I . Septembre
sentait incapable de remplir. Deux mois se passèrent durant lesquels elle put, quoique le cœur toujours triste, retourner au tranquille accomplissement de ses devoirs d’épouse et de mère. Mais ce ne fut qu’une trêve : le retour de lord William ramena d’inévitables hostilités. Il revenait investi • par George III de pleins pouvoirs diplomatiques et militaires, et son premier acte fut de réclamer, avec le titre de capitaine général, le commandement de toutes les troupes, sans exception, qui étaient rassemblées dans l’île. En même temps, il somma le roi d’abolir la taxe d’un pour cent , de remettre les barons en liberté , et d’établir un système de gouvernement conforme aux besoins et aux vœux de la nation sicilienne. A ce prix seulement étaient assurés désormais la protection et les subsides de la Grande-Bretagne. Ferdinand 1Y ressentit profondément ce que cette sommation avait d’humiliant pour lui; il voulait abdiquer plutôt que de s’y soumettre ; d’autres conseils le déterminèrent à investir le prince héréditaire, comme alter ego, des pouvoirs de la royauté, et de rejeter ainsi sur lui et sur la reine tout le fardeau et la responsabilité du gouvernement. Il fallut bien qu’ après un inutile essai de résistance, Marie-Caroline souscrivît elle-même à ces impérieuses conditions : les barons furent élargis, l’impôt supprimé , Bentinck
institué capitaine général. Ce qui restait désormais à la reine était de suivre le sage conseil du duc d’Orléans , d’entrer sincèrement dans une politique nouvelle, et de s’entendre avec le fier, mais loyal représentant de l’alliance britannique. La duchesse, quoiqu’au fond du cœur elle se sentît aussi humiliée, n’avait que de douces et conciliantes paroles,, par lesquelles elle s'efforcait de cicatriser la plaie profonde faite à l’orgueil de sa mère, et de l’amener à de pacifiques résolutions. Marie- Caroline l’écoutait quelquefois et versait avec elle des larmes d’attendrissement; mais son esprit troublé ne savait s’arrêter à rien ; tour à tour elle se répandait en invectives contre les Anglais, contre son fils , qu’elle accusait de ne se laisser pas gouverner par elle, contre son gendre même, à qui elle reprochait sa complicité avec ses ennemis. Les couches delà duchesse d’Orléans, qui mit alors au monde la princesse Louise l, eurent pour heureux effet de la retirer pendant quelques semaines du tracas douloureux au milieu duquel elle était condamnée à vivre. Elle était à peine relevée, qu’une autre préoccupation des plus graves vint la distraire, elle et son mari, de celle des affaires publiques. Le jeune duc de Chartres faillit leur être enlevé par la