‹ Vie de MahometChapitre 12 sur 14 · SA MÈRE · texte numérisé non relu

SA MÈRE

Pendant que les apôtres militaires de Mahomet répandaient ses doctrines à la pointe de Tépée dans les plaines, un orage s'amoncelait contre lui dans les montagnes. Une alliance fut conclue entre les Thakefites, les Hâazins, les Joshmites, les Saadiies et plusieurs autres tribus de hardis Bédouins ^ dans le but de contenir un pouvoir qui menaçait de subjuguer toute r Arabie. Les Saadites, ou Beni-Sad, ici mentionnés, sont ces mêmes Arabes pasteurs chez qui Mahomet avait été nourri ; et c'est dans leur vallée, suivant la tradition,* que son cœur avait été enlevé et purifié par un ange. Les Thakefites, qui étaient à la tête de la ligue, étaient une tribu puissante, et possédaient dans les montagnes la forte ville de Tayef et son fertile territoire. C'étaient dés idolâtres fanatiques; ils avaient dans leur capitale le temple célèbre de Tidole femelle Allath. Le lecteur doit se rappeler

rignominieux traitement infligé à Mahomet , quand il essaya de prêcher ses doctrines à Tayef ; comment il . fut assailli sur la place à coups de pierre , et finalement chassé de la ville. C'était probablement la peur de le voir se venger qui fit que les Thakefites mirent tant d'activité à former une ligue contre lui.

Malec-Ibn-Auf, le chef des Thakefites, eut le commandement général de la confédération. Il désigna pour rendez-vous et lieu de campement la vallée d'Autas, entre Honein et Tayef; et comme il connaissait le caractère inconstant des Arabes et leur disposition à retourner dans leurs foyers au moindre caprice, il leur ordonna d'amener avec eux leurs familles et leurs richesses. Ils se rassemblèrent donc, de divers pays, au nombre de quatre mille combattants ; le camp fut ainsi encombré de femmes, d'enfants et de troupeaux de toutes sortes.

L'expédient de Malec-Ibn-Auf pour retenir les soldats fut fortement désapprouvé par Doraid, le chef des Joshmites. Ce Doraid était un vieux guerrier, âgé de plus de cent ans , maigre comme un squelette , presque aveugle, et si faible qu'il fallait le porter dans une litière sur le dos d'un chameau. Mais, quoique incapable de prendre part à la bataille , il avait , grâce à son expérience militaire, une grande influence dans le conseil. Ce vétéran du désert aurait voulu qu'on renvoyât immédiatement les femmes et les enfants , et que l'armée fût débarrassée de tout ce qui gênait inutilement ses mouvements. Son avis ne fut pas adopté, et la vallée d'Autas continua à représenter plutôt le campement d'une tribu pastorale que le point de concentration d'une armée levée à la hâte.

VIE DE MAHOMET. *i71

En même temps, Mahomet, averti de l'orage qui se préparait, était sorti, pour le prévenir, à la tête d'environ douze mille hommes," tant iugitifs de la Mecque qu'auxiliaires de Médine et Arabes du désert; quelques-uns de ceux-ci n'ayant pas encore embrassé la foi.

En entrant en campagne, il portait une cuirasse polie et un casque, et montait sa mule blanche favorite Daldal, car il ne se servait que rarement d'un cheval de bataille, parce qu'il ne prenait presque jamais une part personnelle dans le combat. Croyant , à cause de ses récents succès et de sa supériorité numérique, à une victoire facile, il entra dans les montagnes sans précaution, s'y enfonça pour atteindre le camp de l'ennemi à Autas, et arriva à une vallée creuse et sombre près d'Honein. Les troupes marchaient sans ordre dans un défilé raboteux, chacun choisissant son propre sentier. Tout-à-coup elles furent assaillies d'une grêle de dards , de cailloux et de flèches qui étendirent morts au pieds de Mahomet deux ou trois soldats , et en blessèrent plusieurs autres. En effet, Malec s'était posté avec ses meilleurs guerriers sur les hauteurs qui commandaient cette étroite gorge. Chaque rocher, chaque caverne était garnie d'archers et de frondeurs, et quelques uns en descendirent en courant pour combattre corps à corps.

Saisis d'une terreur panique , les Musulmans tournèrent le dos et s'enfuirent. En vain Mahomet les animait comme général, et s'adressait à eux comme prophète de Dieu. Pas un homme qui ne pensât à pourvoir à sa sûreté , et à s'échapper de cette horrible vallée.

Un moment tout sembla perdu, et quelques nouveaux convertis, mal disposés, laissèrent voir la Joie que leur causait ce revers de fortune du prophète..

— Par le ciel ! cria Abou-Sotian , regardait les Musulmans qui s'enfuyaient, rien ne les arrêftera jusqu'à ce qu'ils, arrivent à la mer. •

— Oui ^ s'écria un autre, le pouvoir magique de* Mahomet est à son terme.

Un troisième , qui nourrissait secrètement le désir de venger la mort de son père tué par les Musulmans

. à Ohod , aurait frappé Iç prophète au milieu de là confiision , s'il n'eût pas été entouré et protégé par quelques disciples dévoués. Mahomet, lui-mêihe, par

. un mouvement de désespoir, poussa sa nwile vers l'ennemi; mais Al-rAbbas saisit la bride, l'empêcha de courir à une mort certaine, et au même instant poussa un cri qui fut répété par les échos de l'étroite vallée. Al-Abbas était renommé pour la force de ses poumons, et ce fut à elle que- dans cette circonstance critique l'armée dut son salut.

Les Musulmans s'arrêtèrent en entendant sa voix si connue, et voyant qu'ils n'étaient pas poursuivis, retournèrent au combat. L'ennemi avait quitté les hauteurs, et alors un combat terrible se livra dans le défilé. « Là fournaise est eïi ieu,, » criait Mahomet triomphant , en voyant Téfelat des armes et les étiaceÏÏes des épées. Descendant de sa mule, et saisissant une poignée de poussière, il la jeta en l'air- du côté des ennemis. « Que la confusion soit sur leurs visages! » s'écria-t-il , « puisse cette poussière* les aveu-' )) ^ler! » Ils lurent, en conséquence, aveugU^, et

s'enfuirent en désordre , disent les écrivains musul- h mans, quoiqu'on puisse aussi bien attribuer leur ' défaite à la supériorité dés forces mahométanes et à ^ l'ardeur inspirée par les exclamations du prophète. Malec et les Thakefites se réfugièrent dans la ville éloignée de Tayef ; le reste rentra au camp dans la vallée d'Autas.

