QUELQUES MOTS SUR LA FOI MUSULMANE
Quoique nous n'ayons pas Tintention d'entrer dans le détail des doctrines promulguées par Mahomet , il est indispensable, si Ton veut se faire u^e Juste idée de son caractère et de sa conduite, d'en connaître les traits principaux.
Il faut surtout se mettre dans l'esprit que Mahomet ne visait pas à établir une religion nouvelle, mais qu'il voulait restaurer celle que l'on avait reçue, dans les premiers temps, de Dieu lui-même. « Nous suivons , » disait le Coran, la religion d'Abraham l'orthodoxe, j> qui n'était pas un idolâtre. Nous croyons en Dieu , * à ce qu'il nous a envoyé, à ce qu'il a envoyé à j> Abraham, à Ismaël, à Jacob et aux tribus, à ce qui » a été transmis à Moïse et à Jésus, et à ce qui a été > transmis aux prophètes venant du Seigneur: nous » ne faisons aucune distinction entre eux , et nous y> sommes résignés à Dieu. (1) »
(1) Coran, c^iap. '2.
Le Comn, ou Koran (1), qui a été le grand livre de sa foi, fut donné par morceaux, de temps en temps, selon le degré d'exaltation de ses sentiments , ou l'exigence des circonstances. Il ne fut pas présenté comme son œuvre propre, mais comme une révélation divine, comme les paroles mêmes de Dieu. La divinité est censée parler dans tous les cas. a Nous t'avons » envoyé le livre de vérité, lequel confirme l'écriture » qui a été révélée avant lui, et la conserve dans sa » pureté (2). »
La loi de Moïse, disait-on, avait été, pendant un temps, le guide et la règle de conduite des hommes. A la venue de Jésus-Christ, elle fut remplacée par l'Evangile ; tous deux devaient maintenant faire place au Coran, qui était plus complet et plus explicite que les codes précédents, et destiné à réformer les abus qui s'étaient glissés dans ceux-ci, par la négligence ou les altérations de leurs interprètes. C'était le complément de la loi; après lui, il n'y aurait plus de révélations divines. Mahomet était le dernier, comme le plus grand , de la série des prophètes envoyés pour faire connaître la volonté de Dieu.
L'unité de dieu fut la pierre angulaire de la religion réformée. « Il n'y a de dieu que Dieu, » était son dogme fondamental. De là elle reçut le nom d'Islam (3)^
(1) Dérivé du mot arabe Kora, lire ou enseigner.
(2) Coran, chap. 5.
(3) Quelques étymologistes font dériver Islam de Salem ou Atilama, qui signifie salut. Les Chrétiens en ont fait le mot Islamisme , et les Juifs Font défiguré en Ismaélisme, ce qui, pour
mot arabe qui signifie soumission à Dieu. A ce premier dogme fut ajouté : « Mahomet est le prophète » de Dieu, » addition autorisée, comme on le soutenait, par Tannonciation divine, et nécessaire pour faire accepter ses révélations.
Outre l'unité de Dieu, on inculquait la croyance aux anges , ou esprits subordonnés , aux prophètes , à la résiu^rection du corps, au jugement dernier, à une vie future de récompenses et de peines et à la prédestination. Une grande partie du Coran a ét^ prise dans la Bible , la Mischna et le . Talmud des Juifs (1), spécialemeàt les traditions étranges, quoique souvent belles , concernant les anges , les prophètes , les patriarches, les bons et les mauvais génies. Il avait conçu , de très bonne heure , de la vénération pour la foi juive , laquelle , a-t-on donné à entendre , était celle de sa mère.
Le système exposé dans le Coran était, cependant,
eux, a un sens de reproche et est une allusion à rorigine des Arabes, comme descendants d'Ismaël.
D'Islam les Arabes ont tiré les termes de Moslem ou Muslem, Musulman, qui professe la foi d'Islam. Ces termes sont au singulier, et font Musliman au duel et Muslimen au pluriel.
(i) La Mischna des Jui& , comme la Sounna des Mahométans, est une collection de traditions formant la loi orale. £lte fut compilée dans le deuxième siècle par Judas HakKodisch, savant rabbin juif, sous le règne de l'empereur romain Antonin-le-Pieux .
Le Talmud de Jérusalem et le Talmud babylonien sont deux commentaires sur la Mischna. Le premier fut compilé à Jérusalem, trois cents ans après le Christ, et le dernier à Babylone , deux cents anç plus tard. La Mischna est, après la Bible, lé plus ancien recueil que possèdent les juifs'.
72 VIE DE SIAHOMET.
essentieUement fondé sur les doctrines chrétiennes
contenues dans le NouveauTestament , et telles qu'elles
lui avaient été présentées par les sectaires chrétiens
/ d'Arahie. "Notre Sauveur devait être tenu en haute
Çijim^ J vénération, comme un prophète inspiré, le plus grand
Vf " 1 qui eût été envoyé avant le temps de Mahomet, pour
V réformer la loi;' mais toute idée de sa divinité était
; rejetée comme impie, et toute la doctrine de la Trinité était dénoncée comme un outrage à Funité de Dieu. On déclarait que toutes deux étaient des erreurs ou des interpolations des interprètes ; et cette opinion était , il faut le remarquer, celle des sectes chrétiennes ^'Arabie.
/ Le culte des saints et l'introduction des tableaux qui les représentent étaient condamnés comme un abandon de la foi du Christ et un retour à l'idolâtrie , et tels étaient , nous en avons déjà fait l'observation , les principes des Nestoriens avec lesquels , on le sail ,^ Mahomet avait eu beaucoup de relations.
Toute peinture représentant des objets vivants est prohibée. Mahomet disait que les anges n'entreraient pas dans une maison qui aurait de pareilles peintures , et que ceux qui les faisaient seraient condamnés , dans l'autre monde, à trouver des âmes pour elles, ou seraient punis.
La plupart des préceptes de bienveillance de notre Sauveur sont incorporés dans le Coran. La fréquence des aumônes y est prescrite comme un devoir impérieux , et l'immuable loi du bien et du mal : « Fais aux » autres comme tu voudrais qu'il te fût fait, » fut donnée pour la conduite morale des fidèles.
^ '^^#^ t-Uvv
t N'agissez pas injustement envers les autres , » dit le Coran, « et Ton n'agira pas injustement envers vous. » S'il y a un débiteur qui ne puisse pas payer sa dette
'' *^ » que son créancier l'attende jusqu'à qu'il le puisse '» aisément; mais s'il en fait l'abandon, il fera encore ^ mieux. »
' Mahomet inculquait une noble honnêteté et la sincérité dans les affaires. « marchands ! » disait-il, « la feusseté et la fourberie sont sujettes à prévaloir dans » le commerce, purifiez-le par des aumônes ; faites un » peu de charité en compensation ; car la fourberie dans » le commerce irrite Dieu , mais la charité apaise sa » colère. Celui qui vend un objet défectueux, en cachant » son défaut, provoquera la colère de Dieu et les » malédictions des anges. »
^^^ ' « Ne profitez pas des besoins d'un autre pour lui >^^*J^ » acheter à perte ; soulagez plutôt son indigence. »
/ a Nourrissez ceux qui ont faim , visitez les malades , - '/ A^ ^ ^* libérez les prisonniers , s'ils sont enfermés injus- \j> tement. »
/ « Ne regarde pas ton semblable avec mépris ; ne vw \ » foule pas la terre avec insolence ; 'car Dieu n'aime uXjÇ^ J » pas l'arrogant et le vaniteux. Sois modéré dans ton ^ » allure, et parle d'un ton modéré, car la plus désa- )) gréable de toutes les voix, est celle des ânes. » (*)
(1) Les paroles suivantes , recaeillies par Fun de ses disciples . semblent avoir été suggérées par un passage de saint Mathieu , XXV-35-46 :
c En vérité, Dieu dira au jour de la résurrection : c* fils d'Adam ! J'étais malade , et vous ne m'avez pas visité. » Alors ils diront : f Comment pouvions-nous vous visiter ? car vous êtes le se%neur
L'idolâtrie de toutes sortes était strictement défendue ; c'était même ce que Mahomet abhorrait le plus. Beaucoup d'usages religieux, néanmoins, répandus depuis un temps immémorial parmi les Arabes , et qui n'étaient pas incompatibles avec l'unité de Dieu , furent conservés. Tel était le pèlerinage à la Mecque, y compris toutes les cérémonies relatives à la Caaba, au puits de Zem-Zem et autres lieux sacrés du voisinage , en les séparant du culte des idoles qui les avait profanés.
