‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 16 sur 98 · Février · texte numérisé non relu

Février

du baronnage sicilien, les princes de Belmonte, Jacî, Villafranca, Àngio et Castelnuovo sont arrêtés et emprisonnés ‘. Les périls du pouvoir absolu, en même temps que ses injustices, se sont révélés à ses yeux dans leur triste jour; elle a entrevu l’abîme que sa malheureuse mère commence à creuser sous ses pas; il s’est fait en son esprit une lumière que le temps accroîtra, et qui éclairera ses jugements parmi des événements d’une bien autre gravité que ceux dont la Sicile était en ce temps-là le théâtre.

Au milieu de cette crise, le souci des intérêts publics n’était pas le seul qui agitât la duchesse d’Orléans; elle craignait pour son mari. On avait su très-mauvais gré à celui-ci d’avoir prédit l’opposition que soulèveraient les malencontreuses opérations imaginées pour le rétablissement des finances. Sa liaison avec le prince de Belmonte, dont il estimait l’esprit et le caractère, lui avait été reprochée comme un crime d’Etat, et avant que fût résolue l’arrestation de ce seigneur, il avait reçu du roi l’ordre exprès de cesser avec lui toute relation. Un orage bien plus menaçant encore parut s’amasser sur sa tête, lorsque, après l’acte de violence accompli, il refusa de quitter sa demeure de

1 20 juillet.

70 VÏE DE MÂtUE-AMELIE.

la Bagherla *, pour rentrer au palais où l’appelaient les pressantes injonctions de la reine. Ce fut en vain que message sur message lui furent expédiés, que les personnes les plus affectionnées h lui et à la princesse, la chère et respectable Vincenza entre autres, multiplièrent auprès de lui leurs instances; sa femme elle-même y perdit ses supplications et ses larmes. Il croyait de son honneur de répudier hautement toute apparence de cotnpliclté dàns le coup d’Etat insensé que la cour venait de frapper. Qu’on juge de l’émotion de la duchesse d’Orléans, lorsqu’un soir il lui dit :

« Amélie, promets-moi de ne pas trop t’agiter de ce Que je vais te dire. J’ai reçu l’avis qu’oh veut m’arrêter cette nuit. Je suis décidé à ne pas me i laisser prendre. J’ai un cheval tout sellé pour gàghbr la campagne, et une retraite assurée. » L’aVis était faux, mais les angoisses de la princesse n’en avaient pas moins été très-vives, et i elles ne se calmèrent que lorsque entre sa mère et son mari une paix, au moins apparente, eut été rétablie.

La scène allait bientôt changer, sans que les tourments en fussent moindres pour Pâme de la vertueuse princesse. La reine, dans ses violences

Page 1