Pendant que Mahomet restait dans la vallée d'Honein , il envoya Abou^Amir, avec une force considérable, attaquer le camp. Les Hâazins firent une belle défense. Abou-Amir fut tué ; mais son neveu Abou- Musa prit le commandement , et obtint une victohe complète qui coûta beaucoup de monde à Tennemi. On trouva dans le camp quantité de butin et de prisonniers, grâce à la mauvaise inspiration qu'avait eue Malec-Abn-Auf de l'encombrer des familles, des effets et des troupeaux des confédérés, au lieu dé suivre le conseil du sage Doraid. La fin de ce vieux guerrier du désert mérite qu'on la raconte. Pendant que les troupes musulmanes éparpillées dans le camj) ' ne s'occupaient que de butin , Rabia-Ibn-Rafi , jeune suleimite , remarqua une litière sur le dos d'un chameau , et, supposant qu'elle contenait quelque belle femme, il se mita la poursuite de l'animal. L'ayant atteint , il ouvrit le rideau et aperçut le corps de squelette du vieillard. Désappointé et furieux , il le frappa de son épée; mais l'arme se brisa dans sa main, a Ta mère, dit Doraid, en ricanant, t'a don- » né de mauvaises armes : tu en trouveras une meil- » leure pendue derrière ma selle. »

Le jeune homme la saisit , mais comme il la dégaî-

nait, Doraid s'apercevant que c'était im suleimitef s'écria : « Dis à ta mère que tu as tué Doraid-ltm*^ » Simma , qui protégea plusieurs feimoies de ^ tribu » un jour de bataille, j^ Ces paroles n'i^\u^t aucun effiçt: le crâne du vétéran fut fendu d'un coup de son propre cimetçrre. Quand Rabia, à son retour è^ la Mecque, raconta cette action à sa mère. , « Ta as récJ-r » lement tué im bienfaiteur de ta mce , ^ dit-elle d'un ton de reproche. « Doraid-lbn-Simma avait remis en » liberté trois captives , trois femmes de ta famille. ».

Abou-Musa. retourna en triompbie auprès de Mahomet, faisant un gragd étalage des dépouilles du camp d'Âutas , ainsi que des femmes et des enfants qu'ilavait capturés. Une des pri^nnières se jeta aux pieds' du prophète, et implora s^ pitié compie étant sa; sœur de lait, Shima, fille de sa nounice Halêma, qui l'avait allaité dans la, vallée de Saad. Mahomet cherchait vainement à reconnaître sous ses traits flétris te brillante compagne de son -enfance, mais elle mit son dos à nu et lui montra la cicatrice d'une morsure qu'il lui avait faite en jouant avec elle. Il ne douta plus; mais il la traita avec bonté , lui donnant le^ choix de rester auprès de lui et sous sa protection, pu de retourner chez ses parents, ^ . *

Un scrupule s'éleva chez les Musulmans.à propos de leurs captives. Pouvaient-ils prendre pour eux celles> qiii étaient mariées, sans cpmmettre le péché : d!adultère? La révélation d'un passage. du Coran. mât fia à cette difficulté. « Vous n'épouserez les femmea libres » mariées , qu'autant que votre main di'oite le^. aura » faites esclaves. » D'après cela^ toutes les fennoes

pris^sr à La gu^rîe peuvent tlô venir épouses des capteurs , quoique leurs premiers m^ris soient encore viyairts. Les vainqueurs de Honein ne manquèrent pas de faire leur plv>fit dé ieette lœ.

Laisisant les -prisonniers et le butin, en lieu sur et l»en gardé , Mabom^t se mit à la poiursuite des Tbakefitas qui s'étaient réfugiés à Tayef. Un intiment de v^geance se mêlait à sa pieuse ardeur à mesure qu'il approchait de qette ville iéolâtre, où on lui avait autrefois prodigué rinjure et la raillerie, surtout quand il vit la porte par où il avait été ignominieusement chassé. Les n^urailtes étaient trop fortes , cependant , pour être çnletéeiS sansœup férir, et il y avait une citadelle; il evttdone, pour la première fois ^ recoui's aux cataptdteg, aux béliers et aux autres esngins employés dans les sièges , mais inconnus chez les Arabes. Ils éti^ient {^répaarés sous H direction de Sâlman-*A1-Parsi , le:pers6n convértL

LeB assiégés, néanmoins ^ repoussaient toutes les attaqués, atcablaient les assaillants sous une grêle de ^ard& et de flèches , et versaient du plomb fondu sar le» boucliers de peaux de bœuf à Tabri desquels ils approchaient des murailles. Mahomet^ alors, ravagea les dbampsv 1^ vergers et les vignes y et proclama libres tous lesesclavesquiabandonneraientla ville. Pen* dant vingt jours le siège ne fit aucun progrès , en dépit des prières que le prophète offrait chaque jour à iû&-dsfiitance des teiites de ses femmes Omm-Salama et Zeînab, que le sort avait désignées pour Taccom-^ paginer dans cette* expédition. Il commençait à désespeser du succès, et U était, en outre, découragé par

un songe qu'avait interprété défavorablement Abou- Bekr, lequel était renommé pour son habileté à expliquer les visions. Il aurait voulu lever le siège, mais les troupes murmurèrent; sur quoi il fit donner Tassant à Tune des portes. Comme d'habitude, elle fut défendue avec obstination ; bon nombre de soldats v furent tués des deux parts; Abou-Sofian, qui combattit vaillamment en cette occasion, perdit un œil, et les Musulmans furent finalement repoussés.

Mahomet, alors, leva le camp, promettant à ses soldats de renouveler le siège quelque jour, et gagna le lieu où étaient entassées les dépouilles de la campagne. Elles s'élevaient, disent les écrivains Arabes, à vingt-quatre mille chameaux, quarante mille moutons, quatre mille onces d'argent, et six mille prisonniers.

Peu de temps après parut une députation de Hâazins apportant la soumission de leur tribu, et demandant qu'on leur rendît leurs familles et leurs richesses. Avec elle était Halêma, la nourrice de Mahomet, maintenant courbée sous le poids des ans. Les souvenirs de son enfance plaidèrent encore dans le cœur du prophète.

— Qu'y a-t-il pour vous de plus cher, demanda-t-il aux Hâazins, vos familles, ou vos richesses?

— Ils répondirent :

— Nos familles !

— Assez, répondit-il; en ce qui nous concerne Al- Abbas et moi, nous sommes prêts à abandonner notre part de prisonniers; mais il y a d'autres per- ,sx)nnes à émouvoir. Venez me trouver après la prière

de midi, et dites : Nous implorons l'apôtre de I)ieu pour qu'il engage ses partisans à nous rendre nos femmes et nos enfants; et nous implorons ses partisans pour qu'ils intercèdent auprès de lui en notre faveur.

Les envoyés firent ainsi qu'il leur avait conseillé. Mahomet et Al-Abbas renoncèrent immédiatement à leur part de captifs ; leur exemple fut suivi par tout le monde, excepté par les tribus de Tamin et Fazara; mais Mahomet finit par avoir leur consentement , en leur promettant le sixième des prisonniers que l'on ferait dans la prochaine expédition. Ainsi l'intercession d'Halèma obtint la délivrance de tous les captifs de sa tribu. Une anecdote traditionnelle montre avec quelle déférence Mahomet traita celle qui avait pris soin de son enfance. « J'étais assis avec le prophète , » dit l'un [de ses disciples, a quand tout à coup une femme se présenta; il se leva et étendit son manteau pour »\ la faire asseoir. Quand elle partit, on fit l'obser- ))Svation que c'était la femme qui avait allaité le )> prophète. »

Mahomet fit alors proposer par un émissaire à Malec, qui restait renfermé dans Tayef, de lui restituer toutes les dépouilles qu'on avait prises sur lui à Honein, outre un présent de cent chameaux, s'il voulait se soumettre et embrasser la foi. Malec fut N'aincu et converti par cette offre libérale , et entraîna plusieurs de ses alliés sous l'étendard du prophète. Il t\it immédiatement nommé leur chef, et il devint, par la suite , en se battant pour la foi , le fléau de ses anciens compagnons, les Thakefites.