Le vieux rite arabe de la prière , accompagné ou plutôt précédé de l'ablution, fut aussi maintenu. De$ prières étaient même prescrites . à des heures déterminées du jour et de la nuit ; elles étaient simples de forme et de style, adressées directement à Dieu , avec certaines inflexions et, par moments, une complète
de ruhivers, et exempt de maladie. » Et Dieu répondra : « Ne savieZ'Vous pas qu^un tel, de mes serviteurs , était malade , et vous He Pavez pas visité. Si vous aviez visité ce serviteur , cela vous aurait été compté comme une action juste. i> Et Dieu dira : « fds d'Adam ! je vous ai demandé de la nourriture , et vous ne m'en avez pas donné.» Et les fils d'Adam diront : « Comment pouvionsnous vous donner de la nourriture , voyant que vous nourrissez l'univers , et que vous êtes exempt de la faim ?» Et Dieu dira : « Un tel de mes serviteurs vous a demandé du pain , et vous lui en avez refusé. Si vous lui aviez donné à manger, vous auriez reçu de moi votre récompense. » Et Dieu dira : « fils d'Adam ! je vous ai demandé de l'eau , et vous ne m'en avez pas donné. • Ils répliqueront: «0 notre soutien! comment pouvions-nous vous donner de l'eau , voyant que vous êtes le soutien de l'univers, et non sujet à la soif? » Et Dieu dira : « Un tel de mes serviteurs vous a demandé de l'eau , et vous ne lui en avez pas donné. Si vous l'aviez fait , vous auriez reçu de moi votre récompense. »
vik; liE MÀHOMer. 75
prostration du corps , et avec le visage touraé vers le Kéblah ou point d'adoration.
A la fin de chaque prière, on récitait le verset suivant, tiré ^du second chî^itre du Coran. On dit qu'il est d'une grande beauté dans l'original arabe, et il est gravé sur des ornements d'or et d'argent et sur des pierres précieuses que l'on porte comme \ amulettes ; « Dieu ! Il n'y a pas d'autre dieu que lui, ; » le vivant, le toujours vivant; il ne dort pas, ni ne ; )) sommeille. A lui appartienuent les cieux, et la Uv^^i \ » terre, et tout ce qu'ils contiennent. Qui intercédera A/XW ^^ auprès de lui, si ce n'est par sa permission? Il . » connaît le passé et l'avenir, mais personne ne peut
» comprendre rien de sa science, si ce n'est ce qu'il '^^ r » révèle. Son empire s'étend sur les cieux et sur la ^ » terre, et les soutenir tous deux n'est pas un fardeau » pour lui. Il est le Haut, le Puissant! »
Mahomet insistait avec énergie sur l'importance et
l'efficacité delà prière. « Les anges, » disait-il, « viennent
» parmi vous de jour et de nuit; après quoi, ceux de
"^^^I^ ' )) la nuit remontent au ciel, et Dieu leur demande
^'<^Jv » comment ils ont laissé ses créatures. « Nous les
.^^ l » avons trouvées , disent-ils, à leurs prières , et nous
.:^i«->^ ^ » les avons laissées à leurs prières. »
Les doctrines du Coran sur la résurrection et le Pf. r\ ' 1 jugement dernier sont, à certains égards, pareilles à V ^V celles de la religion chrétienne, mais mêlées de ^ e*.J^ ^ quelques idées extravagantes puisées à d'auti^es sources , c* — Y^A pendant que les joies du paradis musulman, bien que en partie spirituelles, sont embarrassées et souillées ^ ^<»v^ ^jgg sensualités de la terre, et infiniment au-dessous
de Fineffable pureté et de la béatitude promise par notre Sauveur.
Néanmoins, la peinture du dernier jour, telle qu'on la trouve dans le trente-huitième chapiW du Coran , et telle que Mahomet doit Favoir donnée au début de sa mission à la Mecque, comme Tuné de ses révélations, touche au sublime.
« Au nom du Tout-Miséricordieux Dieu ! un jour 3^ viendra où le soleil sera voilé, et où les étoiles » tomberont des cieux, où les chamelles sur le point de » feônner seront négligées , et où les bêtes sauvages , » frappées de terreur, se réuniront en troupeaux.
» Où les vagues de l'Océan bouillonneront, et où les » âmes des morts seront de nouveau unies à leui'S ; » corps.
» Où la petite fille qui aura été enterrée vivante » demandera: Pour quel crime ai-je été sacrifiée? et » où les livres éternels seront ouverts.
» Où les cieux disparaîtront comme un rouleau de » papier, et l'enfer brûlera, et où les joies du paradis » seront rendues manifestes.
» En ce jour chaque âme fera connaître ce qu'elle » a accompli.
j^ En vérité , je vous le jure par les étoiles qui se » meuvent rapidement et sont perdues dans l'éclat du . » soleil, et par les ténèbres de la nuit, et par l'aube D du jour, ce ne sont pas là les paroles d'un mauvais » esprit, mais d'un ange de dignité et de puissance, » qui possède la confiance d'Allah , et est révéré par les » anges .sous son commandement. Votre compagnon ., j) Mahomet, n'est pas fou, non plus, ïl a vu le céleste
t VIE DE MAHOMET. /7
» messager dans la lumière du clair horizon, et les » paroles qui lui ont été révélées doivent être une » admonition à toutes les créatures. »
Note.— Pour montrer le dédale de doctrines controversables d'où Mahomet dut tirer sns idées sur la foi chrétienne , nous donnons ici les principaux points de divergence entre les sectes chrétiennes d'Orient auxquelles nous avons fait allusion dans le chapitre qui précède.
Les Sabelliens, ainsi nommés de Sabellius, prêtre lybien du h troisième siècle, croyaient à l'unité de Dieu , et que la Trinité
/ ^>*^ exprimait trois différents états, ou relations ; le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne formant qu'une personne, comme un homme est .composé de corps et d'âme.
Les Ariens, d'Arius, ecclésiastique d'Alexandrie, dans le quatrième ^*,^> ] siède , affirmaient que le Christ est fils de Dieu, mais distinct ^^^vt*- \ de lui et inférieur à lui, et niaient que le Saint-Esprit soit Dieu. '^^ Les Nestoriens, de Nestorius, évéque de Constantinople dans le cinquième siècle , soutenaient que le Christ a deux natures distinctes: l'une, divine, et rautre, humaine; que Marie était seulement sa mère, et Jésus un homme , et que c'était une abomination de l'appeler, comme c'était la coutume de l'EgUse, la mère de Dieu.
/ Les Monophysites , comme l'indique leur nom , maintenaient la j ) nature simple du Christ. Ils aflirmaient qu'il était une combinaison
^^ i de Dieu et d'homme, tellement mêlés et unis qu'ils ne formaient ^ qu'une seule nature.
/ Les Eutychiens, d'Eutychès, abbé d'un couvent à Constantinople
- • dans le cinquième siècle , étaient une branche des Monophysites ,
(^^uc«ifc\ essentiellement opposée aux Nestoriens. Ils niaient la double
\ nature du Christ, déclarant qu'il était tout-à-fait Dieu avant
V l'incarnation, et tout-à-fait homme pendant l'incarnation.
Les Jacobites , de Jacobus , évêque d'Edesse , en Syrie, dans le sixième siècle, étaient une branche très nombreuse des Monophysites, différant très peu des Eutychiens. La plupart des tribus chrétiennes d'Arabie étaient Jacobites.
r , V Les Mariamites, ou adorateurs de liarie , regardaient la Trinité ^^ / comme se composant de Dieu le père, Dieu le fils et Dieu la vierge ^ \ Marie.
Les Collyridiens étaient une secte arabe de chrétiens , composée
\ principalement de femmes. Ils adoraient la vierge Marie comme
étant en possession de la divinité , et lui faisaient des offrandes
d'un gâteau en forme de tresses , appelé collyris , d'où ils tiraient
leur nom.
Les Nazaréens étaient une secte de chrétiens juifs, qui considéraient le Christ comme le Messie, comme né d'une vierge par le Saint-Esprit, et possédant quelque chose d'une nature divine ; mais ils se conformaient pour tout le reste aux rites et cérémonies de la loi Mosaïque.
Les Ebionites , d'Ebion , juif converti qui vivait dans le premier
siècle, étaient aussi une secte de chrétiens judaïsants, différant
> vv peu des Nazaréens. Ils croyaient que le Christ était un homme pur,
le plus grands des prophètes ; mais ils niaient qu'il eût eu une exis-
\^,,pv-.^v- V tcnce avant d'être né de la vierge Marie. Cette secte, aussi bien
^ \ A V ;i-. que celle des Nazaréens, avait plusieurs adhérents en Arabie.
On pourrait énumérer plusieurs autres sectes , telles que les Corinthiens, les Maronites et les Marcionites, qui tiraient leurs noms de chefs instruits et zélés ; les Docètes et les Dnostiques, qui étaient subdivisés en différentes sectes de subtils enthousiastes. Quelquesunes de celles-ci soutenaient l'immaculée pureté de la vierge Marie^ aftirmant que sa conception et sa délivrance s'étaient effectuées comme la transmission des rayons de lumière à travers une vitre , sans altérer sa virginité ; opinion que maintiennent encore énergiquement , en substance , les catholiques espagnols.
La plupart des Docètes affirmaient que Jésus-Christ était d'une
nature entièrement divine ; qu'un fantôme , une simple forme
sans substance, fut crucifié par les Juifs abusés ; et que le cruci-
-^ V fiement et la résurrection furent de déceptives exhibitions mystiques
^ -- *^ ^ Jérusalem, pour le bien de la race humaine.
' * ' "^ *'/^ ^®^ Carpocratiens , les Basilidiens et les Yalentiniens , ainsi
( nommés d'après trois controversistes égyptiens, soutenaient que
) Jésus-Christ était seulement un mortel sage et vertueux, fils de
'M ( Joseph et de Marie , choisi par Dieu pour réformer et instruire
Mf
l'humanité, mais qu'une nature divine lui fut communiquée dans
^ son âge mûr et à l'époque de son baptême par Saint-Jean. La
j/ v-£) première partie de cette croyance , qui était celle des Ebionites ,
*V^ ( fut ravivée , et est professée par quelques uns des chrétiens uni-
V taires, secte nombreuse et croissante des protestants d'aujourd'hui.
