‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 11 sur 98 · B. Fitbrizio UufTo, prince de Castelcicnla · texte numérisé non relu

B. Fitbrizio UufTo, prince de Castelcicnla

témoigne admirablement de l’état de son âme : « J 'offre mes plus vifs remercîments au Seigneur de m’avoir fait voir la fin de cette année; je me repens seulement de ne l’avoir pas mieux employée pour le service de Dieu et le bien de mon âme, m’étant très- vivement occupée des choses de cette terre... Les affaires d’Espagne, en nous ouvrant une nouvelle source d’espérances, m’ont beaucoup intéressée, et je prie Dieu de tout mon cœur de continuer à protéger et à bénir cette brave et fidèle nation. J’ai fait cette année la connaissance de quelqu’un qui influera peut-être sur le reste de mes jours, et qui a fait naître dans mon cœur et dans mon esprit de nouveaux sentiments et de nouvelles idées. Ayant vu clairement la main de Dieu dans sa venue inattendue en Sicile et dans les dispositions de mes bien -aimés parents à son égard, j’ai cru que j’étais peut-être destinée à faire sa félicité, comme lui la mienne. Mais, résignée à la volonté divine, et prête à faire les sacrifices les plus douloureux, je désire qu’il n’en arrive rien que pour le bien de nos âmes et la gloire de Dieu. Et je prie ce Dieu de miséricorde de me faire la grâce d’employer l’année qui va commencer entièrement à son service, et, si elle doit être la dernière de ma vie, de me disposer à faire une bonne mort. »

Le retour du duc d’Orléans eut bientôt réveillé

les bonnes , intentions du roi en sa faveur, et le mariage fut décidé, sans que toutefois les arrangements en fussent encore conclus, ni l’époque déterminée. 11 fut permis au prince d’aller chercher le consentement de sa mère à Cagliari, où il espérait la trouver et ne la trouva pas, puis de se rendre à Malte, pour en ramener sa sœur qu’il y avait laissée en revenant d’Angleterre. Pendant le temps que dura ce double voyage, il y eut pour la cour de Sicile un moment de triomphante allégresse. Le succès des armes autrichiennes à Essling et la victoire remportée par l’archiduc Jean en Lombardie firent croire que l’insolente fortune de Napoléon touchait à son terme, et déjà l’on voyait en espoir l’Italie affranchie et l’autorité légitime rétablie à Naples. La bataille de Wagram ne permit pas à ce rêve une longue durée, et l’on était sous le coup de la nouvelle de ce grand revers , quand le duc d’Orléans revint à Palerme. 11. présenta sa sœur à la cour, et elle fut tout aussitôt pour la princesse Amélie « ma bonne, ma chère Adèle 1 », elles ne tardèrent même pas à échanger

4. Voici en quels termes la princesse Amélie dépeint sa future belle-sœur, mademoiselle d’Orléans, après leur première entrevue : « Essa è délia mia statura, molto delicata; lia un viso largo, una grau bocca, grandi occlii, e de’ belli capelli biondi; ma poi è molto amabile o di spirito, e mi piace assai. »

le nom de sœur. Ferdinand IV cependant trouva dans l’épuisement de son trésor, encore appauvri par la malheureuse expédition d’ischia, un nouveau prétexte pour l’ajournement du mariage ; mais l’offre plusieurs fois répétée par le duc d’Orléans de renoncer au règlement actuel de la dot, et la résolution hautement annoncée par la princesse, si le mariage ne se faisait pas, de se retirer chez les capucines, firent tomber cette dernière résistance. Le roi appela auprès de lui sa fille, et, la prenant entre ses bras, il lui demanda, avec son ordinaire accent de bonhomie paternelle, « si sincèrement le mariage avec le duc lui faisait plaisir. » La réponse de la princesse fut celle-ci : « J’ai toujours désiré un établissement modeste, qui me laissât près de mes chers parents, plutôt qu’un trône qui m’éloignât d’eux. Plus je vois le duc, plus je l’estime, et j’avoue sincèrement que ce mariage me fait grand plaisir. » Il n’y eut plus dès lors d’objection à la rédaction immédiate de la convention matrimoniale.

Ce ne sera pas interrompre mal à propos, à ce qu’il me semble, le cours de mon récit, que de placer ici un portrait de la princesse Amélie, (jui a été, vers cette époque, tracé par ellemême :

« A l’exemple d’une grande princesse de mes

ancêtres1, écrit-elle, il m’a pris la fantaisie de me faire peintre. Craignant la faiblesse de mon pinceau, pour m’encourager dans ce nouvel art, je veux commencer par faire mon propre portrait...

» Je suis, pour la taille, grande et bien faite; mon visage est long ; j’ai des yeux bleus, ni petits ni grands, mais vifs; le front très-grand, peu tie cheveux, mais d’un blond doré; le nez long aquilin, la bouche d’une moyenne grandeur, mais agréable; les lèvres vermeilles, les dents pas belles, mais bien rangées; le menton rond et avec une jolie petite fossette, le cou long, les épaules bien placées, peu de gorge, les bras et les mains assez laids, la peau blanche et fine, la jambe jolie, le pied un peu long; le tout ensemble un air noble, modeste et imposant, qui fait voir qui je suis. Ma démarche est aisée; je danse avec légèreté, et, quand je veux, j’ai beaucoup de grâce. Voilà pour l’extérieur... »

On était au 15 octobre; le duc venait d’amener sa mère de Mahon, et il ne s’agissait plus que de régler les apprêts de la cérémonie, lorsque le roi, étant tombé dans l’escalier du palais, se fit à la jambe une blessure assez grave pour l’obliger à garder le lit. Les obsessions ne manquèrent pas

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