Les Musulmans commençaient maintenant à crain*

S7S YflTfMS MARèUBt.

dre que Mahoinet , avec de pareils mottvetméhts de générosité, ne dissipât tous les* gains •des dennières batailles ; ils réntourèrent donc et réclamèrent à grands cris qu'on partageât les dépouilles rt les prisonm^rs. Jetant sur eux des regards indignés. « M'avet-vows

• » jamais , » dit-il , « trouvé avare , ou Eaux , ou cBé- » loyal? J> Alors arrachant un arin de la queue d'an chameau, et élevant la voix; « Par Allah! » cria-t-

; il, « je tfai jamais pris des communes dépouilles la » valeur de ce poil de chameau de plus que mon cîn-

\ » quième ; et ce cinquième , je Fai tôujoars dépensé

f » pour votre bien. » •' "^ *■ *

Il partagea alors le butin comme ti'habitude : quatre cinquièmes entre les troupes ; mais son cmquièine flit distribué à ceux dont il voulait s'assurer la fidélité; Il regardait les Koreis(Jhites . comme das alliés douteux ; peut-être avait-il surprit la joie de quielquaB^uns

' d'entre eux quand ils prévoyaient sa défaite ; il cherchait maintenant à les enchaîner par ses libévi^ytésr II donna à Abou-Sofian cent chaxneaux et quarante ckes d'argent pour l'indemniser de Tœil qu^il venait- de perdre à Tayef . Akrema-Ibn-Abou-Jahl , et autres personnages de distinction furent traités suivant une juste proportion ; îe tout sur sa propre part.

Parmi les néophytes peu fearvdnts qu'il aomdoua de cette façon, il faut citer Abbas-Ibn-Mardas, un poète. Il n'était pas satisfeit de son lot, et donnait cours à son mécontenient dans des vers satiriques; Mahomet l'entendit par hasard. « Emmei^K cet hom- »me, 1» dit-il, « et coupe^lui la langue. » ©tnar^ toujours prêt aux mesures rigourefises , aur«i£i«H|ta exécuter

VIE m BIAH<^ll£T.

la^eDtâicé à la l^tre^ et sur le champ ; mais d'autres , eomiffeiiaiit mieux ïe éens deife paroles du prophète , coaduiçirent Abbas , tout tremblant , à la place publique où le bétail capturé était réuni, et lui dirent de choisir ce qu'il voulait.

<L Quoi ! » s'écria le poète , ravi d'échapper aux horreurs de la mutilation , « esi>-ce ainsi que le pro- » phète vaudrait imposer silence à ma langue? Par » Allah! je ne prendrai rien. » Mahomet, Cependant, persista dans sa générosité politique, et lui envoya soixante chameaux. De ce moment le poète ne se lassa pas de chanter la libéralité du prophète.

Pendant qu'il stimulait ainsi la bonne volonté des tièdes prosélytes de la Mecque , Mahomet excitait les murmures de ses auxiliaires de Médine. « Voyez, » disaient-ils , « comme il prodigué les dons aui traîtres » Koreischites , au lieu que nous , qui lui avons été » fidèles dans tous les dangers , nous recevons notre » part, et rien de plus. Qu'avons-nous fait pour être » rëjètéâ au dernier plan ? » '

Mahomet fut instruit de ce qui se passait , et fit venir les meneurs dans sa tente. « Ecoutez, gens de » Médine , » dit-il , a n'étiez-vous pas en désaccord, et » n'ai-je pas ramené la concoMe parmi vous? N'étiez- :» vous pas dans l'erreur, et ne vous ai-je pas conduits )5 dàûs'îe sentier dé la foi? N'éliez-vous pasps^uvres, » et ne vous ai-je pas rendus riches? »

Ils reconnurent la vérité de ses pai-oles. « Voyez! » continua-t-il , « je vins parmi vous stigmatisé comme » menteur, pourtant vous crûtes en moi ; persécuté , » et vous me protégeâtes ; fugitif, et vous me donnâtes

y> un abri ; dénué , et vous me vîntes en aide. Croyez- » vous que je ne sente pas tout cela? Pensez-vous que » je puisse être ingrat? Vous vous plaignez que je fasse j> des cadeaux à ces gens , et que je ne vous donne y> rien. C'est vrai. Je leur donne des richesses mon- 9 daines, mais c'est pour gagner leur coeurs mondains. y> A vous , qui m'avez été fidèles , je donne — moi- » même. Ils retournent chez eux avec des moutons » et des chameaux ; vous rentrez avec le prophète de » Dieu au milieu de vous. Car, par celui entre les » mains de qui est l'âme de Mahomet, quand même » tout le monde irait dans une direction , si vous en » suiviez une autre, je resterais avec vous! Qui de » vous, alors, ai-je le mieux récompensé? jd

Les auxihaires, touchés jusqu'aux larmes, s'écrièrent : a prophète de Dieu , nous sommes contents de y> notre lot! »

Après avoir partagé le butin , Mahomet retourna à la Mecque, non pas triomphalement, entouré d^ la pompe d'un conquérant, mais sous l'humble coutume du pèlerin, pour y achever ses dévotions. Celles-ci scrapuleusement accomplies, il nomma Moad-Ibn-Jabal iman ou pontife pour enseigner au peuple les doctrines d'Islam , et confia le gouvernement de la cité à Otab , jeune homme de dix-huit ans; après quoi, il dit adieu à sa ville natale et repartit avec ses troupes pour Médine. .

Lorsqu'il arriva au village d'Aboua , où sa mère était enterrée , son cœur le poussait à payer un tribut filial à sa mémoire ; mais sa propre loi défendait d'honorer le tombeau d'une personne morte dans l'incréduUté,

Dans Tâgitation de ses sentiments , il demanda à Dieu un adoucissement à cette loi. S'il y eut quelqu'un de trompé en cette occasion , on peut penser que ce fut Mahomet lui-même , et qu'il crut que le ciel , par une dérogation partielle et circonstancielle , l'autorisait à visitej' le tombeau. Il éclata en sanglots en approchant du lieu où reposaient ses plus tendres afîections ; mais les larmes étaient le seul tribut qu'il pût offrir.

« J'ai demandé à Dieu , » dit-il avec tristesse , « la » permission de visiter le tombeau de ma mère , et il » me Ta accordée; mais quand je lui ai demandé celle » de prier, j'ai été refusé. »

MORT DE ZBIKAB^ LA FlkLE DU PROPHETE» — KAISSANCK DE SON FILS rBRAHIM, — DEPUTATIONS VENUES DE TRIBUS ÉLOIGNÉES; .- COMBIEN MAHOMET ÉTAIT SENSIBLE AUX OiAttiËS BE LA POÉSIE. ^ SOUMISefOîT DE LA VILLÏ DS TAYfiF ; DËSTRUbTION DE SES IDOLES. -.NÉftOClATlOSS AVKC AMlR-ÏBN-TAFIgL, OROUfitULEUX CB8F BÉ0OUI» : CARAC- TÈRE INDÉPENDANT DE CE DERNIER. — ENTREVUE D'ADI, AUTRE CHEF, XVEC MAHOMET,

Peu de temps après sôa retour à Médine , Mabotnet eut à déplorer ht mort de sa fille Zeinàb , la même qui lui avait été remise en échange de son mari Aboul- Aàs , le mécréant , fait prisonnier à la bataille du Bedr. Les laffections domestiques du prophète étaieilt très fortes , et il rèsisentit très vivement cette perte. Sa douleur fut adoucie , cependant, par la naissance d'un flls, que lui donna Mariyah, sa concubine favorite , et qu'il appela Ibrahim. Il se bei^ait de l'espoir que pai' Ce rejeton de sa vidUéssé, le sfeul de son seixe qui lui restât, son nom se perpétu:erait à travers 1^ siècles»