^ \, Il suffît de jeter un coup d'œil sur ces discussions , qui ne sont
^ ■ pas arrangées dans l'ordre chronologique, mais qui déchirèrent
l'Eglise chrétienne , et continuaient à exister à l'époque de
Mahomet, pour le décharger de tout blasphème volontaire, dans
les opinions qu'il inculquait touchant la nature et la mission de
notre Sauveur.
Va i^
BIDICULE JETÉ SUR MAHOMET ET SES DOCTRINES. - DEMANDES DE MIRACLES. — CONDUITE D'ABOU TALEB. — VIOLENCE DES KOREISCHITES.— ROKAIA, FILLE DE MAHOMET, SE RÉFU OIE EN ABYSSINIE AVEC SON ONCLE OTHMAN ET QUELQUES DISCIPLES. — MAHOMET DANS LA MAISON D'ORKHAM. — ANIMOSITÉ D'ABOU JAHL. — SA PUNITION.
La plus grande des difficultés contre lesquelles Mahomet eut à lutter au début de sa camère prophétique fut le ridicule que ses. opposants déversèrent sur lui. Ceux qui l'avaient connu depuis son enfance, qui l'avaient vu tout jeune par les rues de la Mecque, et plus tard occupé aux affaires ordinaires de la vie, bafouaient sa prétendue mission apostoUque. Ils le montraient du doigt, en riant, quand il passait, criant: « Voyez le petit-fils d'Abd-Al-Motâlleb, qui prétend connaître ce qui se passe au ciel ! » Quelques uns, qui avaient été témoins de ses excitations mentales et de ses extases, le regardaient comme un aliéné ; d'autres déclaraient qu'il était sous la possession d'un démon ; d'autres , enfm , l'accusaient de sorcellerie et de magie.
Quand il passait dans les rues, il était l'objet de ces raillerieô, de ces quolibets et de ces insultes que le
vulgaire, trop souvent, n'épargne pas aux hommes d'une conduite excentrique et d'un esprit dérangé. S'il essayait de prêcher, sa voix était couverte par des bruits discordants et des chansons Ucencieuses ; on jeta même de la boue sur lui , un jour qu'il était en prières à la Caaba.
Et ce n'était pas seulement la tourbe grossière et ignorante qui l'outrageait ainsi. L'un de ses plus redoutables adversaires était un jeune homme nommé Amrou ; et comme il joua plus tard un rôle distingué dans l'histoire du mahométisme, nous voudrions imprimer dans l'esprit du lecteur les circonstances de sa première apparition. Il était fds d'une courtisane de la Mecque, qui semble avoir égalé en fascination les Phrjmé et les Aspasie de la Grèce, et avoir compté parmi ses amants les plus nobles personnages du pays. Quand elle donna le jour à son fils , elle mentionna plusieurs membres de la tjîbu de Koreisch qui avaient des droits égaux à la paternité. On déclara que le nouveau-né avait une très grande ressemblance avec Aass, le plus âgé des admirateurs de sa mère ; d'où il reçut , en addition au nom d' Amrou , la désignation de Ibn-al-Aass, le fils d'Aass.
La nature avait prodigué à cet enfant de l'amour ses dons les plus précieux , comme pour compenser la tache de sa naissance. Quoique jeune, il était déjà l'un des poètes les plus populaires d'Arabie , et également remarquable par le piquant de ses effusions satiriques et l'enchanteresse douceur de ses productions
sérieuses.
Quand Mahomet annonça d'abord sa mission , cet
VIE DE BtAHOMET. 83
adol^cent Tassaillit de lampons et de madrigaux burlesques qui, d'accord avec le goût poétique des Arabes et répandus à profusion, furent au développement de rislamisme de plus grands obstacles que la plus cruelle persécution.
Ceux qui étaient plus sérieux dans leur opposition demaïtdaient à Mahomet des preuves surnaturelles de ce qu'il affirmait. « Moïse, Jésus et les autres pro- » phètes,» disaient-ils, « faisaient des miracles pour » prouver la divinité de leur mission. Si tu es réelle- » ment un prophète plus grand qu'eux, fais des raira- » clés pareils. »
La réponse de Mahomet se peut conclure de ses propres paroles dans le Coran. « Quel plus grand mi- » racle pouvaient-ils désirer que le Coran lui-même ; » un livre révélé par le canal d'un homme illettré ; si » élevé dans son langage, si incontroversable dans ses y> arguments, que l'artifice uni des hommes et des » démons ne pourrait rien dire de comparable ? Quelle » plus grande preuve pouvait-il y avoir qu'il ne » venait que de Dieu ? Le Coran est , lui-même , un » miracle. »
Ils réclamaient, cependant, des preuves plus palpables ; des miracles s'adressant aux sens : qu'il fit parler un muet, entendre un sourd; ou qu'il opérât des changements dans la nature, et qu'il voulût bien: faire jaillir des fontaines, transformer un lieu stérile en jardin, avec des palmiers, des treilles et des eaux courantes ; élever un palais d'or , orné de diamants et de pierres précieuses , ou monter par une échelle au ciel en leur présence. Ou bien, si le Coran en était
descendu, ainsi qu'il le disait, qu'ils pussent au moins voir comment, et contempler Tange qui l'apporta ; alors ils croiraient.
Mahomet répliquait par des arguments, quelquefois par des menaces. Il ne prétendait à rien de plus qu'à être un homme envoyé par Dieu en qualité d'apôtre, a Si » les anges», disait-il, «marchaient familièrement sur » cette terre, l'un d'eux aurait sûrement été chargé de » cette mission ; mais bien malheureux ceux qui au- » raient, comme dans le cas présent, douté de sa » parole ! Il ne leur aurait pas été permis , comme avec ,^^ » moi 5 de disputer , argumenter et prendre leur temps » pour être convaincus; leur perdition aurait été instan- \ » tanée. Dieu ,» ajoutait-il, « n'a pas besoin d'angespour
» l'accomplissement de ma mission. Il est un témoin » suffisant entre vous et moi. Ceux qu'il disposera » à la conviction croiront réellement; ceux qu'il » voudra laisser dans l'erreur ne trouveront personne » pour venir en aide à leur incrédulité. Au jour de » la résurrection , ils apparaîtront aveugles , muets et s » rampants sur leur visage. Leur séjour sera dans » leé flammes éternelles de Jehennam. Tel sera le y châtiment de leur incrédulité.
^ » Vous exigez des miracles. Dieu donna à Moïse le » pouvoir de Mre des miracles. Quelle en fut la consé- » quence ? Pharaon les méprisa , l'accusa de sorcellerie » et chercha à le chasser, lui et son peuple, du pays ; » mais Pharaon fut noyé , et avec lui toute son armée. » Voudriez-vous tenter Dieu, et courir le risque d'être
punis comme Pharaon? »
On voit dans. Al-Maalem , écrivain arabe , que quel-
ques uns des disciples de Mahomet se joignirent un jour à la multitude , et le supplièrent de prouver , tout d'abord , sa divinité, en changeant en or la colline de Safa. Ainsi serré de près , il eut recours à la prière ; et ayant fini, il assura à ses adhérents que l'ange Gabriel lui était apparu , et l'avait informé que si Dieu exauçait sa pîrière et faisait le miracle désiré, tous ceux qui n'y croyaient pas seraient exterminés. Aussi, par pitié pour la multitude , qui paraissait être une génération entêtée , il ne l'exposerait pas à la destruction ; de sorte qu'il fut permis à la colline de Safa de rester dans son état primitif.
D'autres écrivains musulmans affirment que Mahomet se départit de la règle qu'il s'était prescrite et fit, à l'occasion , des miracles , quand il trouva ses auditeurs trop lents à croître. Ainsi , ils nous disent qu'une fois , en présence de la foule , il appela un taureau , et enleva de ses cornes un rouleau contenant un chapitre du Coran , tout juste envoyé du ciel. Une autre fois , pendant' qu'il discourait en public, une blanche colombe plana sur sa tête , et , s' abattant sur son épaule , sembla chuchoter à son oreille ; c'était , dit-il , un envoyé de la Divinité. Dans une autre occasion , il ordonna que l'on ouvrît la terre devant lui , et l'on trouva deux jarres , l'une pleine de lait , l'autre pleine de miel , qu'il déclara être les emblèmes dé l'abondance promise par le ciel à ceux qui obéiraient à sa loi.
. Les écrivains chrétiens ont conspué ces miracles , insinuant que le pigeon avait été dressé à cet effet , et cherchait les grains de froment qu'il était habitué à
trouver dans Toreille de Mahomet ; que le rouleau de pa^Her avait été préalablem^it attaché aux cornes du taureau, et les vaisseaux de lait et de miel, déposés dans le sol. Ce qu'il y a de mieux à fidre , c'est d*écarter complètement ces histoires miraculeuses, comme fables inventées par des zélateurs égarés ; et c'est ainsi qu'elles ont été jugées par les plus recommandables des écrivains musulmans.
n n'y a pas de preuves que Mahomet descendit à aucun artifice de cette sorte pour faire prévaloir ou affermir ses prétentions s^stoUques. Il paraît avoir compté exclusivement sur la raison et l'éloquence , et avoir été soutenu par l'enthousiasme religieux pendant cette première et douteuse période de sa carrière. Ses fougueuses attaques contre l'idolâtrie qui avait vicié et remplacé le culte primitif de la Caaba , conmiençaient à produire un effet sensible et alarmaient les KoreiscMtes. Ils pressèrent Abou-Taleb d'imposer silence à son neveu , ou de le renvoyer ; mais voyant l'inutilité de leurs instances , ils informèrent le vieillard que , si ce soi-disant prophète et ses sectateurs persistaient dans leurs hérésies , ils les payeraient de leurs têtes.
