‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 17 sur 98 · Villa hors de Païenne · texte numérisé non relu

Villa hors de Païenne

despotiques, n’avait tenu aucun compte des remontrances du ministre anglais lord Amherst, qui lui avait vivement représenté l’intérêt qu’avait son gouvernement à ne pas voir la Sicile, qu’il protégeait de ses troupes et nourrissait de ses subsides, tomber dans les désordres d’une révolution. L’orgueil royal s’était révolté chez Marie-Caroline contre ce sage avertissement ; les secours de l’Angleterre étaient devenus pour elle un joug qu’elle était impatiente de secouer, et avec l’emportement irréfléchi de la passion, elle était entrée dans des pratiques ténébreuses, dont le but était de livrer la Sicile à Napoléon, en échange de Naples qui lui serait restituée. On ne faisait à Londres que soupçonner ces négociations ; mais on ne voulut pas leur laisser le temps d’aboutir; lord Amherst fut rappelé, et on lui donna pour successeur lord William Bentinck, sur l’habileté et l’énergie de qui l’on comptait pour pénétrer le secret des intrigues de la reine et les déjouer. Lord William arriva à Païenne le 23 juillet 4811, trois jours après l’arrestation des barons.

Ses premières démarches furent très-mesurées, et il essaya de faire entendre le langage de lu raison. Le roi, dont il était allé en quelque façon forcer la porte dans sa retraite des Colli, eut l’air

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de le comprendre; il était, quant à lui, trèssincèrement résolu à ne se point séparer de l’Angleterre. La reine le prit autrement : elle était dans un de ses accès de hautaine confiance, et, irritée de la réserve triçte et silencieuse du duc d’Orléans, elle disait à sa fille : « Puisque j’ai fait la bêtise de le prendre pour gendre , il faut bien que je le supporte, comme ton mari et le père de ton enfant. Mais il doit bien se persuader que l’autorité légitime est celle qui gagne toujours, et que c’est à elle qu’il faut rester attaché. » Ce ton superbe ne put toutefois se soutenir devant les fermes déclarations de lord William, qui, après un long entretien avec elle, lui annonça que, dans l’état où il trouvait les choses, il se sentait obligé d’aller chercher de nouvelles instructions en Angleterre. Marie-Caroline comprit tout ce qu’il y avait au fond de cette parole , et dès lors elle pressentit son exil. Racontant à sa fille ce qui venait de se passer entre elle et le ministre anglais, elle ne put retenir ses larmes et ses sanglots, et lui dit qu’il fallait qu’elles se préparassent à une éternelle séparation. Puis, quand lord William, fidèle à, sa menace, fut parti *, la colère la reprit; elle s’emporta en imprécations

’i . 23 août.

contre les Anglais, déclarant qu’elle ne leur céderait jamais; que, plutôt que de plier sous eux, elle irait demander un asile à l’empereur; qu’au besoin elle implorerait la protection de Bonaparte, ou même irait se jeter dans les bras de Murat, sûre d’y être massacrée. La duchesse d’Orléans connaissait trop bien sa mère pour la rendre responsable de toutes les paroles qui lui échappaient dans l’égarement de la passion. Mais son cœur n’en était pas moins déchiré en la voyant continuellement en proie à des agitations aussi cruelles; il le fut bien davantage, lorsqu’elle la vit près d’y succomber. La reine, frappée d’apoplexie, parut être dans un état si’ désespéré, qu’on lui administra les derniers sacrements 1 .

La duchesse d’Orléans, heureuse du prompt rétablissement de sa mère, eut aussi la joie de la retrouver en de meilleurs termes avec son mari. C’était pour sa vertu un si pénible exercice, que ces tiraillements perpétuels entre les deux personnes qui lui étaient les plus chères! sans compter les boutades que de temps en temps elle avait à essuyer de ta part du roi, et la froideur habituelle de son frère aîné, mécontent à l’avance du rôle que lui préparaient les circonstances, et qu’il se

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