Sa reijK)mmée, soit comme prophète, soit comme conquérant, atteignait maintenant les points extrêmes de l'Arabie ; et des députations envoyées par Les tribus éloignées arrivaient continuellement à Uédim^ q^kelquies unes le recannaissant coimne propl^te^ et emblwsant la fd ^ d^aatres se soumettant à

lui comme souverain temporel, et consentant à payer tribut. Les talents de Mahomet s'élevaient à la hauteur des nécessités ; ses vues s'étendaient avec sa position ; et il commença alors à s'occuper , avec l'habileté d'uji homme d'Etat , de régler les matières fiscales de son empire. Sous la spécieuse appellation d'aumônes , une contribution fut levée sur les vrais croyants : elle était d'un dixième des produits de la terre , là où celle-ci était fertilisée par des ruisseaux et des pluies , et à un vingtième , là où il fallait avoir recours à l'irrigation. On exigeait, en outre, pour chaque dizaine de chameaux , deux moutons ; pour quarante têtes de gros bétail, une vache ; pour trente, un veau de deux ans , et un mouton sur quarante. Tout don fait en dehors serait considéré comme une preuve de dévotion , et son importance serait la mesure dé la faveur que Dieu accordait pour ce fait au donateur.

Le tribut imposé à ceux qui se soumettaient au pouvoir temporel, mais qui persistaient dans l'incrédulité , fut fixé à un denier en monnaie ou en marchandises pour chaque personne adulte, libre ou esclave.

Quelques diflicultés se présentèrent quand on voulut percevoir les contributions charitables; l'orgueilleuse tribu de Tamin refusa ouvertement de payer, et chassa le collecteur. Un corps de cavalerie arabe fut envoyé contre elle, et emmena en captivité bon nombre d'hommes, de femmes et d'enfants. Une députation de Taminites vint réclamer les prisonniers. Quatre de ses membres étaient renommés comme orateurs et poè|;es; et au lieu de s'humilier devant Mahomet, ils

se mirent à déclamer de la prose et des vers , provoquant les Musulmans à une lutte poétique.

^ \ « Je ne suis pas envoyé par Dieu en qualité de ' f poète, » répliqua Mahomet, a et je ne recherche r> pas la réputation d'un orateur. »

Quelques-uns de ses disciples , néanmoins , acceptèrent le défit , et il s'ensuivit une guerre d'encre , dans laquelle les Taminites se reconnurent vaincus. Mahomet fut si satisfait de l'esprit qui avait dicté leur cartel , de leur poésie et du franc aveu de leur défaite , que tion-seulement il leur rendit les prisonniers, mais qu'il les renvoya avec des présents.

L'anecdote suivante prouve aussi combien il était sensible aux charmes de la poésie.

Caab-Ibn-Zohair, célèbre poète de la Mecque, l'avait pris pour sujet de vers satiriques, et avait, en conséquence, été proscrit; mais il s'était enfui lors de la prise de la ville sainte. 11 vint à Médine pour faire sa paix; s'approchant de Mahomet, à la mosquée, il commença à célébi^er ses louanges dans un poëme cité plus tard chez les Arabes commO/Un chef-d'œuvre. Il ; concluait en exaltant surtout sa clémence , « car avec le \. » prophète de Dieu , le pardon des offenses est , de » toutes ses vertus, celle sur laquelle on peut compter » avec le plus de certitude. »

Captivé par la poésie et apaisé par la flatterie, Mahomet donna raison aux paroles du poète , car il ne se contenta pas de lui pardonner, mais se dépouillant de son propre manteau, il le lui jeta sur les l épaules. Caab conserva le vêtement sacré jusqu'au jour de sa mort , refusant de s'en dessaisir, quelque

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ù&pe brillante qu'on lui fit. Le caUfe Moâ}iah i'aequit de ses héritiers au prix ^ dix miUe dmchmes , et ies Gâlifes continuèFent à le porter dans les processions et les cérémonies solennelles , jusqu'au ^nte-^-sildènie califat , époque à laquelle il fut arradié de dessus le dôs (ta c^ife AUMos1^asem-*BilIah , par Holâgu , le conquérant tartare , et jéduit en oaidres. - ' l^i/ïAsi'i \c

Pendant que viHe après ville , château après châtesu, des trilms Arabes eiabrassaieet la foi et recoatnais^ saient ia suzeraineté de Mahomet , Tayef , la forteresse des Takefitesy restait obstinée dsuas le culte de son idole AUath. Les habitants se fiaient à kur position dâns^^leis montagnes et à la force (telenns murailles et de leur château. Mais, quoiqup à Fabri d'un assaut, ils se trouvèrent graduellement «iserrés et- isolés par les Musulmans , au point qu'à k fin ^ ils ne pouvaient plus faire ua pas hors de lettrs murs i^ns être attaqués^ Ainsi menacés et harassés, ils envoyèrent des àmbas* sadeurs à Mahomfet pour traiter de la paix.

Le prophète avait voué une haine profonde à cette ville entêtée et idolâtre qui Favait une fois chassé de son sein , et une autre fois repoussé de ses murs. Ses termes furent : conversion et soumission sans réqwve. Les ambassadeurs co»seirtirent promptement à embrasser eux-mêmes Tlslamisme, mais représentèrent le danger de soulever le peuple de Tayef ^ en exigeant de lui qu'il nenonçât immédiatement à son aindenne fdi^ 111^ j^ppUaient done le^ ppophète deperlnettre à leurs compatriotes d'adorer, pendant trois anseîïcore, leur idole AUath. La requête fut péremptoirement rej^tée. Alors ils demandèrent un dél^ d'oan mois au •

' VTB m MAflOliBT . Î87

moins pouîj préparer Tesprit publie. Nouveau refus :

towte , idolâtïie. ètaiit incompatible avec le culte

/ (Je Bieu. Ils ; le . conjurèrent ensu^ dé ie& ^em-

: pter tte rob$«ryaïKîe dés prières ^btidieiines, cHne

: » peilt pas y, avoir ;4jô ;. vraie «religion sans prièPCy »

réjK)Rdit Mahomet, Entfin , ils fiirent fiarcéâ d'accepter

laaoumîssion pure etsirâplië.

AJbou-Sofianrlbn^Hàrb et Al-Moghieirâ furent envoyés à Tayef pour détruire iïdole Allath, laquelle était de pierre. Âboti-Sofian Ja frappjdt avec une pioche; mais ii manqua son coup et tomtei.sur le visage. La populace poussa ua cri de joie, regardant cet accident comme un bon augure, mais Al-Mogheira détruisit leura espérances et la statue d'un s^l coup de marteau. Il la^pouilk alors de ses riches vêtements, du collier, des bouclé^ d'orettles et autri^s ojrnemeots jen or et des pierres précieuses dont ses adorateiurs l'avaient parée , et la laissa en morceaux sur le sol au milieu des femmes de Tayef qui pleuraient et se laromtaiônt sur ce sacrilège (*).

Parmi ceux qui bravaient encore la puissance de Mahomet, était le bédouin Amir-Jbn-Tàfiel, chef de la tribu d'AmiTr II était renommé pour sa beauté et sa munificence princière ; mais il était d'un esprit hautain, et sa munificence ; dégénérait eniostentatioti.