Abou-Taleb s'empressa d'avertir Mahomet de ces menaces, le suppliant de ne pas ameuter contre lui et sa Êtmille de si nombreux et si puissants ennemis.
L'esprit enthousiaste de Mahomet s'enflamma à ces mots. € mon oncle», s'écria-t-il , € quand bien même » ils mettraient en bataille contre moi le soleil à » droite, et la lune à gauche, jusqu'à ce que Dieu » me l'ordonne, ou m'enlève d'ici, je n'abandonnerai y> pas mon dessein, »
Il se retirait Tair abattu, quand Abou-Taleb le rappela. Le vieillard n'était pas encore converti, mais il était frappé d'admiration pour l'inébranlable fermeté de son neveu, et il déclara que, quoi qu'il prêchât, il le soutiendrait toujours contre ses ennemis. Sentant que , lui-même , il ne pouvait pas lui assurer une protection suffisante, il fit appel aux autres descendants d'Haschem et d'Abd-Al-Motâlleb pour qu'ils l'aidassent ^ défendre leur parent contre la persécution du reste delatribudeKoreisch;etsifort est le lien du sang chez les Arabes que , quoique ce fût le soutenir dans ce qu'ils appelaient une dangereuse hérésie, ils consentirent tous, excepté son oncle Abou-Lahab.
L'animosité des Koreischites devenait de plus en plus virulente et fut poussée jusqu'aux voies de fait. Mahomet fut assailli et presque étranglé dans la Gaaba, d'où il fut arraché avec beaucoup de peine par Abou- Bekr qui fut, hii-même, blessé dans la mêlée. Ses parents immédiats devinrent des objets de haine , particulièrement sa fille Rokaia et son époux Othman- Ibn-Affan. Ceux de ses disciples qui n'avaient pas d'amis puissants pour les protéger, couraient risque de la vie; plein d'anxiété pour leur sûreté, Mahomet leur conseilla d'abandonner, pour un temps, sa dangereuse société et de chercher un refuge en Abyssinie. Le peu de largeur de la mer Rouge permettait d'atteindre facilement la côte africaine. Les Abyssiniens étaient des chrétiens nestoriens, élevés par leur religion au-dessus de leurs barbares voisins. Leur Grand-Négus, ou roi, était réputé juste et tolérant. Mahomet avait la confiance que sa fille et ses disciples fugitifs trouveraient un asile auprès de lui.
88 VIE DE MAHOBtET.
Othman-Ibn-Afian fut le chef de cette petite bande de musulmans, composée de onze hommes et quatre femmes* Ds suiNirent le bord de la mer jusqu'à Djeddah, port situé à environ deux jours de marche de la Mecque , où ils trouvèrent deux navires abyssiniens à l'ancre, dans lesquels ils embarquèrent et firent voile pour la terre d'hospitalité.
Cet événement, qui se passa dans la cinquième année de la Mission de Mahomet, est appelé la première hégire ou fuite, pour la distinguer de la seconde hégire, la fuite du prophète lui-même de la Mecque à Médine. L'excellent accueil fait aux fugitifs engagea d'autres de leurs coreligionnaires à suivre leur exemple, jusqu'à ce que le nombre des réfugiés musulmans en Abyssinie montât à quatre-vingt-trois hommes et dix-huit femmes, sans compter les enfants.
Les Koreischites , voyant que Mahomet ne voulait pas se taire et faisait journellement des conversions ^ rendirent une loi qui bannissait tous ceux qui embras* seraient sa croyance. Mahomet se retira devant l'orage et se réfugia dans la maison de son disciple Orkham , située sur la colUne de Safa. Cette colline , ainsi que nous l'avons déjà mentionné, était célèbre dans la tradition, comme étant celle sur laquelle Adam, et Eve eurent la permission de se rencontrer, après la course longue et solitaire qui suivit leur expulsion du Paradis. Elle se rattachait aussi aux destinées d'Agar et d'Ismaël.
Mahomet resta pendant un mois chez Orkham, continuant ses révélations et attirant à lui des sectaeurs des diverses parties de l'Arabie. La haine des
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Koreischites le suivit dans sa retraite. Abou-Jahl , un arabe de cette tribu, le découvrit, l'insulta dans un langage infâme et même le frappa. L'outrage fut rapporté à Hamza, oncle de Mahomet, comme il retournait à la Mecque, après une chasse. Hamza n'était pas un fauteur d'Islamisme , mais il avait pris l'engagement de protéger son neveu. Marchant avec son arc détendu vers un rassemblement de Koreischites , où Abou-Jahl se vantait de son récent exploit, il asséna sur la tête du fanfaron un coup qui lui fit une grave blessure. Les parents d' Abou-Jahl accoururent à son secours ; mais le querelleur était terrifié par le bras vigoureux et la sauvage énergie d' Hamza et cherchait à l'apaiser. « Lai$sez-le tranquille», disaitil aux siens; «en vérité, j'ai traité son neveu bien » durement.» Il alléguait, en palliation de son offense, l'apostasie de Mahomet. Mais Hamza ne voulait pas se calmer. « Eh bien! » criait-il, avec force et dédain, » je ne crois pas, moi non plus, à vos dieux de pierre ; )) pouvez-vous me forcer? )) La colère produisit dans son cœur ce que le raisonnement aurait vainement tenté. Il se déclara aussitôt converti, prêta serment d'adhésion au prophète , et devint l'un des plus zélés et des plus vaillants champions de la foi nouvelle.
OMAR IBN-AL-KHATTAB, NEVEU D'ABOO-JAHL, ENTREPREND DE VENGER SON ONCLE EN TDANT MAHOMET. — SON ÉTONNANTE CONVERSION. — MAHOMET CHERCHE UN REFUGE DANS LE CHATEAU D'ABOU-TALEB. ~ ABOU-SOFIAN A LA TÊTE DE LA BRANCHE RIVALE DES KOREISCHITES, PERSÉCUTE MAHOMET ET SES ADHÉRENTS. - OBTIENT CONTRE EUX UN DÉCRET Dp; MISE AU BAN. — MAHOMET QUITTE SA RETRAITE ET FAIT DES CONVERSIONS PENDANT LE MOIS DE PÈLERINAGE. — LÉGENDE DE LA CONVERSION P'HABIB-LE-SAGE,
La haine d'Abou-Jahl pour le prophète s'accrut par le sévère châtiment reçu de la main d'Hamza. Il avait un neveu nommé Omar Ibn-Al-Khattâb , âgé de vingt-six ans, d'une taille de géant, d'une force prodigieuse et d'un grand courage. « Son aspect » sauvage glaçait les plus braves, et sa canne même » imprimait plus de terreur dans le cœur des specta* » teurs que l'épée d'un autre homme. » Ce sont les propres expressions de l'historien arabe Abou- Abdallah - Mohamed - Ibn - Omal - Alouakedi , et les exploits ultérieurs de ce guerrier prouvent que l'on ne peut guère taxer l'écrivain d'exagération.
A l'instigation de son oncle Abou-J ahl , ce farouche arabe entreprit de pénétrer dans la retraite de Mahomet, qui était encore chez Orkham, et de le
poignarder. On accuse les Koreischites de lui avoir promis cent onces d'or pour cette œuvre de sang; mais ce n'est pas probable, et le vindicatif neveu n'avait pas besoin qu'on le subornât.
Comme il se rendait à la maison d'Orkham, il rencontra un koreischite, auquel il fit part de son dessein. Le koreischite était secrètement converti à l'Islamisme; il chercha à le détourner de sa sanglante entreprise.
— Avant de tuer Mahomet , dit-il , et d'attirer sur vous la vengeance de ses parents , voyez que les vôtres soient purs d'hérésie!
— Ya-t-il quelqu'un des miens coupable d'apostasie? demanda Omar , avec étonnement.
— Justement , fut la réponse ; ta sœur et son mari Seid.
Omar courut chez sa sœur, et entrant brusquement, il la trouva lisant le Coran avec son mari. Seid essaya de le cacher, mais son trouble convainquit Omar de la justesse de l'accusation, et augmenta sa fureur. Dans sa rage, il renversa Seid, lui mit le pied sur la poitrine et y aurait plongé son arme, si sa sœur ne se fût interposée. Un coup sur le visage l'inonda de sang. « Ennemi d'Allah ! » sanglota Amina, « me frappes-tu » ainsi parce que je crois au seul vrai Dieu? En dépit y> de toi et de ta violence, je persévérerai dans la » vraie foi. Oui», ajouta-t-elle, avec ferveur, «il n'y a » de dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. » Et maintenant, Omar, achève ton œuvre!
