mission pareille dans les provinces voisines de Tehama, Khaled avait avec lui trois cent cinquante hommes , quelques uns de la tribu de Suleim , et était accompagné d'Abda'lrahman, l'un des plus anciens prosélytes de la foi. Ses instructions, qu'il tenait du prophète , lui prescrivaient de prêcher la paix et.. la bienveillance, d'inculquer la foi, .de s'abstenh' de toute violence , à moins qu'on ne l'attaquât. Quand il se fut avancé d'environ deux journées sur la route •de Tehama, il eut à traverser le pays de la tribu de Jadsiraa. La plupart des habitants avaient embrassé la foi, mais quelques uns appartenaient encore à la reUgion Sabéenne. Une première fois, cette tribu avait pillé et tué un oncle de Khaled , ainsi que le père d'Abda'lrahman et plusieurs Suleimites. Craignant que Khaled et son armée ne voulussent tirer vengeance de ces méfaits, ils s'armèrent à leur approche.
Khaled éprouvait une joie secrète de les voir à cheval et en costume de guerre, venir à sa rencontre.
Les apostrophant d'un ton impérieux , il leur deipanda s'ils étaient Musulmans ou infidèles. Ils répondirent d'une voix hésitante :
— Musulmans. — Pourquoi alors venez-vous à / notre rencontre les armes à la main?
— Parce que nous avons des ennemis parmi quelques unes des tribus , lesquels pourraient nous attaquer à rimproviste.
Khaled leur ordonna d'un ton brusque de mettre pied à terre et de déposer les armes. Quelques uns obéirent et furent aussitôt saisis et garottés ; le reste s'enfuit. Considérant leur fuite comme un aveu de leur crime , il les poursuivit , ravagea le pays et, dans l'effervescence de son zèle, tua même quelques uns des prisonniers.
Mahomet, quand il apprit cette cruauté non provoquée , leva les mains au ciel et prit Dieu à témoin qu'il en était innocent. Khaled à qui il fit des reproches à son retour, aurait volontiers jeté le blâme sur Abda Irahman, mais Mahomet repoussa avec indignation cette accusation portée contre l'un de ses premiers et de ses plus dignes disciples. Le généreux Ali fut immédiatement envoyé pour rendre aux gens de Jadsima ce que Khaled leur avait enlevé , et indemniser pécuniairement les parents de ceux qui avaient été tués. C'était une mission en rapport avec sa nature, et il la remplit fidèlement. S'informant des pertes et des souffrances de chaque individu, il le paya selon son désir. Quand il eut ainsi tout réglé , il distribua au peuple l'argent qui restait , s'attachant tous les cœurs par sa libéralité. Ali reçut alors les remercîments et les éloges du prophète ; mais le vindicatif Khaled fut réprimandé par ceux-mêmes auxquels il avait cru plaire.
— Vois, dit-il à Abda'lrahman 5 j'ai vengé la mort \ de ton père.
I — Dis plutôt, reprit Vautre avec indignation, que \ tu as vengé la mort de ton oncle. Tu as déshonoré ; la foi par un aète digne d'un idolâtre.
xxli;
BOSTILITÊS DANS LES JÏONTAONÉS. — CAMP DE L'ENNEMI DANS LA VALLÉB D'ACTAS.