(1) Les Tbakéâtes sont encore aujourd'hui une tribu paissante , en possession de la même région sur le versant ori^nt^ delà chaîne des montagnes d'Hedjaz. QualquesTuns habitent l'ancienne ville de Tayef, d'autres vivent sous des tentes et ont des troupeaux de A

chèvres et de moutons. Ils peuvent lever deux mille fusils à mèche et ont défendu leitr forteresse de Tayef dans les guerres contre les Yahabi|es. — ^ Notes de. But'ckhardt, voL 2.

îtS VIE DE MAHOMET.

A la grande foire d'Okadh , entre Tayef et Naklah , où marchands, pèlerins et poètes avaient coutume d'accourir de tous les points de l'Arabie, un héraut criait : a Que celui qui a besoin d'une bête de somme vienne » trouver Amir; quelqu'un a-t-il faim? qu'il vienne » trouver Amir, et il sera nourri; est-il persécuté? » qu'il se réfugie auprès d'Amir, et il sera protégé. »

Amir avait ébloui tout le monde par sa générosité , et son ambition avait marché de pair avec sa popularité. Le pouvoir ascendant de Mahomet lui inspirait de la jalousie. Quand on l'engageait à traiter avec lui ; « J'ai juré, » répondait-il avec hauteur, « de ne prendre » aucun repos que je n'aie conquis toute l'Arabie , et y> vous voulez que je fasse hommage à un koreischite ? »

Les récentes conquêtes des Musulmans l'amenèrent, néanmoins, à écouter les avis de ses amis. Il se rendit à Médine , et se présentant devant Mahpmet , demanda franchement :

— Veux-tu être mon ami?

— Jamais , par Allah ! à moins que tu n'embrasses l'Islamisme.

— Et si je le fais , te contenteras-tu de gouverner les Arabes des villes, et me laisseras-tu les Bédouins des déserts ?

Mahomet répondit négativement.

— Que gagnerai-je donc à embrasser ta foi ?

— La confraternité de tous les vrais croyants.

— Je ne l'ambitionne nullement ! répartit l'orgueilleux Amir : et ajoutant une menace de guerre , il

W rejoignit sa tribu.

Un chef bédouin d'un caractère bien différent, c'était Adi , prince de la tribu de Taï. Son père ,

Hatim , avait été fameux, non pas seulement pour ses exploits, mais pour sa générosité sans limites, au point que les Arabes avaient coutume de dire : « Aussi ,généreux qu'Hatim. » Adi, le fils, était chrétien, et quoiqu'il eût peut-être hérité de la générosité de son père , il était loin d'en avoir la vaillance. Alarmé des expéditions dévastatrices des Musulmans , il ordonna à un jeune arabe qui gardait ses chameaux dans le désert, d'en avoir plusieurs , des plus forts et des plus légers, toujours prêts , et de lui faire connaître immédiatement l'approche de l'ennemi.

Il arriva qu'AU, qui battait cette partie du pays avec une troupe de cavaliers , vint en vue portant deux bannières, l'une blanche, l'autre noire. Le jeune bédouin les aperçut de loin et courut à Adi, en criant : . « Les Musulmans sont tout près ; je vois leurs bannières à petite distance ! » Adi mit à l'instant sa femme et ses enfants sur des chameaux et s'enfuit en Syrie. Sa sœur, surnommée Saffana, ou la Perle, tomba entre les mains des Musulmans, et fut conduite avec d'autres prisonniers à Médine. Voyant Mahomet passer près \ du lieu où elle était enfermée, elle lui cria :

— Aie pitié de moi, ô ambassadeur de Dieu ! Mon père est mort, et celui qui m'aurait dû protéger, m'a abandonnée. Aie pitié de moi, ô ambassadeur de Dieu, comme Dieu peut avoir pitié de toi !

— Quel est ton protecteur ? demanda Mahomet.

— Adi, fils d'Hatim.

— Il s'est éloigné de Dieu et de son prophète, répliqua Mahomet, et il continua sa route.

; Le lendemain, comme Mahomet passait, Ali, qui avait

été touché de la beauté et la douleur de cette femme, lui souffla de se lever et d'implorer encore le prophète. Elle répéta donc de nouveau sa prière : « prophète » de Dieu ! mon père est mort ; mon frère, qui aurait » dû être mon protecteur, m'a abandonnée. Aie pitié » de moi, comme Dieu aura pitié de toi. »

Mahomet se tourna vers elle avec bonté. « Qu'il en soit ainsi, » dit-il ; et non seulement il la mit en liberté, mais il lui donna des vêtements et un chameau , et l'envoya en Syrie, par la première caravane.

En se présentant devant son frère, elle lui reprocha sa désertion. Il reconnut sa faute , et fut pardonné. Elle le pressa alors de faire sa paix avec Mahomet ; « C'est vraiment un prophète, dit-elle; et il aura bientôt l'empire universel ; hâte-toi donc de gagner sa faveur. »

Le politique Adi suivit son conseil ; et se rendant j laussitôt à Médine , il salua le prophète, qui était dans fia mosquée. Son propre l'écit de l'entrevue présente jun tableau frappant des manières simples et du genre de vie de Mahomet, maintenant qu'il exerçait le pouvoir souverain dans toute sa plénitude, et au milieu de sa carrière de rapides conquêtes.

« Il me demanda , » raconta Adi , « mon nom ; et » quand je l'eus décliné , il m'invita à l'accompagner » chez lui. Pendant le trajet , une femme vieille et mai* » gre l'accosta. Il s'arrêta et lui parla de ses afl'aires. Ce » n'est pas là, pensai-je à part moi, se conduire en roi. » Quand nous arrivâmes à sa maison , il me donna pour ï) m'asseoir un coussin de cuir rembourré de feuilles » de palmier, pendant que lui s'asseyait sur le sol. y> Ceci, pensai-je, n'est pas très princier.

I » Il me demanda par trois fois d'embrasser l'Isla- 5> misme. Je répondis : J'ai une religion que je trouve » bonne. — « Je la connais, dit-il, mieux que tu ne la » connais toi-même. Comme prince, tu prélèves un quart » du butin fait par ton peuple. Est-ce là la doctrine » chrétienne? » Je m'aperçus à ces mots que c'était un » prophète qui en savait plus long que les autres » hommes.

« Tu ne penches pas pour l'Islamisme, continua-t-il,

' » parce que tu nous vois pauvres. Le jour est proche

j » où les vrais croyants auront tant de richesses qu'ils

\ » ne sauront qu'en faire. Peut-être en es-tu détourné

. » en voyant le petit nombre des Musulmans, en com-

» paraison des armées de leurs ennemis. Par Allah !

» encore quelque temps , et une musulmane pourra

b) faire son pèlerinage sur son chameau, seule et sans

I » crainte, de Kadésia au temple de Dieu, à la Mecque.

f » Tu penses, probablement, que la puissance est dans

; » les mains des mécréants ; sache que l'époque n'est

» pas éloignée, où nous planterons nos étendards sur

» les blancs châteaux de Babylone. » (*)

j Le politique Adi ajouta foi à cette prophétie, et em-

^.brassa immédiatement la foi.

(i) Mohammed, par Weil, p. 247.

PREPARATIFS D'DNE EXPÉDITION CONTRE LA SYRIE. - INTRIOUES D'ABDALLAHIBN-OBBA. — CONTRIBUTIONS DES FIDÈLES. - MARCHE DE L'ARIIÉE. — LA REGION MADDITE D'HEDJAR.— L'ARMEE CAMPE A TABODK. SOUMISSION DES PROVINCES CIRCONVOISINES.- KHALED SURPREND OKAIDER ET SON CHATEAU. — RETOUR DE L'ARMÉE A MÉDIXE.