Omar réfléchit, se repentit de sa violence et retira son pied de dessus le sein de Seid. « Montrez-moi
» l'écrit », dit-il. Amina refusa de lui laisser toucher le rouleau sacré avant qu'il se fut lavé les mains. Le passage qu'il lut serait, dit-on, le vingtième chapitre du Coran , lequel commence ainsi :
« Au nom de Dieu très miséricordieux! nous » n'avons pas envoyé le Coran pour înfliger la misère » à l'espèce humaine, mais comme un moniteur, > pour lui enseigner à croire au seul vrai Dieu, le » créateur de la terre et des cieux.
» Le Tout-Miséricordieux est sur son trône là-haut , » à lui appartient tout ce qui est dans les cieux en » haut et sur la terre en bas, et dans les régions » sur la terre. Profères -tu tes prières d'une voix » haute? Sache qu'il n'en est pas besoin. Dieu connaît » les secrets de ton cœur, voire même ce qui est le """^-Ar^ » plus caché.
1 \ » En vérité, je suis Dieu; il n'y a personne à côté » de moi. Sers-moi, ne sers aucun autre. N'offre ta » prière à nul autfe qu'à moi. »
Les paroles du Coran pénétraient profondément le cœur d'Omar. Il lut plus avant, et fut ému de plus en plus; mais quand il arriva aux passages qui traitent de la résurrection et du jugement, sa conversion fut complète.
Il poursuivit son chemin jusqu'à la maison d'Orkham, mais avec un cœur changé. Frappant humblement à la porte , il demanda à être reçu.
— Entre , fils de Khattàb, s'écria Mahomet. Qui t'amène ici ?
— Je viens inscrire mon nom parmi ceux des croyants en Dieu et en son prophète.
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Et en parlant ainsi , il faisait la profession de foi musulmane. Il ne fut pas content jusqu'à ce qu'elle eût été rendue publique. A sa demande , Mahomet l'accompagna immédiatement à la Caaba , pour accomplir ouvertement les rites de l'Islamisme. Omar marchait à la gauche , et Hamza à la droite du prophète pour le protéger contre toute injure ou attaque , et ils étaient suivis par plus de quarante disciples. Ils passèrent , en plein jour , dans les rues (le la Mecque , au grand étonnement de ses habitants. Sept fois ils firent le tour de la Caaba, touchant à chaque fois la pierre noire consacrée , et se conformant à toutes les autres cérémonies. Les Koreischites regardaient cette procession avec effroi ; mais ils n'osèrent pas approcher ou molester le prophète , en étant détournés par la vue de ces terribles hommes de bataille , Hamza et Omar, qui, est-il dit, jetaient sur eux des regards ardents comme des lions auxquels on aurait volé leurs petits.
Sans crainte , et extrême en tout , Omar alla seul , le lendemain, prier à la Caaba , jetant ainsi le défi aux Koreischites. Un autre musulman , qui entra dans le temple , fut interrompu dans ses exercices de piété et rudement traité ; mais nul ne vexa Omar , parce qu'il était neveu d'Abou-Jahl. Omar se rendit chez son oncle. « Je renonce», dit-il , a à ta protection. » Depuis lors il confondit sa destinée avec celle des prosélytes de Mahomet, dont il fut l'un des plus ardents défenseurs.
Telle fut l'étonnante conversion d'Omar, plus tard le plus illustre champion de la foi d'Islam. Les Koreis-
chites furent si exaspérés de ce nouveau triomphe de Mahomet, que son oncle Abou-Taleb craignit qu'ils n'attentassent à la vie de son neveu , par trahison ou par violence ouverte. Cédant à ses supplications répétées , ce dernier , accompagné de quelques uns de ses ^sciples , se retira dans une espèce de château , ou forteresse, appartenant à Abou-Taleb , et situé dans le voisinage de la ville.
La protection ainsi accordée par Abou-Taleb, le chef des Haschemites , et par d'autres de sa branche , à Mahomet et à ses adhérents , quoiqu'ils eussent une foi différente , attira sur eux la colère de la ligne rivale des Koreischites , et produisit un schisme dans la tribu. Abou-Sotian, chef de cette ligne, profita des hérésies du prophète pour jeter lei discrédit , non pas seulement sur ceux de ses parents qui avaient embrassé sa foi, mais sur la branche entièrç d'Haschem , laquelle , quoique ne partageant pas ses doctrines , l'avait protégé par de simples sentiments de clan, (*) Il est évident que l'hostilité d'Abou-Sofian ne provenait pas exclusivement de haine personnelle ou de scrupules religieux, mais d'inimitiés de famille. Il était ambitieux de transférer à sa propre branche les honneurs de la cité, si longtemps le patrimoine des Koreischites. La dernière mesure du bon Abou-Taleb, qui plaçait Mahomet hors des atteintes de la persécution , en lui donnant un château pour refuge , fournit un prétexte à Abou-Sofian et à ses partisans pour provoquer la mise au ban général de la ligne
(I) Ce mot est celui employé par l-aïUeur.
rivale. En conséquence , un décret fut rendu , qui défendait au reste de la tribu de Koreish de se marier , d'avoir aucun rapport , même d'achat ou de vente, avec les Hachemites , jusqu'à ce qu'ils eussent livré Mahomet pour qu'on le punît. Ce décret , promulgué dans la septième année de ce qui s'appelle la Mission du prophète, fut écrit sur parjchemin et appendu dans la Caaba. Il réduisit Mahomet et ses disciples à une grande détresse ; par moments, ils mouraient presque de faim dans la. forteresse où ils étaient réfugiés, et où ils étaient quelquefois assiégés par les Koreischites qui voulaient appliquer le ban dans toute sa rigueur et empêcher les vivres d'entrer.
La saison annuelle du pèlerinage, pendant laquelle des armées de pèlerins se rendent à la Mecque de tous les points de l'Arabie, laissait pourtant respirer un peu les musulmans persécutés. Durant cette période sacrée, suivant la loi et un usage immémorial , toutes'hostilités étaient suspendues ,. et les tribus en guerre se réunissaient dans une paix temporaire pour adorer à la Caaba. Alors Mahomet et ses disciples s'aventuraient hors de leur château fort , et retournaient à la Mecque. Protégé ainsi par l'immunité, du mois sacré, Mahomet se mêlait aux pèlerins pour prêcher et prier , émettre ses doctrines et proclamer ses révélations. Il faisait de cette façon beaucoup de prosélytes qui , de retour dans leurs foyers , apportaient , avec eux , des régions éloignées , les semences de la foi nouvelle. De ces convertis, quelques uns étaient des princes ou chefs de tribus j dont l'exemple exerçait une grande influence sur ceux qui les approchaient. Les légendes arabes font un récit pompeux et extravagant de la conversion de l'un de ces
princes ; et comme elle fut accompagnée de quelques uns des plus fameux miracles que Ton cite de Mahomet, elle mérite peut-être qu'on la raconte ici brièvement.
Le prince en question était Habib-Ibn-Malec, surnommé le sage, à cause de ses vastes connaissances et de son érudition. On le réprésente comme profondément versé dans les sciences et la magie, comme possédant à fond toutes les religions , pour avoir lu tout ce qui avait été écrit sur elles, et avoir été successivement juif, chrétien et mage. Il est vrai qu'il avait eu plus que le temps ordinaire pour étudier et acquérir de l'expérience, car il était alors, suivant la légende arabe, âgé de cent-quarante ans. Il vint à la Mecque, à la tête d'une armée de vingt mille hommes , amenant avec lui sa fille Satiha , qu'il avait dû engendrer dans une vieillesse très mûre et pour laquelle il faisait des prières à la Caaba , la malheureuse lille étant devenue à la fois muette, sourde, aveugle et paralytique.
Abou-Sofian et Abou-Jahl , suivant la légende , pensèrent que la présence de ce vieux prince très puissant, très idolâtre et très sage, à la tête d'une armée aussi formidable , offrait une excellente occasion d'achever la ruine de Mahomet. Ils informèrent donc Habib-lesage des hérésies du prétendu prophète , et obtinrent du vénérable prince qu'il l'appelât en sa présence, à son camp dans la vallée des cailloux pour y défendre ses doctrines , dans l'espoir que son obstination dans l'erreur lui vaudrait le bannissement ou la mort.
La légende contient une brillante description de la procession des Koreischites idolâtres, revêtus de leurs plus riches costumés , à pied , à cheval , conduits par
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Abou-Sofian et Abou-Jahl à la grande inquisition de la vallée des cailloux, et de la pompe orientale avec laquelle les reçut HabiWe-Sage, assis sous une tente de cramoisi, sur un trône d'ébène, incrusté d'ivoire, de bois de sandal et de plaques d'or.
Mahomet était dans l'hiabitation de Kadichah quand il fut mandé devant ce formidable tribunal. Kadichah lui fit hautement part de ses alarmes , ses filles se pendirent à son cou, pleurant et se désolant, car elles croyaient qu'il allait à une mort certaine ; mais lui blâma doucement leurs frayeurs , et leur dit d'avoir confiance en Dieu.
