Janvier
après deux mois des plus pénibles tiraillements, causa à la duchesse d’Orléans Un chagrin profond. Sa seule consolation était de se dire que ni elle ni son mari n’avaient eu aucun tort, et que lui en particulier avait rempli jusqu’au bout tous les devoirs du respect et du dévouement filial le plus absolu. ,
L’état des affaires publiques devint au même temps pour eux un autre süjet d’affligeante préoccupation. La Sicile avait une vieille constitution* qui laissait à son parlement une certaine liberté dans le vote des impôts. Oh fut surpris que ce parlement, convoqué au mois de février 1810, ne s’empressât pas de satisfaire aux demandes exorbitantes de la couronne, et fît entendre que l’île était incapable de porter tout le fardeau dont on prétendait la charger. Les priilces de Cassero et de lielnionte-Vintimiglia, toüs deux loyaux serviteurs du roi et de leur pays, s’étaient faits plus particulièrement auprès de Leurs Majestés les organes du mécontentement public, insistant sur une autre cause de déplaisir qu’il y avait pour la nation sicilienne à voir toutes les hautes charges de l’État remplies par des Napolitains. Marie Caroline éiait peu accoutumée aux remontrances, et elle n’en conçut que de l’irritation ; elle ne l’était pas 'davantage à la modération dans ses dépenses,
et elle se résolut à trouver de l’argent sans recourir au vote du parlement. Un de ses conseillers, Tommasi, lui suggéra la pensée de deux mesures fiscales également odieuses : l’une par laquelle un droit d’un pour cent était établi sur tous les contrats de vente, l’autre qui mettait en loterie une partie des biens ecclésiastiques. Il m’est impossible de ne pas signaler ici quelque chose de tout nouveau qui se passe dans l’esprit de notre princesse. Avec sa respectueuse soumission de sujette et de fdle envers ses parents, il ne lui était jamais arrivé jusque-là d’examiner si tout était bon et sage dans leur gouvernement. La voilà maintenant qui, éclairée par l’expérience de son mari, commence à comprendre que les peuples ont certains droits qui leur appartiennent, celui, entre autres, de se plaindre quand on leur a donné des sujets de plainte. Elle adhère aux doléances de Cassero et de Belmonte ; elle gémit de l’obstination de son père et de sa mère à décréter arbitrairement, malgré tous les efforts qu’on fait pour les en détourner, des mesures financières repoussées par le sentiment public 1 ; elle gémit bien plus profondément encore quand, par suite de leur protestation contre l’illégalité de ces mesures, cinq des chefs