Mahomet était maintenant devenu , par la conversion ou la conquête , maître de presque toute T Arabie. II avait réuni en une seule nation, capable de porter la guerre à Textérieur, des tribus éparses , jusqu'ici dangereuses les unes aux autres , mais que leur désunion rendait impuissantes contre le reste dxi monde. Son caractère de prophète lui donnait la direction absolue de l'immense force ainsi créée dans le désert, et il était disposé à l'employer à la propagation de la foi et à l'extension de la puissance musulmane au dehors.

Ses nombreuses victoires et la récente affaire de Monta avaient, à la fin, dit-on, éveillé l'attention de l'empereur Héraclius , qui rassemblait une armée sui^ les frontièi^es d'Arabie pour écraser ce nouvel ennemi. Mahomet résolut de prendre les devants , et de porter l'étendard de la foi au cœur même de la Syrie.

Jusque-là il avait entrepris ses expéditions dans le

secret, ne communiquant ses plans et ses intentions qu'à ceux de ses officiers en qui il avait le plus de confiance , et trompant ses partisans sur les dangers à courir. La présente campagne , cependant , si différente des excursions déprédatrices des Arabes , exigerait de grands préparatifs : il fallait réunir des forces plus nombreuses que d'habitude , et des provisions de toutes sortes nécessaires pendant une longue marche. Il proclama donc ouvertement J'objet et la nature de l'entreprise.

Cette fois, on ne montra pas pour accourir autour de son étendard l'empressement accoutumé. Nombre de Musulmans se rappelaient la désastreuse affaire de Monta et craignaient de se trouver de nouveau en présence des troupes disciplinées des Romains. La saison , en outre , était mal choisie pour une expédition si lointaine. C'était le fort de Tété ; la terré était brûlée ; les fontaines et les ruisseaux, taris. La récolte des dattes approchait , et il valait mieux que les hommes fussent alors chez eux à ramasser le fruit qu'occupés au dehors à des entreprises de maraude.

Toutes ces considérations étaient représentées avec art au peuple par Abdallah-Ibn-Obba , le khazradite , qui continuait à être l'ennemi caché de Mahomet, et saisissait chaque occasion de contre carrer ses plans. « Une belle saison que celle-ci, criait-il, pour entre- )) prendre une marche si longue, en dépit de la disette, » de la sécheresse et de la chaleur brûlante du désert ! » Mahomet paraît penser qu'une guerre avec les Grecs » n'est qu'un badin.age. Croyez-moi, vous verrez que » c'est bien différent d'une guerre d'arabe à arabe.

Vl£ DE MAUOMET. 295

» Par Allah ! Il me semble déjà vous voir tous dans » les chaînes. ».

Au moyen de railleries et de suggestions, pareilles, il semait des craintes, ébranlait les Khazradites , ses partisans , et rendait l'entreprise généralement impopulaire. Mahomet, comme d'habitude, eut recours à la révélation. « Ceux qui voudraient rester derrière , » et refiiser de se • dévouer au service de Dieu , » dit un diapitre du Coran v^u fort à propos , « allèguent » comme excuse la chaleur de Fêté. Dites-leur que le » feu de l'enfer est encore plus chaud ! Ils peuvent » s'applaudir dans la jouissance de la sûreté présente, . » mais des pleurs «ans fin seront plus *tard leur châ- > timent. »

Quelques uns de ses prosélytes dévoués manifestèrent leur zèle dans ce moment de tiédeur. Omar, Al-Abbas et Abal'rahman donnèrent de fortes sommes d'argent; plusieurs dévotes apportèrent leurs ornements et leurs joyaux. Othman versa mille, d'autres disent dix mille deniers, et fut absous de ses péchés , passés , présents et futurs^ Abou-Bekr donna quatre mille drachmes. Mahomet hésitait à accepter l'offrande , sachant que c'était tout ce qu'il possédait.

— Que restem-t-il pour toi et ta famille ? dit-iL

— Dieu et son prophète , répondit Abou-Bekr.

Ceè exemples eurent un grxind effet; néanmoins ce fut avec beaucoup de peine qu'on réunit une armée de dix mille chevaux et vingt mille fentassins. Mahomet nomma Ali gouverneur de Médine pendant son absence, et gardien de leurs deux- familles. Ali accepta ce poste avec répugnance, car il était habitué

à accompagner le prophète et à partager ses périls . Tous les arrangements étant complétés, Mahomet quitta Médine pour cette importante expédition. Une partie de son armée était composée de Khazradites et de leurs alliés cond uits par Abdallah-Ibn-Obba. Cet homme , que Mahomet avait si bien nommé le chef des Hypocrites, campa séparément la nuit avec ses partisans, à quelque distance en arrière de l'armée principale; et quand celle-ci se mit en marche dans la matinée, il la laissa s'éloigner et ramena ses troupes à Médine. Se présentant devant Ali, dont l'autorité sur la ville était gênante pour lui et ses adhérents , il essaya de le rendre mécontent de sa position , en insinuant que Mahomet lui avait donné le commandement de Médine uniquement pour se débarrasser de lui. Ali, piqué au vif, courut après Mahomet, et lui demanda si ce <ju'avaient dit Abdallah et ses amis était vrai.

« Ces hommes, » répliqua Mahomet, « sont des » menteurs. Ils forment le parti des Hypocrites et des » Douteurs , qui voudrait faire éclater une sédition » dans Médine. Je t'ai laissé derrière pour que tu aies » l'œil sur eux , et pour que tu sois le gardien de nos » deux familles. Je voudrais que tu fusses pour moi » ce qu' Aaron fut à Moïse , à cela près , que tu ne » peux pas être prophète, comme lui, puisque je suis » le dernier des prophètes. y> Après cette explication , Ali retourna satisfait à Médine.

Plusieurs ont inféré de ce qui précède que Mahomet voulait qu'Ali fût son calife ou successeur; ce mot calife étant le mot arabe employé pour désigner le rapport d' Aaron à Moise.

Les troupes qui étaient rastées avec Mahomet ne tardèrent pas à éprouver les difticultés de braver le désert dans cette saison étouffante. Beaucoup de soldats s'en retournèrent le second, le troisième et le quatrième jour. Chaque fois qu'avis de leur désertion était donné au prophète: « Qu'ils partent, » répliquait-il: « s'ils sont bons à quelque chose , Dieu nous les ramè- » nera ; si non , nous sommes débarrassés d'autant. »

Pendant que quelques uns perdaient ainsi courage en marche , d'autres , qui étaient restés à Médine, se repentaient de leur pusillanimité. Un certain Abou- Khaithama , entrant dans son jardin à l'heure de la grande chaleur, aperçut un repas de viandes et d'eau fraîche que ses femmes avaient servi pour lui sous une tente. S'arrétant sur le seuil, « En ce moment, » s'écria-t-il , « le prophète de Dieu est exposé aux » vents et au soleil du désert, et Khaithama va » s'asseoir ici, à l'ombre, à côté de ses deux belles » femmes? Par Allah! je n'entrerai pas dans cette » tente ! » Il prend aussitôt son épée et sa lance , et, montant son chameau , court rejoindre l'étendard de la foi.