Bien éloigné du faste de ses ennemis , Abou-Sofian et Abou-Jahl , il se rendit au lieu d'épreuves , simplement vêtu de blanc , avec un turban noir et un manteau qui avait appartenu à son grand-père Abd-Al-Môtâlleb, et qui était en étoffe d'Aden. Ses cheveux flottaient plus bas que ses épaules , la mystérieuse lueur de prophétie brillait sur son visage ; et quoiquUl ne se fut pas lavé la barbe avec de l'eau de senteur, et qu'ilne se fCitpas servi de parfums, excepté d'un peu de musc et de camphre pour la moustache , il répandait partout où il passait une odeur suave qui n'était autre , disent les écrivains arabes , que les émanations em* baumées de sa personne.
Il était précédé du zélé Abou-Bekr qui portait une veste rouge et un turban blanc ; son manteau était relevé sous ses bras , de façon à montrer ses pantoufles écarlates. Une terreur silencieuse s'empai^ait du nombreux rassemblement , à mesure que Mahomet avançait. Pas un murmure, pas un chuchotement. Les
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animaux eux-mêmes se taisaient comme sous un charme ; ni le cheval ne hennissait , ni le chameau ne mugissait , ni râne ne songeait à braire.
Le vénérable Habib le reçut gracieusement et alla droit au fait.
— On dit que tu prétends ètce un prophète de Dieu; est-ce vrai?
— Certainement , répondit Mahomet. Allah m'a envoyé pour proclamer la véritable foi.
— Bien ! reprit le sage circonspect , mais chaque prophète a donné des preuves de sa mission par des signes et des miracles, Noé avait son arc-en-ciel; Salomon , son anneau mystérieux ; Abraham , le feu de la fournaise qui se refroidissait à son commandement ; Isaac , le bélier qui fut sacrifié à sa place ; Moïse, sa baguette qui opérait des prodiges , et Jésus rappelait les morts à la vie et , d'un mot , calmait les tempêtes. Si donc tu es réellement un prophète , donne-nous, en preuve , un miracle.
Les disciples de Mahomet tremblèrent pour lui, lorsqu'ils entendirent cette requête; Abou-Jahl battit des mains et exalta la sagacité d'Habib. Mais le prophète le rudoya avec mépris: f Paix! chien de ta » race ! » s'écria*t*il , « opprobre de ta famille et de » ta tribu !» Il se mit alors en devoir de satisfaire aux désirs d'Habib.
Le premier miracle demandé à Mahomet était de révéler ce qu'Habib avait dans sa tente, et ce qui l'avait amené à la Mecque.
Làrdessus , dit la légende , Mahomet se pencha vers la terre et traça des chiffres sur le sable. Alors ,
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relevant la tête , il répondit : « Habib ! tu as amené )» ici ta fille , Satiha j sourde et muette , boiteuse et • aveugle, dans l'espoir d'obtenir du ciel sa guérison. » Va à ta tente; parle-lui et écoute sa réponse, et » sache que Dieu est tout-puissant. »
Le prince chargé d'ans vole à sa tente ; sa fille vient à lui d'un pas léger, les bras tendus, en complète jouissance de toutes ses &cultés; les jeux brillants, le visage rayonnant de sourires, et plus belle que la lune par un ciel sans nuages.
Le second miracle demandé par Habib était encore plus difficile; c'était que Mahomet couvrît le ciel en plein midi d'une obscurité surnaturelle , et fît descendre la lune sur le sommet de la Caaba.
Le prophète accomplit ce miracle aussi aisément que le premier; à son ordre, les ténèbres remplacèrent l'éclat du jour. On vit la lune s'écarter de sa route et errer dans le firmament. Par l'irrésistible pouvoir du prophète, elle abandonna les cieux et s'arrêta sur le sommet de la Caaba. Elle en fit alors sept fois le tour, à la façon des pèlerins , et ayant Eut sa révérence à Mahomet, elle se tint devant lui avec un léger mouvement d'oscillation, comme une épée étincelante, lui donnant le salut de paix et de prophétie.
Non content de ce miracle, poursuit la légende, Mahomet força l'astre obéissant à entrer par la manche droite de son manteau et à sortir par la gauche, puis à se diviser en deux fi'agments , dont l'un alla vers l'Orient, l'autre vers l'Occident, et qui, se rencontrant au centre du firmament, se réunirent en un orbe rond et glorieux.
VIE DE MAHOMET. iO!
Il est superflu d'ajouter qu'Habib - le - Sage fut convaincu et converti par ces miracles , comme le furent aussi quatre cent soixante-dix habitants de la Mecque* Abou-Jahl, au contraire, s'endurcit dans son incrédulité, s'écriant que tout cela était illusion et enchantement produits par la magie de Mahomet.
Note. — Les miracles racontés ici ne se trouvent pas dans les pages de Fexact Abulfeda, et n'ont pas pour eux Tautorité des plus graves écrivains musulmans; mais ils sont racontés avec une grande prolixité par les principaux auteurs apocryphes, lesquels prétendent qu*il y est fait allusion dans le cinquante-quatrième chapitre du Coran. Us sont probablement aussi vrais que beaucoup d'autres merveilles attribuées à Mahomet. — On se rappellera que lui-même r^^^^--.,,.^^n'avait de prétentions qu'à un seul miracle : le Coran ...
LE BAN D'INTERDICTION MYSTÉRIEffSSMSNT DETRUIT. — MAHOMET PBOr RBTOORNBB A» LA MECQUE. - MORT D'ABOU-TALBB ; DE KADICHAH. — MAHOMET SE FIANCE A AIBSCHA. — IL ÉPOUSE SADA. — LES KOREISCHITES REN0U7ELLBNT LEOR PERSÉCUTION. — MAHOMET CHERCHE UN ASILE A TAYEF. — IL EN EST EIPULSÉ. — IL EST VISITÉ PAR DES GÉNIES DANS LE DÉSERT DE NAKLAH. .
Trois ans s'étaient écoulés depuis que Mahomet et ses disciples avaient trouvé un refuge dans le château d'Abou-Taleb. Le ban'qui leur interdisait toute relation avec le reste de leur tribu existait encore à laCaaba. La secte, comme il arrive toujours, s'étendait sous la persécution. Nombre de personnes s'y étaient adjointes dans la Mecque ; des murmures s'élevaient contre les haines atroces déchaînées parmi les Koreischites , et l'on fit rougir Abou-Sofian du degré auquel il avait poussé son hostilité contre quelques uns de ses parents.
Tout-à-coup on découvrit que le parchemin de la Caaba, sur lequel le décret était écrit, avait été détruit et qu'il n'en restait que ces mots du commencement: « En ton nom, ô Dieu tout-puissant! » En conséquence on déclara le décret annulé, et Mahomet et ses adhérents eurent la permission de rentrer à la Mecque,
sans être inquiétés. La disparition mystérieuse de cet obstacle légal a été considérée par les pieux musulmans comme un autre miracle dû à une intervention surnaturelle en faveur du prophète ; quoique des mécréants aient soupçonné que le document, qui devenait embarrassant dans ses effets pour Abou-Sofian lui-même, fut secrètemeht détruit par des mains humaines.
Le retour à la Mecque de Mahomet et de ses disciples fut suivi d'importantes conversions, tant parmi les habitants de la ville que parmi les pèlerins venus des pays lointains. Le chagrin qu' éprouvaient les Koreischites du développement de la nouvelle secte fut adouci par les nouvelles des victoires que les Persans venaient de remporter sur les Grecs , et qui leur livraient la Syrie et une partie de l'Egypte. Les idolâtres Koreischites triomphaient de la défaite des chrétiens grecs, dont la foi , opposée au culte des idoles, était par eux assimilée à celle que prêchait Mahomet. Ce dernier répondit à leurs railleries et à leur allégresse en donnant le trentième chapitre du Coran , qui commence par ces mots : « Les Grecs ont été battus par les Persans^ « mais ils battront ceux-ci dans quelques années. y>y Le zélé et croyant Abou-Bekr paria dix chameaux que la prédiction s'accomplirait en trois ans. « Augmen- « tez l'enjeu, et allongez le temps,ï> lui souffla Mahomet. Abou-Bekr risqua cent chameaux , mais fixa le terme à neuf ans. La prédiction se vérifia , et le pari fut gagné. Cette anecdote est citée avec assurance par les docteurs musulmans , comme une preuve que le Coran vient du ciel , et que Mahomet avait le don de pro^
VIE DK MAHOMET. i05
\ phétie.^L'ensemble , s'il est vrai , montre une fine I intelligence de l'avenir , suggérée par la connaissance (de l'état actuel des puissances en lutte. ?^5^,J^.>rv:^^^ \ Peu de temps après son retour à la Mecque , Mahomet fut appelé à fermer les yeux de son oncle Abou- Taleb , alors âgé de plus de quatre-vingts ans , et aussi vénérable par son caractère que par sa vieillesse. Comme l'heure de la mort approchait, Mahomet l'exhorta à fiiire la profession de foi nécessaire , suivant la croyance d'Islam , pour s'assurer une bienheureuse résurrection.
Une étincelle d'orgueil terrestre restait encore dans le cœur du patriarche mourant. « fils de mon frère ! » répondit-il, « si je répétais ces mots, les Koreischites » diraient que je l'ai fait par peur de la mort. »
Abulfeda , l'historien , assure qu'Abou-Taleb mourut dans la foi. a Al-Abbas, » dit^il, « se pencha sur le lit » de son fi^ère expirant, et s'apercevant que ses lèvres » remuaient, il tendit l'oreille pour saisir ses paroles. » C'était la confession désirée.» D'autres affirment que ses derniers mots furent: « Je meurs dans la foi » d'Abd-Al-Môtalleb.)) Des commentateurs ont cherché à Concilier les deux récits en soutenant qu' Abd-Al- Motâlleb , dans ses derniers jours , avait renoncé au culte des idoles, et croyait à l'unité de Dieu.
