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lui assigner en attendant pour résidence pendant l’hiver la villa de Santa-Margharita, à quelques lieues de Païenne. Du fond de cette retraite , où tous ses mouvements étaient surveillés, Marie- Caroline trouva encore le moyen de faire parvenir au roi ses conseils, qui n’avaient pas cessé d’êtfe pour lui des ordres.
En présence de ces résultats déplorables , la duchesse d’Orléans ne pouvait pas ne pas donner raison aux sages conseils de son mari , qui avait tout prévu, et s’était, efforcé de tout prévenir; mais cela n’empêchait pas qu’elle eût le cœur navré de la situation de sa malheureuse mère. Le sentiment filial n’était pas le seul qui souffrît en elle : petitefille de Marie-Thérèse, princesse napolitaine, pouvait-elle ne pas voir avec douleur sa famille et son pays "Sous les pieds d’un proconsul anglais? Les pages qu’elle écrivait alors attestent toute l’amertume qui débordait dans son âme , et dont Dieu seul avait la confidence. Elle voit les Napolitains, scs chers compatriotes, chassés de tous les emplois publics, persécutés et livrés aux dernières extrémités de la misère ; les soldats, qu’on ne paye plus, n’ont sur le corps que des haillons, et désertent jusqu’au nombre de cinq cents dans une semaine; le peuple affamé s’agite et pille dans les rues; il n’y a partout que souffrance et plainte, et
dans la famille royale en particulier, « zizanie et désunion, » mécontentement des uns contre les autres. Que de causes de larmes pour elle ! Que de compensations douloureuses à son parfait bonheur d’épouse et de mère !
Elle était cependant à la veille d’émotions plus poignantes encore. Dans les premiers jours de l’année 1813 , Ferdinand IV sort tout h coup de l’inaction absolue où il se tenait renfermé, et annonce h lord William que, sa santé étant rétablie, il va reprendre les rênes du gouvernement. Lord William s’incline avec une respectueuse adhésion devant la volonté royale, se contentant de maintenir avec une fermeté inexorable la nécessité du départ de la reine. Ce n’était pas ainsi que l’entendait Ferdinand, que l’entendait surtout Marie- Caroline, qui lui avait dicté cette hardie détermination. Le 9 mars au matin, le roi part des Colli, arrive à Palerme, déclare que le vicariat. général a cessé, que c’est lui qui règne, et il en fait faire par le prince de Belmonte, son principal ministre, la notification immédiate à tous les agents des puissances étrangères. Bentinck, après deux jours d’une tranquille attente, se rend au palais pour se faire expliquer le sens de ce singulier coup de théâtre. Il est écouté d’abord; mais le roi donne bientôt des signes d’impatience, refuse de l’entendre da-
vantage, et lui tourne le dos. Le faible prince, momentanément animé d’une énergie qui n’était pas la sienne, avait rejeté tous les conseils de la prudence, et avait résolu de livrer bataille au* alliés qui prétendaient l’opprimer. La réponse du fier Anglais ne se fit pas attendre. Le 12, au point du jour, il fait occuper Palerme par douze mille soldats de toutes armes, et informe Ferdinand que, « répondant à son gouvernement et k toute l’Europe de la tranquillité de la Sicile, il est de son devoir de ne permettre dans Palerme aucun attroupement, ni commotion populaire. Il ajoute que le lendemain il passera une note péremptoire, par laquelle il déclarera le roi en guerre avec la Grande-Bretagne, lui laissant quarante-huit heures pour aviser. » La note fut remise et reçue, mais non lue sur-le-champ. Ferdinand dit avec une apparente indifférence qu’il en prendrait connaissance k son loisir, et il y fit une réponse telle que Belmonte donna sa démission, plutôt que de la transmettre, ne voulant pas, disait-il, participer k la ruine de son roi et de sa patrie. La journée du 15 était expirée; lord William, confondu de cette obstination insensée, s’était résigné k l’emploi immédiat de la force, lorsqu’il apprit que Ferdinand avait mandé au palais le duc d’Orléans. Celui-ci déclina d’abord la mission d’intervenir dans une affaire si
mal engagée et poussée si loin ; mais le roi s’abandonna à lui « avec tant de tendresse et de confiance », il lui confessa avec une si triste ingénuité qu’il avait en tout cela obéi aux suggestions de la reine, que le prince comprit qu’il n’aurait que des paroles de soumission à porter, et se chargea de la négociation. La princesse avait tremblé en voyant son mari appelé au palais et compromis dans une querelle aussi redoutable ; elle fut grandement soulagée lorsqu’elle apprit qu’il n’y aurait, point d'effusion de sang, et que son père allait retourner aux Colli, en remettant de nouveau au prince héréditaire le vicariat du royaume. Mais il lui fallut apprendre en même temps l’irrévocable arrêt de sa mère, signé de la main du roi lui-même. Ferdinand, après un dernier effort de résistance, avait signifié en ces termes à, la reine l’ordre de partir : « Corne amico ve lo consiglio, corne marito ve lo domando, corne rè ve lo comando. » Reléguée a Castelvetrano, Marie-Caroline y attendit pendant trois mois, dans la tristesse et le dénûment, que les conditions de son départ fussent réglées , et que la saison favorable lui permît de prendre la mer. Elle s’embarqua le juin à Mazzara : sa fille ne devait plus la revoir. Six semaines après, la politique ombrageuse et dure du gouvernement anglo-sicilien porta à la
duchesse d’Orléans un autre coup qui ne lui fut guère moins sensible. Madame d’Ambrosio, « sa seconde mère 1 2 », malgré son âge et sa cécité fut comprise dans une mesure générale de proscription prise contre tout ce qui restait au palais de Napolitains soupçonnés de conserver leur dévouement à la reine exilée. La duchesse alla faire ses adieux à sa vénérable amie et à ses deux filles*, et « pleura beaucoup avec elles », ainsi qu’elle le dit dans son simple et touchant langage.
Comme s’il eût fallu qu’aucun genre d’épreuves ne lui manquât, elle eut en ce môme temps à subir la gêne et presque la détresse. L’esprit démocratique qui dominait dans les communes siciliennes prit prétexte de la nécessité de réduire les dépenses publiques pour supprimer l’allocation mensuelle de deux mille onces faite à la duchesse d’Orléans en vertu de son contrat de mariage. Cette suppression était d’autant plus injuste que, devenue mère de trois enfants 3, là princesse avait vu s’accroître d’autant les charges de sa maison, et que son installation à, Santa-Teresa lui avait été en outre fort