Cependant l'armée , après une marche pénible de sept jours, entra dans le district montagneux d'Hedjar, habité jadis par les Thamudites, l'une des tribus perdues d'Arabie. C'était la région maudite , à laquelle se rattachait la tradition que nous avons déjà racontée. L'avant-garde, qui ne savait rien de cette tradition et qui mourait de fatigue et de chaleur, vit avec bonheur un ruisseau serpentant dans une verte vallée , et de fraîches grottes taillées dans les fl^uics des collines

voisines, les anciennes demeures des Thamudites foudroyés. On fit halte. Quelques soldats se préparaient à se baigner, d'autres commençaient à cuire leurs aliments et à faire du pain, pendant que tous se promettaient de passer une bonne nuit dans les grottes.

Mahomet , pendant la marche , s'était tenu , suivant aa coutume, àTgurrière-garde pour encourager les faibles et prendre , au besoin , en croupe quelque traînsCrd épuisé. Arrivé à l'endroit où les troupes s'étaient arrêtées, il se rappela l'avoir vu autrefois; en même temps les traditions qu'on lui avait racontées quand il avait passé par là dans son enfence , lui revinrent à l'esprit. Tremblant d'encourir l'anathème suspendu sur le' voisinage , il ordonna aux troupes de jeter la viande cuite , et de donner aux chameaux le pain pétri avec de l'eau du ruisseau, et de s'éloigner au plus vite de ce lieu ' maudit du • ciel. Alors , se cachant le visage dans les plis de son manteau , et donnant de l'éperon à sa mule , il traversa au galop cette région criminelle , l'armée le suivant comme si elle eût fui devant un ennemi.

La nuit d'après fut une nuit de grandes souffrances : l'armée dut camper sans eau ; le temps était horriblement chaud ; un vent desséchant soufflait du désert ; une soif intolérable régnait dans le camp, comme si la malédiction thamudite eût pesé encore sur lui. Le lendemain*, pourtant, une pluie abondante rafraîchit et mnima hommes et animaux. La marche fut reprise avec une ardeur nouvelle, et l'armée arriva, sans autre malheur, àTabouk, petite ville sur les frontières de l'empire romain, à mi-chemin environ entre Médine

VIED£ MAHOMET.

et Damas , et à dix jours de marche à peu près de Tupe et de l'autre ville.

Là, Mahomet 'établit son camp dans le voinage d'une

fontaine , et au milieu de bosquets et de pâturages.

\ Les traditions arabes affirment que la fontaine était

y presque à sec , au point que , quand on eût rempli un

^etit vaso' pour le prophète , il n'y resta pas ime seule

goutte d'eau. Après avoir étanché sa soif et fait ses

/ablutions, Mahometjetadansla fontaine ce qui restait

dans le vase ; sur quoi il jaillit un torrent suffisant pour

les troupes et tout le bétail.

Mahomet expédia de son camp ses capitaines pour proclamer et imposer la foi , ou exiger le tribut. Quelques uns des princes du voisinage envoyèrent des ambassades soit pour reconnaître la divinité de sa mission , soit pour se soumettre à son pouvoir temporel . Un de ceuxrci fut Johanna-Ibn-Ruba , prince d'Eyla , ville chrétienne, auprès de la mer Rouge. C'était la même ville à propos de laquelle on racontait la tradition qui veut que, quand ses habitants étaient Juifs, les vieillards avaient été changés en pourceaux, les jeunes gens en singes, pour avoir péché pendant le jour du sabbat ; jugement qui est solennellement rapporté dans le Coran.

Le prince d'Eyla fit un pacte de paix avec Mahomet, par lequel il s'engageait à payer un tribut sinnuel de trois mille deniers ou couronnes d'or. La forme de ce contrat devint un précédent pour traiter avec les autres puissances.

Parmi les princes arabes qui professaient la religion chi*étienne et qui refusèrent de Éaire hommage à Mahomet, était Okaïder-Ibn-Malec, de la tribu de Kenda.

Il résidait dans un château, au pied d'une montagne. Khaled fut envoyé avec de la cavalerie pour Famener à composition. Voyant que le château était trop fort pour qu'on l'emportât d'assaut, il eut recours à un stratagème. Par une nuit de lune, Ok aider et sa femme prenaient le frais sur le toit en terrasse de leur château, quand ils aperçurent un animal qui broutait , et qu'ils supposèrent être un âne sauvage descendu des montagnes voisines. Okmder, qui était grand chasseur, prit sa lance , monta à cheval et sortit avec son frère Hassan et quelques uns de ses gens. L'âne sauvage était un leurre. Ils n'avaient pas fait beaucoup de chemin quand Khaled et ses hommes s'élancèrent d'une embuscade et les attaquèrent. Ils étaient armés trop à la légère pour faire beaucoup de résistance. Hassan fut tué sur le champ et Okaïder fait prisonnier ; le reste s'enftiit au château , lequel , du reste , se rendit bientôt. Le prince fut ultérieurement mis en liberté à la condition de payer une forte rançon et de devenir tributaire.

Comme trophée de la victoire , Khaled envoya à Mahomet la veste dont on avait dépouillé le cadavre d'Hassan. Elle était de soie , et richement brodée d'or. Les Musulmans se réunirent autour, et la regardèrent avec admiration. « Admirez-vous ce vêtement ? dit le » prophète. Je jure par celui entre les mains de qui » est l'âme de Mahomet que la veste que Saad, fils » de Moad , porte maintenant en paradis , est bien plus » précieuse. » Ce Saad était le juge qui rendit la sentence de mort contre sept cents Juifs , prisonniers à Médine , après la bataille du Fossé.

Ayant refait ses troupes par leur séjour à Tabouk et

soumis le pays avoisinant, Mahomet voulait poursuivre la campagae et pénétrer jusqu'au coeur de la Syrie ; mais son ardeur n'était pas partagée par ses compagnons. La nouvelle que d'immenses corps de troupes, appartenant à l'ennemi, étaient réunis sur les frontières, avait abattu le moral de l'armée. Mahomet remarquait le découragement général , et pourtant il lui répugnait d'abandonner la campagne au moment où elle n'était qu'à moitié faite. Convoquant un conseil de guerre , il lui soumit cette question : « Faut-il continuer , ou non ?» A cela Omar répondit sèchement : (( Si tu as l'ordre de Dieu d'avancer davanta- » ge.... » Mahomet l'interrompit en disant : « Si je » l'avais, je ne demanderais pas ton avis. »

Omar sentit la réprimande. Alors, d'un ton respectueux, il représenta qu'il était peu sage d'avancer en présence des forces écrasantes que l'on disait être réunies sur les frontières de Syrie. Il fit valoir tout ce que Mahomet avait déjà obtenu par cette campagne : il avait arrêté l'invasion dont les armées impériales menaçaient l'Arabie, reçu l'hommage et la soumission de plusieurs peuples ou tribus , depuis l'origine de la mer Rouge jusqu'à l'Euphrate ; il lui conseillai^ donc de se contenter, pour cette année, de ce qui avait été exécuté, et de remettre l'achèvement de l'entreprise à une prochaine campagne.

.'w^ ^-- : Son avis fut adopté ; car, toutes les fois que Mahomet ^^r i, \ ^ n'était pas sous l'empire d'une forte excitation ou d'une "fl^ât ^'M\\ inspiration imaginaire , il était assez porté à subor- V."^ r,v^ [donner son opinion dans les questions militaires à 'celle de ses généraux. Après un repos de vingt jours à Tabouk, il leva le camp et ramena son armée à Médine.