Trois jours à peine après la mort d'Abou-Taleb , Kadichah , la femme fidèle et dévouée de Mahomet , s'éteignait elle aussi. Elle avait alors soixante-cinq ans. Mahomet pleura amèrement sur sa tombe , et prit le deuil pour elle et Abou-Taleb ; ce qui a fait appeler cette année : « l'année de deuil, » « Il fut consolé dans
son affliction, » dit Fauteur arabe, < par l'assurance, » que lui donna l'ange Gabriel , qu'un palais d'argent )) était destiné à Kadichah dans le Paradis, en récom- • pense de sa grande foi et des services qu'elle avait ]» rendus à la cause. »
Quoique Kadichah fût beaucoup plus vieille que Mahomet , et qu'elle n'eût plus , lors de leiir mariage, cet éclat de la jeunesse qui fait l'unique charme des femmes de l'Orient , et quoique le prophète fut connu pour l'ardeur de son tempérament , on dit qu'il lui resta fidèle jusqu'à la fin ; jamais même il ne profita de la loi arabe , autorisant la pluralité des femmes , pour lui donner une rivale sous le toit conjugal. Cependant , elle morte , et le premier transport de douleur calmé , il chercha à se consoler de sa perte , en contractant un second mariage ; et depuis lors il pratiqua ^ \ la polygamie. Il permit , par sa loi , à ses disciples < t } ; • 1 \^ d'avoir quatre femmes tj mais il ne se limita pas à ce"
nombre , car il faisait observer qu'un prophète , étant extraordinairement doué et privilégié, n'était pas tenu à se soumettre aux mêmes lois que les simples mortels. U
Son premier choix se fit donc dans le mois qui suivit la mort de Kadichah , et tomba sur une belle enfant nommée Aïescha, fille de son fidèle partisan Abou-Bekr. Peut-être chérchait-il , par cette alliance, à se rattacher plus étroitement Abou-Bekr , qui était l'un des hommes les plus braves et les plus populaires de sa tribu. Aïescha, toutefois , n'avait que sept ans; et nxalgré la précocité des femmes dans ces climats orientaux, elle était trop jeune poiur se marier. Aussi
Mahomet lui fut tout simplement fiancé , et remit le mariage à deux ans , la faisant instruire avec le plus grand soin, pendant Fintervalle, dans tout ce qui pouvait contribuer à faire d'elle une femme accomplie.
Cette femme , ainsi choisie dans la fleur de Fâge , le prophète l'aima avec plus de passion qu'aucune de celles qu'il épousa plus tard. Toutes celles-ci avaient été mariées une première fois ; « Aïescha , » disait-il , « était la seule qui fut venue dans ses bras vierge, pure » et sans tache. »
Néanmoins, pour ne pas rester sans consolation jusqu'à ce qu' Aïescha eiit atteint l'âge nubile, il épousa Sâda, veuve de Sokran, l'un de ses disciples. Elle avait été nourrice de sa fille Fatimeh , et l'une des fidèles qui s'étaient enfuies en Abyssinie devant les premières persécutions du peuple de la Mecque. Gn prétend que , pendant son exil , elle eut mystérieusement avis de l'honneur qui lui était réservé , car elle rêva que Mahomet reposait sa tête sur son sein. Elle conta son
Ce c ! Oi ^^^^ ^ ^^^ ^^^ Sokran , qui l'interpréta comme le ^ ^ ^ M présage de sa mort prochaine , et du mariage de sa ^^-*^ A veuve avec le prophète.
Le mariage , qu'il eût été prédit ou non , fut un mariage de simple convenance. Mahomet n'aima jamais Sâda de l'affection qu'il témoigna à ses autres^ femmes. II l'aurait même répudiée dans la suite, si elle ne l'eût supplié de ne pas lui retirer l'honneur de s'appeler encore sa femme ; offrant, toutes les fois que viendrait son tour de partager la couche conjugale, de céder son droit à Aïescha. Mahomet consentit à un arrangement qui favorisait son amour pour cette dernière, et
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Sâda continua , tant qu'elle vécut , à être nominalement sa femme.
Mahomet s'aperçut bientôt de la perte qu'il avait faite par la mort d'Abou-Taleb, qui n'avait pas élé seulement un parent affectueux , mais un protecteur puissant et dévoué. Après sa mort, il n'y eut personne d'assez influent pour contenir l'anim ad version d'Abou- Sofian et d' Abou-Jahl , lesquels soufllèrent bientôt aux Koreischites un tel esprit de persécution que Mahomet jugea dangereux de rester dans sa ville natale. Il partit donc, accompagné de son affranchi Zeid , pour chercher un refuge à Tayef , p^etite ville entourée de murs , à environ soixante-dix milles de la Mecque, habitée par les Thakifites , ou Arabes de la tribu de Thakif . C'était l'une des villes les plus agréables d'Arabie , par sa situation au milieu de vignes et de jardins. Là mûrissaient les pêches et les prunes, les melons et les grenades, les figues bleues et les vertes; là se rencontraient l'arbre à lotus et les palmiers avec leurs grappes de fruits verts ou dorés. Si frais étaient ses pâturages et si fertiles ses champs, comparés à la stérilité des déserts avoisinants, qu'une légende arabe prétendait que cette oasis faisait d'abord partie de la Syrie, mais qu'elle en avait été détachée et avait été portée là par les eaux du déluge.
Mahomet entra dans la ville avec assez de confiance, espérant y trouver protection , grâce à l'influence de son oncle Al-Abbas, qui y avait des propriétés. Il était impossible de choisir un pire heu de refuge. Tayef était l'un des repaires de l'idolâtrie. Le culte d'Allath, l'une de cesidoles femelles dont nous avons déjà parlé,
y était dans toute sa force. Sa statue de pierre était couverte de joyaux et de pierreries, offrandes de ses adorateurs ; on la croyait douée de vie , et comme Allath était regardée comme Tune des filles de Dieu, on Fimplorait pour qu'elle intercédât auprès de son père.
Mahomet resta près d'un mois à Tayef , cherchant vainement à y faire des prosélytes. Quand il essayait de prêcher ses doctrines , sa voix était étouffée sous les clameurs. Plus d'une fois il fut blessé par les cailloux qu'on lui lançait , et que le fidèle Zeid s'efforçait en vain de parer. La rage populaire devint à la fin si violente, qu'il fut chassé de la ville et même poursuivi à quelque distance des murailles par une multitude d'esclaves et d'enfants qui l'insultaient.
Ainsi chassé ignominieusement du heu où il avait cru trouver un refuge , et n'osant pas rentrer ouvertement dans sa ville natale, il resta dans le désert jusqu'à ce que Zeid lui eût trouvé un secret asile chez ses amis de la Mecque. Dans cette extrémité, il eut l'une de ces visions ou visitations surnaturelles qui semblent toujours lui être venues dans des moments ^ v! \ ^ > de solitude et d'agitation,} et où l'on peut supposer^ *^ «i^^^^ qu'il était dans un état d'excitation mentalej Ce fiit ♦ ;<:j i^^ :'. !, après la prière du soir , dit-il, dans un heu solitaire de la vallée de Naklah , entre la Mecque et Tayef. Il lisait le Coran , quand il fut entendu par une bande de Djinns, ou génies , qui passait. Ce sont des esprits, quelques-uns bons , d'autres méchants , destinés , comme l'homme , à une vie future de récompenses ou de peines. « Ecoutez ! Ecoutez I » se dirent les génies l'un à Vautre. Ils s'arrêtèrent, et écoutèrent Mahomet
liO , VIE DE MAHOMET.
qui continuait à lire. « En vérité, » dirent-ils à la fin, « nous avons entendu un admirable discours , qui ... » indique la bonne voie ; c'est pourquoi nous y cro- » yons. »
Cette Visitation consola Mahomet de son expulsion de Tayef, parce qu'elle montrait que si les hommes repoussaient lui et ses doctrines, les intelligences spirituelles"' les révéraient. C'est du moins ce que nous pouvons inférer de la mention qu'il en fait dans le quarante-sixième ,et le soixante-douzième chapitre du Coran. A partir de ce moment, il déclara qu'il était envoyé aussi bien pour la conversion de ces génies que pour celle de la race humaine.
Note. — La croyance aux génies était répandue en Orient longtemps avant Tépoque de Mahomet. On supposait qu'ils hantaient les lieux solitaires , principalement à la tombée de la nuit ; superstition conforme aux habitudes et aux idées des contrées désertes. Les Arabes croyaient que chaque vallée et chaque terre stérile avaient leur propre tribu de génies , qui étaient soumis à un esprit supérieur, et qui rôdaient la nuit pour obséder le pèlerin et le voyageur. Aussi , toutes les fois qu'ils entraient dans une vallée solitaire , ils suppliaient Tesprit qui y présidait , ou le seigneur Mu lieu, de les protéger contre les mauvais génies sous ses ordres.
Ces colonnes de poussière que soulèvent les tourbillons de vent et qui balaient le désert , sont censées causées par quelque mauvais génie ou esprit d'une taille gigantesque.
On pensait que les serpents qui parfois infestent les maisons étaient souvent des génies, les uns infidèles, les autres croyants. Mahomet recommandait à ses disciples de ne pas se presser de tuer un serpent de maison. « Avertissez-le qu'il faut qu'il parte ; » s'il n'obéit pas , tuez-le ; car cela prouve que ce n'est qu'un » reptile ordinaire ou un mauvais génie. »
On raconte que , dans le principe , les génies étaient admis au
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ciel , mais qu'ils en £arent chassés à cause de leurs dispositions tracassières. Ça toujours été depuis lors une engeance curieuse et indiscrète , essayant souvent d'escalader les constellations pour, de là , plonger leurs regards dans les cieux , voir et entendre ce qui s'y passe. Us en sont , toutefois , empêchés par des anges armés d'épées flamboyantes ;. et ces météores, appelés étoiles ûlan tes, sont , au dire des Arabes , lancés par les anges gardiens à ces génies importuns.
D'autres légendes prétendent que la terre fut autrefois peuplée par ces génies, mais ils se révoltèrent contre le Très-Haut, usurpèrent le pouvoir ici-bas , et le gardèrent pendant deux mille ans. Enfin , Azazel , ou Lucifer, fut envoyé contre eux, les défit et renversa leur puissant monarque , Gian-ben-Gian , le fondateur des Pyramides, dont le magique bouclier , doué de vertus talismaniques , tomba plus tard entre les mains du roi Salomon-le-Sage et lui donna le pouvoir de déjouer tous les charmes et enchantements des, magiciens et des mauvais génies. Les esprits rebelles , vaincus et humiliés, furent relégués dans un coin obscur de la terre. Ce fut alors que Dieu créa l'homme avec des facultés moins dangereuses^ et lui donna le monde pour habitation.
Les anges , suivant les idées des Musulmans , furent créés de
joyaux brillants ; les génies , de feu sans fumée, et Adam, d'argile.
Mahomet fdisant , dans le soixante-douzième chapitre du Coran ,
allusion à la Visitation des génies dans la vallée de Naklah , met
dans leur bouche la franche explication qui suit :
a Nous essayâmes d'abord de voir ce qui se passait dans le ciel , » mais nous le trouvâmes gardé par des anges aimés de dards » enflammés ; et nous nous assîmes sur quelques uns des sièges » pour écouter la conversation des habitants ; mais quiconque » écoute maintenant trouve une flamme préparée pour garder les ]» célestes confins. Il y en a parmi nous qui sont musulmans, et il » y en a d'autres qui s'éloignent du droit sentier. Celui qui em- » brasse l'Islamisme cherche la bonne direction ; mais ceux qui » s'éloignent du droit chemin , serviront de bois au feu de Je- » hennam. »
comme Fmie des plus sombres et des plus solemiellement silencieuses ^ue l'on eût jamais connues. Pas de chants de coqs, ni d'aboiements de chien; pas de hurlements de bêtes féroces; les hiboux se taisaient; les eaux mèine cessèrent de murmurer et les vents de siffler; toute la nature semblait immobile et morte. Au milieu delà nuit, Mahomet fut réveillé par une voix qui criait: « Debout, dormeur! » L'ange Gabriel était devant lui. Son front était clair et serein , son teint blanc conmie de la neige; sa chevelure flottait sur ses épaules ; il avait des ailes de diverses couleurs éblouissantes; ses vêtements étaient semés de perles et brodés d'or.
n conduisait à Mahomet un cheval blanc, de forme et de quaUtés merveilleuses, ne ressemblant à aucun animal connu, et en vérité, il dififère de tous ceux dont on ait jamais fait la description. Il avait un visage humain, mais les joues d'un cheval; ses yeux étaient comme des jacinthes et brillaient comme des étoiles. Il avait des ailes d'aigle toutes chargées de rayons de lumière, tout son corps resplendissait de joyaux et de pierres précieuses. C'était une jument et à cause de son éclat éblouissant et de son incroyable marche, elle s'appelait Al-Borak, ou l'Edair.
Mahomet se disposait à monter ce coursier surnaturel , mais comme il étendait la main , celui-ci se retira et se cabra.
— Sois tranquille, ô Borak! , dit Gabriel , respecte le prophète de Dieu ; tu ne fîis jamais montée par un mortel plus honoré d'Allah,
— O Gabriel répliqua Al-Borak, qui à cet instant
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fut merveilleusement douée de parole , est-ce qu'autrefois Abraham , l'ami de Dieu , ne me monta pas quand il rendit visite à son fils Ismaël? Gabriel! n'est-ce pas là le médiateur, l'intercesseur, l'auteur de la profession .'de foi ? '
— - Justement , ô Borak ! c'est là Mahomet-Ibn- Abdallah, de l'une des tribus de l'Arabie-Heureuse , et de la vraie foi. C'est le chef des enfants d'Adam , le plus grand des envoyés, le sceau des prophètes. Aucune créature n'entrera dans le Paradis que sur son intercession. Le ciel est à sa droite pour être la récompense de ceux qui croient en lui ; le feu de Jehennam est à sa gauche , dans lequel seront jetés ceux qui font opposition à ses doctrines.
— Gabriel! dit Al-Borak d'un ton suppliant, par la foi qui est entre toi et lui , obtiens quHl intercède pour moi au jour de la résurrection.
— Sois assurée , ô Borak ! s'écria Mahomet , que par mon intercession , tu entreras dans le Paradis.
Il n'eut pas plus, tôt prononcé ces mots que l'animal s'approcha et se laissa monter ; alors, se levant avec Mahomet , il prit son essor bien au-dessus des montâgi^es dja la Mecque.
Gommé ils passaient avec la rapidité de l'éclair entre
ciel et terre, Gabriel cria à haute voix: cç Arrête, ô
Mahomet 1 descends sur terre et fais la prière avec
deux inflexions de corps. ».
: Ils descendirent sur la terre, et ayant fait la prière :
-T Oh ! ami et bien aimé de mon âme ! dit Mahomet, pourquoi me commandes-tù de prier en ce lieu ?
— Parce que c'est le mont Sinaï , sur lequel Dieu parla à Moïse.
S'élevant, ils passèrent l'apidement enti'e ciel et terre , jusqu'à ce que Gabriel cria une seconde fois : « Arrête , ô Mahomet ! descends et tais la prière avec deux inflexions. i>
Ils descendirent, Mahomet pria et demanda de nouveau :
— Pourquoi m'as-tu ordonné de prier en cet endroit?
— Parce que c'est Bethléem , où naquit Jésus , fils de Marie,
Ils reprirent leur course à travers l'espace, jusqu'à ce qu'on entendit une voix sur la droite qui s'écriait : « Mahomet , attends un moment que je puisse te parler ; je suis de tous les êtres créés , celui qui t'est le plus dévoué. »
Mais Borak continua , et Mahomet s'abstint de rester, car il sentait qu'il ne lui appartenait pas d'arrêter sa course, mais à Dieu le tout-puissant et glorieux.
Une autre voix se fit alors entendre à gauche , invitant Mahomet en termes semblables à attendre ; mais Borak continua , et Mahomet n'arrêta pas. Il vit ensuite devant lui une jeune fille d'une beauté ravissante , parée avec tout le luxe et toutes les richesses de la terre. Elle lui fit signe de la main , avec des sourii^es séducteurs : « Attends , un moment, ô Mahomet , que je puisse te parler , je suis de tous les êtres , celui qui t'est le plus dévoué. » Mais Borak continua et Mahomet ne s'arrêta pas, considérant que ce n'était pas à lui d'arrêter sa monture , mais à Dieu le toutpuissant et glorieux.
Toutefois , s'adressant à Gabriel :
VIB DE MAHOMET.
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— Quelles sont ces voix que j'ai entendues , dit-il , et quelle est cette jeune fille qui me faisait signe ?
— La première, ô Mahomet , était la voix d'un juif ; si tu l'avais écouté , toute ta nation aurait été gagnée au judaïsme.
La seconde était la voix d'un chrétien; si tu l'avais écouté , ton peuple eût penché vers le christianisme.
La jeune fille était le monde , avec toutes ses richesses, ses vanités et ses séductions; situ l'avais écoutée , ta nation aurait choisi les plaisirs de la vie, plutôt que le bonheur de l'éternité, et aurait été condamnée à la perdition.
Continuant cette course aérienne, ils arrivèrent à la porte du saint temple de Jérusalem , où mettant pied à terre, Mahomet attacha Borak aux anneaux où les prophètes avant lui l'avaient attachée. Alors, entrant dans le temple, il y trouva Abraham , Moïse et Isa (Jésus), et plusieurs autres prophètes. Après qu'il eut prié quelque temps avec eux, une échelle de lumière descendit du ciel jusqu'à ce que l'extrémité inférieure reposât sur le Schakra ou pierre de fondation de l'édifice sacré, qui n'était autre que la pierre de Jacob. Aidé de l'ange Gabriel, Mahomet gravit cette échelle avec la rapidité de l'éclair.
Arrivés au premier ciel, Gabriel frappa à la porte.
Qui est-là? demanda-t-on de l'intérieur.
— Gabriel.
— Qui est avec toi?
— Mahomet.
— A-t-il reçu sa mission.?
— Oui.