ENTRÉE TRIOMPHAIS DE MAHOMET A MÉDINE. - PUNITION DE OEUX QUI AVAIENT REFUSK DE SE JOINDRE A L'EXPÉDITION. — EFFETS DE L'EXCOMMUNICATION. — MORT D'ABDAL- LAH-IBN-OBBA, — DISSSENSIONS DANS LE HAREM DU PROPHÈTE.

Les entoées de Mahomet à Médine, quand il revenait de ses expéditions -victorieuses, se faisaient avec cette simplicité et cette absence de pompe qui caractérisaient toutes ses actions. Aux abords de la ville, quand ses gens venaient à sa rencontre avec la multitude, il s'arrêtait pour les saluer et prendre en croupe les enfants de sa maison. Ce fut de cette façon qu'il rentra àMédine, à son retour de la campagne contre Tabouk.

L'arrivée d'une armée chargée de dépouilles recueilr lies dans l'expédition la plus lointaine que les soldats d'Islam eussent encore entreprise , était un événement trop considérable pour qu'on ne la saluât pas avec enthousiasme. Ceux-là seuls étaient tristes , . qui avaient refusé de marcher ou avaient déserté. Ils furent d'abord tous mis en interdit, Mahomet défendant à ses fidèles partisans d'avoir avec eux aucun commerce. Touché, pourtant, de leur repentir et de

leurs excusés, il pardonna peu à peu à la plupart d'entre eux. Sept de ceux pour qui l'interdit fut maintenu , se voyant privés de toutes relations avec leurs connaissances , s'abandonnèrent au désespoir et s'attachèrent par des chaînes aux murs de la mosquée , jurant de rester ainsi jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu Ipur pardon. Mahomet, d'un autre côté, jura qu'il les y laisserait à moins que Dieu n'en ordonnât autrement. Heureusement il reçut l'ordre du ciel dans la révélation d'un verset du Coran ; mais en brisant les fers qu'ils s'étaient eux-mêmes imposés, il exigea un tiers de leur avoir, qu'il destina au service de la foi.

Parmi ceux qui étaient encore sous le coup de l'excommunication, on remarquait Kaab-Ibn-Malec. Murai'a- Ibn-Rabia et HilaWbn-Omeya. Ils avaient été autrefois au nombre des plus zélés profès musulmans, leur défection était donc dix fois plus odieuse aux yeux du prophète que celle de leurs voisins, dont la foi avait été tiède et douteuse. Aussi se montrait-il impitoyable à leur égard. Pendant quarante jours ils subirent un interdit si absolu qu'ils ne pouvaient même pas communiquer avec leurs femmes.

La relation donnée par Kaab-Ibn-Malec de sa situation pendant qu'il était ainsi excommunié, présente une peinture très-vive du pouvoir de Mahomet sur l'esprit de ses adhérents. Kaab déclare que tout le monde l'évitait ou le regardait d'un air changé. Ses deux compagnons d'infortune ne quittaient pas leur maison; lui, cependant, allait d'un endroit dans un autre , mais personne ne lui parlait. Il entra dans la mosquée, s'assit près du prophète et le salua; mais

son salut ne lui fut pas rendu. Le quarante^nième

,. Jour,. il reçut Tordre de se séparer de sa femme. Il

quitta alors la ville, et dressa une tente sur la colline

; de Safa, décidé à y subir dans toute sa rigueur la

punition qui lui était infligée. Son cœur, toutefois , se

i mourait en lui; « le vaste monde, » dit-il, « semblait

^ se rétrécir autour de moi. » Le cinquante-unième

jour, vint un messager qui lui apportait l'espoir du

pardon. Il courut à Médine , trouva à la mosquée le

prophète qui le reçut avec un visage radieux et qui

dit que Dieu lui avait pardonné. L'âme de Kaab

renaquit des profondeurs du désespoir, et, dans un

transport de gratitude, il donna une partie de sa

fortune en expiation de son erreur.

Peu de temps après le retour de l'armée à Médine , Abdallah-Ibn-Obba , le khazradite, ce le chef des Hypocrites , » tomba malade , au point qu'on désespéra de -^ «es jours. Quoique Mahomet connût bien la perfidie

e cet homme et les secrètes menées auxquelles il s'était constamment livré contre lui , il lui fit visite ^plusieurs fois durant sa maladie. Il étadt avec lui au i moment de sa mort, et il suivit son corps quand on „ ile porta dans son tombeau. Là, cédant aux instantes ^supplications du fils du défunt , il fit des prières pour ^ue ses péchés lui fussent pardonnes.

Omar remontra, en particuUer, Mahomet d'avoir prié pour un hjrpocrite , lui rappelant combien Abdallah l'avait décrié ; mais le prophète lui répondit finement avec un texte du Coran : « Vous pouvez prier ! » pour les Hypocrites, ou non, comme il vous plaira; j^O*^ i » mais prieriez-vous soixante-dix fois, ils ne seront Vi \ » pas pardonnes. »

Les prières récitées sur la tombe d'Abdallah le furent donc par politique , pour capter la faveur des Khazradites et des puissants amis du défunt; et en ce sens elles réussirent , car la plupart de ceux-ci devinrent les partisans dévoués du prophète dont le pouvoir, dès ce moment, ne fut plus contesté à Médine. Mahomet annonça ultérieurement une révâation qui lui défendait de prier près du lit , ou de se tenir près du tombeau de quiconque mourait dans l'incrédulité.

Mais , encore qu'il exerçât un tel empire sur ses disciples et sur toute la communauté , Mahomet trouvait de grandes difficultés à gouverner ses feihmes et à maintenir la tranquillité dans son harem. Il semble qu'il ait agi avec équité dans ses relations conjugales, assignant à chacune de ses femmes une habitation séparée dont elle était la seule maîtresse , et passant vingt-quatre heures avec elles, tour à tour. Il arriva qu'une fois, pendant qu'il habitait avecHafsa, celle-ci sortit pour aller voir son père. Rentrant à l'improviste , eUe surprit le prophète avec son heureuse esclave favorite Mariyah , la mère de son ^s Ibrahim. Ce fut de la part de Hafsaune explosion de bruyante jalousie. Mahomet s'efforçait de la calmer, craignant que ses cris n'excitassent une rébellion dans le harem ; mais il n'y réussit qu'en faisant, serment de ne jamais plus cohabiter avec Mariyah. A cette condition elle pardonnait le passé et promettait le secret.

Elle ne tint pas parole , cependant : elle révéla à Aïescha l'infidélité du prophète qui , bientôt , fut connue de tout le harem. Ses femmes s'unirent pour l'accabler sous une tempête de reproches, jusque-là que, à bout

' de patience , il répudia Hafza et rompit tout commerce ^ avec le reste. Pendant un mois il dormit seul ^ur une

natte dans un appartement séparé; mais Allah, à la

J fin , en considération de son isolement , lui envoya les

cinquième et sixième chapitre du Uoran, lesquels le

; déliaient de son serment relatif à Mariyah , qui devint

immédiatement la compagne de sa chambre solitaire.

Les épouses réfractaires furent alors ramenées au

sentiment de leur faute, et informées par la même

révélation que les restrictions imposées aux hommes

ordinaires ne s'appliquaient pas au prophète. A la fin il

reprit Hafsa, qui se repentait; il se réconcilia avec

Aïescha, qu'il aimait tendrement; et toutes les autres,

après un délai convenable , rentrèrent en faveur; mais

il continua à chérir Mariyah, car, outre qu'elle était

belle, elle était la mère de son seul fils.

ABOU-BEKR CONDUIT LES PÈLERINS A LA MECQUE, — MISSION D'ALI POUR ANNONCER

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